ANCIENNE MISSION DE FORT WILLIAM
Cette proximité des blancs serait, comme ailleurs, une source d’ennuis sans nombre pour la nouvelle colonie. La terrible eau-de-feu devait surtout exercer la vigilance des pasteurs. Dieu, heureusement, les avait armés pour cette lutte: chez le P. Choné on remarquait surtout l'élan et la force; chez le P. Frémiot c’était plutôt l’amabilité et la persuasion avec le même amour des âmes.
Le successeur de ce dernier, en 1852, fut le P. du Ranquet, que nous avons déjà vu à l’œuvre aux îles Walpole et Manitouline. Il rappelait par son zèle et sa sainteté les apôtres des temps héroïques du Canada. Les longues courses lui étaient confiées: au midi, Grand- Marais, Grand-Portage, dans le Minnesota, et même jusqu à la rive sud du lac où il retrouvait les traces de
ses illustres devanciers, les PP. Ménard, Allouez, Druillettes ; en face du delta de la rivière, des îles nombreuses et surtout la grande lie Royale; au nord les distances s'accentuaient, Red Rock à 100 milles, Nipigon à 150 milles et, poussant plus loin que le P. Frémiot qui avait planté la croix à Nipigon, il se rendait jusqu’à Michipicoton, 300 milles.
Nul chemin de fer en ce temps-là. Tous les voyages se faisaient, en été, partie en canot, partie à pied, sac au dos; en hiver, sur les raquettes et battant la neige devant les traîneaux à chiens. Au retour de ses expéditions, le P. du Ranquet écrivait des mémoires où il indiquait les divers obstacles à l’évangélisation des sauvages et, désireux d'être utile à ses frères, suggérait les moyens, les industries propres à rendre le travail plus facile et plus fructueux. Il composait en outre des opuscules en odjibwé et se livrait si bien à l’étude approfondie de l’algonquin qu’il devint, comme nous l'avons dit, un des maîtres de la langue.
Compagnon du P. du Ranquet puis, au départ de celui-ci pour Wikwemikong en 1877, son successeur et son émule, le P. Joseph Flébert a laissé chez les blancs et les Indiens catholiques et protestants, le souvenir d’un missionnaire où le savoir le disputait à la sainteté, où l’ardeur du zèle s’alliait aux plus délicates attentions du cœur. Malheureusement il ne sut pas proportionner le travail à ses forces. Cinq années d’efforts surhumains le brisèrent dans la force de l’âge: il dut renoncer aux courses lointaines. Nommé supérieur de la mission de Fort William, il s’appliqua à combattre deux fléaux qui désolaient la réserve: le concubinage et l’intempérance. Il y réussit admirablement par l’Apostolat de la Prière d’une part, et de l'autre par une société de tempérance sous la protection du Sacré Cœur de Jésus.
Les années se succédèrent paisibles sur les rives de la Kaministikwia jusqu’au jour où le Grand-Tronc- Pacifique voulut établir son débouché de l’ouest au lac
Supérieur et y placer ses immenses entrepôts. 11 jeta son dévolu sur l'embouchure de la rivière, en face du Pacifique-Canadien et obtint du gouvernement, en 1905, une tranche de la réserve de Fort William. Cette tranche, proportionnée à l’appétit bien connu des compagnies de chemin de fer, englobait dans ses 1,600 acres le village,