AULTRE INSTRUCTION POUR LA TROISIÈME AMBASSADE
Anchemant retournera devers le roy très chrestien et lui dira, pour sa credence, que, par le rapport faict a mons^'par
(i) Cette Instruction est revêtue de la signature de Tarchiduc.
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mess" de Bezancon, de Chievre et aultres ses ambassadeurs, yl a plainement esté adverty et asseuré du bon vouloir, amour et affection quil a a mondict s% et mesmement tîom-
ment, volontiers et de bon cœur et courage, yl a accordé, consenty et conclu le mariage de madame Claude, sa seule fille, et de mons'^ le ducq Charles de Luxembourg, dont mondict s^ a esté et est tant ioyeulx et content que plus ne pourroit; car yl ne scavoit ne scait chose en ce monde dont yl eut plus grand désir, cognoissant que ce sera la seurté et vray entretenement de la bonne paix, union, amitié et intelligence d'entre ledict s^ roy et mondict s^ leurs pays,
seigneuries et subjetz, et parconséquent de toutte la chres-
tienté.
Que depuis mons"* de Belleville s'est trouvé devers mondict s^ par lequel yl a sceu et vrayement cogneu que l'amour dudict s^ roy continue et augmente journellement, attendu les belles et grandes offres et presentacions que ledict de Belleville a fait de sa part a mondict s^ dont ledict Anchemant le merciera en toutte humilité en l'asseurant quil ne trouvera en mondict s»" aulcun abuz, faulte ne decepclon.
Que aprez que mondict s»" a veu les lettres que ledict s"^ roy lui a escript et oy le rapport tant de sesdicts amba&sadeurs comme dudict s^ de Belleville par lesquelz yl a sceu le désir que ledict s'-roy a de le voire, combien que, pour aller et faire son voyage devers les roy et royne d'Espagne, yl eust conclu et délibéré de prendre son chemin et passage par mer (i) et a ceste cause feit ses préparatoires et provisions nécessaires, toutesvoies, pour le singulier desir quil a de Voire ledict s»* roy, la royne et madame Claude sa belle fille, et afin
{{) Voir la note, p. i6.
quil cognoisse de plus en plus l'entière amour et confidence quil a en ly, et de le servir et complaire, sans aussj avoir eu atilcun regard a la despence faicte pour lesdicts provisions ne a vent propice qui a esté depuis sadicte conclusion, y\ s'est du tout résolu de passer et prendre son chemin par devers ledict s-^ roy, ainsi qu'il a dict audict s^ de Belleville.
Et luy dira ledict Anchement que mondict s'^ faict son compte et est en intention et délibéré de partir pour tout droit aller devers ly, en le suppliant de lui signifier le lieu ou son bon plaisir sera quil se trouve devers ly et que ledict lieu puist estre le plus en son chemin que faire se pourra, afin que l'allée et retour de mondict s^ soient tant plus briefs (i).
Que quant au faict de feuz mess^» de Ravestain et de la
Gruuthuuse (2) , mondict s^ en a besoigné ainsy quil a peu
(1) Louis XII, informé que l'archiduc se préparait à aller \1siter ses seigneuries d'Espagne, lui lit proposer de traverser la France du Nord au Midi, et lui offrit de le recevoir, ainsi que l'archiduchesse, dans la résidence royale de Blois. Philippe était fort disposé à se rendre à cette gracieuse invitation; mais il trouva quelque opposition dans son conseil. Enfin, il fut décidé que Philippe d'Autriche et Jeanne de Castille, son épouse, passeraient par la France et accepteraient l'escorte de quatre cents lances
que le roi leur offrait. On partit de Bruxelles le i novembre (IdOI). Dès leur entrée en France par S»-Quentin, les archiducs furent comblés d'honneurs; leur voyage ne fut, pour ainsi dire, qu'une marche triomphale, dont on peut voir les moindres détails dans le Cérémonial français. Le 7 décembre, Louis XII reçut ses hôtes au château de Blois et les traita avec une courtoisie très affectueuse, que les chroniqueurs flamands se plaisent eux-mêmes à exalter. Le Glay, Négociations diplomatiques. Précis historique, t. I, p. l. H n'est pas inutile de relire la noie p. 33; elle révèle la manière inconvenante dont le s»^ de BelleviUe s'acquitta de la mission que Louis XII lui avait donnée.
On lit en marge : « De ce voyage de l'archiducq par la France et des
difficultez et advys contraires de ses s" et conseilliers, traîcte Pontus Heuterus, Rerum austriacarum, Ub. VI, cap. ii, » Y. la uoie, p. 46.
(2) Voir la note 2, p. 32.
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estre adverty par mondict s»" de Belleville. Et semblablement touchant les arrestz obtenuz en parlement par messire Loys Pot au faict de levesché de Tournay, lesquelz yl a faict mectre a exécution, premiers en sa ville de Gand, aprez en celle de Bruges et ailleurs ou yl appartient, lavertissant que non seulement en ce, mais en touttes aultres choses, mondict s- est délibéré de soy acquiter et faire envers ly tout ce quil
pourra et debvra. '
Dira oultre que, pour satisfaire a la promesse a ly faicte par lesdicts ambassadeurs et pour ce quil désire sur touttes choses l'acomplissement et consommation dudictmariage, yl luy envoyé par ledict Anchement les lettres confirmatoires de celles que iceulx ambassadeurs ont baillées pour la seureté dudict mariage, lesquelles yl a faict expédier en la meilleure forme quil sceit aviser.
Et au regard du roy des Romains, que, par Tun des chevauceurs de son escurie, yl a averty ledict s"^ roy en retour dudict maistre d'hostel Courteville, et que en suivant ce quil luy a escript par ledict chevauceur ly estre devers ledict s^ yl espère de trouver et mectre en eulx une bonne, ferme, estable et perpétuelle paix (i).
QUATRIÈME AMBASSADE DE PIERRE ANCHEMANT EN FRANCE, DONT L'INSTRUCTION S'ENSUICT.
Mémoire a maistre Pierre Anchemant, secrétaire, etc., de aprez quil aura faict au roy très chrestien les humbles recommandacions de mons'" et présenté ses lettres, lui dira ce que sensuict :
(1) Voir le projet de traité de paix, p. 70.
Que raondict s"" luy a escript et mandé que a diligence vl retourne devers ledict roj, afin de l'advertir de Testât, disposicion, ensemble des nouvelles diceluy s'^ roj et aussy de la royne et de madame Claude leur fille.
Item, de lestât des affaires d'entre les deux s"^^ rojx, Faraitié desquelz mondict s^ désire sur touttes choses, pour laquelle entretenir yl s'est tousjours employé et employera de tout son pouvoir.
Et mondict s'^ aprez avoir esté devers les roy et royne de Castille l'advertira iournelement des siennes et par ses postes, quil adressera audict Anchemant, priant de le vouloir tousiours tenir en sa grâce et avoir ses affaires, pays et subjetz pour recommandez, ainsi quil y a entière confidence.
Sur ce oyra la responce du roy, et, sil se double du roy
nostre maistre et des termes par luy tenuz a ses ambassadeurs, et quil n'a poinct voulu accepter ce que par mondict s" a en son nom esté fait et traicté, dira que mons"" de Nassau et le conseil de par deçà en ont bien esté averty par Courteville et quilz ont le tout signifié a mondict s'' par les postes, et sont bien asseuréz que mondict s^ en sera bien desplaisant et quil mectra peine, si les choses ne saccordent,
de les faire redresser par tous les moiens quil pourra, dont ledict Anchemant aura brief nouvelles de ly.
De ce quil pourra savoir de la matière, asscavoir si lesdicts s'"^ royx seront accordez ou sil y aura rompture et pour quoy; et si ledict s'^ roy seroit content que mondict s^, en cas de rompture, s'employast par ambassades ou aultrement de les redresser, avertira a diligence mondict s"^ ou pardeca, selon le lieu ou le roy sera; le priera aussy, de par mondict s', que, en parchevant la matière de leveschié
d'Arras, son plaisir soit admectre Ruter a la regale (i). Et aprez rementevra ce que par le roy et la royne a nagueres esté escript a mons' le chancelier et a mess" du grand conseil, sur ce que par eulx luy avoit escript selon les copies des lettres qui lui ont esté baillées touchant le faict de Jehan Pieterson et ses consors ; et, ce faict, remonstrera leur bon droict.
Et contendra que, attendu que si ceulx de Middelbourg
en estoient condempnéz, il leur conviendra, pour suyvre leur indempnité contre les Bretons, quy luy plaise y faire trouver quelque bon et raisonnable apoinctement.
Le semblable dira a la royne.
Il présentera aussi les lettres de credence de par mons'" de Nassau a mons"^ le cardinal d'Amboize, et luy dira quil a esté averty que, en vertu de sa legacion, yl a despesché
certaines provisions en Arthois; et mesmement touchant labbaye de Blandecque au préjudice de l'élection nagueres canonycqueraent faicte de l'abesse par les religieuses, laquelle abbaye est de la fondacion des prédécesseurs de
mondict s' de lordre de Cisteaux.
Et pourceque nostre Sainct Père a commis un aultre cardinal légat en tous les pays de mondict s% mondict s" de Nassau prie mondict s»- le légat quil laisse convenir du
différent de ladicte abbaye mons^ de Cisteaux, qui en est supérieur immédiat.
Sur ce oyra sa responce et, sil y faict difiiculté, remonstrera que l'on na point acousturaé de user d'aulcunes legacions es pays de mondict s^ sans premièrement l'avertir; et contendra quil vueille faire tenir sadicte provision en sur-
(1) V. la note, p. U.
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ceance et mectre les choses ainsy quelles estoient avant rimpetracion d'icelle, jusques a ce que mondict s- sera de
tout averty et que mondict s» de Nassau en aura entendu son bon plaisir (^)- \
Ainsy ordonné et conclu par mondict s' en son conseil a Malines, auquel mons^ le conte de Nassau, lieutenant gênerai, mons^ de Maigny, chevalier, chancelier (2j, les s^^ de Berssel (3) et de Crunynghe , le prevost de Louvain esleu
i\) On lit en marge : « Ponlus Heuterus, Rerum austnac, lib. VI. cap. III,
Praîficit Arcbidux Belgis Engelbertum Nassauiura, ei a consiUis mugens, oc sine quorum sentenlia nil eum facere volebat. Joannum Hornanum Prœsulem Leodionsem; Cornelium Bergium, Berselii ac Chevrice Dominos. »
(2) Thomas de Plaine, seigneur de Maigny, chevalier, chancelier de l'archiduc, prit une grande part aux négocialions diplomatiques tant sous l'empereur Maximilien que sous Philippe-le-Beau. Il mourut a Malines le 20 mars 1506, et fut inhumé dans le chœur de l'église conventuelle des
Carmes, située au Nekerspoel. Voici son épitaphe :
Hic Sepultus est Nobilis et Potens Dnls., d.
Thomas de Plaine, Miles, qcondam Dominus de Maigny, etc.,
Ac SERENISSIMORUM MAXIMILIAM, Imp. RoM.,
Et PmLippi, Régis Hispaniarum, Et Caroli Principis Hispamarlm, Austri^e Archid.,
BURGUNDI^, LOTHARINGLE, BRABANTIJE, ETC., DUCUM
Cancellarics, QUI OBiiT die XX Martii asno D°' M.CCCCC. Sexto,
ad CUJUS LATUS JACET EJUS CHARA CONJUX Dna.