‹ Les modernistes, notes d'histoire religieuse contemporaine, avec le texte intégral de l'Encyclique Pascendi, du Syllabus Lamentabili et de la Supplique d'un groups de Catholique française au pape Pie XChapitre 47 sur 82 · Quand parut, dans la Revue des Deux-Mondes (mars · texte numérisé non relu

Quand parut, dans la Revue des Deux-Mondes (mars

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Mais heiireusenient, les modernistes ne sont pas théolog-iens, et lidée ne leur vient même pas de chercher des querelles d'avocat à l'autorité. Us l'acceptent telle qu'elle est, et voient, dans les erreurs qu'elle fait à leur sujet, la preuve qu'il faut non pas la supprimer où s'y soustraire, mais l'amener à envisager sa mission dans un autre esprit.

Quel beau spectacle, Messieurs, de voir des hommes qui, avec un peu de savoir faire, de doigté, auraient pu arriver aux plus hautes charges de la hiérarchie, ne pas même s'apercevoir de ce à quoi ils renoncent, partir pour l'exil, supporter la solitude, la froideur des uns, les lâchetés des autres! Avec un pape opportuniste et habile comme Léon XIII, le modernisme aurait eu peu à peu sa place dens les dicastères pontificaux ; il aurait eu ses cardinaux. Avec Pie X il aura ses martyrs. Vive Pie X !

Conscients des etïorts que ll^^glise a toujours dû faire pour précéder la civilisation, sentant que son rôle est un travail continuel, ils s'offrent, vaillants ouvriers pour tracer le sillon d'aujourd'hui dans un sol particulièrement durci; ils ne prétendent pas

le fameux article du cardinal Mathieu, intitulé : Les derniers jours de Léon XIII et le conclave de 1903, signé : Un témoin, un grand journal catholique eut la naïveté de faire le raisonnement suivant : Ce qtie raconte cet article ne peut pas être vrai, car si cela était vrai, l'élection pontificale n'eut pas été libre, et par conséquent, nous n'aurions pas un pape canoniqucment élu. Or nous avons un pape canoniciuemcnt élu, donc ce <iue raconte la Revue est inexact !

rtre toute rEi>'lise, il leur suffît d'être de 1 l^q-lise, d'être ses éclaireurs. Leur belle largeur, celle du Rinnovamento, par exemple, faisant appel et à Eucken, et à Gaird et à Briggs, n'est pas de la tolérance, ni le résultat d'un raisonnement comme dans le Gœnobium, ni celui du scepticisme, commedans certaines entreprises de librairie ou certaines enquêtes, c'est le (( tout est à nous et nous sommes à tous » de la jeunesse, de la foi, de l'Evangile.

Tout est à nous! nous vaincrons, non pas en desséchant les âmes, en les opposant à elles-mêmes, mais en les soulevant jusqu'à leur meilleur ellemême, en les accomplissant.

A une g-énération enlisée dans le matérialisme, la vie au jour le jour, l'ag-itation fébrile et vide, la course effrénée après des sensations qui aient une àme, le modernisme vient dire le grand, l'éternel secret, celui de la valeur du sacrifice, le secret de cet épanouissement de tout l'être moral que saint François a appelé la j'oie parfaite.

Si nous repassons tout ce qui a été dit dans ce.^ trois conférences^ nous verrons que deux idées les pénètrent, v reviennent sans cesse, toujours présentes, alors même qu'elles ne sont pas exprimées ; deux idées qui sont en contradiction logique l'une avec l'autre : la première, c'est que l'orientation

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moderniste serait quelque chose de si profond et si nouveau (jue ce serait une transformation complète, non seulement de la vie relig-ieuse, mais de la vie intellectuelle, et que le moderniste oi-^anise toute son existence s-ur des principes différents de ceux sur lesquels on vivait jusqu'ici.

Et en même temps, je vous ai dit que les nmodernistes étaient les fils très lég-itimes et très soumis de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, N'y a-t-il pas là une formidable contradiction ? N'y a-t-il personne parmi vous qui ait pensé : ces modernistes sont des g-ens à deux faces? Quand ils ont à faire à l'autorité, ils se font humbles et soumis, protestent de leur attachement ; puis quand ils sont devant le public hostile à TEg-lise, ils entonnent, avec plus d'enthousiasme que lui, les refrains des revendications révolutionnaires. Ils ne sarrêtentpas aux limites fixées parle protestantisme orthodoxe; ils passent, sans même avoir l'air de s'en apercevoir, par-dessus les derniers vestig-es laissés debout par le protestantisme lijjéral.

Oui, c'est vrai, le triomphe du modernisme sera, on apparence, le triomphe de la contradiction et de l'illogique. Qu'est-ce que cela prouvera, sinon que les lois de la vie n'ont pas grand chose à voir avec nos pauvres idées de logique formelle ?

Oui, il y a quelque chose qui est en train de mourir dans l'Eglise, et il y a aussi quelque chose qui est en train de naître, ou plutôt il y a quelque

chose qui est déjà mort et qui se survit, comme ces pétales de la lleur que l'on retrouve encore parfois attachés à la cerise.

Cette idée du progrès indéfini des institutions relig-ieuses, de la vie qui succède à la mort, avait été déjà profondément saisie par les architectes de nos grandes cathédrales du moyen âge. Allez en contempler une; demandez-lui non seulement des impressions artistiques ou pittoresques, demandezlui sa pensée, son secret, ou plutôt l'àme de ceux qui l'ont bâtie.

Sur la principale façade, de chaque côté du grand portail, bien en vue et en saillie, vous verrez deux grandes statues. L'une représente une reine à la démarche mal assurée, elle a les yeux couverts d'un bandeau, la couronne lui glisse de la tête, le sceptre lui tombe des mains, par terre gît le livre de ses lois ; peut-être aura-t-elle encore le temps de se réfugier dans quelque coin, de prononcer quelques ordres entrecoupés, virtuellement elle est déjà moite.

En lace d'elle, une autre reine, qui n'aurait pas besoin de diadème pour que nous le sachions, tant elle a d'autorité dans la démarche, s'avance, les yeux fixés sur nous ; son sceptre est une houlette ; elle n'a pas besoin de code, parce qu'elle est une parole vivante. Cette reine pleine de vie, qui vient bien moins pour gouverner que pour être la voix d'un peuple libre et réaliser son unité, vous le savez

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aussi bien que moi, Mescl;inie.s et Messieurs, c'est rÉg^liso. L'autre reine aux yeux bandés, c'est la Synagoi^ue.

La première parole que nous disent nos vieilles cathédrales c'est : « Ceci a tué cela ». L'Eglise a tué la Synagogue.

Pourtant, veuillez regarder de plus près, examinez les voussures et tous les s;ùnts personnages qui peuplent le porche, vous vous apercevrez bien vile que l'unité qu'il y a dans la Bible, entre l'Ancien et le Nouveau Testament, se retrouve là. Patriarches, prophètes, évangélistes, Pères de l'Eglise, méditent sur un rouleau de parchemin qui n'a pas de solution de continuité, dont vous ne voyez ni le commencement, ni la fin. Ceci n'a pas tué cela, ceci est sorti de cela.

Il y a de même, aujourd'hui, une synagogue chrétienne qui périra — cette synagogue qui, autant qu'il était en elle, a fait de l'Eglise une société politique et antiscientifîque,une secte religieuse — et la cathédrale moderniste de demain aura le droit de placer à son fronton le souvenir de cette lamentable erreur.

Mais cette synagogue n'est pas l'Eglise. Les modernistes vont déchiifrer quelques lignes de plus du rouleau mystérieux.

Soyons heureux de vivre en des années où les clameurs matérialistes ne parviennent pas à étouffer le souci des choses morales, et où, à travers le monde

entier, il semble qu'on sente courir des préoccupations indicibles et des soupirs vers des réalités inconnues '.

1. Au moment tn'i ces trois conférences étaient données à Londres, paraissait une réponse à l'encyclique Pascendi, œuvre d'un groupe de Modernistes français, intitulée : Lendemains d'encyclique, par Gatuolici, in-12 de x et 123 p. Lil^rairie Nourry, 14, rue Notre-Dame-de-Lorette, Paris-IX". où l'on trouve toute la littérature moderniste de langue française.

Je ne puis que renvoyer à ces belles «t émouvantes pages dont voici les grandes divisions :

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