LA MISSION DE CHINE
Le Céleste Empire d’autrefois, descendu au rang d une banale république sublunaire divisée par surcroît contre elle-même, n’en demeure pas moins un peuple immense de plus de quatre cents millions d’âmes. Et ces âmes qui incessamment naissent, vivent et meurent, ont été rachetées, comme toute âme venant en ce monde, par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Encore faut-il que ce sang divin leur soit infusé, pour les régénérer et les faire enfants de Dieu et de la sainte Église.
Comme on pouvait s’y attendre, l’Eglise de Jésus- Christ s’y est appliquée. Elle avait devant elle un bloc gigantesque de marbre que plusieurs statuaires devaient attaquer de différents côtés à la fois, ou encore, un immense champ inculte que des ouvriers de toutes les heures allaient se partager. Depuis le dix-septième siècle (pour ne rien dire des essais intermittents qui précédèrent) jusqu’au vingtième, ça été et c’est encore l'œuvre des prêtres des nations chrétiennes, religieux et séculiers, Franciscains, Dominicains, Jésuites, Lazaristes, Augustiniens, prêtres du Séminaire des Missions- Etrangères, Frères Maristes, et un bon nombre de communautés religieuses de femmes; prêtres, religieux et religieuses aidés par un clergé et des vierges indigènes qui se font de plus en plus nombreux.
Héritier de cette flamme d’apostolat qui fait de notre mère-patrie l’apôtre du monde, le Canada français ne pouvait se tenir à l’écart d’un semblable mouvement. Il y a vingt ans, un institut de femmes se fonda à Montréal sous le nom de (( Sœurs Missionnaires de l’Immaculée- Conception ». Son but principal était précisément la propagation de la foi en pays infidèles, notamment en Chine. Trois fondations y sont déjà faites.
Les femmes, cette fois, avaient pris les devants. Les hommes suivirent. Un projet de Séminaire canadien des Missions-Étrangères se fit jour et peu à peu prit corps. En 1922 la pierre angulaire de l’édifice était posée; en 1924 le séminaire était solennellement bénit et ouvert à quinze séminaristes.
Au cours de l’année 1842, la Compagnie de Jésus, en même temps qu’elle revenait au Canada, retournait en Chine. La province de Portugal, celle de Turin, deux provinces d’Espagne et deux de France y développèrent rapidement de belles œuvres. Des correspondances s'échangeaient entre les missions françaises et le Canada. L’idée d’un départ pour la Chine germa dans le cœur d’un scolastique, F. Paul Gagnon et d'un jeune prêtre, P. Édouard Goulet. Ils partirent en 1918. Fait prêtre depuis, le P. Gagnon est missionnaire au Tchély-Sud-Est, territoire de la province de Champagne. Le P. Goulet, après cinq années de séjour en Chine, a été appelé à Rome et fait secrétaire des Missions de la Compagnie de Jésus. Le branle était donné. Trois scolastiques, FF. Édouard Côté, Auguste Gagnon et Georges Marin, partirent en 1920: ils entraient dans la province de France, dont le champ d’action est le Kiang-Sou.
En 1924, un grand chengement survint dans la province canadienne. Elle était divisée en deux: à l'ouest la vice-province anglaise du Haut-Canada, à l'est la province française du Bas-Canada. La vice-province prenait les missions sauvages de l'Ontario, que les Jésuites canadiens-français avaient jusque-là fondées, formées et développées avec le zèle que nous n’avons fait qu'entrevoir; Quelle mission auraient-ils maintenant ? Car il leur en fallait une, certes. Le 27 juillet 1924, le 4 . R. P. Général annonçait la bonne nouvelle, laetum nuntium • 1a. mission chinoise de Siu-tcheou-fou était destinée à la province du Bas-Canada; elle lui serait attribuée définitivement aussitôt que le nombre des missionnaires et l'expérience des choses de Chine seraient