Conc. Vat. De revel. c. i
i. Kpist. l>8.
SUR LES DOCTRINES DES MODERNISTES l'J3
guus pour justitier telle ou telle doctrine, ne reposent sur aucun fondement rationnel, ceux, par exemple, (jui s'appuient sur les prophéties. Ils ne sont d'ailleurs nullement embarrassés pour les défendre : artifices de prédication, disent-ils. léi^itimés par la vie. Quoi encore? En ce qui regarde Jésus-Christ, ils reconnaissent, Ijien plus ils ailirment, qu'il a erré manifestement dans la détermination du temps où l'avènement du royaume de Dieu devait se réaliser. Aussi bien, quoi d'étonnant, s'il était lui-même tributaire des lois de la vie ! — 102. Après cela, que ne diront-ils pas des doymes de l'Église. Les dogmes! ils foisonnent de contradictions flagrantes : mais, sans compter que la logique vitale les accepte, la vérité symbolique n'y répugne pas : est-ce qu'il ne s'agit pas de l'infini ? et est-ce que l'infini n'a pas d'infinis aspects? Enfin, ils tiennent tant et si bien à soutenir et à défendre les contradictions, qu'ils ne reculent pas devant cette déclaration, que le plus bel hommage à rendre à l'infini c'est encore d'en faire l'objet de propositions contradictoires. En vérité, quand on a légitimé la contradiction, y a-t-il quelque chose que l'on ne puisse légitimer ?
103. Ce n'est pas seulement par des raisonnements objectifs, que le non-croyant peut être disposé à la foi. mais encore par des arguments subjectifs. En cette vue, les modernistes, i-evenant à la doctrine de Y immanence, s'effoi'cent de persuader à cet homme que, en lui, dans les profondeurs même de sa nature et de sa vie, se cachent l'exigence etle désir d'une religion, non point d'une religion quelcon(|ue, mais de cotte religion spécifique, qui est le catholicisme, absolument jaos^u^ee, disent-ils, l»ar le plein épanouissement de la vie. — 104. Ici, Nous ne pouvons Nous empêcher de déplorer une fois encore et très vivement, qu'il se rencontre des catholiques qui, répudiant Vimmanence, comme doctrine, l'emploient
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néanmoins comme méthode d'apologétique; qui le tont^ disons-Nou:;, avec si peu de retenue, qu'ils paraissent admettre dans la nature humaine, au regard de l'ordre surnaturel, non pas seulement une capacité etuneconvenance, — choses que, de tout temps, les apologistes catholiques ont eu soin de mettre en relief — mais une vraie et rigoun'use exigence. A vrai dire, ceux des modernistes qui recourent ainsi à une exigence de la religion catholique, sont les modérés. Quant aux autres, que l'on peut appeler inlégralistes, cr qu'ils se font forts de montrer au non-croyant, caché au fond de son être, c'est le germe même que Jésus-Christ porta dans sa conscience, et qu'il a légué au monde. —
105. Telle est, Vénérables Frères, rapidement esquissée, la méthode apologétique des modernistes, en parfaite concordance, on le voit, avec leurs doctrines, méthodes et doctrines semées d'erreurs, faites non pour édifier, mais pour détruire; non pour susciter des catholiques, mais pour précipiter les catholiques à l'hérésie; mortelles même à toute religion.
^ VI. MANIE RÉFORMATBICE (106)
106. 11 Nous reste à dire quelques mots du réformateur. Déjà, par tout ce que Nous avons exposé jusqu'ici, on a pu se faire une idée de la manie réformatrici' <|ui possède les modernistes rien absolument rien, dans le catholicisme, à quoi elle ne s'attaque. — Réforme de la philosoithie, surtout dans les séminaires : que l'on relègue la piiilosophie scolastique dans l'histoire de la philosophie, parmi les systèmes périmés, et que l'on enseigne aux jeunes gens la philosophie moderne, la seule vraie, la seule «jui convienne à nos tem[>s. — Réforme de la théologie : que la théologie dite rationnelle ait pour base la philosophie moderne; la théologie positive, pour fondement l'histoire des-
dogmo?f. — Quant ù riiistoire, qu'elle ne soit plus écrite ni enseignée que selon leurs méthodes et leurs principes modernes. — Que les dogmes et la notion de leur évolution soient harmonisés avec la science et l'histoire. — Que, dans les catéchismes, on n'insère plus, en fait de dogmes, que ceux qui auront été réformés, et qui seront à la portée du vulgaire. — En ce qui l'egarde le <ulte, que l'on diminue le nombre des dévotions extérieures, ou tout au moins qu'on en arrête l'accroissement. Il est vrai de dire que certains, par un bel amour du symbolisme, se montrent assez coulants sur cette matière.— Que le gouvernement ecclésiastique soit réformé dans toutes ses bi'unches, surtout la disciplinaire et la dogmatique. — Que son esprit, que ses procédés extérieurs soient mis en harmonie avec la conscience, qui tourne à la démocratie ; qu'une part soit donc faite dans le gouvernement au clergé inférieur et même aux laïques; que l'autorité soit décentralisée. — Réforme des Congrégations romaines, surtout de celles du S. Office et de VIndex. — Que le pouvoir ecclésiastique change de ligne de conduite sur le terrain social et politique ; se tenant en dehors des organisations politiques et sociales, qu'il s'y adapte néanmoins, pour les pénétrer de son esprit.
En morale, ils font leur, le principe des américanistes, ijue les vert\is actives doivent aller avant les passives, dans l'estimation que l'on en fait, comme dans la pralique. — Au clergé, ils dem;indent de revenir à l'humilité et à la pauvreté antiques, et, quant à ses idées et son action, de les régler sur leurs principes.
Il en est enfin qui, faisant écho à leurs mai très protestants, désirent la suppression du célibat ecclésiastique.
Que reste-t-il donc, sur quoi, et par application de leurs principes, ils ne demandent réforme ?
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CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE. — LE MODERNISME RENDEZ-VOUS DE TOUTES LES HÉRÉSIES (107-115j
107. Quelqu'un pensera peut-être, Vénérables Frères, que cette exposition des doctrines des modernistes Nous a retenu trop longtemps. Elle était pourtant nécessaire, soit pour parer à leur reproche coulumier que Nous ignorons leurs vraies idées; soit pour montrer que leur système ne consiste pas en théories éparses et sans lien, mais bien en un corps parfaitement organisé, dont les parties sont si bien solidaires entre elles, qu'on n'en peut admettre une sans les admettre toutes. C'est pour cela aussi que Nous avons dû donner à cette exposition un tour quelque peu didactique, sans avoir peur de certains vocables barbares, en usage chez eux. Maintenant, embrassant d'un seul regard tout le système, qui pourra s'étonner que Nous le détinissious le rendez-vous de toutes les hérésies? Si quelqu'un s'était doimé la tâche de recueillir toutes les eri-eurs qui furent jamais contre la foi, et d'en concentrer la sulistance et comme le suc en une seule, véritablement il n'eût pas mieux réussi. Ce n'est pas encore assez dire : ils ne ruinent pas seulement la religion catholique, mais comme Nous l'avons déjà insinué, toute i-eligion.
Les rationalistes les applaudissent, et ils ont pour cela leurs bonnes raisons : les plus sincères, les [dus francs saluent en eux leurs plus puissants auxiliaires. —
108. Revenons, en effet, un moment. Vénérables Frères, à cette doctrine pernicieuse de V agnosticisme. Toute issue fermée ver» Dieu du côté de l'intelligence, ils se font forts d'en ouvrir une autre du côté du sentiment et de l'action. Tentative vaine. Car qu'est-ce, après tout, que le sentiment, sinon une réaction de l'âme à l'action de l'intelligence ou des sens. Otez l'intelligerue : l'homme déjà si enclin à suivre les seur-.
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en devicndi'a l'esclave. Vaine tentative à un autre point de vue. Toutes ces fantaisies sur le sentiment religieux n'aboliront pas le sens commun. Or, ce que dit le sens commun, c'est que l'émotion et tout ce (|ui captive l'ànie. loin de favoriser la découveite de la vérité, l'entravent. ■ — 109. Nous parlons bien entendu de la vérité en soi : <|uant à cette auti-e vérité purement subjective, issue (lu sentiment et de l'action, si elle peut être bonne aux jongleries de mots, ne sert de rien à l'homme, à qui il importe surtout de savoir, si liors de lui. il existe un Dieu, entre les mains de qui il tombera un jour. — 110. Pour donner quelque assiette au sentiment, les modernistes recourent à l'expérience. Mais l'expérience, qu'y ajoute-t-clle ? Absolument rien, sinon une certaine intensité, qui entraîne une conviction proportionnée de la réalité de l'objet. Or ces deux choses ne font pas que le sentiment ne soit sentiment, ils ne lui ùtent pas son caractère qui est de décevoir, si l'intelligence ne le guide : au contraire, ce caractère, ils le confirment et l'aggravent, car plus le sentiment est intense et plus il est sentiment. — En matière de sentiment religieux et d'expérience religieuse, vous n'ignorez pas. Vénérables Frères, quelle prudence est nécessaire, quelle science aussi, qui dirige la prudence. Vous le savez de votre usage des âmes, de celles surtout où le sentiment domine; vous le savez aussi de la lecture des ouvrages ascétiques, ouvrages que les modernistes prisent fort peu, mais qui témoignent d'une science autrement solide que la leur, d'une sagacité d'observation autrement fine et subtile. En vérité, n'est-ce pas une folie, ou tout au moins une souveraine imprudence, de se fier, sans nul contrôle, à des expériences, comme celles que prônent les modernistes «^
111. Et qu'il Nous soit permis en passant de poser une question : si ces expérience^ ont tant de valeur à leurs
yeux, pourquoi ne la reconnaissent-ils pas à celle que des milliers et des milliers de catholiques déclareni avoir sur leur compte à eux, et qui les convainc qu'ils l'ont fausse route? Est-ce que, par hasard, ces dernière> expériences seraient les seules fausses et trompeuses ;' La très grande majorité des hommes tient fermement et tiendra toujours que le sentiment et l'expérience seuls, sans être éclairés et guidés de la raison, ne conduisent pas à Dieu. Que reste-t-il doue sinon l'anéantissement de toute religion et l'athéisme? — 112. Ce n'est certes pas la doctrine du symbolisme qui pourra le conjurer. Car, si tous les éléments, dans la religion, ne sont que de purs symboles de Dieu, pourquoi le nom même de Dieu, le nom de personnalité divine ne seraient-ils pas aussi de purs symboles ? Cela admis, voilà la personnalité de Dieu mise en question, et la voie ouverte au panthéisme. — 113. Au panthéisme, mai> cette autre doctrine de l'immanence divine y conduit tout droit. Car, Nous demandons, si elle laisse Dieu distinct de l'homme, ou non : si distinct, en quoi diftère-t-ellede la doctrine catholique, et de quel droit rejeter la révélation extéi'ieure? Si non distinct, nous voilà en plein paniiiéisme. Or la doctrine de l'immanence, au sens moderniste, tient et professe que tout phénomène de conscience est issu de l'homme, en tant qu'homme. La conclusion rigoureuse c'est l'identité de l'homme et de Dieu, c'est-à-dire le panthéisme. —
114. La même conclusion découle de la distinction qu'ils posent entre la science et la foi.
L'oljjet de la science, c'est la réalité du connai=.sa!>le : l'objet de la foi, au contraire, la réalité de linconnaissable. Or ce qui fait l'inconnaissable, c'est sa disproportion avec l'intelligence : disproportion que rien au monde, même dans la doctrine des modernistes, ne peut faire disparaître. Par conséquent l'inconnaissable
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reste et re.storu cternellcnient inconnaissahle, autant au croyant, qu'à l'Iionrinie de la science. La religion d'une réalité inconnaissal)le, voilà donc la seule possiltle. Kt pourquoi cette réalité ne soiail-oUe pas râmc universelle du monde, dont pai-le tel rationaliste, c'est ce que Nous ne voyons pas. — 115. Voilà qui suflit ei surabondamment pour montrer par combien de routes le modernisme conduit a l'anéantissement de toute reliiJiion. Le pi-emiei- pas fut fait pai- le protestantisme; le second est fait par le modernisme: le prochain précipitera dans l'athéisme.