‹ Les modernistes, notes d'histoire religieuse contemporaine, avec le texte intégral de l'Encyclique Pascendi, du Syllabus Lamentabili et de la Supplique d'un groups de Catholique française au pape Pie XChapitre 38 sur 82 · Voir au.\ .-Vddilions, p. '2:i'i, note i · texte numérisé non relu

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évéques catholiques de la Grande-Bretagne sentent l'invincible soulèvement d'opinion quil y aurait ici contre Rome, le jour où elle traiterait votre pays comme elle a traité la France et l'Italie catholique*. La Grande-Bretagne a fourni deux des précurseurs les plus écoutés par les modernistes du continent, le D*" Caird et le cardinal Newnian. Le D"" Caird a agi sur eux par le dehors. 11 a attiré leurs regards sur des problèmes que, sans lui, ils ne se seraient pas posés ; c'est par lui surtout, par Auguste Sabatier et par le professeur R. Eucken, qu'ils ont appris à connaître le protestantisme, et c'est à ce fait, sans doute, qu on doit la sérénité de leurs discussions ; elles sont si élevées que l'auti-

1. Depuis que ces paroles ont été prononcées, la constitution d'un parti clérical aujrlais a été étudiée de très près. L'inévitable et précieuse Corrispondenza RomariH du 3nov. l'JOS.dans un article intitulé : « L'orjranisation catholique en Anf,'leterre », déclare que le temps est venu de former le plus lot possible une arganisHlion permanente de catholiques duns tout Le royaume dont le but serait: de form.uler et de donner avis à l'opinion catholique sur toutes les questions qui affectent les droits et les libertés des catholiques comme citoyens et sujets, et de résister à toute action législative et administrative qui tendrait à contrarier de tels droits et de telles libertés ».

Inutilcd'ajouter que le passaj^e est scrupuleusement transcrit.

Depuis quelques années le Saint-Siège n'a cessé de se féliciter de la liberté dont jouissent les catholiques en Anjcleterre et au.\ États Unis. Il semble pourtant n'avoir pas compris que si l'anticléricalisme n'existe pas dans ces deu.x pays, cela vient simplement de ce que le ck'ricalisme ne s'y est pas encore montré. Le jour où la curie prétendra envoyer un mot d'ordre politique dans ces pays, elle \erra s'organiser une résistance peut-être moins bruyante que l'anticléricalisme des pays latins, mais plus profonde et plus redoutable.

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moderniste souvent ne les comprend pas, et prend pour une adhésion ce qui vient au contraire de la pleine conscience qu'a le moderniste de la sécurité de sa position'.

Le cardinal New^man a ag-i par le dedans : c'est en sa compag-nie que les modernistes sont partis pour étudier la vie du dog-me, la vie de l'Eglise, les questions les plus délicates et les plus complexes de l'autonomie personnelle et de l'obéissance. Récemment on a fait grand bruit pour dire que l'Encyclique Pascendl n'atteignait pas le célèbre cardinal, sous la protection duquel se mettaient imprudemment les novateurs. Que la bulle n'ait pas visé Newman, j'en suis très sûr, pour la bonne raison que ses rédacteurs ignoraient Newman. Que ses idées ne soient pas atteintes par les condamnations, le dise qui veut, le dise qui peut.

On pourra toujours citer en faveur de l'affirmation , comme en faveur de la négation, un grand nombre de phrases. Une pensée aussi pénétrante que celle de Newman ne se laisse pas facilement enfermer dans la pauvre cage doctrinaire des théologiens honorés de la confiance de Pie X.

Pie X et Newman ! Quel contraste, Messieurs, et quelle distance! Ne croyez pas que je veuille insinuer par là que Newman, s'il vivait, se redresserait

1. Voir plus haut ce qui concerne la lettre de M. Loisy à un étudiant de la Faculté de thcoloi;ie de Genève.

contre le Souverain Pontife. Ce qu'il aurait fait, je n'en sais rien.

L idée de se révolter ne lui serait probablement même pas venue. En lisant la long-ue exposition doctrinale de la bulle, il aurait, sans doute, passé par une véritable ag-onie morale : mais ce que je sais bien, c'est qu'en arrivant aux dernières pages, à celles qui, plus que les autres, se réclament de la paternité de Pie X, quand il aurait vu le chef de son église, le successeur de Pierre, le vicaire de Jésus- Christ ne mettre sa confiance pour l'avenir que dans des mesures de répression et d'étouffement, organiser une police des idées plus étroite, plus soupçonneuse, plus tyrannique qu'aucune de celles dont l'histoire ait gardé le souvenir, il lui serait monté au front plus de rouge qu'il n'en avait sur son manteau de cardinal.

Quoiqu'il en soit, l'autorité ecclésiastique a proclamé qu'elle n'avait pas visé Newman et vous savez la très bonne raison que nous avons de l'en croire sur parole. Elle ne l'a pas visé, ce qui ne veut pas dire qu'elle s'interdise de le viser, quand elle s'apercevra de sa présence, ou plutôt de ses idées et de son influence.

Veuillez vous rappeler ceci : si, comme je l'espère, le pontiûcat de Pie X dure assez pour porter les méthodes de terrorisme et d'inquisition jusqu'à leurs conséquences les plus extrêmes, et si j'ai le priv liège de vous retrouver dans une dizaine d'an nées.

nous verrons si 1 orthodoxie de Newman sera restée à labri des condamnations romaines. Il est facile d'être prophète sous le pontificat de Pie X*. On nu

1. A la date du 14 mars 1906, dans la préface de la seconde édition de mon A propos de la Séparulion des Églises et de l'Élat (in-12 de i.xxxiv et 2il6 p.), je prévoyais comme fatale (p. LUI — i.x), sous le pontificat de Pie X, une surenchère d'orthodoxie qui ferait que les purs orthodoxes de la ve;lle, seraient fatalement les horôtiques du lendemain.

La presse zélatrice qui monte la jrarde autour du Vatican ne dénonce plus seulement les deux plus importants journaux catholiques de la Péninsule VUnione de Milan, et VAvvenire de Bologne, elle s'en prend maintenant à la Cicillà Callolica. le célèbre orjjane des Jésuites ! A VUnilk Cattolica (V. n" du 5 juillet 1908) se sont unies la Riscossa, la Difesa, les Armonie délia Fede. pour attaquer la Uevue qui. jusqu'ici, passait pour le boule\ ard de la saine doctrine : « Un pur trouve toujours un plus pur qui l'épure I »

Les feuilles que je viens de nommer ne représentent pas ensemble dix mille abonnés et encore moins de lecteurs, mais qu'importe, si elles ont Pie X avec elles. Or de ceci il nest pas possible de douter. Cest le pape lui-même qui a réorgranisé VUnità au moment où elle expirait; c'est lui qui a prié l'abbé Paolo Tommaso de Toth de quitter Montefalco et d'aller à Florence en assumer la direction.

En France ce ne sont plus seulement les catholiques les plus soutenus par Léon XIII qui sont vilipendés (par ex. M. Fonsegrive). mais quiconque n'a pas trouvé grâce devant les comités clandestins d'action religieuse, c'est-à-dire de réaction politique. Les ignominieuses accusations de labbé Garnier contre M. Loisy n'ont pas suffi pour lui faire trouver grâce auprès des « ultras », et à l'heure où j'écris (\- août 1908) son nom vient de disparaître de la manchette du Peuple Français.

Mes prévisions d'il y a deux ans se réalisent mieux que je ne l'eusse désiré : la Reçue du Clergé Français est attaquée avec fureur, par exemple par le P. Portalié (Etudes du a août 1908). Mais voilà que ce pauvre Jésuite lui-même est bien loin de se sentir rassuré! Il devine, dans l'ombre, des sc/anh embusqués, prêts à lui sauter à la gorge. « Nous sommes, déclare-t-il (p. 351), dans une phase de défiance illégitime des catholiques

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pas besoin, pour cela, de communications célestes. Il suffît d'ouvrir les yeux et de suivre les démarches des familiers de Sa Sainteté.

La besogne est facile, car ils ne sont pas nombreux, ni très actifs. On les voit, depuis quelque temps, avertir les librairies pontificales de Rome, de ne pas se laisser entraîner par la mode, et de ne pas sans cesse mettre en vedette les livres de Newman ou sur Ne\vman. Aux étudiants et aux séminaristes, on insinue que certains de ses livres nont peut-être pas été assez expurgés de toute trace protestante, que ce fut un grand littérateur, mais un fort pauvre théologien ; on lance même dans la circulation le terme de Newmaniste. indice déjà bien grave, car dans la bouche de ceux qui remploient, ce mot n'est pas un compliment. Un

envers les travailleurs, qui veulent et sa\ent unir la foi intégrale avec le progrès scientillqiie. »

Pendant que ce qui précède était sous presse. Pie X a voulu donner à VUnilk une preuve encore plus éclatante de satisfaction et d'encouragement.

Au moment même où. dun bout à l'autre de l'Italie, la presse catholique, se figurant que la bonne foi du Sou\ erain Pontife a\ait été surprise, s'cITorçait de l'aNcrtir et s'élevait contre la violence, la perfidie, la vulgarité de ce journal, celuici recevait une lettre autographe du pape avec de plus chaleureuses et plus explicites bénédictions que jamais. Cette lettre, datée du -i septembre, a été traduite en français et publiée par la Croix du 3 octobre 1908.

Ayant voulu se serrer autour de rori;ane local, le Moinenlo de Turin, et en ayant parlé dans une circulaire comme d'un journal loué par le Saint-Siège, le clergé Piémontais a été sèchement rappelé à l'ordre par un communiqué de VOsservatore liomnno du tO novembre 1908. Voir Additions, p. 2:25, note 10.

Newmaiiisle est sur la pente qui conduit au modernisme. Il ne s'arrêtera pas, ni les chasseurs d'hérésie non plus, croyez-m'en.

Il y a beaucoup de Newmanistes en Angleterre, et même beaucoup de purs et simples modernistes. Ils ne se cachent pas, mais ils sont très efficacement protégés par l'ignorance providentielle des congrégations romaines, en fait de langues étrangères. La police du Pape a une double ressemblance avec celle du Grand Turc : elle est terriblement sévère et dune inaptitude comique. Les principaux ouvrages de Tyrrell étaient traduits en français et en italien, que personne encore, à la curie, ne s'occupait de lui. S'il avait eu la précaution de n'écrire que de gros livres, d'aspect un peu rébarbatif, il serait encore aujourd'hui dans son couvent de Jésuites en train de ramener des protestants dans le giron de Sainte-Mère Eglise.

Pour son malheur — il avait écrit une petite brochure, « La lettre à un professeur d'anthropologie », qui, traduite en italien, s'était répandue là-bas dans les séminaires. Un journaliste y jeta un coup d'œil, en parla, et c'est ainsi que, vers la fin de décembre 1ÎJ06, les vigilants gardiens de l'autorité apprirent en même temps l existence et les hérésies de Tyrrell.

Vous savez la suite. On put craindre un instant qu'attiré par cette découverte, le Saint-Siège n'organisât la chasse du modernisme en Angleterre,

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mais il était si occupé en Italie et en France, qu'il s'arrêta prudemment.

Ce nest probablement que partie remise. Ces temps derniers, les bureaux de la curie se sont ouverts — non sans protestation du personnel, exclusivement romain jusqu'ici — à un de vos concitoyens, le Révérend D. Bidwell. Désormais, il y a une vigie là-bas, qui a l'œil fixé tout spécialement sur votre pays. Espérons qu'elle fera bien son métier. On aime toujours les gens qui font bien ce qu'ils font. Ce ne sera pas une sinécure. La plupart des catholiques anglais n'ont aucune idée de ce qu'est la police ecclésiastique, quand elle est organisée comme en Italie et en France. Il sera très salutaire qu'on leur en donne un avant-goût.

Voulez-vous un exemple de ses procédés ?

Ceux d'entre vous qui ont voyagé en Italie connaissent le « Giornale dltalia >>, le grand organe conservateur de la Péninsule. Depuis quelques semaines, un grand nombre d'évêques d'Italie l'ont interdit dans leur diocèse. Un prêtre qui le lit est suspens ipso facto, il contracte une souillure qui le rend indigne de tout acte du ministère. Or savezvous quel est le crime du Giornale cVItalia? C'est d'avoir pris son rôle d'informateur au sérieux : d'avoir pensé que, puisque le modernisme existe. est un courant intellectuel, moral, religieux dans le pays, il faut le signaler. Il ne lui a pas suffi d'ouvrir libéralement ses colonnes à toutes les con-

tradictions. Dans le procès que Tautorité ecclésiastique faitau modernisme, laccusé n'a pas la parole.

Je ne sais pas ce que fera le Glornale d' Italia, si. devant cette croisade et la masse de désabonnements forcés quelle provoquera, il imitera un journal parisien, le Figaro, qui, au commencement d'une crise tragique pour l'âme et la politique française, avait vu clair, et qui, effrayé par la marée montante des désabonnements, lâcha pied. Mais ce que je sais bien, c'est que Tindiiniation publique se soulèvera tôt ou tard contre un pouvoir qui se proclame spirituel, et qui a recours à de tels moyens pour imposer silence.

Je lisais, il y a quelques mois, dans quelques-uns de vos journaux, des lettres de vos compatriotes qui, voyageant en Italie, Tannée dernière, avaient été surpris de l'explosion d'anticléricalisme qui s'était produite un peu partout dans la péninsule. Je n'ai aucune espèce de sympathie pour les méthodes de haine, mais croyez-vous que les mouvements dont nous parlons auraient pu réussir, si les couches populaires n'avaient pas été profondément émues à la pensée de ce que deviendrait un pays où triompherait un régime de compression et de terreur, tel que celui que rêve Pie X. La barbarie anticléricale est une bien vilaine chose, mais au moins elle ne profane pas le nom de Dieu et du Christ; et puis cette barbarie anticléricale ne vient pas au monde spontanément, elle est la très lagi-

lime fille de la tyrannie cléricale. Que ceux d'entre vous qui croient c[ue ce mot de tyrannie cléricale -est un vain mot, un spectre qu on agite pour faire peur, lisent l'encyclique « Pascendi » jusqu'au bout, à tète reposée. Qu'ils se fig^urent le doux et bon Pie X, mettant au point la dernière paiiie, la seule, nous le verrons tout à l heure, à laquelle il ait vraiment travaillé.

Au commencement du pontificat, en voyant à la fois ses vertus personnelles et l'incapacité radicale où il se trouve de comprendre même vaguement une pensée nouvelle, quelqu'un dit que ce pape pourrait bien être le Louis XVI de la papauté. La parole jus ju'ici s'est vérifiée. J'espère bien que Pie X ne sera pas martyr, mais il ne s'ag-it pas de cela. Par Pie X, la vieille notion d'autorité, basée sur une révélation divine invérifiable et toute mécanique, cette notion s'efîondre pour toujours, tout comme , avec Louis XVI, s'est effondrée la notion du droit divin des rois, si bien que pas même les princes de la maison de Bourbon n'auraient aujourd'hui l'idée de la restaurer. Parmi les représentants légitimes des dynasties déchues, il y en a peutêtre encore qui songent à remonter sur le trône ancestral, mais soyez sûrs que leur seul espoir est de se faire légitimer par le peuple.

En 1793, ils étaient nombreux, ceux qui croyaient

que la fin de la royauté était la fin de la France et de l'unité nationale ; en réalité, ce ne fut que le douloureux enfantement d'un état de choses nouveau. Les sujets étaient devenus des citoyens ; l'unité du pays, bien loin d'être rompue, se réalisait, prenait un sens nouveau, profond, vivant ; un grand peuple prenait conscience de lui-même, arrivait à la majorité.

La crise que traverse l'Eglise est tout à fait analogue. Parmi les sujets du Saint-Siège, comme parmi ses ennemis, il y a bien des hommes qui se figurent que la déroute de Pie X sera la fin de tout, la fin de la foi, la fin de l'unité, la fin de toute religion, le règne d'une anarchie matérialiste féroce. Il y aura sûrement bien des douleurs, bien des larmes, d'indicibles déchirements, mais ces déchirements ne vont pas à la mort.

La crise actuelle ne tuera pas l'Eglise ; elle la transformera. Le catholique de demain ne sera plus un sujet, mais un citoyen.

Nous voilà bien loin des Modernistes anglais. Je vous ai avertis que je ne vous en dirai rien. Il faut laisser à la police pontificale le soin de les découvrir, quitte à sourire un peu plus tard de ses maladresses et de ses erreurs. Mais ce que je puis bien dire, c'est que les Modernistes du continent savent tout ce qu'ils doivent à leurs confrères anglais ! Que de fois, dans les heures douloureuses où les

pionniers des idées nouvelles, en Italie, en France, étaient exposés aux tracasseries et aux persécutions raffinées d'une autorité qui se croit tout permis, parce qu'elle se croit sincèrement l'exécutrice des ordres de Dieu ; que de fois leur est parvenue la voix réconfortante de quelque ami anglais, venant les encourager, venant leur rendre la sensation que nulle puissance au monde n"a le pouvoir (le nous séparer de l'Eglise du Christ, de cette Eglise dont seront excommuniés beaucoup de gens qui disent Père, Père, beaucoup qui prophétisent, beaucoup qui font des miracles, beaucoup qui exercent l'autorité, et où seront assis beaucoup de pauvres, beaucoup d'excommuniés, des gens venus de l'Orient, de l'Occident, du Septentrion et du Midi, et qu'on ne s'attendait pas à y voir. Que mon salut, que la reconnaissance de ceux dont la bouche est fermée, aille à tous ces vaillants, dispersés sur le sol de la Grande-Bretagne, qui ont voulu, dans des instants décisifs, porter des paroles de vie, d'amour, de lumière à des cœurs en détresse. Un prochain avenir leur dira qu ils n'ont pas travaillé en vain.

Je ne vous parlerai pas non plus des Modernistes allemands, parce qu'au moment où a été écrite l'encyclique, il n'y avait pas de Modernistes en Allemagne. Je veux dire que Pie X n'avait pas l'idée qu'il pût y en exister. Cette « peste » — le mot

n'est pas de moi, il est de lui — cette peste ne lui: paraissait pouvoir exister que dans des pays empoisonnés par la Déclaration des Droits de l'homme . Avec quelle pieuse émotion il parlait de l'Allemag-ne et répétait : Germania, doceat ! Il ne disait pas la sainte Prusse ; mais en parlant du Centre, sa voix se faisait douce et caressante, et parlant de Guillaume II, il disait : « Notre saint empereur d'AlIemag-ne ». Il est vrai quil a la canonisation facile lorsqu'il s'agit de personnages couronnés.

Qui sait quels rêves avaient hanté son imagination, lorsque des familiers complaisants lui faisaient entrevoir Guillaume II venant venger le Saint- Siège des injures de la France, et la patrie de Luther restaurant, dans sa plénitude, le principe dautorité ?

S il a eu d'apocalyptiques visions, son réveil a dû être singulièrement amer. Dans la plupart des Universités allemandes, les dernières inaiiifestations pontificales ont fait scandale. Des professeurs très titrés, très haut placés, ont dit tout net leur pensée.

L'un d'eux, Mgr Ehrhard, prélat domestique de Sa Sainteté, professeur ordinarius à l'Université de Strasbourg, où il occupe la chaire catlioliqut d'Histoire de l Eglise, a publié dans la Interna' tionale Wochenschrift\ un article retentissant où

i. Intermlionale Wochenschrift fur Wissenschaft Kunsi iind Tcchnik, 18 janvier 1908. « Nous sommes menaces, y dit

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il dit sa pensée, non seulement sur 1 encyclique, mais sur lorientalion que lautorilé est en train de

il, du danpor de voir toutes les poitcs ouvertes à rarbitraiie... Nous sommes mis dans rimpossibilité de réfuter efricacement celte obieolioii de nos collèg:ues des Universités, à savoir que l'Encyclique interdit tout procédé liislorique et critique, »

« Comment pourrons-nous, en face de nos collègues. Icgitimerdes mesures si incompatibles avec la notion du Professorat dUniversité, avec la conscience morale et la dignité personnelle des professeurs et des étudiants, mesures qui tendent à promou\oir la délation chez les étudiants, et qui mettent des professeurs de théologie sous une curatelle intellectuelle. «

Si l'Encyclique avait distingué entre les synthèses de la philosophie moderne et les « méthodes» {Wege) de cette même philosoph'e, elle ne nous aurait pas jetés dans cette situation fausse et compromettante. Ces méthodes n'étant pas une création de quelques individualités, mais le point d'aboutissement naturel de tout le déxcloppcment antérieur de l'esprit humain, la théologie ne saurait les rejeter, « sous peine de se rendre coupable dune faute contre le Saint-Esprit. Car il ne faut pas se lasser de dire bien haut que la philosophie et la théologie scolastiques n'ont pas résolu toutes les questions ; que la scolaslique, tout comme l'art gothique, est le produit dune époque. Sans doute, la systématisation théologique de cette époque marque une conquête au sein du christianisme ; encore faut-il ajouter qu'elle n'a pas épuisé le contenu de l'enseignement dogmatique, pas plus qu'elle ne l'a créé. »

« La politi(iue d'autruche, en théologie, ne supprime pas et ne saurait supprimer ce fait que, même pour le théologien catholique, il y a une question biblique, une question apologétique, une question d histoire du dogme, chacune en portant une quantité d autres en elle-même. »

Comment ces questions — qui demandent impérieusement une solution — trouveraient-elles cette solution dans la philosophie et la théologie dune époque où elles ne se posaient pas?

8 Aussi bien peut-on dire que la grande scolastique de saint Thomas n'aurait jamais réussi à se constituer si alors, comme aujourd'hui, il y avait eu, dans chaque diocèse, un conseil de vigilance. »

« Et maintenant, quelle est la vraie cause de la crise actuelle,

donner à l'Eglise, et où il signale dans la Pàspostn dei modernisii^ — la réponse d'un certain nombre de modernistes romains à l'encyclique — « un événement qui, sans en excepter les troubles jansénistes, n'a pas son pareil dans toute 1 histoire du catholicisme moderne ».

Quelques jours après, il a publié une note qui semble calquée sur la réponse que Loisy, sommé de renoncer à ses erreurs, fit à l'archevêque de Paris. 11 y dit son étonnement du fracas produit par son étude, son regret des idées erronées qu'on lui a attribuées, et enfin sa volonté bien arrêtée de rester dans la communion de l'Eglise. D'où vient que cette déclaration, qui avait été regardée comme tout à fait insuffisante et même rebelle, quand Loisy la faisait, ait été bruyamment annoncée comme une rétractation, quand elle sort de la plume de Mgr. Ehrhard. Y aurait-il à Rome deux poids et deux mesures, ou bien l'autorité religieuse s'aperçoit-elle déjà de la nécessité de mettre un peu de discrétion dans la répression ?

L'abbé Schnitzer, professeur ordinarius à 1 Uni versité de Munich, pour la chaire catholique d'histoire

crise que les derniers événements n ont fait que révéler au monde sans la créer, et que l'on pourrait appeler un Kulturkampf au sein même du catholicisme? »

1 II Programmii dei Modeniisti, 1 vol. in-fol. de 237 p. Soc. internationale Scientifico-Reli{jiosa, Koma, 1908. Cet ouvrage a été traduit en français : Le Prorjramme des Modernistes, in-lf, Paris, 1907, in-12 de xvi et 171 pages.

des dogmes, a été plus vif encore que Mgr. Eluhard.

Ecoutez cette page : « La condamnation du modernisme ne pouvait étonner que dans des milieux où Ton ne connait pas, où Ion ne veut pas connaître la curie romaine. Non seulement des catholiques optimistes de la trempe de Schell, mais beaucoup de protestants aussi, dépeignent volontiers une Rome idéale, chargée dune mission sublime de haute culture, incomparable refuge de pensée, de vie chrétienne et d'amour du prochain. Us la célèbrent avec enthousiasme. Puis, tout à coup, ils se heurtent à la Rome de l'encyclique et restent profondément malheureux de la trouver si différente de la Rome de leurs songes et de leur solitaire cabinet de travail ! »

Et plus loin :

« L Université veut étudier et enseigner à étudier. L'Eglise veut répéter, transmettre la tradition : la Somme de saint Thomas est l'œuvre sublime qui ne saurait plus être égalée, encore moins dépassée ; et tous les nouveaux livres, toutes les nouvelles dissertations ou recherches sur des questions théologiques, ne peuvent jamais, si savantes qu'elles soient, faire autre chose que répéter ce que saint Thomas a déjà beaucoup mieux dit, il y a fort longtemps... Tout ce qui, dans nos livres actuels est bon^ n'est pas neuf, et ce qui est neuf n'est pas bon ^ »

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