ON PEUT MANQUER ^OCCASION
Car on peut manquer les occasions , il importe de 11e pas l’oublier. Il y a en nous je ne sais quel fatalisme toujours prêt à nous persuader que les taches que nous négligeons s’accompliront quand même ; que « cela se fera tout seul ». Dieu nous garde d’être de ceux qui pensent ainsi!
Il est vrai que nous touchons ici à un mystère. Les promesses de notre Dieu nous garantissent la victoire de l’Evangile. Nous savons par le Maître lui-même que les nations entendront le témoignage de Jésus-Christ, et qu’alors viendra la fin. Mais ce que nous savons aussi, c’est qu’entre ce terme et le point de départ, qui est l’ordre de Jésus-Christ, il y avait, il y a encore un champ immense laissé à la liberté et à la responsabilité de l’Eglise, et par conséquent un grand devoir et un grand danger : le devoir de saisir, le danger de laisser perdre les occasions. L’histoire est pleine d’exemples de ces occasions manquées et de ces occasions saisies, et nul doute que la délivrance du monde eut été plus rapide et la marche de l’Evangile plus glorieuse, si l’Eglise n’avait si souvent, par lâcheté, par négligence, manqué les occasions.
Mais, dira-t-on, Dieu ne serait-il pas injuste en faisant pâtir les nations païennes de la négligence des chrétiens? Et ne doit-il pas à ces nations, ne se doit-il pas à lui-même de réparer le mal que les chrétiens auront fait par leur négligence? Ce côté de la question concerne Dieu, et nous pouvons avec confiance le remettre à sa justice et à sa mi-
l’occasion perdue nous diminue.
séricorde. Mais il en est un autre qui nous concerne nous-mêmes, et c’est celui sur lequel il faut insister.
En manquant les occasions, nous ne faisons pas tort seulement aux autres : nous nous faisons tort à nous-mêmes , et ce tort est irréparable, parce qu’il est sans excuse. Avec l’occasion de faire une œuvre pour son service, Dieu nous offre aussi l’occasion de grandir nous-mêmes. Par le discernement prompt de l’occasion, par l’obéissance rapide au devoir nettement perçu, nous aurions fait un progrès. En laissant échapper l’occasion, nous nous diminuons nous-mêmes; et tandis qu’elle s’enfuit à tire d’aile, nous sentons peser sur notre cœur comme la certitude d’une déchéance.
Je suis sous l’impression profonde qu’une alternative de ce genre s’offre actuellement à nos Eglises protestantes de France. Elles sont à un moment grave de leur histoire. Leur champ d’action en terre païenne a été subitement augmenté par les circonstances. Dieu met devant elles une occasion unique de faire une grande œuvre dans les missions, et, eu faisant cette œuvre, de grandir elles-mêmes.
Faut-il le dire plus clairement encore? Oui, je le crois, nos Eglises ont en ce moment une chance de regagner par la hardiesse de leur initiative dans les missions, — disons-mieux, — par leur simple obéissance, par leur fidélité à discerner et à saisir l’occasion que Dieu leur offre d’agir dans
MISSIONS ET rilOGRÈS A L’INTÉRIEUR.
le monde païen, elles ont une chance de regagner, en partie au moins, la position que leur a fait perdre la persécution. Grandes par les missions, elles redeviendraient grandes à l’intérieur.
11 suffit d’un regard sur le monde pour le comprendre. C’est désormais au-delà des mers que se poursuivent les grandes luttes d’influence et que s’acquièrent la force et la suprématie. Les nations le savent, et travaillent à augmenter leur domaine colonial; de plus en plus leur avenir se prépare en Afrique, en Asie et dans le reste du monde, autant et plus qu’en Europe.
Les Eglises doivent le comprendre aussi.
Désormais leur force et leur influence au dedans sont liées à ce qu’elles seront au dehors. Une Eglise petite par le nombre peut être grande par ses missions, et, grandie par ses missions, se trouver de plus en plus forte pour les tâches qui l’attendent à l’intérieur.