‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 72 sur 226 · HORAIRE · texte numérisé non relu

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teau, sans permettre même à un Indien de lui venir en aide, De cette manière, il avait coutume de visiter les couvents sous sa juridiction. Déjà avancé en âge à son arrivée au Mexique il ne put apprendre la langue avec la même facilité que ses compagnons ; sa principale occupation fut d'enseigner aux petits Indiens à lire l'Espagnol... Il chantait des hymnes avec les jeunes enfants et l’on nous rapporte qu'il faisait beaucoup de bien dans les villages indiens où il résidait. » Comme Moïse, 1l s’éloignait quelquefois du monde pour se rapprocher de Dieu, pour l'amour duquel il menait cette vie, et il avait coutume de « se retirer dans un oratoire sur une montagne, pour s’y absorber dans la plus profonde contemplation. »

Francisco de Soto, « homme d'une piété singulière, qui refusa plus tard l’évêché de Mexico, » était un missionnaire du méme Ordre. Toribio Motolinia usa sa vie à « enseigner, catéchiser et baptiser les Indiens ; » on dit qu'il n’en « baptisa pas moins de quatre cent mille. » Pierre de Gand, frère lai de Flandre, « rendit peut-être le plus de services, » M. Helps nous l’assure. « Dans son humilité, il voulut toujours rester frère lai. Il apprit aux Mexicains à lire, à écrire, à chanter et à jouer de divers instruments de musique. Il réussit à fonder une vaste école, dans laquelle, en dehors de matières plus élémentaires, il leur enseigna la peinture, la sculpture et d’autres arts. Il détruisit beaucoup d'idoles et de temples, et éleva un grand nombre d’églises. Dans de tels travaux, il passa une longue vie, —pas moins de cinquante années — et fut aimé des Indiens, parmi lesquels il doit avoir compté des milliers d'élèves. Le successeur de Zumarraga s’écria généreusement un jour : «Ce n'est pas moi qui suis l'archevêque de Mexico, mais c’est le frère Pierre de Gand ! »

Nous avons vu, dans le Guatemala, Domingo de Betanzas devcnir « le principal Dominicain de la nouvelle Espagne. » Lui et ses frères menaient une rude vie, en suivant la règle la plus stricte de leur Ordre, et ils étaient si « habitués au renoncement à soiruême, observe notre historien, que les devoirs les plis austères de la vie des missionnaires leur devenaient faciles, » :2 *.axime de saint Paul les dirigeait : « Le soldat de Dieu ne se mêle pas des affaires séculières. » Ils pouvaient être miséricordieux pour le pauvre; nul n’était aussi pauvre qu'eux. Le droit de censurer le riche leur était acquis; souvent ils avaient renoncé à la fortune et -ux aonneurs. Len: vue seule inspirait la mortification, l’espérance et de vifs efforts. Au sujet de Betanzas, auquel « ses frères étaient

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trop faibles pour aimer sérieusement, — nous lisons : « Les notables de la nouvelle Espagne le tenaient en haute estime; les Indiens étaient émerveillés de son désintéressement; le pays entier le révérait et le considérait comme un père'. » Lorsqu'il eut achevé son œuvre au Mexique, le courageux vieillard, poussé par le désir du martyre, voulut aller en Chine, et enflamma tellement le cœur du noble évêque Zumarraga, relate M. Helps — voyant ici une preuve « de fanatisme d’une âme élevée, » — qu'il fut sur le point de résigner son évêché pour le suivre. Le pape, cependant, refusa sa permission, et ils moururent tous deux dans le pays pour lequel ils avaient tant travaillé, ’

Ortiz, plus tard évêque de Sainte-Marthe, appartenait à la mème école; Julian Garces, homme d’une grande instruction et élégant écrivain latin, premier évêque de Los Angelos de Tlascala ; Antonio de Montesino, martyrisé par la suite dans l'Inde, et Lorenzo de Bienvenida, qui avertit hardiment Philippe IT de ne pas mettre son âme en péril en tolérant l'injustice des Espagnols?, et cent autres montrèrent au Mexique les mêmes vertus, soutinrent les mêmes luttes et remportèrent les mêmes victoires que leurs confrères dans d’autres pays.

Si nous recherchons quel fut le résultat final de tous ces travaux apostoliques, l’historien bienveillant que nous avons suivi nous le dira. « Deux lettres importantes, observe-t-1l, l’une adressée par l'évêque Zumarraga, en 1551, à un chapitre général de l'Ordre des Franeiscains, tenu à Toulouse ; l'autre par l'évèque Garces, un an où deux plus tard, au pape Paul IIF, nous fournissent des indications dont nous pouvons tirer le tableau de cette ancienne Église en face des Indiens. » L'évêque du Mexique rapporte que « déjà plus d’un million d'Indiens ont été baptisés par les Francis-

ains seuls ; cinq cents temples ont été détruits et vingt mille idoles mises en pièces ou brülées. À la place de ces temples se sont élevés des églises, des oratoires, des ermitages ; mais, comme le dit le bon évêque. chose plus admirable encore, là même où l’on oflrait en sacrifiee aux idoles plus de vingt mille cœurs de jeunes hommes et de jeunes femmes, tous ces cœurs aujourd’hui sont offerts avec d'innombrables actions de grâces, non plus au Démon, mais au Très-Haut *.

! Helps, livre EX p. 407.

? Voyages, eke peur servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique, par IL Ternaux-Cotgenrs, tome LE, p.507. Voyez aussi la lettre de Juan de Zumarraga dans le tome Y.

5 Ielps, lime IT, p. 300

Les deux vénérables prélats s'expriment avec enchousiasme sur la piété et la docilité des enfants indiens. L'évèque de Tlascala dit de ceux de son diocèse : « Non-seulement ils puisent, mais encore ils épuisent ia doctrine chrétienne, non hauriunt modo, sed exhauriunt, ac veluti ebibunt. » Ils parlent avec une égale admiration de leur exactitude à assister à l'office divin et à se confesser, aussi bien que € de la simplicité de colombe » avec laquelle ils s’accusaient de leurs fautes. De son côté l'évêque de Mexico rapporte que les enfants dérobent à leurs parents les idoles; « à ce sujet, dit-il, quelques-uns d’entre eux ont été inhumainement mis à mort par leurs pères ; mais ils vivent couronnés de gloire avec le Christ. »

Enfin Pécrivain anglais, s’en référant à cette victoire définitive de la Foi remportée au Mexique « par les eflorts infatigables des Las Casas, des Betanzas, des Zumarraga,.… des différents moines et prélats qui travaillèrent avec ou après ces hommes excellents, » fait avec franchise cette déclaration : « C’est un résultat dont les Chrétiens de toutes les communions peuvent être fiers et se réjouir, » (assertion exagérée, puisqu'une seule communion peut se vanter du plus modeste de ces résultats); et cette importante réflexion sur l’histoire entière : « L'on nous dit qu'il y eut, au seizième siècle, une renaissance dans toute l’Europe en faveur de la Papauté, laquelle imposa des limites au protestantisme — limites subsistant encore aujourd'hui, — Mais nous ne pouvons pas dire que le besoin d’une telle renaissance se fit grandement sentir ou ait eu lieu en Espagne. Les hommes fervents et saints dont nous avons énuméré les actes étaient dans la fleur de leur jeunesse ou de leur virilité, avant que la réforme eût fait beaucoup de bruit au dehors; et d’après l'histoire, le génie de ces hommes ne se déploya pe: sous l'influence d'aucun’ renaissance, mais fut la suite de l'inspiration reçue dans leurs couvents. Honneur à leurs noms! »

Les PRE protestants nous le diront, comme pour tous les autres pays: ni les souffrances, ni l'oubli; ni les années n'ont pu ébranler #4 foi du Mexicain converti. Las Casas, Zumarraga, Betanzas et Pierre de Gand ne sont plus parmi eux; les désordres de l’Europe ont atteint et quelquelois bouleversé leurs retraites ; des maitres dissolus, que leur manque d'éducation politique les oblige à subir, ont plongé leur nation dans des désordres honteux; mais les Mexicains, innocents des crimes qui les scandalisent sans les corrompre, sont encore profondément catholiques, protégés par la Mère de Dieu, qui préserve toujours les siens de la souil-

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lure de l'hérésie, et qui leur a peut-être ménagé, dans sa bonté, leur souverain actuel.

Peu de témoignages protestants suffiront; et afin de les tirer de sources diverses, ils se composeront de ceux d'un agent de la Société biblique, d’un légiste anglais, de deux protestants américains et d'un presbytérien écossais. « Chacun se dit catholique et est véritablement dévot et religieux à sa manière; » ainsi s'exprime le Révérend M. Norris, dont les Mexicains paraissent avoir rejeté les bibles et les discours avec un mépris railleur. « À quelques égards ils sont dignes d’être imités par les chrétiens éclairés,» Il est vrai qu'ailleurs M. Norris qualifie leur religion d’ « idolâtrie; » mais des hommes dont le « culte » égale à peine la courtoisie décente qu’un homme civilisé témoigne à un autre, et qui ont encore à apprendre en quoi consiste l'union de la créature avec son Créateur, peuvent bien considérer comme idolàtrique un hommage beaucoup plus profond et plus tendre que le leur, eût-il seulement les saints pour objet. De tels hommes parleraient avec plus de justesse du culte dans’ le véritable sens de ce mot, qui est dû à Dieu seul, s’ils en avaient quelque expérience personnelle.

M. Brantz-Mayer s'exprime, en 1852, de la manière suivante au sujet d'une province mexicaine : « Les aborigènes de Jalisco, autrelois belliqueux et voués à une religion sanguinaire, sont en général adonnés à la culture de la terre et adhèrent à la doctrine de l'Église catholique ?. »

Les écrivains les plus frivoles font trève à leurs facéties pour faire remarquer les profonds sentiments religieux des Mexicains, malgré une instruction négligée ou insuflisante, Un voyageur américain de cette espèce, qui avoue avoir levé son couteau sur un prêtre, et qui se moque « des ridicules momeries, » des processions et des prières, observe en ricanant que « les Mexicains sont jaloux de leurs églises et ne permettent pas volontiers à un hérétique d'y entrer seul; puis il résume ses impressions en ces mots : « Le sentiment religieux, qui envahit toutes les classes, jeunes el vieux, est remarquable. Vous ne les verrez jamais passer devant une église sans se découvrir et tourner leur visage de ce côté. Au son de la cloche, tous les chapeaux sont ôtés, et chacun s'arrête tête nue jusqu'à ce que le son de la cloche soit éteint*. »

! Ktrick.and, Hist. of American Bible Society, ch. xx, p. 175. * Meæico, ete., vol, IE, ch, vin, p. 205.

5 À Campaign, in New Mexico, par Frank 8. Edwards, ch. vi, p 92.

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