QUI EST MON PROCHAIN
nous le disions en commençant : tout se rapproche? » « Le monde entier, disait récemment un penseur chrétien, dont je traduis mal les paroles, n’est plus qu 'un voisinage », et j’ajoute : Si mon devoir est d’aimer mon prochain comme moimême, et si mon prochain est celui qui est assez rapproché de moi pour que je lui fasse du bien, il n’y a plus un homme sur la terre qui ne soit mon prochain, au bien duquel, par conséquent, je ne doive travailler.
Mais comment y travailler? L’histoire, ici, est instructive. Elle nous enseigne que quand Dieu abaisse les barrières entre les pays, qu’il ouvre les portes, fraie les voies, facilite les relations, c’est pour que l’Église en profite pour prêcher l’Évangile aux nations.
A deux reprises déjà, il en a été ainsi. Au moment où Jésus-Christ a paru, l’empire romain avait opéré une première unification du genre humain : les missions apostoliques en ont profité, et en trois siècles ont amené l’ancien monde au pied de la croix. Plus tard, on vit surgir une nouvelle humanité : le monde barbare, rompant les digues que l’empire lui avait opposées, fit apparaître au IVe siècle une nouvelle Europe et une nouvelle société : cette fois encore, l’Église fut fidèle à sa mission, et* au monde unifié par l’invasion germanique elle prêcha et fit accepter la foi chrétienne.
l’age des missions universelles.
Aujourd’hui, la Providence consomme sous nos yeux une troisième unification, après l’avoir préparée pendant des siècles par les explorations et les découvertes : mais cette unification, ce n’est pas celle du monde antique, qui se réduisait à peu près au bassin méditerranéen; ce n’est plus celle de l’Europe renouvelée par l’invasion germanique : c’est celle du genre humain tout entier. Une dernière fois, Dieu abaisse les barrières, ouvre les portes, fraie les voies, facilite les relations. De plus en plus l’humanité réalise son unité extérieure; et, en même temps, dans les profondeurs de sa conscience, l’homme se sent plus homme, plus frère de l’homme, quelles que soient sa race et la couleur de son visage. Et cette unité, désor-
mais accomplie, met devant l’Eglise une tâche sacrée : l’évangélisation, non plus d’une peuplade ou d’un continent, mais du monde entier. Dieu donne à 1 Eglise le monde entier, pour que l’Eglise donne au monde entier Jésus-Christ dans l’Evangile.
Mais cette tâche, l’Eglise n’a qu’un temps pour l’accomplir. Car si, comme nous l’avons montré, un des caractères de notre époque c’est que tout se rapproche, un autre de ses caractères, c’est que tout se hâte. Tout se hâte, tout court à son terme; quelle raison pour agir sans tarder!
On prête à M. Gladstone cette parole :