XLVI PRÉFACE
trouvé dans son enseig-nernent un point de départ, une méthode, une orientation.
Ceux qui voient en lui un savant désireux d'imposer certaines thèses comme des résultats définitifs, montrent simplement qu'ils ne savent pas lire les textes les plus simples et les plus évidents, et il a eu pleinement le droit de qualifier l'Encyclique Pascendi Dotninici grecjis de « solennelle diffamation ».
Elle n'est que cela, non seulement parce que ni Loisy, ni Tvrrell, ni le Rinnovamento, ni le D*" Schell, ni Le Roy ne se sont posés en docteurs de i'Eg-lise; elle Test aussi parce que, quand elle parle de démasquer les modernistes ou de révéler leurs procédés, leurs ruses et leurs perfidies, elle vise plus à déconsidérer les égarés qu'à les ramener, et ses jugements ne font guère songer aux mesures d'une autorité qui voudrait se faire respecter même par ceux qu elle est obligée de frapper.
Pie X connaît évidemment mieux Mgr Montagnini, le cardinal Merry del Val et Mgr Benigni que ceux qu'il a condamnés. 11 se représente les modernistes à travers les antimodernistes. 11 lui semble qu'on entre dans le modernisme, à peu près comme dans un parti politique fermé ou à l'Académie des Nobles ecclésiastiques. On pourrait n'y pas entrer ; une fois entré, on pourrait en sortir.
l'HÉFACE XLVn
vv ne serait qu une porte à franchir, et très naïvement il ne comprend pas qu'on lui refuse ce plaisir, (^iet état d'esprit n'est pas seulement celui de Pie X, on esl bien forcé de constater ({u'il est celui dune notable partie de la hiérarchie et du clerg-é, et que ces Messieurs paraissent n'avoir jamais été elïïeurés par l'idée qu'il y a des soumissions impossibles, je veux dire possibles seulement dans le mensong-e et le parjure '.
La tranquillité avec laquelle ils insistent pour obtenir ces soumissions a quelque chose qui est d'abord pénible, et qui, à la long-ue, devient traijique. Si purgée de tout esprit scientilique qu'on puisse s'imaj^iner. par exemple, la Commission pontificale des éludes bibliques, , comment les membres qui y restent arrivent-ils à croire qu'un homme puisse à volonté affirmer ou nier que tel livre biblique a pour auteur celui que lui assig-ne la tradition ?
L'Eglise qui aurait dû créer à notre civilisation l'esprit de A^érité, d'exactitude, d'humilité scientifique, de franchise virile, est tombée entre les mains d'une administration qui fait, au contraire, tout son possible pour étouffer cet esprit, et en ai-rive à nous conseiller des actes
1. C'est une des idc;es auxquelles Loisy csl plus souvent obligé de revenir dans sa correspondance.