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Mesdames, Messiixhs,
Quand je reçus la flatteuse invitation du Comité Jowett à venir parler devant vous, je répondis sur le champ par une acceptation enthousiaste.
CroA'ez pourtant que je sentais 'combien était redoutable et inquiétant l'honneur qui m'était fait ; j'étais même fort préoccupé de la responsabilité que j'assumais, d'abord vis-à-vis de l'auditoire en venant vous entretenir d'un sujet si complexe, si brûlant ; puis vis-à-vis do ceux dont je vais parler, puisque mes appréciations seront, sans doute, celles d'un spectateur très intéressé et plein de bonne volonté, mais qui est bien loin d'avoir la formation intellectuelle, les énergies juvéniles et mystiques indispensables pour parler des modernistes avec compétence et autorité.
Ce qui me décida tout de suite, ce fut Tidée que nous allions être réunis, les uns et les autres, en
mémoire et en quelque sorte sous la protection du célèbre maître de Baliiol : Téminent éducateur qui vécut toujours préoccupé d'ouvrir les portes de son cœur et les fenêtres de son intellig-ence vers des horizons nouveaux et plus vastes, aurait aimé le sujet que nous allons aborder. Il aurait aimé, j'en suis sûr, l'esprit d'humilité et de chaleureuse sympathie dans le(juel je vais m'efîorcer de le traiter.
Puisque la pi'incipale préoccupation de Jowett fut de décourager le dogmatisme et d'encourager la pensée, il n'aurait pas seulement ressenti de la curiosité pour l'explosion de vie qui vient de se produire dans l'Eglise catholique romaine et qu'on a, très improprement, baptisée du nom de modernisme, il se serait senti en harmon-e, lointaine peut-être et mystérieuse, mais profonde, avec elle.
Mon but — vous l'avez deviné déjà, j'espère, — n'est donc pas de prononcer un jugement définitif sur le modernisme et l'antimodernisme ; il est d'appeler votre attention de ce côté, de vous conseiller de ne pas vous laisser absorber par des préoccupations confessionnelles, et de vous avertir que là, tout près de nous, vase livrer, se livre déjà une lutte intellectuelle, morale, religieuse, d'une rare beauté, d'une puissante fécondité.
Pour la bien voir, pour comprendre la position relative des champions et avoir le droit sinon de nous enrôler dans l'un des deux camps, du moins
de faire, en bonne conscience, des vœux pour les uns ou pour les autres, nous avons besoin de faire un viril elîort, de lutter contre le courant, non seulement des idées qui nous entourent, mais contre le courant de nos propres idées et de nos jui^emenls habituels. Vous voyez que là encore nous serons guidés par la méthode qui fut la caractéristique de Jowett et lui assura, pendant près de cinquante ans, une influence qu'il est plus facile de sentir que de définir et d'analyser.
Vous comprenez, maintenant, Mesdames et Messieurs, combien est profonde la reconnaissance dont je prie votre Comité d'agréer l'expression, et aussi toute mon émotion, à la pensée d'entreprendre avec vous une étude si délicate. En apparence nous nous occuperons d'hommes qui vivent très loin de nous; mais nous nous apercevrons bien vite que la lutte du modernisme et de l'antimodernisme est appelée à gagner rapidement nos églises ou nos chapelles, et pour peu que nous voulions bien nous recueillir, nous sentirons qu'elle existe en nous-mêmes, que dans notre cœur et notre intelligence il y a un moderniste et un antimoderniste aux prises.
Combien nous sommes déjà loin des événements ecclésiastiques de France, qui naguère occupaient si fort l'attention publique ! Partout on comnîence à s'apercevoir que la crise de la Séparation n'a été
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qu'un épisode de détail, un accident, quand on la rapproche de la formidable crise intérieure qui travaille l'Eglise Romaine, non seulement en France mais en Italie, en Angleterre, en Allemagne et dans tous les pays du monde.
La Séparation des Eglises et de l'Etat n'a guère été qu'un fait politique. Son importance a été une importance de symptôme. Elle constitue une défaite, non pour lEglise Romaine, considérée comme société spirituelle, mais pour l'administration de cette Eglise, disons le mot : pour le Vatican, puisque cette administration avait mobilisé toutes ses forces, forces matérielles et forces spirituelles, afin d'empêcher le vote de la loi !
Dans le monde entier des prières s'élevèrent, bruyantes, indiscrètes, pour mettre Dieu en demeure en quelque sorte de manifester sa puissance. On inventa des dévotions nouvelles pour toucher la Vierge Marie. On fit violence aux vieux saints! on en canonisa même de nouveaux : tout cela sans résultat. Le ciel resta muet, et le peuple catholique de France fit comme le ciel : les bulles de Rome eurent beau se faire pressantes, il n'y prêta qu'une attention distraite ou même dédaigneuse. Tout cela n'était ([ue <le la politique religieuse et n'intéressait ni sa conscience, ni sa religion, ni sa foi. Voilà ce à quoi on n'a peut-être pas assez fait attention, surtout à l'étranger.
Le peuple de France n'est pas un peuple
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(ralliées, lie matérialistes ou de sce})ii(iues ; dès c|u on rinteiToge avec un peu de discrétion, on s'aperçoit que les préoccupations idéales sont caractéristiques de sa personnalité; il veut aller à la messe, à une vraie messe, traditionnelle, dite par un prêtre en communion avec son évèque et le Sièg^e apostolique ; mais ce qu'il ne veut absolument pas, c'est la profanation constante de cette nxosse par la politique. Ce qu'il déteste par-dessus tout, c'est que la sacristie et l'ég-lise de son village deviennent des officines à élections.
Si, au début des grandes discussions sur la Séparation, Rome avait dit, comme le demandait la majorité de l'épiscopat : « Théoriquement et traditionnellement, l'Eglise préfère l'union ; mais, puisqu'on Amérique la séparation existe et que le catholicisme ne s'y porte pas plus mal qu'ailleurs, nous laissons la question ouverte et libre » ; si on avait vu les évéques prendre part au débat comme de simples citoyens, chercher à faire prévaloir leurs vues par une discussion aimable, courtoise, respectueuse de toutes les idées et même de tous les préjugés, les choses se seraient passées bien autrement.
La Séparation se ser.iit faite, mais elle se serait faite dans le calme, la paix, la tranquillité. 11 n'y aurait eu ni vainqueurs, ni vaincus. Malheureusement, il y a des vainqueurs et des vaincus; des vainqueurs qui ne sont pas tles saints et des vain-
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eus qui ne sont guère sympathiques ; qui font même tout ce qu'ils peuvent pour se préparer de nouvelles et plus irrémédiables défaites.
On les voit sans cesse se pavaner sur des tréteaux, cherchant à attirer la foule par un étalage de fougueux nationalisme : ce sont les professionnels du patriotisme ; et cependant, si on regarde de près, on s'aperçoit bien vite qu'ils sont de merveilleux agents de dissolution et de désunion nationale. D'emblée, par avance, ils discréditent tous les efforts qui ne partent pas d'eux, tous les hommes qui ne sont pas leurs créatures ; ils crient union, union, mais ces mots dans leur bouche veulent simplement dire : nous acceptons voire concours si vous voulez nous obéir ; obéir, non seulement quand nous vous parlerons tout haut, mais aussi quand nous vous parlerons tout bas. et même quand nous vous dirons tout haut le contraire de ce qu'il faudra comprendre.
Voilà comment se comportent ceux qui ont fait de la Séparation une grande bataille, espérant qu'ils allaient la gagner.
Vous me pardonnerez, Messieurs, ces considéralions. Je vous monlreroi tout à l'heure comment elles se rattachent à notre sujet. Mais j'avais une autre raison de m'y arrêter un instant, c'est que ces Français éprouvent une joie singulière à créer à l'étranger des courants d'idées contre leurs compatriotes et le gouvernement de leur pays. Que de
gens je rencontre, qui, grâce à ces eilbrls, sont persuadés qu'en notre pays règne une sorte de terreur religieuse, que les églises sont formées et les prêtres obligés de se cacher. Si ce nélait si triste, on pourrait trouver bien de la saveur au spectacle qu'offrent ces paladins du patriotisme, lorsque quelque nuage s'élève à l'horizon de leur pays. Avec quelle ardeur ils l'exagèrent, dans l'espoir mal dissimulé quau moment d'une crise violente ils auraient la chance de pouvoir faire ce que, dans leur pittoresque langage, ils appellent le grand coup.
Ce gi'and coup, c'est l'établissement ilu règne du Sacré-Cœur; ceux qui sont un peu plus vieux jeu, disent du règne de Dieu ; mais règne du Sacré- Cœur ou règne de Dieu n'ont qu'une toute verbale parenté avec le royaume de Dieu dont il est question dans les évangiles '.
En temps normal et à l'intérieur du pays, un tel parti nest guère dangereux, car on le connaît; il
1. Oii nous parle aussi du règne de Marie, et les plus sérieux journaux catholiques, aux approches du 15 août ouvrent leurs colonnes à un Acte d'hommage au Cœur Immaculé de Mario, reine de la France (Voir par exeinple i Univers du 9 août 1908), où sous couleur de fêter l'Assomption, on invite les électeurs catholiques à se rendre en foule dans les églises pour le serment au drapeau.
Je suis persuadé que beaucoup de bons catholiques qui auraient assilé à la messe, le jour de l'Assomption, pour célébrci" une fête traditionnelle, éviteront de s'y rcndi-e, ne voulant pas que leur présence puisse être regardée comme une adhésion -lux idées politiques de M. le \ice-amiral de Cuvcrville.
ne devient redoutable qu'aux heures de crise; il est toujours redoutable à l'étranger. C'est lui qxii, pendant les débats sur la Séparation, est parvenu à obscurcir les choses les plus simples, à noyer l'opinion internationale sous des flots de renseig-nements où les g-rands faits disparaissaient, où des détails pittoresques habilement exploités absorbaient l'attention.
Le grand fait qui domine toute cette crise, c'est que nos soixante-quatorze évêques, réunis le 30 mai 1906 en assemblée plénière, accueillirent par 56 voix contre 18 le projet de Mg-r Fulbert Petit, archevêque de Besançon, projet qui permettait de se soumettre à la loi ^ ; et que le pape Pie X ne
1. Il y eut trois votes, lors de la première réunion plénière de l'épiscopat, qui dura trois jours (30 mai — d" juin). Par un premier vote, vote de principe et par acclamation, fut décidil'envoi au Souverain Pontife d'une adresse préparée par le cardinal Lecot, arch. de Hordeaux. 11 y eut l'unanimité moins deux voix (on trouvera le texte de ce document dans l'Osservalore Romano du 13 août 1906). Les évoques avaient cru être très habiles en donnant dans ce document grandiloquent une marque éclatante d'union avec le Saint-Siège et ils espéraient que Rome, satisfaite de cette manifestation, entrerait enfin dans leurs préoccupations.
Aussi par 48 voix contre 2ij, an scrutin secret, décidèrent-ils en principe, qu'il y avait lieu de rechercher un modus vivendi qui permettrait de créer des associations à la fois léf^ales rt canoniques.
Eniin, par 5fi voix contre 18. ils adoptèrent le projet présenté par Mgr Fulbert Petit.
En lisant attentivement la lettre de cet archevêque, datée du 16 avril 19o7 et insérée dans la Croix du il juni(!) on verra que. sans entrer dans les détails précis, elle confirme l'essentiel de tout ceci. Voir p. 130, et aux Additions, p. ttt, note 3.
tint aucun compte do ce vœu. Ly rédaction de rencyclique Gravissimo, du 1 0 août suivant, ne constituait pas un niensong-e, elle était quelque chose de pire, elle était une équivoque voulue et étudiée. Elle ne disait pas le contraire de la vérité, mais elle le donnait k croire K
En efîet, tous ceux cjui ne savent les faits que par ce document, sont persuadés que l'épiscopat français ne s'était pas seulement soumis à la condamnation théorique de la loi, déjà prononcée par le pape, mais qu'il en avait sollicité la condam-
i. Voici les textes : « Damnata igitur, lit debuimus, improba lege, id considerarc dilip^entissime cœpinius, uUainne démuni e.jusdem praescripta legis reliiiquereni Nobis facultatem ita f)rdinand;c in Gallia relig^iosic rci. ut sacrosancla principia quibus Ecclesia nititur, nihil detrimenli caperent. lu quo visiim Nobis est, vos ctiam Galliue Episcopos adjiibere iii consiliuin universos ; indictoquc vestro omnium conventii. hoc ipsum vobis maxime, de quo consultarctis mandavimus. Nunc aulem, copnitis consultis vcstris, exquisitis complurium Cardinalium sententiis. re diu et multum Nobiscum meditata, ma- ^nisque precibus implorato Paire luminum, omnino \idemus r.iciendum ut quod ipsi fere ad unum omnes censuistis, idem Nos Apostolica auctoritate confiriiienius.
« Itaque de consociationibus civiuni, quales, divini cultus exercendi causa, lex constitui jubet, sic decernimus nullo cas pacte conflari posse, quin sanctissima jura, quœ ad vitam ipsam Kcclesiic pertinent, violentur.
« Dim:ssis vero consociationibus istis, quas probare Nos quidem conscientia ofïicii prohibemur, opportunum videri potest oxperiri an liceat, earum loco, al quod aliud instilui consocialionum g-enus quod simul legitimum sit et canonicum, atc]ue ita laboriosissima, quœ imminent tempora, catholicis Gallis defendcre. Profecto tam sollicites atque anxios ista Nos tenent, nt nihil magis ; atque utinam spes all'ulgeat, si non bona, at aliqua tamcn, posse Nos, disino saho jure, id inire experimenti ut dilectos iilios tantorum malorum metu liberemus. At quo
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nation définitive, ce qui est précisément le contraire de la vérité'.
niam hac manente lege, spes islius modi nuUa oslcaditui', istud allerum consociationum tciitare genus negamus fa« esse, usque dum légitime certoque non consliLerit divinam Ecclesitc consLitulioncin, alque immutabilia Roiiiani Pontiûcis et Episcopoi'uni jura, eorumque in bona necessaria Ecclesiae, pr;ccipue templa, potestaiem, incolumia per consociationes easdem et tula semper fore : contrarium velle Nos. nisi religioiiem ofTicii deserendo. atque interitum Ecclesiu' GalliciLcoaficiendo, non possumus. »
1. L'Osservatore Romnno. journal ufTiciol du Sainl-Siège publia, dans son n" du i'ô août l'.lOd. l'adresse préparée au nom de répiscopat par le cardinal Lccol. et le lendemain, 14 août, il donnait la bulle Gravissimo. La presse du monde entier vil «ntre les deux documents une relation de cause à efl'et, et pensa que le Saint-Siège, en condamnant toute accommodation avec la loi nouvelle n'avait fait qu'homologuer les désirs de l'épiscopat français.
Comment le Saint-Siège ne comprend-il pas q\ic cette publication d'un unique document, extrait d'un dossier qui en contient deux autres, de toute évidence plus importants, est en contradiction avec les principes généralement admis de nos jour? « Quidquid lalet apparebit, nil inultum remanebit. »
L'épiscopat français avait cru, à force de docilité, arriver à obtenir de Rome, une certaine initiative, et es]iéré qu'on lui permettrait de faire entendre sa voix, de temps en temps, au moins à titre consultatif. Il se trompait.
Une seconde réunion plénière eut lieu, du 4-7 septembre 1900. Une troisième, du 15-17 janvier 1907. La iiuatrième se préparait Tété suivant, quand j'annonçai dans le Times (n" du i-2 août 1907). que le pape avait décidé de n'en plus convoquer.
Les pei'sonnes qui s'intéressent aux choses de la politique religieuse, pourront noter celte date, car elle est un des indices de la désinvolture avec laquelle le Saint-Siège traite l'épiscopat français. Dès avant la mi-août 1907, je pouvais savoir à Rome qu'il n'3' aurait plus de réun.on plénière, mais la curie n'eut pas même le tact ou la courtoisie d'avertir les intéressés de sa résolution.
J'eus l'occasion d'avertir personnellement quelques évèques. Ils eurent beaucoup de peine à croire à l'exactitude de mes
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Rome dirigea tout ; mais comme, malgré les moyens puissants dont elle dispose, elle redoutait encore des décisions qui ne seraient pas selon ses vues, elle exigea des évêques un secret absolu.
iuformalions, et encore à la fin de dccenibie, la Croix olle— méme (n" du 27 déc. 1907), loul en disant que la dalc de rAssenihlcc plénière « serait vraisoniblablomcnt plus éloif^née que celle dont il avait été précédemment (juestion », parlait des réunions réfjionales prochaines, comme devant se livrer à un travail d'élaboration préparatoire en vue d'une Assemblée générale.
Vers la même épocjue. rArclievèque de Paris sentait bien que Rome ne désirait pas hâter les réunions, mais ne se doutait pas encore de leur suppression pure et simple (Voir la note qu'il fit insérer dans VUnioers du '2i déc). Le 27 déc. à la Réunion des évé(]ucs protecteurs de l'Institut Catholique fie Paris, le cardinal Richard aurait désiré que la date de l'assemlilée plcnière (ùt li.vée aux environs du .0 février. Puis il écrivit luimême uu.\ arciievéques, leur proposant que les réunions réi;-ionales eussent lieu en janvier pour préparer l'assemblée pléniére dont la date restait à fixer. (\'oir par exemple dans le Noiicellisle de. Lyon du '2d décembre, l'article intitulé : « Les assemblées d'évèques, » ou <<■ Miettes pour l'histoire ■>, dans le Bulletin de la. Semaine, du 8 janvier 190S.)
La France catholique se préparait avec une rare ardeur à ce? assises de l'épiscopat, qui de\'aient. dans la pensée de tmis. rétablir le contact entre le clergé et le pays (Voir par exemple dans ]a Jantlce Sociale du 26 déc. 19)7 la causerie du D^ Lancry. ou l'article de M. Julien de Narfon, dans le Figaro du 20 déc).
Le soir du 30 décembre, la (Jorrispondenza Romana. sur un ton d'alLiére impatience, rappelait qu'elle avait déjà annoncé (21 déccnbre) qu'il n'y aurait pas de réunion générale de l'épiscopat fi-anvais ; elle stigmatisait ceux qu'elle appelait « les faiseurs ilc jirojets d'un parlementarisme épiscopal, » et signifiait aux « vénérables évéques français » » d'avoir à discuter peu et à travailler fort, suivant les lignes tracées par l'Autorité ! » L'avertissement fut répété dans la Croix du Icntlemain, 31 décembre, non sans quelques relouches destinées à amortir un peu les éclats de ton de l'impérieuse feuille.
Impérieuse... mais non outrecuidante. Lorsque, dès l'été de
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Des faits de ce g-enre sont beaucoup plus importants que le vote même de la loi de séparation. La loi de séparation ne séparait rien du tout : le nom
d907, raudacicuse camarilla qui diriij^e la Corrispondenza liomana. cul décidô la suppression des réunions pléniéres, elle était si sure de son fait, qu'elle ne prit pas même soin de s'assurer des intentions du Souverain Pontife. Ces Messieurs ne sonl pas infaillibles, mais ils sa\ent bien que l'infaillibilité ne s'écarte pas de la voie qu'ils lui tracent. Aussi laissèrent-ils Pie X continuer à distribuer, avec ses bénédictions, les assurances aussi vaf^ues qu'inutiles qu'il aime à prodiguer aux évéqucs de F'rance qui vont le visiter. Cela leur fait plaisir cl ne l'enjraire en rien.
11 faut lire, dans les feuilles religieuses de cette période, les contradictions dont elles sont remplies sur ce sujet, pour avoir une idée du degré de docilité auquel on arrive dans la presse cléricale.
Les catholiques, qui. suivant les belles et fortes paroles de M. Paul Thureau-Dangin. dans le Correspondanl, souhaitaienl la fin " dune transition confuse et chaotique où chacun tâtonne et trébuche, aussi bien le gouvernement avec ses lois sans cesse remaniées, parce que l'épreuve les démontre inapplicables, que les catholiques en travail d'une organisation au sujet de laquelle ont été prises jusqu'à présent plus de résolutions négatives que de positives », ces catholiques durent se i-endre à la triste vérité : l'état de transition allait durer.
Un écrivain singulièrement modéré, M. Pierre de Quirielle. résuma dans les Dehata, du 23 janvier, la mélancolique impression laissée à beaucoup dévéquos, par la décision romaine. « Cette mesure, disait-il, reflète exactement l'esprit qui règne au Vatican, au sujet des alVaires de France. Elle est conforme à la politique suivie depuis deu.x ans. Elle concorde avec tous les propos qu'ont pu recueillir ceux qui ont essayé de sonder, à la source même, une opinion et une attitude, qui sont restée^ pour beaucoup mystérieuses et énigmatiques. Malgré cela, elle ne laissera pas détonner un cci-tain nombre de catholiquefrançais. Elle montre, vis-à-vis d'un épiscopat auquel on pro digue tous les témoignages oratoires d'une satisfaction méritée, plus de défiance et de besoin de précautions que ne sembleraient le comporter les circonstances et surtout sa parfaite et d'ailleurs si naturelle soumission. »
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qu'on lui donne est bien loin de lui convenir; en réalité ce n'était qu'une liquidation de compte entre une pupille et son tuteur. Opérations toujours délicates, où il faut non seulement une scrupuleuse droiture, mais aussi une grande compétence dans les questions de coniptabililé. Il y faut en outre beaucoup de tact, de rondeur, de bonhomie. ' Cette fois le tuteur n'était pas parfait, et la pupille lit tout ce qu'elle put pour empêcher ses opéralions. Elle n'y réussit pas.
La liquidation a été faite tant bien que mal, mais elle a été faite définitivement, et les récriminations de la pupille n'émeuvent plus jiersonne. Le seul résultat de son obstruction a été que sur une liquidation de biens temporels est venue se greffer une séparation à laquelle elle ne s'attendait pas, et dont elle a toute la responsabilité, celle de la curie et de la conscience catholique. La curie ordonne et les catholiques de France obéissent ; mais à part un groupe de politiciens bruyants, les catholiques de France — je veux dire ceux qui ne se servent pas de Dieu, mais le servent — obéissent dans la tristesse, le découragement et souvent même dans le scandale.
Ils ont eu à souffrir, du côté du gouvernement de leur pays, dans leurs intérêts, dans leurs traditions et leurs habitudes ; mais ils ont eu à souffrir du côté du Siège Apostolique, au plus profond de leur conscience.
Et l'autorité n'y a rien vu, rien compris. Elle n'a pas même entendu les voix ang-oissées qui çù et là se sont élevées du bercail^ Le Pasteur suprême semble n'avoirrien perçu du tout. Ceux qui l'entourent et parlent en son nom ont dit : « Ce sont les voix des loups qui rôdent autour de la bergerie »,
Et, sans hésitation, il les a crus.
Voilà, Mesdames et Messieurs, où est le grand drame de consciencede laSéparation,etnonpasdans des détails, des épisodes ou des mesures de politique journalière!
Le drame se poursuit, depuis trois ans, toujours le même. Quand l'épiscopat français, réuni (l."j-2'.) janvier 1907) dans les salons d'un château au nom prédestiné, la Muette ! tenta encore une fois de s'avancer vers le pays, le rameau d'olivier en main. Pie X accepta ; mais il fît précéder la déclaration pacifique des évêques d'un préambule qui en détruisait par avance reifet, la transformait en un belliqueux ultimatum.
Lors de la publication des papiers Montag-nini. les organes de la curie ont fait un tapage assourdissant, pour protester contre les moyens par lesquels le gouvernement français s'en était emparé. Mais u"est-il pas étrange que, cela dit, ils n'aient pas songé à examiner ces papiers et à dire les sen-
i. Voiren particulier la « Supplique d'un groupe de catholiques français au pape Pie X ». Paris 1901).
La pureté de forme de ce document est aussi remarquable que la beauté du fond. Comme il est devenu dilllcile de se le procurer, nous le duimons en appendice.
timents qu'ils inspiraient? Qui voudrait garder à son service un laquais du genre de celui avec lequel correspondait le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté?
Pirouettes et fanfaronnades n'y changeront rien. On a menacé le gouvernement français de publier tout le dossier ; qu'on le fasse! Et si le gouvernement français a pataugé dans la fange, qu'il soit emporté par le mépris public ! Qu'on publie tout! Jusque-là nous avons le droit de penser que ces menaces ne sont qu'une audacieuse tentative pour tromper l'opinion.
Mgr Montagnini n'a été ni blâmé, ni désavoué. Qu'un prêtre soit amené par ses études à avoir sur la date ou l'auteur de certains livres bibliques des vues nouvelles, l'autorité brandit la foudre, le condanme, le suspend, l'excommunie ; mais que le représentant même de cette autorité emploie, durant des années, des procédés d'espionnage et de délation qui provoqueraient le mépris des enfants de nos collèges, tout cela paraît normal et légitime'.
1. Toul iC (jui a été publié dans les divers Journaux de Paris des papiers Montaj^nini a été soif^aieusement réuni sous le titre : Les Fiches pontificales de Mgr Muntugnini (in-l:i de \iv et 236 p.. Librairie Nourry, Paris. l'JoS,). Les copieuses notes qui acconipagncnl la plupart des documents, montrent assez que tous ces matériaux ont été réunis par une main experte, main d'ecclésiastique, assurément, et très au courant des choses du liant clerué de Home et de Paris.
Tout à Theure je vous tlisais que la Séparation des Eglises et de TEtat en France n'avait qu'une importance médiocre, si on la compare à la crise du Modernisme; c'est très exact, et il faut ajouter qu'il n'y a pas entre les deux de relation de cause à effet. Il y a cependant un peu plus qu'une pure et simple coïncidence.
Les efforts répétés de l'épiscopat français vers une politique d'apaisement n'avaient aucun point de contact avec le modernisme : ils étaient le résultat tout naturel des réflexions des prélats.
D'autre part, l'obstination avec laquelle Rome a voulu effacer tout témoignage et toute trace de ces efforts pacifiques n'a pas créé ni même favorisé tout de suite le modernisme ; celui-ci n'est à aucun degré une réaction contre les ordres péremptoires du pape, mais on serait pourtant bien peu avisé, si on ne voyait l'influence indirecte que ses décisions ont eues sur la crise, et dores et déjà nous pouvons saluer en Pie X 1 incomparable et involontaire collaborateur des idées nouvelles.
Le Modernisme ! J "ai le droit d'être tier, Messieurs, car si le pape l'a baptisé — j'avais dès longtemps déjà, et à Londres même, annoncé la naissance de ce magnifique mouvement, cherché à attirer l'attention sur lui'. Il me semble encore entendre l'écho des éclats de rire que je provoquai dans la
1. Conférences données à l'abbaye de Westminster (Jérusalem Ghambers) et à Kensington ToAvn-IIall en 11)02.
presse qui parle au nom du Saint -Sièfi^e. Les plus modérés disaient simplement qu'en parlant d'un mouvement qui n'existait pas, je cherchais à le créer.
Or voici que le 3 juillet 1907, par le Syllabus Lamentabili, et surtout le 8 septembre, par l'Encyclique Piisccndi, Pic X a consacré au mouvement nouveau les deux documents les plus importants juscju'ici de son pontificat.
Pourtant, si je voulais donner à ce terme de moderniste le sens que lui attribue le Saint-Père, mes conférences seraient bientôt faites : il n'existe pas. dans le monde des vivants, de monstre analogue à celui qu'il décrit. Si vous préférez, et pour être plus exact, je dirai que je n'en ai jamais rencontré, quoique, depuis de longues années, je n'aie jias cessé de fréquenter les églises, les sacristies et les couvents.
C est un être de cauchemar qui a une voix d'agneau, une queue de renard, une mâchoire de loup et des ailes de séraphin. Ce qui le rend surtout dangereux, c'est qu'amalgame de toutes les erreurs, on ne peut pourtant l'accuser d'aucun vice, il n'est ni ivrogne, ni paillard, ni fainéant.
Mais si le pape se trompe dans la description qu'il donne des Modernistes, cela ne veut pas dire que ceux dont il nous trace le portrait n'existent pas ; cela veut dire que le portrait est mauvais, voilà tout.
En écrivant sa bulle, Pie X visait des hommes
qui existent i-éellement eu chair et en os, et si l'appellation de « Modernistes » est tout à fait défeclueuse, on peut pourtant l'employer, pour la commodité du langage, puisque ceux que vise le pape et ceux dont je désire vous parler sont bien les mêmes hommes.
Pourquoi ne les a-t-on pas nommés ? Si nous demandions en haut lieu la raison de ce silence, ou nous répondrait qu'on a fait ainsi par miséi-icordc.
Si des pensées de miséricorde sont venues à l'autorité, elle pouvait les manifester par des moyens bien plus etïicaces, par exemple en ne mettant pas de vieux prêtres dans l'alternative de rétracter les idées auxquelles ils sont arrivés involontairement, ou d'être jetés à la rue pour y mourir de faim.
En réalité, l'autorité ecclésiastique s'est trouvé fort embarrassée, parce que les listes de suspectreçues à la curie étaient déjà d'une effrayante longueur. Les nio lernistes dénoncés sont légion, et on a eu peur de créer une sorte de panique intellectuelle dans les masses profondes d'un troupeau très soumis d'ordinaire, mais qui, une fois elTravi' et dispersé, ne serait pas facile à ramener au bercail.
Enfin on n'a pas dit les noms, parce que tout en ayant la mémoire bien courte, l'autorité ecclésiastique sait que beaucoup de ceux c[u"elle a persécutés ont été plus tard canonisés.
Je vous dirai des noms, Messieurs, mais vous en dirai fort peu... et me bornerai à ceux qui se trou-
venl iiu premier rang- des préoccupations de Pie X. Ce seront ceux contre lesquels des mesures rigoureuses ont été déjà prises. Au risque de ne pas vous donner la sensation de l'extension du mouvement, j'éviterai de nommer ceux autour desquels veillent les policiers du Saint-Siège. Il est inutile que nos conférences puissent être versées dans les actes d'accusation de l'Index ou de la Sainte-Inquisition Romaine et Universelle.
Il y a, dans le clergé, dans l'épiscopat, et je pourrais presque dire jusqu'au sein du Sacré-Collège, des âmes angoissées, désemparées. Jour après jour, heure après heure, ces prêtres et ces prélats se demandent s'ils élèveront la voix, s'ils prieront, tout haut et devant tous, a l'autorité suprême, ce qu'ils lui ont déjà tant de Fois murmuré tout bas, k savoir que si Rome est le centre de l'Eglise, elle n'est pas l'F.glise, que l'autorité a son domaine propre, que le royaume du Christ n'est pas de ce monde, que le terme de politique pontiticale constate un oubli, une illusion, une chute... Ils voudi-aient se traîner aux pieds du pape, lui dire leur ^mour et aussi les alîres douloureuses par lesquelles ils passent... Ils savent que Pie X ne comprendrait pas, lui qui n'a pas compris Fogazzaro ! Et alors, quand ils pensent à toutes les conclusions erronées qu'on déduirait de leur démarche, à la joie qu'elle exciterait de l'autre côté de la rive, •chez les pauvres déformés intellectuels, qui croient
avoir la vérité, parce qu'ils disent toujours ou croient dire le contraire de ce que dit l'Eglise, ils se sentent arrêtés.
Nombreux sont ceux qui ne comprennent rien ;i ces hésitations, à ce trouble, n'yvoient q-ue paresse, lâcheté, opportunisme. C'est une grande erreur. L'Eglise est la maison traditionnelle. La vie y est devenue bien difficile, presque insupportable, et pourtant le véritable courage est d'y rester ; Ihéroïsme est de supporter le régime de terreur, de suspicion qui y règne. Une bande de mercenaires est venue à bout de circonvenir le père de famille. a pu créer, entre lui et ses enfants les plus dévoués, comme un mur infranchissable. Il faut rester, car le jour viendra fatalement où le père de famille sera abandonné par les mercenaires, et où il rappellera ceux pour lesquels il n'a aujourd'hui que des paroles de malédiction ou des regards de courroux.
C'est cet état d'âme que mes conférences voudraient vous exposer, vous faire comprendre, vous faire admirer et aimer. Le modernisme n'est à aucun degré contenu dans une proposition intellectuelle, ce n'est ni un système, ni une synthèse nouvelle, c'est une orientation. C'est plus qu'un elTort dévie ou de travail, car un effort suppose un acte devolontéconscient; or, l'origine du mouvement nouveau a quelque chose d'essentiellement naturel et de non provoqué. C'est un afflux de sève, de vie. dont on a conscience, mais que rien n'aurait pu
amener si les temps n'avaient pas été accomplis. De ce mouvement si ample, si complexe et si profond, je voudrais vous donner conscience plutôt que connaissance. Par son origine, ses débuts, son âme, c'est un mouvement essentiellement catholique romain ; mais à certains tressaillements on peut s'apercevoir que des sociétés religieuses qui se croyaient pour toujours séparées de Rome et sans aucun contact avec elle participent encore à sa vie Le vin d Algérie transporté à des milliers de kilomètres fermente mystérieusement, quand fleurit la vigne sur laquelle il a été cueilli. Il se passe quelque chose d'analogue dans le domaine des idées.
Vous comprenez déjà maintenant combie/i il serait diflicile de trouver pour ce mouvement une appellation convenable. Celle de modernisme n'est ni meilleure ni pire qu'une autre, à la condition de bien comprendre que c'est un nom de rencontre, de circonstance, de hasard, si toutefois ce n'est pas un nom de colère. Il a été adopté par Pie X, qui l'a accepté des Pères Jésuites de Rome, dans le but évident de jeter la défaveur sur des tendances dont il ne comprenait ni la richesse, ni la profondeur. Il vaut juste autant que le mot de papiste, jeté à la tête du catholicisme par des adversaires plus préoccupés de le caricaturer que de le comprendre.
Le terme de libéralisme ne vaudrait pas mieux, car s'il indique une des conséquences très apparentes de l'orientation actuelle, il risque de cacher
ce qu'elle a de nouveau et de profond. Il a servi depuis trop long-temps, à désigner des hommes qui étaient plus superficiellement catholiques que leurs corelig-ionnaires, alors que les modernisles le sont, au contraire, plus profondément. En outre, libéralisme semble indiquer une attitude bon enfant, parfois un peu sceptique ou opportuniste devant le dog^me. Il y a par exemple un libéralisme catholique américain qui dérive des circonstances : un prêtre de New-York a des allures très différente^ d'un prêtre de Rome, de Naples ou de Milan. Ces différences nont aucune portée, parce quelles sont sans racines.
Le grand public qui voit de loin, en g^ros, rapproche volontiers le prêtre libéral qui ne prend pas tout à fait au sérieux son ministère, du prêtre qui, ayant pénétré jusqu'au fond la vie de l'Eg-lise.ti'OUve dans cette communion intense une force que n'arrête auc\ui obstacle, un reg-ard qui les dépasse tous. Ils sont tous les deux libres, mais pour des raison^ très différentes et avec des résultats opposés.
Le mot de modernisme donne à l'un des caractères du mouvement nouveau une importance tou! à fait excessive. Il est très vrai que les hommes dont nous parlons sont modernes, non seulement parce qu'ils vi\ent aujourd hui, mais parce qu'ils n'ont pas peur de leurs contemporains et ne font pas tache au milieu d'eux. Nous les sentons, et lise sentent hommes de leur temps et de leurpay.s, avec
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plus (le puissance que les autres. Mais par ce terme (le modernistes on a voulu insinuer qu'ils font la coui- à la génération actuelle, qu'ils s'apprêtent à sijj^ner avec elle des concordais, pour ne pas dire des capitulations. Nous ne nous demanderons pas s'il y aurait plus de mal à sig'uer un concordai avec le peuple du xx*^ siècle qu'à en sif^ner un avec Napoléon I*"'" ou tout autre potentat, et nous nous contenterons de constater qu il n'y a rien, ab.'^olument rien, d un elîort pareil de la part de ceux dont nous parions.
Nap^uère on les appelait Loisystes. On y a renoncé surtout pour éviter de donner à l'abbé Loisy l'auréole d'hérésiarque. Il est très vrai que Loisy est 1 un des hommes les plus représentai ils de la crise, un de ceux par lesquels les nouvelles tendances se sont précisées, mais il s'est toujours regardé, et a toujours été regardé par ses amis et ses disciples, comme un témoin du mouvement et non comme son créateur et son chef. De créateur et de chef, il n'y en a pas; ou. s'il y en a un, c'est l'esprit qui, après avoir jadis parlé par les patriarches et par les prophètes, a parlé plus tard par Jésus-Christ et par lEglise.
Les modernistes ne sont d('nc pas des néo-catholiques, ni même des réformistes qui, ayant sous les yeux le plan d'une église idéale et parfaite, corrigeraient leur église conforménîent à ce plan ; ils acceptent tout le passé de l'Eglise, sans en rien
excepter, pour la bonne raison que le passé est passé, et que nous n'avons pas à le jug-er. Ils l'acceptent dans l'esprit même où nous acceptons le passé de notre patrie. Vous représentez-vous un homme qui, avant de se reconnaître citoyen, aurait besoin d'étudier tout le passé du pays et de le juger? Nous sentons d'instinct que la patrie n'a pas besoin d'être parfaite pour être aimée et servie ; elle est sainte, non pas comme un dogme métaphysique ou un fantôme irréel ; elle est sainte parce qu'elle nous crée sans cesse des devoirs nouveaux. Elle change sans cesse, et pourtant elle est éternelle, car nous ne pouvons pas imaginer dans le passé une société, si embryonnaire soit-ello. qui n'ait pas créé quelques devoirs à ses membres. Et si nos eflorts pour anticiper l'avenir peuvent nous montrer une patrie transfigurée, ils nous montrent encore une société où le devoir social, bien loin de disparaître, n'aura fait que prendre une vigueur nouvelle. Si on voulait donner aux modernistes leur vrai non), il faudrait les appeler, tout purement et simplement, catholiques. Ils le sont, en effet, complètement, dans le sens religieux, philosophique et historique du mot. Ils sont catholiques, parce que pour eux l'Eglise n'est pas une partie ou un détail de leur vie: elle en est à la fois l'atmosphère et Tàme; ils sont catholiques, parce que sans avoir besoin d'une philosophie complète et définitive, ils ne se sentent isolés ni dans le temps ni dans 1 es-
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pace : ils sont naturellement les anneaux d'une immense tradition, et sentent qu'il dépend d'eux d'en devenir les anneaux vivants et résolus; ils sont catholiques parce que s'ils se sentent comme une goutte deau dans l'Océan, ils ont la certitude que cette goutte d eau a sa valeur, sa mission. Par elle-même elle est moins que rien ; mais si, sachant son néant, elle accepte de servir et entre dans l'harmonie de la création, elle a renoncé à elle-même et s'est trouvée, elle a perdu sa vie et la retrouvée.
Vous me direz, peut-être, que tout cela n'a rien de spécifiquement catholique, que des protestants peuvent passer par des expériences semblables. Il n'y a évidemment pas de règle sans exception, et les barrières qui séparent les diverses églises sont presque partout en ruines, sans que personne songe à aller les relever. Il y a, d;ms le protestantismfî, bien des âmes catholiques, et dans le catholicisme, bien des âmes protestantes. Toutes ces inconséquences ne font pas qu'il ny ait pas, entre la mentalité catholique et la mentalité protestante, une diirérence de direction.
Quelle que soit la dénomination ou la tendance à laquelle appartient un protestant, sa mentalité est une mentalité individualiste. Il subit bien la pression du temps, des circonstances, niais il la réduit au strict minimum ; sa passion pour l'indépendance tend à taire de lui un isolé. S il arrive à comprendre la nécessité de l'association, il la comprendra par
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son intelligence plus que par son cœur; il est porté à en faire une machine commerciale, quand cenesl pas xme machine de g-uerre. Sa maison à lui est toujours plus belle que le temple ou l'église où il se rencontre avec ses frères.
Pour le catholique, au contraire, l'église où il st rencontre avec ses frères est la vraie maison, son véritable centra, son foyer : en Calabre, dans les villages détruits, il y a deux ans, j)ar les tremblements de terre, les églises ont été presque partout reconstruites en quelques mois; je veux bien qu il puisse y avoir là quelque superstition, mais la superstition n'aurait rien pu, s'il n'y avait, audessous, l'instinct profond que Ihomme n'est pas complet dans son isolement.
\ ous voyez combien est erronée l'opinion de ceux qui voient dans le modernisme une infill ration protestante. Les polémistes qui ont inventé le mot ont aussi inventé la chose. Jadis, je les croyais très habiles et pensais qu'ils avaient jeté ce cri à tous les vents, un peu comme celui qui veut se débarrasser d'un chien el court après lui en disant qu'il est eniagé. Aujourd'hui je suis tenté de juger un peu autrement et de penser que les Pères Jésuites, qui depuis une quinzaine d'années ré{)ètent et amplifient la théorie des infiltrations, ont été simplement naïfs. Ils ont pensé au protestant, comme les bergères de mon village pensent au loup, quoiqu elles n'en aient jamais vu, simplement parce
(jue l'aïeule, dans les veillées diiiver, les en a elîrayées.
Tn fait certain, c'est que celui des ouvrages de M. Loisy qui a été consiléré par 1 antiniodernisme comme la charte du mouvement nouveau. l'Evangile el TEg'lise, est une réfutation fondamentale du D"" Ilarnack et du doyen Auguste Sabatier. Je sais bien qu'on a insinué, dans certains milieux, que c'était là une fiction littéraire, et qu'en réalité l'auteur avait voulu dépister la vigilance des gardiens de l'orthodoxie : il aurait fait semblant d'attaquer le protestantisme alors qu'il ne voulait que le servir et lui préparer les voies. Je ne ferai ni à vous, Messieurs, ni à l'alîbé Loisy, l'injui-e de discuter de pareilles accusations.
Oïl peut voir, il est vrai, dans certaines églises de Paris, j'ai vu moi-même à Saint-Germainl'Auxeirois, des discussions qui ont ce genre de sincérité. On annonce une conférence contradictoire et, au jour dit, on voit monter en chaire un des prêtres de la paroisse, et sur une estrade en face de lui, une sorte de compère qui joue le rôle d'avocat du diable.
L'avocat du diable — ^i-je besoin de l'ajouter ? — se laisse toujours battre misérablement par celui du bon Dieu, et se retiie en rendant les armes. Je ne pense pas qu'un seul des lecteurs de M. Loisy ait cru lire à la fin de son livre un dénouer.ient de ce srenre.
Des milliers et des milliers de catholiques ont au contraire éprouvé une immense reconnaissance pour celui qui les a en quelque sorte remis en selle, pour celui qui, en prenant le protestantisme chez un de ses hommes les plus représentatifs et les plus autorisés, a su montrer l'opposition profonde qu'il y a entre lui et Torientation catholique vraie.
Vu de cette hauteur et avec cette sérénité, le catholicisme n'est plus une religion, c'est la relig-ion ; non pas une religion qui ait été, hier, définitive et absolue, ou qui doive 1 être demain ; mais une religion vivante et éternelle, qui n'a pas de commencement et qui n'aura pas de fin; qui, toujours la même et éternellement nouvelle, attirera peu à peu tous les hommes à elle, jettera dans leur cœur des semences que chaque génération lui raj)portera en gerbes toujours plus belles, plus nourrissantes.
S il ne s'agissait que d'exégèse ou d'étude des livres bibliques, la question de l'influence protestante pourrait être discutée : Loisy ne fait guère l'impression d'un vulgarisateui qui excellerait à mettre en œuvre le travail des autres ; et il faudrait aussi constater que c'est au moment même où la science protestante semble, sinon subir un temps d'arrêt, du moins se recueillir pour faire son inventaire, que la science catholique a, coup sur coup, produit des chefs-d'œuvres d'érudition et de synthèse. Les questions d'influence réciproque sont
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alîaire dapprécialion que personne ne peut espérer juger sans appel. La république des lettres n'est pas un vain mot. Celui qui entreprend un travail d'exég-èse sur la question la plus circonscrite, a bien de la peine, même avec la meilleure volonté du monde, ;i voir où commence son apport personnel, où finit ce qu'il doit aux travaux antérieurs ou H l'atmosphère intellectuelle.
Mais les travaux bibliques ne sont qu un des champs d'action du mouvement nouveau. Tout au plus, peut-on admettre quil a été plus tôt visible là qu'ailleurs, tout comme le printemps annonce son approche par l'amandier qui fleurit, et pourtant l'amandier qui fleurit n'est qu'un bien faible indice de la vie qui revient.
Le modernisme est un printemps spirituel qui pénètre, vivifie, rajeunit tout.
Mais même en ne considérant que l'exég-èse, on peut dire qu'il y a une dilTérence profonde entre l'exégèse protestante et celle des modernistes. Sans le vouloir et sans même qu'il s'en doute, l'exégète protestant — tel que nous le connaissons du moins jusqu'ici, en général — n'a sans doute pas l'esprit occupé d'avance par les jugements auxquels il doit arriver, mais il va, dans ses habitudes intellectuelles, quelque chose qui appauvrit le texte étudié. Il procède à un interrogatoire, et souvent cet interrogatoire ressemble à celui de ces juges qui, au lieu de laisser parler les témoins, leur posent des
questions qui, par la façon même dont elles sont posées, risquent d'altérer le témoignag'e.
Devant un fait quelconque, le protestant, avec son tour d'esprit doctrinaire, se pose la question : est-il vrai ou faux, bon ou mauvais ! Et vous savez, par exemple, le mot de Luther traitant l'épitre de saint Jacques d épître de paille. Le moderniste n'a pas cet instrument judicatoire dans le cerveau, ce compas toujours menaçant. Un fait est un fait. Pour une certaine théologie, l'épitre de Jacques est une épître de paille, mais elle n'est cela que pour une certaine théologie. Elle n'est ni cela, ni le contraire pour l'historien. Pour celui-ci, elle est un des produits de la vie de l'Eglise, et il faut lui fournir les moyens de nous donner librement son témoignage. C'est elle qui doit parler et non pas nous.
Le moderniste est donc un homme qui regarde et qui s eiîorce de voir le passé dans toute sa complexité ; cette attitude, il est vrai, était déjà celle du pur savant ; lui y ajoute un élément nouveau : il a conscience d'appartenir à ce passé ; il ne se prend pas pour un spectateur de hasard, il a la sensation de la vie qui circule partout ; ce passé vit encore en lui. C est par cette sensation d'union intime avec le passé que l'exégèse moderniste prend une physionomie tout à fait originale à côté do l'exégèse protestante.
11 est pourtant très vrai qu'il y a quelque part des infiltrations, ou plutôt la répercussion du pro-
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testantisme, mais c'est à Rome que je la vois, c'est dans les actes de l'autorité olïicielle que je la trouve.
Le piotcstautisme, en exaltant de plus en plus riudividualisme et linclépendanee, a amené peu à peu l'aulorité à perdre de vue sa vraie nature ; elle est arrivée, par réaction, à confondre l'antiprotestantisme avec le catholicisme ; et je suis bien obligé de constater qu'ici la pratique ne corrig-e pas la théorie. Pour Rome, le bon évè({ue, c'est l'évèque antimoderniste. La littérature a créé, dans piwsque tous les pays du monde, un prêtre, pas très intelligent, mais qui comble, par la bonté et la bienveillance, les lacunes de son intellig-ence ; c'est le type du prêtre bénisseur ; Pie X est en train de créer un nouveau type ecclésiastique, celui du prêtre maudisseur.
il y a quelques mois, on s'est demandé, non sans étonnement, ce qui avait bien pu amener le pape à créer cardinal un de nos prélats les plus ig-norés, les plus elîacés : Mgr Andrieu, évêque de Marseille. On n'a pas eu besoin de chercher longtemps. Mgr Andrieu, prêchant dans sa cathédrale, le jour de Noël 1900, avait trouvé moyen de tirer de l'hymne des anges de Bethléem une déclaration de guerre contre les principes de la démocratie et de les opposer aux principes de l'Évangile. De plus, cet évêque antidémocrate est aussi l'adversaire acharné de l'érudition historique. On ne trou-
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verail plus en Franco, ni dans le reste de l'Europeun seul prêtre studieux pour soutenir que l'Evangile a été prêché à Marseille par Lazare le ressuscité de Béthanie, à Tarascon par sainte Marthe, à Aix par sainte Madeleine. Que ces gracieux récits soient purement légendaires, a été surabondamment prouvé par des savants aussi autorisés que Mgr Duchesno. aussi peu iconoclastes que les Jésuites de Bruxelles, les célèbres BoUandistos.
Cet accord général sur une question purement historique aurait fait impression sur un autre. Il n'en fit aucune sur Mgr Andrieu. Cette intransigeance absolue, qui n'ignore pas seulement la démocratie ou les travaux scientifiques, mais qui les excommunie, parut à Pie X le signe d'élection paiexcellence, et au dernier consistoire, le chapeau rouge venait la récompenser, la consacrer, l'exalter.
Vous voA'ez. n'est-ce pas. Messieurs, comment, par antithèse avec le protestantisme, et pour se préserver des courants d'idées modernes, une partie de l'Eglise, son administration actuelle, se cantonne à part, s'entoure de retranchements, se fortifie, s'isole, perd son caractère de catholicité, devient une secte.
Au lieu de ces vieillards apeurés qui, malgré tous les avertissements qu'on leur donne, ne cessent d'engager des combats qu'ils perdent toujours, le modernisme nous montre des jeunes gens qui s'avancent tranquillement, courageusement au-devant
de la vie, île la vie toute entière. Ils n'ont pas besoin d'avoir un code très compliqué, leur disant ce qu ils doivent au passé : ils se savent fils de leur père, petits-fils de leur g-rand-père, arrièrepelits-fils de leur aïeul ; ils sentent que si cette brève tradition renferme des éléments bien variés, ils en sont issus, et que rien ne peut faire qu'ils n'en soient pas issus. Ils sentent que le vrai respect filial ne consiste pas à répéter mécaniquement les idées de leur père, mais à les prolonger, à les repenser, à les revivre. Le trésor de la tradition religieuse n'est pas un dépôt que nous ayons à rendre intact, c'est une semence vivante qui, entre nos mains, doit fructifier.
Un spectacle singulièrement beau n'est-il pas celui du fils qui, après avoir écouté avec amour les leçons paternelles et se les être assimilées, les éprouve et arrive à la conviction que son devoir est de les corriger? Quelle n'est pas sa joie, en rentrant au foyer domestique, lorsqu'il s'aperçoit que son père, bien loin d'être contristé, le suit du regard et le bénit dans cette marche en avant?
Je vous disais tout à l'heure, que le modernisme n'est ni un parti, ni une école, que c'est une orientation. Si on voulait indiquer les signes caractéristiques auxquels on reconnaît ses adhérents, la
tâche serait sing-ulièrement délicate : ils sont si: différents les uns des autres ! A côté de l'exég-ète. de riiistorien, du savant, voici le pur et simple démocrate. A côté du poète, l'humble prêtre ouvrier. A côté de l'évêque, voici le simple séminariste. Et pourtant, malgré toutes ces différences de situation, de préoccupations, de vocation, ils se reconnaissent. Nulle part il n'y a de liste dressée, aucun sig-nede ralliement ; et pourtant ils se devinent, se rapprochent, et ne sont plus qu'un cœur et qu'une âme. Vous savez la g-racieuse page des Fioretti, qui nous montre saint Louis, roi de France», arrivant au petit couvent de Monte Ripido, près de Pérouse. Personne ne savait qui c'était ; il entra dans la cellule de frère Egide, s'assit près de lui et resta là longtemps. Puis enfin il se retira sans qu'aucune parole eût été prononcée. Ils s'étaient compris, et dans cette conversation muette avaient dit plus que n'auraient pu en exprimer tous les^ discours de la terre.
Il y a quelque chose de semblable pour les modernistes. Ils se reconnaissent, sans s'être jamais vus. Ils n'ont pas besoin d'être d'accord sur des thèses; il y a entre eux un accord plus profond, plus vivant. Ils ne maudissent personne ; ils ne maudissent rien ; ils espèrent tout.
Jésus, dans son évangile, nous a laissé l'immortel portrait de l'antimoderniste, c'est le riche en esprit, celui qui se croit arrivé, celui qui monte au temple.
il l'heure de la prière, et rend grâce à Dieu de ce qu'il n'est pas comme le reste des hommes ; et il nous a laissé aussi le portrait du moderniste idéal dans la parole par laquelle il a caractérisé toute sa mission. Comme les modernistes d'aujourd'hui il fut accusé par l'autorité ecclésiastique de son temps d'être un révolutionnaire, un destructeur, un révolté, et cependant c'est lui qui avait déclaré, par ses actes aussi bien que par ses paroles, qu'il n'était pas venu abolir la loi et les prophètes, mais les accomplir.
On rencontre fréquemment des protestants qui demandent au moderniste : Qui es-tu? quelle est ta doctrine? Fais cU'ort pour systématiser ta pensée et répondre aux questions que nous allons te poser ?
Des demandes de ce genre prouvent que ceux qui les font ne peuvent pas arriver à sortir d'euxmêmes et à comprendre une orientation nouvelle. Les évangiles nous montrent une foule de scènes de ce genre se passant autour de Jésus, et pour les raconter nous disent : « Les pharisiens s'approchèrent pour le tenter )>. Tâchons de ne pas ressembler aux pharisiens.
D'autres viennent et disent aux modernistes : «Vous vous proclamez catholiques, et sans doute en le faisant vous êtes sincères, mais le catholicisme est une religion d'autorité, et voici que l'autorité vous rejette, vous désavoue, vous expulse ». Lob-
jection a l'air formidable, elle a beaucoup servi, ces derniers temps, et pourtant elle est enfantine. Lorsque dans un pays, un g-roupe de citoyens est mal vu par le gouvernement, est-il ipso fado un groupe de mauvais citoyens? N'a-t-on pas vu bien des occasions où il est le sel du pays et son espoir pour l'avenir? L'Angleterre, pays de liberté, qui ouvre si largement ses portes à tous les exilés, a-t-elle jamais songé à leur dire : « Faites- vous naturaliser ici. Abandonnez votre patrie d'origine ». Elle n'y a jamais pensé. Elle sait bien que le proscrit aime doublement sa patrie. L'autorité pourra exiler les modernistes; ce qu'elle ne pourra pas, ce sera les séparer de l'âme de l'Eglise et les empêcher d'être attachés à elle par des liens d amour qu'aucune administration humaine ne peut rompre.
Solidarité, amour, communion, tels sont les mots qui reviennent le plus souvent sur les lèvres quand on s'efforce de voir le caractère du nouveau mouvement. Les modernistes sont bien décidés à se conformer jusqu'au bout, s'ils le peuvent — on sait que les règles monastiques envisagent le cas oîi le supérieur ordonne quelque chose qui est contre la conscience, et où l'inférieur a le devoir de ne pas obéir — à toutes les lois de l'Eglise ; mais leur obéissance n'est pas la soumission légaliste d'un avocat, ni le servage nmet du mercenaire ou de l'esclave, c'est l'obéissance filiale, lunion intime, vivante avec l'Eglise, union de marche et d'activité.