‹ Les modernistes, notes d'histoire religieuse contemporaine, avec le texte intégral de l'Encyclique Pascendi, du Syllabus Lamentabili et de la Supplique d'un groups de Catholique française au pape Pie XChapitre 41 sur 82 · I.ES MODERMSTKS · texte numérisé non relu

I.ES MODERMSTKS

qui, chaque fois que Pie X parle, discutent, épiloguent cl ergotent, se demandenL si le pape a parlé ex cathedra ou non, comme homme ou comme docteur infaillible. Je comprends très bien cette attitude, tout ce qu'elle révèle de piété pour l'Eglise, je dis simplement (|ue nous ne nous y plaçons pas. Nous nous mettons à un point de vue strictement historique, pour étudier l'origine de la fameuse encyclique.

Pour qui connaît le pape, son manque de cul ture, son ignorance de ce qui concerne le mouvement actuel des idées, au sein même du catholicisme, il est bien évident qu'il n'est pas l'auteur

ses ordres, ou peut-être ne veulent plus les comprendre >• (V. ci-après, p. 91).

El voici, ces jours-ci, un des Jésuites les plus en vue qui avoue « l'impression d'efîroi, de soupçon, de désarroi qui, au lendemain de l'encyclique, se manifesta dans les milieux catholiques ■). Éludes religieuses (des Pères de la Compagnie de Jésus), n" du 5 août t!)08, p. TùO).

On lisait en tête de la Croix du 17 sept. 1907, en caractères gras ; « Toute la presse annonce et résume l'encyclique sur les erreurs des modernistes ».

« Dans les journaux catholi(jues il nv a aucune note discordante.

« L'ardeur avec laquelle les journaux les plus anticléricaux prennent parti pour les modernistes contre le Pape, constitue pour ceux-ci, devant l'opinion catholique, une nouvelle condamnation. »

Par ces lignes, le fameux journal a prou\é seulirment sou ardent désir qu'il en fut ainsi : mais, en fait, les choses se sont passées tout autrement, et parmi ceux qui applaudissaient — avec sincérité — la bulle, on a pu distinguer deux groupes très nets : celui des politiciens cléricaux et celui des anticléricaux militants. CVoir aux Additions, p. 2i3, note 5).

de l'exposition du modernisme qui forme les deux tiers de l'encyclique. Le portrait est partial, tendancieux, unilatéral, cruel, mais il suppose une somme de lectures que le successeur actuel de saint Pierre n'a sûrement jamais faites ^

Encore une fois, il ne s"ag-it pas ici dune thèse juridique, et de savoir si, en couvrant ces pagres de son autorité, il ne les a pas faites siennes, il s'agit d'une recherche historique. Son importance est de nous amener à voir comment les modernistes, visés par la première partie de rencyclique, ne sont pas ceux que Pie X aurait visés.

Pour lui, le prince du Modernisme, c'est l'abbé

1. Les journaux les plus inféodés, je no dis pas au Sainl- Siège, mais à lorientaLion actuelle du Saint-Siège, ont bien senli qu'il était impossible de faire remonter à Pie X la paternité pure et simple de ce document. Ils ont donc avoué, provisoirement, les collaborations dont il était le résultat, mai^ bien vite la légende a repris ses droits, et le récit de l'origiiii merveilleuse de leiicyclique a été constitué.

11 était intéressant de suivre ce double courant dans les mêmes feuilles. Si par e.xemple on prend la Croix de Paris — de tous les journaux européens celui qui a le plus fait fétc à la bulle — on la verra, dans son numéro du 14 novembre, reproduire, sans hésitation, l'information du Momenlo. disant que " le document pontifical est dû presque entièrement à la pensée et à la plume de Mgr Sardi, secrétaire des Brefs aux pnnces ». puis dans fion numéro du il novembre, elle racontait, en un long article, comment l'encyclique avait été composée.

Cependant M. Cyr, un des principaux collaborateurs, parlant au Congrès de la 15onue Presse, a\ail commencé son rapport par les paroles suivantes :

« 11 y a quelques semaines, un grand événement a profondément ému l'univers chrétien.

« Au fond de lu demeure où le retient captif la plus scélé-

Murri, le célèbre chef de la démocratie chrétienne voir Additions, p. 224, note 6). L'encyclique, au contraire vise surtout et d'abord l'abbé Loisy.

Certes, le pape n'ig-nore pas ce dernier ; on raconta même, il y a quelques années, qu'il se faisait traduire et lire les pages les plus importantes du volume L Evangile et V Eglise ; mais l'abbé Loisy ne lui est jamais apparu que ilans la pénombre lointaine où les séminaristes contemplent tous les hérétiques : Arius, Eutychès, Nestorius, tous k ces monstres d'orgueil » qtie TEg-lise a fulminés et dont elle a gardé soigneusement les débris dans les bocaux de son musée d'horreurs, pour l'instruction des générations futures.

L'abbé Murri, au contraire, c'est le révolté en chair et en os avec lequel on s'est mesuré, par lequel on a été blessé au vif, par le regard perçant duquel on se sent suivi et avec lequel on entreprend

rate comhinazione dc^^ temps modepues, un vieillard s'est agenouillé devant son crucilix. de bronze, il a longuement prié, longuement médité, i)uis, après s'être mis en Dieu, in Domino, il a écrit quelques pages de latin que rélectricité et la vapeur ont semées en vingt-quatre heures dans tous les coins du monde ci\Mlisé » (Crota; du 19 octobre).

Ne scra-t-il pas indiscret, après cet éclat d'ardente admiralion, de i'airc entendre une note plus calme et de parler de l'encyclique, du point de vue de la forme littéraire ?

On n'a jamais dit que l'infaillibilité pontificale engageât la langue des bulles ; on a bien fait : elle serait bien compromise cette fois. Les traductions officielles ne sont pas slriclement fidèles, et dans la française, par exemple, le style n'est pas seulement bizarre, il est émaillé de quasi contre-sens. (V, p.:226, note 11).

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une sorto de duel à mort'. Les lecteurs de l'encyclique Pascendi se sont étonnés de sa violence : elle aurait été bien plus violente, si elle avait été tout entière rédigée par le pape. Vous venez en effet de voir que la partie la plus dure était justement celle qui avait le pape pour auteur; mais il y a plus : la première partie, rédigée par le pape, existe. Il avait tellement à cœur d'être compris qu il l'a faite en italien : cela s'appelle l'encyclique Pieni Vanimo, du 28 juillet 1906. Mettez-la en tête de la troisième partie de la bulle Pascendi et vou^ verrez l'unité d'inspiration et aussi de colère.

Pieni Vanimo est tout entière dirigée contre l'abbé Murri et « ses complices ». On ne le désigne pas nommément, par peur de violer avec trop d'éclat la tradition, mais on le désigne du doigt. C'est l'homme qui habite là-bas cette maison de Torrette-.

{. Je fais allusion ici à un fait ^\\l\ remonte au temps où le futur Pie X était encore patriarche de Venise. Il crut devoir interdire aux prêtres de son diocèse la lecture des journaux de M. Murri, et ajouta à Tinterdiction les plus vilaines insinuations sur la personne du prêtre démocrate. Celui-ci était. ;\ oc moment. Ihôle du cardinal Manai-a, archevêque d'Ancône. auquel il demanda conseil. Il écrivit ensuite au patriarche de Venise une lettre — datée du palais archiépiscopal d'Aucune — vibrante dindignalion.

Pie X aujourd'hui venge le cardinal Sarto.

2. Petite localité sur les bords de l'Adriatique, entre Ancone et Falconara, où résidait alors le célèbre abbé. Sur l'ordre de Pie X, il est retourné dans son diocèse d'origine iFermol, où il vil retiré chez son oncle, le curé de Gu.ildo di Macerata. Cctif localité se trouve à sept lieures de diligence de la station d<- Tolcntino Marche .

Les deux encvcliquos méritent, l'une et I autre, le nom dencyclica fero.i\, mais la plus féroce des deux Gsi ewcovQ Pic ni Vaninio. Dans la bulle Pasccndi, les rédacteurs n'ont pas pu s'empêcher de reconnaître que les Modernistes se recommandent — si on ne leur en l'ail pas tout à fait un crime, on le leur reproche du moins comme une inconséquence — se recommandent, dis-je, par leurs vertus. Pie X, lui, voit les choses tout autrement Par détinition, le partisan des idées nouvelles est un être malfaisant, (|ui a tous les défauts et tous les vices.

« Une atmosphère empoisonnée, dit-il, corrompt t<randement les esprits de nos jours, et ses elfets mortels sont ceux que déjà l'apôtre saint Jude a décrits : (( Ces hommes eux aussi, souilk'îit leur chair, méprisent la souveraineté'^ injurient les (floires^; outre la plus dégradante corruption des mœurs, ils ont le mépris ouvert de toute autorité et de ceux qui l'exercent, u

Ainsi, voilà Pie X qui, a cette g-énération de jeunes prêtres italiens qu'il devrait connaître, avait le courag-e d'appliquer les terribles paroles que vous venez d entendre.

L'originalité de Murri et de ses collaborateurs de la <( Lega Democratica Nazionale » a été de poursuivre de front une double rénovation, la rénovation politique et la rénovation intellectuelle et religieuse.

1. Hi carnem quidem maculant, dominationein. aiitem apernunt, majestalem aulem hlasphemunt, Jude 8.

Etant arrivés eux-mêmes, par le chemin des idées déniocrati([ues, à n'avoir plus peur du peuple, puis à n'avoir plus peur de la science, ils ont créé, dans l'Italie tout entière, des groupes nombreux, dirigés, plus ou moins ouvertement, par la partie la plus dévouée du clergé, et vus avec sympathie par divers évêques.

Un fait qui a passé inaperçu, ce qui ne l'empêche pas d être considérable, c'est que la Lega Democratica Nazionale, (jui avait été jusqu'ici un mouvement essentiellement masculin, a eu une activité assez profonde pour que les éléments féminins aient voulu y prendre part. Dans diverses régions se sont constituées des « Sections Féminines » auxquelles personne n'aurait pensé, il y a quelques années, et qui ont germé tout naturellement*. Cette éclosion non prévue, non préparée, est bien significative, quand on songe à l'effacement dans lequel

1. Du 24 au ;M avril 11)08 s'est tenu, à Rome, le Premier Congrès des femmes d'Italie, qui a eu dans toute la Péninsule un immense retentissement. Par contre, on peut dii'e que les pays étrangers (ou du moins leur presse) n'ont pas apprécié ces discussions à leur juste valeur. Leur importance vient d'abord de ce que toutes les classes de la société s'y sont rencontrées dans un désir de travail, d'effort et de progrès en commun. Les courants d'opinion les i)lus opposés étaient représentés, et grâce à une bonne volonté réciproque, sans que personne sacrifiât rien de ses convictions, les discussions purent ctro sérieuses et enicaces. l^e rôle joué dans ces importantes assises par les membres ou les amies de la Lega Democratica Nazionale a été une des causes de leur succès.

la li-aditioii s'elVorce de maintenir la femme en Italie '.

Va autre groupe, tjui entretient avec celui-ci les plus cordiales relations, c'est celui des jeunes gens de Milan qui dirigent le Ilinnovamcnto. revue fondée il y a un peu plus d un an, et qui fait •«xcellenle figure, même si on la place à côté des quatre ou cinq périodiques les plus importants de 1 Europe, au point de vue intellectuel.

Il est dilïïciie, pour des étrangers, de se faire une idée exacte de l'influence profonde de Murri et de ses disciples, parce que leur activité est très dispersée et se manifeste par une quantité de publications, de conférences, d'efl'orts très divers, et que tout cela a des centres plutôt qu'un centre. Le groupe de Milan, au contraire, tout en ayant des amis et des ramifications dans toute lltalie a beaucoup plus d'unité. Il a eu le bonheur et l'enviable honneur d'avoir pour parrain Antonio Foga//aro. Le tilleul, vous l'avez déjà vu, se montre digne (1 un tel parrain; je ne crois pas me tromper en allant pius loin et en disant que la fondation du Rinnovaiuento, la constitution d'un public intelligent et sympathique autour de lui, est un indice (le vitalité intellectuelle et morale auquel on n'aurait pas pu s'attendre il y a dix ans.

1. Les groupements féminins ont coiimie ceiiLre un « SegrclariaLo Femminile » à Turin. 37, via ticlla Zecca, dirigé par Mme Luisa Giulio-Benso.

Je ne voudrais pas gêner la modestie de ces jeunes gens, mais je no vois pas pourquoi je tairais que j'éprouve pour eux plus que de la sympathie, du respect et de ladmiralion. Voir se constituer définitivement un groupe qui, pendant de longues années, s'était préparé tranquillement dans l'effort intellectuel et dans cet autre effort qui s'appelle la prière, qui avait prêté l'oreille à toutes les voix qui parlaient à leur pays de renaissance et de virilité, voix d'évêques, voix de philosoplies, de poètes, de savants, voix de moines réformateurs et aussi voix du peuple, qui se révolte contre le matérialisme clérical et les inénarrables pauvretés du doctrinarisme anticlérical : voir ces hommes qui, après avoir fait en plein siècle leur noviciat d'apôtres, se présentent devant leurs concitoyens, sourds aux anathèmes de la droite et aux railleries de la gauche, est un spectacle qui partout serait d'une réelle beauté, mais qui, se produisant dans un pays latin, devient un événement considérable '.

L'autorité ecclésiastique a fait leur procès, et on a vu cet autre spectacle bien suggestif d'hommes qui, s'ils avaient péché contre les mœurs, traîné leur jeunesse dans le vice, auraient trouvé toutes les absolutions possibles ; mais qui. ayant commis le crime de vouloir travailler, dire sincèrement et

1. Il Rinnovamento. .Milan. 15, via Biirli. Prix de l'abonnement, 16 fr. par an. Paraît six fois par an par fascicules in-8 de iiOO paj^es.

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celui qui s'intitule par excellence père, leurs besoins, li'urs préoccupations, lui ouvrir leur àme, non seulement n'ont pas été écoutés, mais ont été brutalement excommuniés.

Le décret porté contre eux n'allèg-ue qu'un motif : ils sont accusés de s'être comportés en docteurs de ri^g-lise qui auraient eu l'insupportable orgueil de vouloir en remontrer à leurs maîtres. L'auraient-ils l'ait, le mal n'eût peut-être pas été bien grand, et je connais des parents qui ne jettent pas par la fenêtre tout enfant qui prétend en savoir plus que père et mère. Mais c'est là une question de fait. La collection du Rinnovamento se vend et s achète. Je ne crois pas que, dans aucun des articles, vous trouviez l'insupportable org-ueil qui a si fort excité la colère du Saint-Siège.

Le groupe du « Rinnovamento » est essentiellement composé de laïques ; celui qui, à Rome, insj)ire A^oyae^ V<?ierc?,publicalion mensuelle née après 1 encyclique — ce qui vous prouve que celle-ci n'a rien tué ni rien arrêté — est au contraire surtout composé d'ecclésiastiques'.

1. NoDH et Vetera, revue de quinzaine, 13 fr, 50 par an. Bureaux, 10, viadcUa Scrofa, à Rome. On peut s'adressera l'admiuisLraleur, pour se procurer Lous les ouvrages concernant le mouvement moderniste en Italie. Il envoie gratuitement, sur demande, le rè.^■lement de la " Société Internationale Scientilique et Reli{^ieuse ».

Depuis que ce qui précède a été écrit, la Revue Nova el \'elera a été oblijjée de suspendre sa publication.

La plupart de ses abonnés étaient des prêtres, qui cher-

Interdite sous les peines les plus sévères par le cardinal vicaire, elle continue son chemin et vient de consacrer tout un de ses numéros à 1 étude et à l'analyse des derniers ouvrages de l'alibé Loisy. Elle est publiée par la Librairie Internationale scientifique relig-ieuse, qui avait déjà édité la « Réponse des Modernistes w, traduite récemment en anglais avec une très importante préface par Ir Rév. A.-L. Lilley. Un grand nombre d'entre vou> ont lu cette (ouvre et, guidés par le très sympathique vicaire de Sainte-Marie, ont pu en voir la valeur exceptionnelle. Un détail matériel qu'on a oublié de mentionner, je crois, dans l'édition anglaise et qui est précieux comme indice du réveil d intérêt en Italie pour les questions religieuses, c'est que le Prog-ramma dei Modernisfi, oeuvre anonyme, qu'aucun nom n imposait par conséquent a l'attention de la foule, lecture non seulement sérieuse, mais par endroits difficile, a été épuisc<en quinze jours.

Il s en faut de beaucoup que ce que je viens vous <lire puisse vous donner une idée exacte île l'ampleur du mouvement moderniste en Italie; pour Kfaire, il f;;utlraiL vous signaler encore une foule d'au-

chèrent d'abord à éluder la surveillance, mais à la long-uc ci-. devenait impossible. Voir aux additions, p. 224. note 7.

Autour de Pie X on se réjouit de ces d.spariLions. comme >i elles constituaient des succès pour la cause de la foi 1

très publications qui procèdent à des degrés divers de la nouvelle orientation. La Vit a lieligiosa, la Rassegna Nazionale, les Pagine Buone, le Savonarola, les BaltacjUe d'Oggi, la Libéria. Je les nomme pêle-mêle et naturellement sans la moindre préoccupation de les classer ou même d'être complet.

Voilà les hommes et les publications que Pie X poursuit tout d'abord. Don Romolo Murri lui paraît plus coupable et plus redoutable que Loisy, que Tyrrell et que tous les autres, non seulement parce qu'il le connaît, mais parce c{ue Murri se rend coupable d'une hérésie pire que toutes les autres, celle de ne pas adorer l'ordre politique et social actuel comme un fétiche'.

1. La mesure prise contre les abbés Dabry et Naudet, auxquels un déoret de l'Inquisition, en date du 13 lévrier lijOS, intimait l'ordre de cesser immédiatement la publication de la Vie Cutholiqne et de la Justice Sociale, a causé en France une prol'onde impression. C'était, en elVet, la preuve éclatante — ces pi'élres ne se sont Jamais occupés de questions dogmatiques et sont appuyés par leurs cvcques, cjui se portent garants de leur orthodoxie — que Rome considère désormais les ell'orts de Léon XIII comme une erreur, et qu'elle ne toléiera plus que ses prêtres soient, en politique, les adversaires des conservateurs.

S'il en fallait une nouvelle preuve, on la trouverait dans le numéro du 2[ novembre 19U8 de la Corrispondenzn Rumajin. Sous le titre: i< Après le jubilé de Pie X », la fameuse ajrcnce a donné un de ces articles-programme où on peut aller chercher, par avance, la direction que Mgr Benigni et la Secrétairerie d'État entendent imprimer aux alVaires ecclésiastiques. Je le cite daprés l'édition française et regrette de ne pouvoir reproduire toute la pièce.

On y avertit les catholiques de France de ce qu'on attend

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De même pour les jeunes gens de Milan. Il les connaît. Jadis, comme ëvèque, puis comme patriarche, il leur avait distribué des médailles, des bonbon'i, des bénédictions, toutes ces menues faveurs dont le clergé italien est volontiers prodigue.

Devenu pape, il avait espéré les voir devenir de bons petits garçons soumis, qui demanderaient à l'Eglise son appui contre les grèves et la Révolution, et qui en retour lui feraient hommage.

La résistance qu'il a rencontrée ne lui parait

d'eux. Le grand devoii" désormais est de <• jubiler Pie \ >'.

« Ce serait vraiment superlicial (sic) de faire tenir l'amour de Pie X dans l'adresse (sicj d'iiommag-es même enthousiastes, dans loirrande de dons magnifiques, ou dans un pieux pèlerinage auprès de son auguste personne. Certes, toutes cr> manifestations aflectueuses sont excellentes, mais combien passagères ou insufTisanlcs s'il ne s'y ajoutait la parfaite son mission de l'esprit et une correspondance absolue des intention.-et des volontés.

« Jubiler Pie X, c'est donc avant tout (ai-je entendu) se surnaturaliser, car quel Pape fut plus surnaturel que celui-là

« Si on me permet d'employer l'expression imparfaite, maicourante, de la politique de Fie X, jubiler Pie X c'est se fairo les hommes de cette politique pour la faire mieux et plus vili' réussir

« Jubiler Pie X, c'est donc, après que toutes nos intentions auront été surnaturalisées — éainfiéliser le peuple de France. village par village, rue par rue, homme par homme. C'est créer partout des Coinilés paroissiauj: pour promouvoir les œuvicdans la paroisse, et des Associalions de pères de fuinille pou défendre la foi des jeinics générations. »

Je m'arrête ne pouvant tout citei-. Un prochain avenir nou^ dira si le clergé de France acceptera ce progranmie d"acti\iir. Durant les fêtes du jubilé, le Saint-Siège a trouvé tout nature' que la fille ainée de l'Église apportât son obole, tout comme au temps où elle n'était pas persécutée et réduite à la misère Si on accepte son argent, on n'accepte guère ses avis. Lcsévèquc-

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donc pas seulement un fait ecclésiastique, mais un fait politique qui le met encore plus en souci. Il voit tous les fondements renversés, toules les autorités méprisées, et c'est par laque lui, le Pontife de l'Egalise Romaine, sest tout naturellement trouvé l'ami, l'allié du protestant luthérien S. M. l'empereur Guillaume II.

Quel que fût leur désir d'entrer dans cet ordre d'idées, les théologiens que le pape réunit autour de lui, pour préparer la condamnation du modernisme, ne purent cependant pas arriver à ce degré d^ineffable simplisme. Tout aussi mal disposés que

ont été très fêtés, mais fclés à distance. A la fin de l'an de }^ràce 1908, ce sont MM. Rocaforl, lîellaigue et Flourens qui représentent les catholiques de France à Rome.

Beaucoup de nos compatriotes étaient entrés par avance dans les vues si crûment indiquées par la Corrispondenza Romanii. Une lièvre dorganisation sévit un peu partout, et il suffit d'un coup d'œil sur les principaux organes catholiques, pour en trouver des preuves. Aux personnes curieuses de psychologie et d'histoire, on peut signaler comme particulièrement intéressant à cet égard, le " Guide d'Action Religieuse » publié à Reims, 48, rue de \'enise. On y verra comment certains catholiques sont arrivés à appeler religieuse une activité qui n'est inspirée que par de pauvres préoccupations politiques.

Plus l'eP/ort est grand, plus la défaite sera retentissante ; l'enrégimentation des électeurs dans un pays tel que la France ne conduira jamais qu'à des déboires.

Mais nous avons le devoir de regarder au-delà de ces défaites qui ne seront qu'un juste châtiment de ceux qui se servent de Dieu et de l'Eglise pour de si matérielles entreprises, et de prévoir le jour prochain où l'esprit de secte ainsi créé par le cléricalisme, se retournera contre lui et enrégimentera pour la croisade anticléricale le personnel de toules ces usines dont lui, le premier, n'a pas su respecter la liberté.

lui pour la démocratie ou les Droits de l'iiomme, ils avaient pourtant une formation théolog-ique trop forte, pour ne pas voir que la vraie question était plus haut.

De plus, la plupart de ces théologiens n'étaient pas italiens ; ni le P. Billot, ni le P. Janssens, ni le P. Wrenz, ni le P. Fleming-, ni le P. Pie de Lano^og-ne ne le sont. Se plong-er dans la lecture des innombrables productions de Murri, qui leur semblait un tribun populaire plutôt qu'un vrai théolog-ien, ne leur souriait peut-être pas. La place occupée par Murri dans les préoccupations du pape, leur paraissait une sorte d'illusion d optique. Il y en a même qui ressentaient un peu de mauvaise humeur : ils supportent par habitude que le pape soit italien, mais que l'hérésiarque du modernisme soit italien, leur était désagréable. Cela faisait trop de g-loire pour l'Italie.

S ils ne connaissaient pas Murri, ils connaissent Loisy. Le terme connaître est ici une manière de parler, je veux dire qu'ils avaient lu et relu ses deux petits livres, et s'étaient sentis en face d'un adversaire singulièrement redoutable.

C'est ainsi que la place occupée par Murri dans l'encyclique Picni l'aninio, est occupée par Loisy dans l'encyclique Pasccndi et dans le Syllabus Lamentabili.

Et voilà comment le pouvoir le plus absolu qu'il y ait jamais eu sur la terre, au moment même où

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