Chapitre Premier
APERÇU GÉNÉRAL DES MISSIONS
Les missions sauvages actuelles du Canada confiées à la Compagnie de Jésus, sans revêtir l’aspect héroïque de ses anciennes missions, présentent néanmoins au zèle du missionnaire un aliment assez riche pour qu'il y doive exercer les plus belles qualités de son intelligence et de son cœur.
Le territoire qui les renferme n’a plus l’immensité d’autrefois: il a été amputé de toutes les régions des provinces maritimes, du golfe, des deux rives du Saint- Laurent et des Etats-Unis de l’est et ua centre. De sorte que, à part la réserve iroquoise de Caughnawaga, aux portes de Montréal, c’est l’Ontario qui détient présentement les missions canadiennes de la Compagnie de Jésus.
Elles s’échelonnent autour de la baie Géorgienne, remontent la rivière des Français jusqu’au lac Nipissing, forment des îlots le long du chemin de fer Pacifique Canadien, couvrent la grande Ile Manitouline, constellent les rives du Chenal du Nord, de la rivière Sainte- Marie et de la partie orientale du lac Supérieur, remontent
les vastes espaces de 1 Ontario-Nord jusqu a la rivière Albany, pour redescendre vers le lac Nipigon et s arrêter à l’extrémité occidentale du lac Supérieur. Bien que délimité de la sorte, ce territoire n’est pourtant point une simple enclave: il se déploie sur une superficie de 85,000 milles carrés, soit un peu moins du quart de la province ontarienne, presque la moitié de la France, et beaucoup plus que la moitié de l'Italie.
L’Ontario possède au delà de 29,000 Indiens, appartenant aux deux grandes races algonquine et huronneiroquoise. Les Iroquois, au nombre de 11,000, — dont 10,000 protestants et 1,000 païens — forment un bloc quasi impénétrable entre les lacs Huron, Érié, Ontario et Simcoe. Les autres sont tous de la famille algonquine. Au nord et à l’ouest (Témiscamingue, lac des Bois, baie James et baie d'Hudson), les PP. Oblats desservent des Montagnais, des Cris et des Muskégons.
Les missions des Jésuites, sur le territoire indiqué plus haut, contiennent quelques Muskégons au nord, au centre un bon nombre d’Outaouais, mais surtout des Odjibwés ou Sauteux. On pourrait les évaluer à près de 9,000 âmes, dont 7,600 catholiques, 1,210 protestants et 130 païens. Nombre restreint de gerbes, il est vrai, dans le vaste champ du père de famille — ce qui du reste est le fait de toutes les missions sauvages de l’Amérique du nord — mais ces gerbes sont déjà mûres pour la moisson, albae surit iam ad messem, elles n'attendent que la main du missionnaire pour être engrangées dans les parvis célestes.
L éparpillement des missions indiennes constitue l’un des obstacles à leur prompte et pleine évangélisation. Beaucoup d entre elles sont à de grandes distances les unes des autres: de là une perte de temps considérable pour les atteindre, des embarras et des fatigues pour le missionnaire, la nécessité pour lui de ne demeurer que
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peu de jours à chaque poste, afin de pouvoir les visiter toutes en temps convenable.
Sans doute, de nos jours, les chemins de fer apportent aux missionnaires un secours que nos anciens ne connaissaient point. Mais encore ce secours est-il assez précaire et ne couvre souvent que de faibles distances. Les longs parcours de 200, 400 et jusqu’à 700 milles se