XXXIII
Ce langage, si naturel, si simple, dépouillé des formes raides et mesurées que l'étiquette impose, respire une douce confiance et exprime clairement les sentiments que la reine éprouve en présence des difficultés politiques qui surgissent à chaque pas (l).
Dans l'intérêt de ses projets d'alliance, elle redoute une guerre avec l'Espagne. Elle s'irrite contre ceux qui cherchent à détourner les archiducs d'aller si loin et « prendre ♦» tant de peine pour avoir le royaume d'Espagne. « « Je »» ne puis m'imaginer, dit-elle en s'animant, ce qui peut « mouvoir de tels fous à parler de ceste manière ; »» puis elle reprend : « Je dis, et vous prie de lescripre secrètement, » que mondict cousin seroit et devroit estre réputé lâche
»» prince et de petit courage de laisser perdre, par faulte w d'un peu de diligence, telz royaumes et grandes succes- " sions. Il est josne et taillé davoir grant nombre de beaux
»» enffans, qui par ce moien porront honnestement estre ♦♦ pourveuz (2). «
On le voit, Anne de Bretagne se préoccupe vivement de l'avenir que la Providence réserve à ses enfants. Déjà elle fixe un regard de convoitise sur le brillant apanage de
l'héritier présomptif de la couronne d'Espagne. Sa sollicitude s'étend plus loin encore : l'avenir des filles de Philippe ne la préoccupe pas moins.
Elle prie Anchemant de lui dire « s'il y a quelque pro-
(1) Brantôme dit qu'il ne venoit jamais prince étranger ou ambassadeur à la cour de Louis XII, que ce monarque, après l'avoir veu et ouy, n'envoyast faire la révérence a la royne; voulant qu'on luy portast le mesme
respect qu'à luy, et aussi qu'il cognosse en elle une grande suffisance pour
entreteuir et contenter tels grands personnages, comme très bien eUe savoic faire et y prenoit un très grand plaisir; car elle avoit très bonne et belle
grâce et majesté pour les recueillir et belles paroles pour les entretenir.
(2) Voir p. 97.
»» messe ou parole de faire le mariage » de l'une des filles de Philippe avec le fils aîné du duc de Lorraine. La réponse de l'ambassadeur est noble et digne; « cela ne peut être, répond-il, parce que le duc de Lorraine, son père, a fait mourir feu monseigneur le duc Charles. «
Il faudrait reproduire tout l'entretien entre la reine de France et l'envoyé de l'archiduc. Il vaut mieux recourir au ieyXe original écrit par Anchemant au sortir de l'audience (i).
Dans la missive qu'il adresse à son maître, il trace en peu de mots le portrait du jeune duc de Calabre, le fils du duc de Lorraine, dont la reine parlait tout à l'heure. « Il paraît avoir treize ou quatorze ans; il est fort beau » prince, honeste, esveillé et assez bien mariginé. «
Il parle aussi d'Anne de Caudale, reine de Hongrie, arrivée récemment à la cour de France.
Le roi a souffert de la goutte; et nonobstant ses douleurs, il n'a cessé d'être affable pour l'ambassadeur de son cousin. La reine et tous les seigneurs de la cour forment des vœux pour l'heureux retour de l'archiduc dans ses états.
Anchemant décrit l'arrivée du roi de Navarre à la cour de France. Il rapporte les bruits qui circulent, et informe son maître que Louis XII fait ses préparatifs de départ pour le Milanais; Le pape se rendra à Ferrare pour y recevoir le monarque français, qui ira ensuite à Gênes. Toute sa maison le suivra dans ce voyage, l'armée prendra les devants. Les dépenses seront considérables ; mais le roi y a pourvu
de telle sorte que, sans recourir à une «* nouvelle taille, « il lui restera à la fin de l'année un excédant. Les difficultés
(1) C'est vers cette époque qu'Anne de Bretagne conféra à Pierre Anchemant le titre de secrétaire, dont les lettres patentes figurent aux Appendices N» Vil, p. 185.
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avec le roi des Romains renaissent et le bruit circule que don Manuel, ambassadeur d'Espagne, est le véritable inspirateur des procédés de ce prince. Il donne des nouvelles de la guerre d'Italie. Anchemant s'attache surtout à démontrer à Philippe que la reine a pour lui une amitié sincère ; «» elle vous a en très singulier amour, « écrit-il, « et suis y> certain quelle ne peut guerres avoir plus grant joye que » doujr bien dire et parler de vous: »» puis il lui parle de la santé de la reine, « qui est en bon point, de meilleur " taint et couleur quelle nestoit, vous estant pardeca ; mais
»» elle devient grasse, comme il me semble. >»
Le roi partira vers le 30 du mois; Anchemant désirerait bien le suivre , mais il ne le pourra pas , n'étant pas encore entièrement rétabli. D ailleurs, le chancelier de France lui a déconseillé d'accompagner la cour « sans charge '» suffisante, »» attendu qu'il passe, comme «* aucuns dient »>, pour «« bon Romain, « et que partant, «♦ on pourroit le tenir « pour espye ou pour faire quelques trafique. ^ Il finit sa
longue missive en priant son maître de lui pardonner, »* car il lui seroit impossible de passer oultre sans morir (i). ♦>
Anchemant revint en Flandre, le 19 janvier 1502 (2).
Les archiducs avaient quitté les Pays-Bas, le 4 novembre précédent (3;, laissant leurs enfants à Bruxelles. Deux ans après, Philippe rentra dans ses états en passant par la France, où il vit Louis XII; puis il se dirigea vers Cologne. Les Gantois allèrent en grande pompe à sa rencontre et
lui firent une réception magnifique. Le Memorie-Boek der stad Ghent dit qu'étant tombé malade à la cour de Louis XII,
(1) Voir p. 106.
(2) Voir I'Appendice N» 111, p. 153.
(3) Voir p. 86.
on crut un instant qu'il était empoisonné; mais les protestations énergiques du roi imposèrent bientôt silence à ces insinuations odieuses. Cependant Philippe quitta brusquement, la cour de France; mais on sut plus tard que des altercations assez vives avec le duc de Lorraine, au sujet de la mort de son aïeul, Charles-le-Téméraire, furent la cause de ce départ précipité.
Six mois après, Jeanne de Castille, qui avait donné le jour, en Espagne, à un fils, débarqua à Blankenberghe, oîi son mari alla la recevoir (i).
(1) a In dit jaer (io03) ('s dacchs voor S'« Martiiis) quam de grave Philips uut Spaengien, ende hy quam duer Vranckerijcke, ende also naer Cuelen lancx den Rijn nedere, daer hem die van. Ghent ontfingen met eenen heerlijcken stale; vvant de stede zont daerwaert beide de voorscepenen, den hoochbailliu van Ghent, den prelaet van S'« Pieters, den prelaet van S"» Baefs ;
zoo (lat zy vergaderden wel lxxx peerdoii te zamcn, ende bedrcveu alommo grooie genouchlc daer zy passeerden.
Item, vrouwe Joanna quam, binuen eenen halven jare daerna, ghevolcht te walere, ende copine Philips lach doen te Brugghe, ende vrouwe Joanne quam gearriveert te Blankenberghe.
Item, de herloghe Philips hadde, in 't afcommen in Vranekerijcke, eenc groote siècle ; eenighen seyden dat hem wat ghegheven was, zo datter de coniuc van Vranekerijcke inné beschaemt was; maer men seyde dat hertoghc Philips groote woorden hadde jeghens den hertoghe van Loreynen, in 't hof van den coninc, ter causen van der doot van hertoghe Kaerie, zynen grootheere,zoo dat hertoghe Philips van daer vertrac; ende quam naer Coolen,als
vooren, daer hy beerlic onlfanghen was van aile zyne lauden, zonderlinghe van die van Ghent.
In dit jaer overleet dezer wereld Elysabet, conynghinne van Spaengnen, moeder van Joanna, ghezelsnedc van den hertoghe Philips, daer af een costelick uitvaert ghedaen was t' Sente Jans in de kercke.
Item, in dit jaer overleet de coninghiune van Spaengnien, vrouw Joanne moedere, waer af dat op vrouwe Joanna verstaerf 't couinkrijcke van Castylien, van Léon, van Garnaten, ende van daar voort dede hertoghe Philips gheréescip maken, ende heet hem van doe voort coninc Philips; ende dede aile manieren van goude ende silvere ende van penninghen, by vercoopinghe van eeneghe parcheelen van heerlicheden ende andersins,
oramc weder met zynen ^\7ve te treckenc naer Spaegnien, omme in per-
soone zelve de crooue te ontfangeu » [Mcmoric-Boek der stad Ghent^ d. II).
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Si l'on ne s'en tenait qu'au manuscrit qu'il a laissé, il faudrait dire que les missions diplomatiques de Pierre Anchemant à la cour de France étaient accomplies en 1502. Mais il n'en est pas ainsi. Les comptes conservés aux archives de Lille attestent que, le 14 avril 1502, il reprit le chemin de la France, par ordre du comte Engelbert de Nassau, lieutenant-général, qui l'envoyait « devers les roy et royne
»» de France pour aucunes grandes matières Q). » A son retour, qui eut lieu le 22 juin suivant, il alla à Bréda communiquer le résultat de sa mission au comte de Nassau.
Il ne paraît pas qu'après ce dernier voyage Anchemant se soit encore occupé des négociations relatives au mariage de Charles de Luxembourg avec Claude de France.
Pendant ces négociations, notre diplomate flamand se montre constamment à la hauteur de sa position et digne
de la confiance de son souverain. Son esprit observateur ne laisse rien dans l'ombre, et l'expérience qu'il possède des hommes et des affaires le prémunit contre des fautes capitales, que les diplomates ne commettent que trop souvent. Il connaissait particulièrement le caractère, les aspirations et les vues ambitieuses de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Les pages qui les concernent sont d'autant plus intéressantes qu'elles sont écrites par un contemporain,
témoin oculaire des événements dont il parle et dans lesquels il joua un rôle considérable. Le tableau qu'il fait de cette cour fastueuse , les portraits qu'il trace, presque sans s'en douter, si nous pouvons nous exprimer ainsi, des personnages qu'il y rencontre, et notamment ceux du roi et de la reine, sont des pages pleines d'intérêt. Les entretiens qu'il a avec eux sont fidèlement rapportés et sagement appré-
(1) Voir I'Appe.ndigb N« III, p. 156.
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ciés. Il sait parfaitement que lamitié qui les lie à l'archiduc n'est pas le seul mobile de ces négociations matrimoniales. Eblouis par les richesses et la puissance de la maison d'Autriche, ils cherchent, sous l'inspiration du cardinal d'Amboise, si hostile plus tard au projet dont il avait été l'inspirateur, à unir leur fille à l'héritier de Philippe-le- Beau, de Maximilien et de Jeanne de Castille.
On sait ce que ces brillants et ambitieux projets devinrent: ils s'envolèrent comme de vains rêves. Tous ces efforts d'éloquence et d'habileté diplomatique n'ont abouti qu'à des déceptions. A peine Anne de Bretagne eut-elle rendu le dernier soupir, en 1514, que le mariage de sa fille Claude eut lieu, non avec le duc Charles d'Espagne, depuis longtemps on n'y pensait plus de part et d'autre, mais avec le prince François d'Angoulême, dont elle avait combattu Talliance avec une incomparable ténacité.
Le manuscrit que nous analysons présente en cet endroit deux lacunes ; la première nous est signalée par les comptes de la recette générale des finances, conservés aux archives
de Lille. On y lit que Pierre Anchemant reçut l'ordre d'aller à S*-Omer « pour illec, avec messire Denis de Moerkerke, ♦» renouveller la loy dudict lieu; ce fait, veoir et visiter « l'estat de ladicte ville , et aussi savoir s'il y avoit aucunes » rencunes et partialitéz en icelle ville. » Les deux délégués partirent de Bruges, le 2 janvier 1503; et le 11 du même mois, leur mission était accomplie (i).
La seconde lacune se rapporte à un Yoyage qu Anchemant
fit en Bourgogne, par ordre de larchiduc, qui l'envoyait
«* vers madame la marquise de Rothelin (i) et aussi devers H mess" les président et gens tenans la Court de Parle- » ment à Dole, pour aucunes grandes matières et affaires
« secretz. grandement touchans les affaires de mondict
»» seigneur. »
Anchemant partit de Bruges, le 25 mai 1504, et revint le 13juillet en Flandre (2).
Citons ici un document précieux, parce qu'il porte la signature de l'archiduc Philippe et celle de son secrétaire Pierre Anchemant. Cette lettre a de l'intérêt pour l'histoire d'Anvers; elle est datée de La Haye, le 21 août 1504.
L'auteur du manuscrit ne l'a pas transcrite, quoiqu'il lait vue, puisqu'elle se trouve dans une farde avec d'autres pièces qu'il a reproduites (3).
Suivons maintenant Pierre Anchemant en Angleterre, où il se rendit pour la seconde fois auprès du roi Henri VII.
Au sujet de cette mission, son mémoire ne renferme que la charte par laquelle Philippe-le-Beau nomme le personnel de l'ambassade ; elle figure sous la rubrique : deuxième
AMBASSADE DE PlERRE AnCHEMANT EN AnGLETERR^ (4).
Cette ambassade était composée de Michel de Croy, seigneur de Sempy, chevalier de la Toison d'or ; Jean le Sauvage, seigneur d'Escoubeke, président du Conseil de Flandre; Pierre Anchemant et Thomas Yssaacq, dit Toison d'or, héraut d'armes. Ce document est daté de Bruxelles,
(1) Voir TAppendice N« III, p. 156.
H) Il ne peut être question ici que de la femme de Louis d'Orléans, duc
de Longueville et marquis de Rothelin, qui avait des préteutions sur le château de Joux.
(2) Voir I'Appendice N» III, p. 157.
(3) Voir TAppendige N» X, p- 2Q6.
(i) Voir p. 107.
le 4 septembre 1505; il porte la signature de Philippe et le contre- seing cVHaneton.
Il j est question d'un traité à conclure. A cette occasion, Henri VII créa le roi de Castille chevalier de Tordre de la Jarretière, et celui-ci conféra les insignes de la Toison d'or au fils de Henri VII, qui régna plus tard sous le nom de Henri VIII (i).
Les comptes de la recette générale de l'année 1505 nous
apprennent que cette ambassade partit de Bruges, le 24 mars 1505, « avec mons"* le président de Flandres, pour »> aler par devers le roj d'Angleterre pour grandes matières » et aifaires secretz, »» et quelle revint à Bruges, le 11 juin
suivant.
Or, les mêmes comptes de la recette générale de l'année 1511 disent clairement que les « affaires secrètes »», que les en-
Yoyés de Philippe avaient à traiter, concernaient le mariage
du roi d'Angleterre avec Marguerite d'Autriche, sœur de l'archiduc.
En effet, Henri VII était veuf depuis deux ans, lorsque Philippe-le-Beau et Jeanne de Castille relâchèrent à Falmouth, non pour se reposer des fatigues de la mer, comme certains écrivains l'ont prétendu, mais pour échapper à une affreuse tempête qui menaçait de détruire toute
l'escadre, composée de quarante-deux navires. Le roi d'Angleterre accueillit les hôtes, que la Providence lui envoyait, avec de grandes démonstrations d'amitié et tous les honneurs dus à leur haute position. Il leur donna des fêtes
(1) Dans la note p. 108, il est dit qu'Arthus ou Arthur, prince de Galles, fils aîné de Henri VII, reçut l'Ordre de la Toison d'or. C'est là une erreur de l'auteur du Ms. Ce jeune prince était mort depuis cinq ans (en 1501),
lorsque les archiducs débarquèrent eu Auglelerre.
splendides et de brillantes chasses , mais ne les laissa se rembarquer qu'après avoir reçu de Philippe la main de sa sœur, la duchesse Marguerite, veuve du duc Philibert de Savoie, et la promesse d'une dotation de trois cent mille couronnes.
Le 14 avril 1506, les souverains étrangers reprirent la mer, et quinze jours après ils débarquèrent en Espagne (i).
C'est à ce traité imposé à Philippe par Henri VII,
dont lavarice ne connaissait point de bornes, que les
négociateurs flamands prirent part. Les comptes de la recette générale de Tan 1511 portent que la veuve de Pierre Anchemant et ses enfants reçurent 690 livres, somme due «* audit feu maistre Pierre Anchemant, tant pour et à cause w de deux volages que, par exprez commandement et orw donnance de feu de bonne mémoire le roy de Castille, « que Dieu absoille (2), il avoit faiz en son vivant, assavoir :
Ȕ le premier, devers le feu roy Henry d'Engleterre, que
w Dieu absoille (3), en l'an XV^ cincq, avec messire Jehan le
(i) In dit jaer, den x in lauwe, zoo vertroc coninc Philips met vrouwe
Jeanne naer Spaengnien, uut Zeelant, met xlii scepen, naer 't conincrycke van Castylien, van Léon ende van Grenaden te onlfanghene, omme daer ghecroont te zyne ; daer naer, op 't water wescnde drye ofte vier daghen by quade fortune van der zee endc van winde, zo dat hy by grooter avontueren ende by miraklc van Gode moeste landen in Inghelant, ende daer verdronc-
ken eenige smalle officieren ; ende in Inghelant zynde, was zeer heerlic
ontfangbeu ende gewiUecompt van den zoone van den coninc van Ingbelant, ende hy sont coninc PhiUps al 't ghuent dat hem behoufde van verwaelge ; ende was in Inghelant jaghende ende vlieghende met den coninc tôt op Sente Joorisdach, den xxiii april XV» VI naer Paesschen, midts dat de wint niet eer en stont cm te reysene ; en binnen xiiii daghen daernaer, quam de tydinghe dat by gbelant was in de Coloenge, ende dat hy troc tôt den groolen heere Sente Jacob in Ghalisien, in de stede van Compostelle. Memorie- Boeck der stad Cent, d. II.
(2) Philippe-le-Beau mourut, le 25 septembre i506, à Burgos, des suites d'un échauflement.
(5) Henri VII mourut, le 33 avril ioOO, au château de Richemont.
^ Sauvaige, chevalier, s"* d'Escoubeke, lors président de ^ Flandres, et Thoison d'or, roy aux armes de mesdis » seigneurs, pour traictier du mariage d'entre ledit feu n seigneur roy et madame Marguerite d'Autriche, comme
» pour le fait de l'ordre de la Jarretière, lequel par ledit ♦» feu roy fut lors receu et accepté (1). »
Pendant son séjour en Angleterre, Anchemant entretenait une correspondance très suivie avec le continent, et notamment avec le magistrat de Bruges (2).
Sous la rubrique : Ambassade de Pierre Anchemant EN Savoye ou Bresse, le manuscrit relate brièvement les péripéties du dernier voyage de ce diplomate. «♦ Incontinent
« aprèz son retour d'Angleterre, y est-il dit, Anchemant ♦» fut envoyé en ambassade, avecq ledict président de Flan- ^ dres, devers madame de Savoye, sœur dudict roy son w maistre, comme yl appert par l'extraict des comptes de " Simon Longin, recepveur gênerai des finances du roy »» (3).
La prodigieuse activité de corps et d'esprit dont Anchemant était doué lui fut fatale.
Sa santé, déjà fortement compromise par tant de fatigues,
ne résista pas à un surcroît de travail. A son arrivée à Bourg en Bresse, il tomba malade, et trois jours après, le 6 juillet 1506, il rendit le dernier soupir.
Philippe de Choisey, conseiller et trésorier de la duchesse de Savoie, fit dresser un inventaire « des biens meubles » demeurez de noble homme maistre Pierre Anchemant, » dont la dépouille mortelle fut inhumée en l'église de Notre- Dame de Bourg, dans la chapelle de S^-Pierre.
(1) Voir rAppE:«DicE N« III, p. 158.
(2) Voir r Appendice N» IX, p. 199.
(3) Voir p. Hi.
Cet inventaire et les comptes des frais des funérailles figurent parmi les papiers que le secrétaire de Philippele-Beau a laissés à ses descendants.
Deux ans avant sa mort, Anchemant avait fait son testament. Cet acte assez long, mais que nous reproduisons in extenso à titre de document pour l'étude des mœurs de cette époque, complète en quelque sorte la biographie du diplomate habile, de l'homme de bien, que l'archiduc Philippe eut à peine le temps de pleurer avant de descendre lui-même dans la tombe.