‹ Les modernistes, notes d'histoire religieuse contemporaine, avec le texte intégral de l'Encyclique Pascendi, du Syllabus Lamentabili et de la Supplique d'un groups de Catholique française au pape Pie XChapitre 39 sur 82 · Internationale Wochenschrift du 1^' fi'vrier · texte numérisé non relu

Internationale Wochenschrift du 1^' fi'vrier

L'abbé Schniizer n"a publié ni rétractation, ni déclaration. Pour lui montrer, peut-être, combien ce qu'il a dit de l'asservissement des évêques embarrasse peu Rome, Pie X, passant par-dessus la tête de l'archevêque de Munich, Ta suspendu a divnis et lui a interdit les sacrements*.

Vous voyez. Messieurs, combien le mouvement nouveau s'étend et se ramifie partout. La fidèle Belgique est bien loin d'être restée indemne, et la dévote Suisse a accueilli les idées modernistes avec sa coutumière hospitalité. L Espag-ne n'a guère préoccupé le Saint-Siège, le Portugal non plus, et

1. Ces faits ont eu un grand retentissement à travers toute l'AlIemaj^ne ; et malgré les elTorLs du Nonce Apostolique de Munich et ceux du gouvernement de Berlin, on peut dire que le mouvement ne s'arrêtera pas. Non seulement les écrits des Modernistes d'Allemagne sont lus avec avidité, mais ceux de l'étranger sont traduits avec un entrain remarqual)le. La librairie Diederichs, de léna, vient de publier toute une série de volumes, dont le premier est le Proffnimine der iLalienischen Mddernisten, le second Lendemains d'encyclique ou réponse des Modernistes français à Pie X.

Je ne puis pas songer à raconter ici, par le détail, l'afTaire de la Ligue allemande contre l'Index. Cet épisode est bien loin d'avoir dit son dernier mot. Voici, en quelques lignes, ce dont il s'agit: La fameuse Corr/spondenca Ruma,na. qui ne complaît guère que six semaines d'exislence (son premier numéro date du 23 mai 1907), publia, le 7 juillet 1907, un numéro de proportions tout à fait insolites (ii pages) intitulé : Una. lega segretu inlernaziiinale contro l'Indice e per la CuUura. liiuelazioni documenlale.

Ce jour-là il fallut bien se rendre à l'évidence et s'apercevoir que celte agence mystérieuse, que personne n'avait pris au sérieux, pouvait puiser dans les dossiers les plus secrets du Vatican.

Les plus grands noms de r.\llemagne catholique, et au premier

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pourtant, à Lisbonne seulement, il y a au moins trois prêtres imbus des idées nouvelles.

Je ne puis pas songer à vous présenter tous ceux qui ont si profondément labouré le sol religieux. Ce que je puis faire, c'est de me placer par la pensée à Piome, pour suivre le regard du Souverain Pontife et vous indiquer rapidement contre quels hommes, avant tout, il a entendu agir.

Quelques remarques préliminaires sont indispensables :

Au Vatican il y a deux choses, le pape et l'administration centrale de l'Eglise, qu'on peut appeler bureaux de la curie, ou sacrées congrégations ro-

rang celui du baron Von Hertiin?:, étaient donnés comme compromis dans une vaste association secrète qui aurait eu des ramifications dans le monde entier.

Les documents reproduits étaient accompagnés de notes destinées à donner le change sur leur signification.

Cette publication provoqua dans l'élite catholique allemande une sorte de stupeur, accrue encore, lorsque, les jours suivants (en particulier le 16 juillet), on vit par la publication de Due protocolli segreti délia curia uescovile di Wirzburg. Rivelazioni docuinentale, que la Corrifipondenza Romana paraissait décidément avoir son bureau dans le cabinet de travail du Cardinal Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté.

Les prétendus conspirateurs de Mijnster n'ont jamais été des ;,'ens masqués, et en réponse à toutes les attaques dont ils ont été l'objet, ils viennent de répondre par la publication d'un l)eau volume documentaire intitulé : Indexhewegiing und Kulturgesellscha.fl (Bonn, 1908, .\ et 208 p.), par le D' A. ten lIoMPEL en collaboration avec le Justizrat H. Helluaeth et le Prof. D' J. Plassmann, tous de Miinster.

maines. Quel que soit le mot, il désigne les rouag-es très compliqués de la centralisation romaine.

Les papes changent, les bureaux restent; ce sont eux, pratiquement, qui assurent la continuité d'ellbrt qui est si frappante dans TEglise romaine. Le pape, tout omnipotent qu il soit, est comprimé en tout sens par la bureaucratie qui, en théorie, ne fait que transmettre sa parole.

Pie X est peut-être le pape le plus obstiné, le moins influençable que Rome ait connu depuis un siècle. Il fait son métier de pape infaillible avec une sincérité, une simplicité, une conviction qui ont quelque chose démouvant et le rendent personnellement très sympathique. S'il sent sa faiblesse, on pourrait dire qu'il est rassuré par cette faiblesse, par la persuasion qu'il a que Dieu a choisi, en lui, l'instrument le plus imparfait pour manifester sa puissance et faire éclater sa gloire. Il sen remet donc entre les mains de Dieu, sans s'apercevoir que ce qu'il prend pour des inspirations divines, sont les vues tout à fait personnelles et individuelles que lui a données sa complète réclusion intellectuelle, politique, morale, religieuse. Jamais, peut-être, on ne vit, dans une position si élevée, une pareille absence d'hésitation, un esprit qui ne se laisse pénétrer par rien. On ne se figure pas facilement une mentalité de ce genre, en notre siècle où l'on voit tant d'hommes qui manquent de caractère, de suite, n'ont aucune

personnalité. Pie X n'en a aucune non plus, mais il a comblé ce vide, une fois poux- toutes, par lacceptation pure et simple de l'enseig-nement tout mécanique et extérieur qu'il reçut dans les séminaires de Castelfranco et de Trévise.

Il était trop timide pour jeter les yeux par-dessus les murs de ces instituts ; plus tard il a été trop lionnête pour se laisser g-ag-ner par la maladie qui rend si antipathique une partie du clergé d'Italie, taire de la vocation ecclésiastique une carrière.

Je vous dis tout cela pour répondre à la question si fréquente des influences qui agissent sur le pape. On a beaucoup de peine à faire comprendre qu'il ne soit pas mené par les Jésuites, par exemple. Il est très sûr qu'un certain nombre de membres de la fameuse Compagnie ont leurs grandes et leurs petites entrées auprès de lui. mais on pourrait en dire autant de divers Capucins, qui, certes, ne sont pas les amis naturels, ni traditionnels, des Jésuites. On pourrait en dire autant de quelques Assomptionnistes, voire même de quelques Bénédictins, et surtout d'un groupe de Monsig-nori et de prêtres séculiers invraisemblables, dans le passé desquels Pie X a oublié de fouiller ; auxquels il a remis toute la direction de la police ecclésiastique, et qui se considèrent désormais, non à tort, sans doute, comme l'instrument le plus important de l'autorité et de l'unité. Ils ne font ofïiciellement partie d'aucune des Sacrées Congrégations, mais ils les ravi-

taillent et les font marcher toutes. Ils ne sont rien, et ils sont tout.

Ce nest donc pas parce que le P. Billot est jésuite ou que le P. Pie de Langogne et le cardinal Vives sont capucins, qu'ils jouissent auprès du pape d'un crédit particulier; il les a choisis parce qu'il a trouvé en eux des hommes ayant les mêmes désirs et le même idéal que lui.

Est-ce que je veux nier par là la grande influence de certaines sociétés ou de certaines personnalités? Pas le moins du monde. Je vous montre simplement commexit Pic X peut se rendre à lui-mêmr le témoignage de ne pas se laisser mener, et au contraire de conduire tout. A l'heure actuelle, les évêques sont comme s'ils n existaient pas, et le rôle même des cardinaux tend à s'effacer de plus en plus. Malgré cela, le poids de la tradition s'exerce sur le ponlife et va même jusqu'à transformer les documents pontificaux, du moins jusqu'à altérer profondément l'empreinte que leur donnerait Pie X, s'il était seul à les écrire.

L'encyclique Pascendi dominici gregis ressemble un peu à ces lacs dont les eaux sont traversées par un fleuve, et quoiqu'on ne puisse les séparer de celles du lac. on peut pourtant ne pas les confondre. Ne croyez pas que je me livre à une critique hasardée et subjective. Des feuilles catholiques romaines très autorisées, très conservatrices, très antimodernistes, ont eu la bonté do faire une observation

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que j'avais faite à part moi, mais dont j'ai été heureux de trouver la constatation chez elles. Elles ont vu que la troisième et dernière partie, celle qui traite des voies et moyens pour enrayer le modernisme, et enfin des châtiments à inflig-er aux coupables, était celle qui, de toute évidence, provient le plus immédiatement de Pie X.

Ainsi donc, de l'aveu même de la presse antimoderniste, l'encyclique n'est pas homog-ène, elle est comme ces monuments qui, de loin, ont une unité parfaite, mais qui, de près, laissent voir qu ils ont été édifiés par divers architectes. Or, ce sont les dernières pages de la bulle, celles qui l'ont fait baptiser par les étudiants du Collège Germanique de Rome « L'Encyclica ferox », qui sont plus particulièrement 1 œuvre du bon, du doux, de l'humble Pie X*. La contradiction qu'il y a là est tout à fait superficielle ; ceux qui ont vécu au contact des âmes du moyen âge, qui savent avec quelle tranquillité un inquisiteur, brebis du bon Dieu, quand il était dans sa cellule, pouvait se transformer en bourreau sans pitié, quand il siégeait comme membre du redoutable tribunal, comprendront aisément ces apparentes anomalies.

Veuillez ne pas vous méprendre, Messieurs, sur mon but, en ce moment; je ne fais pas une plaidoirie. Je ne me mets pas au point de vue de ces

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