SCÈNE IV
Les MÉsiES, CLAUDE, LÉON.
LÉON
Ah ! te voilà, toi !
CLÉMENCE
Justement, nous parlions de vous.
Qu’cst-ce que tu viens faire ici, paresseux, abominable üàneur ?
CLAUDE
C’est sur ce ton-là que vous chantiez mes louanges ? CLÉMENCE.
Pas moi, je m’en défends.
LÉON
Pourquoi ne t’a-t-on pas vu depuis six semaines?
CLAUDE
Parce que...
LÉON
Parce que... parce que les beaux yeux qui vous plaisent ne sont plus ici.
CLAUDE
Dame... il y a un peu de vrai.
LEON
Ah ! tu l'avoues, infâme !
CLAUDE
.. Ne veux-tü pas que je vienne pour les tiens ou pour ceux de ta femme ?
LÉON
11 ne manquerait plus. que ça!
CLÉMENCE) lut tendant la main.
Mdi,je ne vous querelle pas; mais vous n’étes pas gentil.
Avez-vous de ses nouvelles?... Revient-elle bientôt ? CLÉMENCE.
Nous n’en savons rien encore.
LÉON
C’est ma tante qui décider, i cela.
CLÉMENCE
Mais, dans sa dernière lettre, Pauline nous chargeait de vous donner une bonne poignée de main.
CLAUDE
Ah I vous ni'encliantez 1 Maintenant, mes bons amis, je dois vous dire que je n’ai pas eu une minute à moi.
LES MITAINES DE l’aMI POULET.
LÉON
Oui, oui, nous la connaissons, cclle-là.
CLAUDE
Je vous assure que j'ai travaillé comme un nègre.
LÉO?i.
Toi?... Tu auras travaillé la pipe et le billard.
CLAUDE
Ah çà, mais, je suis sur la sellette ici. Je n'ai jamais poussé une bille, et je ne fume que la cigarette.
Alors, qu’est-ce que tu as fait? Voyons!
CLAUDE
J’ai terminé mon tableau pour l'exposition, et je viens vous annoncer qu’il a été admis.
LÉON
- Ah bah! tu as fait un tableau?
CLAUDE
Il parait.
CLÉMENCE, M Itvaul.
Un paysage?
CLAUDE
Ça ressemble assez à un paysage.
LÉON
Une grande prairie bien verte, avec des moutons?
CLAUDE
• Avec des moutons. Seulement, les moutons sont à côté, dans le tableau d’un de mes amis.
LÉON
Enfin* ta peinture a été admise. — Tu peux te vanter d’avoir eu de la chance.
CLÉMENCE
. De la chance, non, mais du hüent. —• Quand je te disais, moi, qu’il en avait, et beaucoup.
Tu en doutais donc 1
LÉON
Mais dame... tu comprends... Je te connais depuis si longtemps.
CUUDE»
Alors tu es de ceux qui ne croient pas au talent des amis ?
LÉON
Non ; mais pour que j’y croie, il faut qu’ils en aient beaucoup, sans quoi je soutiens que c’est un service leur rendre que de les avertir, de leur signaler leurs défauts. L’amitië en fait un devoir. Ainsi, mon cher, je t’en préviens, si ton tableau n’est pas bon, je ne prendrai pas de mitaines pour te le dire.
CLAUDE , riaut.
Ail ! merci, mon Dieu I
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