Ad Boni. I. 2i
[2. Bilem coniinovenl. C'est ici le passage qui fit surnommer t-e docunieiiL : Encyclique BiLcm commovent. Voici le texte original latin : At hilcin lumen commovent, quum Ecclesiam criminantur monuments sic permiscere ac temperare ut siiœ ulilitati loquanlur. iXiniirum affingunt Ecclesiœ quod sua sibi conscientia apertissime improhari sentiunt.] Note de l'éditeur.
C'est que, pour dire la chose d'un mot, il a à reconnaître dans les Livres Sacrés, une évolution vitale, parrallèle et même conséquente à l'évolution de la foi.
Aussi bien, ajoutent-ils, les traces de cette évolution y sont si visibles qu'on en pourrait quasiment écrire l'histoire.
Ils l'écrivent, cette liistoire, et si imperturbablement, que vous diriez qu'ils ont vu de leurs yeux les écrivains à l'œuvre, alors que. le long des âges, ils travaillaient à amplifier les Livres Saints. — 93. La critique textuelle vient à la rescousse : pour confirmer cette histoire du texte sacré, ils s'évertuent àmontrer que tel fait, que toile parole n'y est point à sa place, ajoutant d'autres critiques du même acabit. Vous croiriez, en vérité, qu'ils se sontconstruit certains types de narrations et de discours, sur lesquels ils jugent ce qui est ou ce qui n'est pas déplacé.— Et combien ils sont aptes à ce genre de critique ! Alesentendrevous parler deleurs travaux sur les Livres Sacrés, grâce auxquels ils ont pu découvrir en ceux-ci tant de choses défectueuses, il semblerait vraiment que nul homme, avant eux, ne les a feuilletés, qu'il n'y a pas eu, à les fouiller en tous sens, une multitude de Docteurs infiniment supérieurs à eux en génie, en érudition, en sainteté; lesquels Docteurs, bien loin d'y trouver à redire, redoublaient au contraire, à mesure qu'ils les scrutaient plus pi-ofon dément, d'actions de grâces ù la bonté divine, qui avait daigné de la sorte parler aux hommes. C'est que, malheureusement, ils n'avaient pas lemêmes auxiliaires d'études que les modernistes, savoir, comme guide et règle, une philosophie venue de l'agnosticisme, et comme critérium, eux-mêmes. — 94. Il Nous semble avoir exposé assez clairement la méthode historique des modernistes. Le philosophe ouvre la marche: suit l'historien; puis, par ordre, la critique interne et la critique textuelle. Et comme le propre de la cause pre-
rniiM'e est de laisseï- sa vertu dans tout ce qui suit, il est «le toute évidence que nous ne sommes pas ici en face d'une critique quelconque, mais liicn ar/nonlique, iinmunenliste, évolutionniste. C'est pour(iuoi, ([uiconqiio l'embrasse et l'emploie, fait profession par là môme d'accepter les erreurs qui y sont impliquées et se met en opposition avec la foi catholique. — 95. S'il en est ainsi, on ne peut être qu'étrangement sui'pris de la valeur que lui [jrètent certains catholiques. A cela il y a deux causes : d'une part, l'alliance étroite qu'ont faite entre eux le.historiens et les critiques de cette école, au-dessus de toutes les diversités de nationalité et de religion; d'autre part, chez ces mêmes hommes, une audace sans bornes: que l'un d'entre eux ouvre les lèvres, les autres dune même voix l'applaudissent, en criant au progrès de la science ; ([uelqu'un a-t-il le malheur de critiquer l'une ou l'autre de leurs nouveautés, pour monstrueuse qu'elle soit, en rangs serrés, ils fondent sur lui; qui la nie est traité d'ignorant, qui l'embrasse et la défend est porté aux nues. Abusés par là, beaucoup vont à eux, qui, s'ils se rendaient compte des choses, reculeraient d'horreur. — A la faveur de l'audace et de la prépotence des uns, de la légèreté et de l'imprudence des autres, il s'est foiiné comme une atmosphère pestilentielle, qui gagne tout, pénètre tout et propage la contagion.
Passons à l'apologiste.
ij V. l'aPOI.OGÉTIOL E MODERNISTE (96-105)
96. L'apologiste, chez les modernistes, relève encore (lu philosophe et à double titre.
D'abord, indirectement, en ce que, pour thème, il prend l'histoire, dictée, comme Nous l'avons vu, par le philosophe. Puis directement, en ce qu'il emprunte de lui ses lois. De là, cette affirmation courante chez les
mudiMuistes que la iiouvellu apolcj^otique doit s'alimetiter aux sources psycliologiiiues et historiques. Donc, les modernes apologistes entrent en matière, en avertissant les rationalistes, (|ue s'ils défendent la religion, ce n'est pas sur les données des Livres Saints, ni sur les histoires qui ont cours dans 1 Église, écrites sous l'inspiration des vieilles méthodes ; mais sur une histoire réelle, rédigée à la lumière des pi-incipes modernes, et selon toute la rigueur des méthodes modernes. Et ce n'est pas par manière d'argumentation ad honiinem, qu'ils parlent ainsi ; nullement mais parce qu'ils tiennent en effet cette dernière histoire pour la seule vraie. Qu'ils se tranquillisent ! les rationalistes les savent sincères : ne les connaissent-ils pas bien pour les avoir vus combattre à leurs côtés, sous le même drapeau? et ces louanges qu'ils leur décernent, n'est-ce pas un salaire? louanges qui feraient horreur à mi vrai catholique, mais dont eux, les modernistes, se félicitent et qu'ils opposent aux réprimandes de l'Eglise. — 97. Mais voyons leurs procédés apologétiques. La fin ([u'il.- se pioposent, c'est d'amener le non-croyant à faire l'expérience de la religion catholi<[ue, expérience qui e>t, d'après leurs principes, le seul vrai fondement de la foi. Deux voies y aboutissent : l'une objective, l'autre subjective. La première procède de l'agnosticisme. Elle tend à faire la preuve que la religion catholique, celle-là surtout, est douée d'une telle vitalité que son histoire, pour tout psychologue et pour tout historien de bonne foi, cache une inconnue. En cette vue, il est nécessaire de démontrer que cetie l'eiigion, telle qu'elle existe aujourd'hui, «st bien la même ijui fut fondée par Jésus-Christ, c'està-dire le produit d'un développement progressif du germe qu'il apporta au monde. Ce germe, il s'agit donc, avant tout, de le bien déterminer ; et ils prétendent le faire par la formule suivante : Le Christ a annoncé'
SUR LES doctrinl:s des modernistes 191
l'avènemejit du royaume de Dieu comme devant se réaliser à brève échéance, royaume dont il devait être luimême, de par la volonté divine, l'agent et l'oidonnateur Puis, on doit montrer comment ce germe, toujours iinmanrnl et permanent au sein de la religion catiiolique, est allé se développant lentement au cours de l'histoire, s'adaptant successivement aux divers milieux qu'il traversait, eni[)runtant d'eux par assimilation vitale, toutes les formes dogmatiques, cultuelles, ecclésiastiques qui pouvaient lui convenir; tandis que, d'autre part, il surmontait tous les obstacles, terrassait tous les ennemis, survivant à toutes les attaques et à tous les combats. Quiconque aura bien et dûment considéi-é tout cet ensemble d'obstacles, d'adversaires, d'attaques, de coml)ats, ainsi que la vitalité et la fécondité qu'y affirme l'ICglise^ devra l'econnaître que, si les lois de l'évolution sont visibles dans sa vie, elles n'expliquent pas néanmoins le tout de son histoire : qu'une inconnue s'en dégage, qui se dresse devant l'esprit. Ainsi raisonnent-ils, sans s'apercevoir que la détermination du germe primitif est hoî a priori du philosophe agnostique et évolutionniste, et que la formule en est gratuite, créée povu" les besoins de la cause.
98. Tout en s'efforçant, par de telles argumentations, d'ouvrir accès dans les âmes à la religion catholique, les nouveaux apologistes concèdent d'ailleurs bien volontiers qu'il s'y rencontre noniljre de choses dont on pourrait s'offenser.
Ils vont même et non sans une sorte de plaisir mal ■dissimulé, jusqu'à proclamer hautement que le dogme — ils l'ont constaté — n'est pas exempt d'erreurs et de contradictions. Ils ajoutent aussitôt, il est vrai, que tout cela est non seulement excusable, mais encore — •étrange chose en vérité — juste et légitime. Dans les Livres Sacrés, il y a maints endroits, touchant à la
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science ou à l'histoire, où .se constatent des erreurs manifestes. Mais ce n'est pas d'iiistoire ni de science que ces Livres traitent, c'est uniquement de religion et de morale L'histoire et la science n'y sont que des sortes d'involucres, où les expéiiencos religieuses et morales s'enveloppent, pour pénétrer plus facilement dans les masses. Si en effet les masses n'entendaient pas autrement les choses, il est clair qu'une science et une histoire plus parfaites eussent été d'obstable (sic) plutôt que de secours. — 99. Au surpius.les Livres Saints, étant essentiellement religieux, sont par là même nécessairement vivants. Or, la vie a sa vérité et sa logique propres, bien différentes de la vérité et de la logique rationnelles, d'un autre ordre, savoir vérité d'adaptation et de proportion soit avec le milieu où se déroule la vie, soit avec la fin où elle tend. Enfin ils poussent si loin les choses que, perdant toute mesure, ils en viennent à déclarer ce qui s'explique parla vie, vrai et légitime. — 100. Nous, Vénérables Frères, pour qui il n'existe qu'une seule et uni(iue vérité, et qui tenons que les Saints Livres, écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, ont Dieu pour auteur 1, Nous ulfirnions que cela équivaut à prêter à Dieu lui-même le munsonge d'utilité ou mensonge officieux, et Nous disons avec saint Augustin : En une autorité si haute, admettez un seul mensonge officieux : il ne restera plus parcelle de ces Livres, dès qu'elle paraîtra difficile ou à pratiquer ou à croire, dans Inquelle il ne soit loisible de roir un mensonge de l'auteur, voulu à dessein en rue d'un hul'^. Et ainsi il arrivera, poursuit le S. Dor;teur, que chacun croira ce a' Il voudra, ne croira pas ce qu'il ne isoudra pas. — 101. Mais les nouveaux apologistes vont de l'avant, fort allègrement. Ils accordent encore que, dans les Saints Livres, certains raisonnements, allé-