PRÉFACE XXXI
membre de cette éternité et non un moment passif ou inerte, mais un moment et un membre qui, à force de bonne volonté, réalise en un sens cette éternité. Le langage humain est bien infirme pour exprimer ces réalités, mais peut-être vaut-il encore mieux les exprimer mal que de ne pas les exprimer du tout.
L'impression fondamentale qu'on éprouve à la lecture de « Quelques Lettres «.c'est que l'auteur est arrivé à une étape religieuse supérieure, non pas en trouvant quelques vérités nouvelles dans l'ordre exégétique ou scientifique, mais parce qu'en lui, l'àme catholique s'est agrandie, fortifiée, a saisi un horizon plus vaste, est devenue plus catholique.
Je sais bien que ceci va beaii^coup étonner — si toutefois ils me lisent — ceux qui se représenlent Loisy comme une sorte de Satan, qui se serait donné pour mission de démolir la Bible.
La critique n'a jamais rien détruit ; il est vrai que parfois, maniée par des mains inexpertes, elle a pu sembler une sorte de dogmatique à rebouis; mais sous la plume de Loisy, elle devient constructive et édifiante. Elle nous rend l'histoire de l'effort religieux à travers les siècles, et nous montre comment des tentatives informes, grossières, ont été la préface nécessaire et la préparation des progrès les plus purs de la conscience. Un certain
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idéalisme rationaliste accepterait volontiers les principales conquêtes de la critique, mais ne voudrait pas voir le long chemin parcouru pour y arriver. L'histoire nous montre que pour connaître le fruit, il faut avoir étudié l'arbre.
Cette sensation de catholicité, je veux dire de vie diffuse, de création continue, de puissance dynamique individuelle qui aspire k se donner, se soumettre et s'harmoniser pour un effort commun, éternel et infini, tout cela la dernière œuvre de Loisy le donne à un deg-ré qui oblige à penser que ceux qui l'accusent d'avoir adopté des vues protestantes sont frappés d'une sorte de cécité.
Qu'on lise par exemple la lettre à un étudiant en théologie de Genève, et on y verra ce que deviendra l'effort missionnaire, le jour où, pleinement conscient des lois de la vie, il comprendra son devoir de les respecter et d'aider la nature dans les choses spirituelles, comme le médecin l'aide, à im autre point de vue.
Dans cette lettre, l'auteur parle avec une simplicité et une modération qui n'ont rien d'étudié ou de voulu ; il sait que son correspondant comprendra, s'il est arrivé à un certain degré de développement religieux, et que, s'il n'y est pas arrivé, il serait indiscret, prématuré et même coupable de le troubler et de chercher à précipiter du dehors son évolution.
PREFACE XXXIK
Parfois la poule qui couve croit entendre, avant 1 heure, les petits poussins heurter à la porte de leur prison. On la voit alors, toute fiévreuse, faire effort pour leur répondre discrètement ; elle craint de sètre trompée et sent que ce nest pas à elle de hâter le moment solennel.
Loisy a des délicatesses tout à fait analog^ues et qui n'ont rien d'une tactique habile. Elles viennent de sa foi ; il sait que l'essentiel n'est pas d'être arrivé à tel ou tel point, mais de travailler, d'être en route.
Par cette voie toute scientifique, il est parvenu là où beaucoup seront étonnés de le rencontrer, à une notion de IKg-lise d un ardent mysticisme.
Combien pauvre, extérieure, formelle, l'unité de l'Eglise, maintenue à coup démesures disciplinaires par le Saint-Siège, à côté de l'unité libre, réelle, dans laquelle pense et se meut ce prétendu hérétique !
Pie X croit lunité sauvée lorsqu'il reçoit l'expression de la soumission unanime de l'épiscopat. C'est l'Unité peut-être, mais l'unité dun hommage forcé, quand ce n'est pas l'unité dans le découragement, la lâcheté ou la peur ; ce n'est pas seulement une unité mensongère, c'est un blasphème contre l'unité vraie.
Que l'on rapproche les lettres grandiloquentes et
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obséquieuses d'un épiscopal enrégimenté, des pagef* où Loisy dit son expérience, sa sensation de communion avec un corps éternel auquel il appartint d'abord sans l'avoir voulu, mais dont il devient chaque jour un membre plus spontané, plus décidé, et Ton verra de quel côté sont celles qui resteront un témoignag-e de la foi du commencement de ce xx*^ siècle.
Ce qui fait la force de sa position et de celle des modernistes, c'est que leur probité scientifique, bien loin de les conduire à une pure et simple nég-ation relig-ieuse, les amène au contraire à un sol scientifique inébranlable, où la pensée religieuse se développe avec une vig-ueur, une sérénité, une indépendance, une fierté que nous ne lui avons jamais vue.
De nombreuses personnes pensent que les novateurs, en gens avisés, font des concessions sur le terrain scientifique, sont des opportunistes se pliant aux circonstances ; ceux qui pensent ainsi se trompent aussi lourdement que ceux qui voient en eux des protestants déguisés.
Cette attitude équivoque, où on afïîrmerait, comme membre d'une église, ce qu'on nierait comme savant ou tout simplement comme homme,