‹ Les modifications phonétiques du language, étudiées dans le patois d'une famille de CellefrouinChapitre 10 sur 93 · SONORES · texte numérisé non relu

SONORES

IOI

\Bd. 80 1

Ba. 43 |

Tous les tracés concordent avec ces chiffres.

2° Les nasales demandent moins d'air que les instantanées correspondantes. Cette constatation exige une double expérience, puisque l'air s'écoule pour les nasales à la fois par le nez et par la bouche.

Par la bouche, j'ai obtenu : à côté de p 99 % m 31; à côté de / 82 1/2, n 66 1/2 et 9 65 ; à côté de / 104 1/3, « 98 et p 40.

Par le nez : dans le chuchotement, m 6cm 1, 7, 10, 7, etc.; n 5, 6, 5, 6, etc. ; dans la voix haute, m et n 1 ou 2 en moyenne.

Les tracés donnent des résultats analogues.

30 Les continues sourdes réclament plus d'air que leurs sonores

Bd. 220

Bd. 148

Bd. 150

Ba. 102

Ba. 97

Ba. 93

La même différence n'existe pas dans mon parler entre les sourdes et les sonores instantanées. D'après des données fournies par le spiromètre, je trouve : sur 14 fois, />> b 5 fois, — b 3 fois, < b 6 fois; sur 16, / > d 6 fois, = d 2 fois, < d 8 fois. Dans une expérience postérieure laite en vue

SOUFFLE EMPLOYÉ POUR LA PAROLE. 67

de trancher la question, les chiffres, si l'on écarte ceux qui s'éloignent trop de la moyenne et qui proviennent d'articulations non uniformes, sont sensiblement les mômes pour pa (77) et ba (78 1/4), ta (88) et da (87 3/4), ka (93) et ga (94)

C'est ce qui résulte aussi des tracés du tambour inscripteur pris à voie fermée.

Fig. 70. V« F.

pa ba pa ba ta da ta da ka ga ka ga

Mais le régime du souffle est différent pour les sourdes et pour les sonores, qu'elles soient instantanées ou continues. Les tracés pris à voie ouverte prouvent que le jet est plus rapide pour les premières que pour les secondes.

Fig. 71. V«« F.

pa ba ta da ka ga fa va sa ^a sa ja

40 La dépense d'air est un peu plus grande pour r (56e1" 1) que pour ' (So). — pour y (63) que pour / (41).

50 A la finale, les fricatives demandent plus d'air que les instantanées, les nasales moins que les consonnes de leur ordre, toutes les sourdes plus que les sonores, / plus que r et / à peu près autant que y :

af 151

ar

ai

at

ay

as 109

av

al

nk

ad

ap

al

ai

an

Les tracés concordent.

6° Les semi-voyelles se lient étroitement à la voyelle suivante et sont produites avec elles par une même colonne d'air plus considérable et de moindre durée que celle de la diphthongue correspondante. Le fait apparaît clairement dans les inscriptions prises dans le chuchotementà voie fermée.

wa wa ya ua ua ta De ces consultations , il ressort que le développement historique des consonnes concorde avec une augmentation de la dépense d'air. C'est dire qu'il y a eu relâchement progressif dans la tension des muscles destinés à barrer le passage au souffle, et par conséquent diminution de travail.

VOYELLES

Les voyelles, dans le patois de Cellefrouin, ont eu un développement analogue à celui des consonnes. De tendues (ouvertes ou fermées) , elles sont devenues relâchées (moyennes).

Nous devrions donc nous attendre à une dépense d'air plus considérable pour a, e, r, o, u, «, a», que pour à, é ou i, /, ô, //, «, à. C'est effectivement ce que donnent certaines expériences. Ainsi j'ai obtenu :

Dans une séance, M. B. a fourni les moyennes suivantes :

Mais ce qui devrait être, semble-t-il, la loi, n'est que l'exception. Dans la plupart des cas j'emploie pour les voyelles moyennes moins d'air que pour les voyelles fermées. Voici les chiffres d'une expérience qui représentent à peu près la moyenne de celles que j'ai faites avec J. B.

Les moyennes des expériences faites sur moi-même donnent les résultats suivants : i <i; u <iû; 0 <Zà. Mais a > à 1 fois sur 3 ; i > è 5 fois sur 6 ; à > à 4 fois sur 6 ; « > 6 4 fois sur 6 ; u > « 2 fois sur 4 ; a? > ce 2 fois sur 4; è > a 1 fois sur 7.

SOUFFLE EMPLOYÉ POUR LA PAROLE. 69

Voici les chiffres d'une de ces expériences prise au hasard : à 42 i 69 é 55 1 26 i 35 / 18 â 34 à 57 ($59 0 25 « 48 « 44 à 36 52 œ 26

Les faits seuls que je viens de signaler suffisent à expliquer la contradiction qu'ils renferment. Il y a eu en effet, pour les voyelles comme pour les consonnes , abaissement de la barrière opposée au passage de Pair et relâchement des organes.

Si cette loi était la seule qui régît la transformation des voyelles, la conséquence serait une augmentation constante dans le volume de l'air dépensé. Mais il y en a une autre : en même temps qu'elle se relâche , la voyelle tend à perdre de sa durée. Ainsi , malgré son accroissement initial, la colonne d'air, s'écoulant moins longtemps, perd de son volume total.

Ces déductions sont pleinement confirmées par les tracés du tambour inscripteur. En opérant a voie fermée, on obtient des résultats analogues à ceux du spiromètre. Mais les tracés obtenus à voie ouverte marquent nettement et l'accroissement de la colonne d'air et la diminution de sa durée.

Fig. 73. V*5* F.

à à ai i e i i ù u ô ô 0 « « à à ce Les voyelles nasales demandent moins d'air que les voyelles buccales correspondantes : à et ô donnent de 1 a 2cm 1 d'air par le nez, le plus souvent 1; dans le chuchotement, â est allé jusqu'à 4. Je n'ai jamais pu, même en faisant des efforts, amener une variation de l'aiguille pour ?. Par la bouche, l'air qui s'écoule est en moyenne de 24 3/5 pour/!, 23 3/5 pour ô, 30 3/4 pour ê.

Ces observations sont confirmées par les tracés qui ont en outre l'avan-

Fig. 74. V- F.

tage de nous fournir le moyen d'apprécier la quantité d'air qui s'écoule par le nez pendant l'émission de ?.

Ces faits prouvent que le passage de l à à rentre dans la loi du développement normal des sons à Cellefrouin.

Sons groupés.

Les sinuosités des tracés de la colonne d'air parlante suffiraient presque à eux seuls pour décomposer tous les sons qui entrent dans un groupe. Images fidèles de la marche du souffle, elles en traduisent tous les mouvements, les accroissements, les arrêts soutenus, les diminutions momentanées et les interruptions complètes. Elles nous permettent de constater : la continuité de l'émission entre une consonne et une voyelle ou entre une instantanée sourde et une liquide; le léger repos qui sépare les consonnes sonores et les voyelles ou les liquides, ainsi que les syllabes où n'entrent que des continues ou des voyelles; enfin les repos prolongés qui séparent les syllabes où se trouvent des instantanées ou bien des nasales. Fig. 75. V** F.

r pla pla bla bla kla gla pra bra papatata pafa tasa fa/a eata zajp pya

Mais le plus grand intérêt que présente l'étude du souffle émis pour les groupes de sons réside dans la recherche de l'accent d'intensité. Les tracés, en effet , nous permettent de le découvrir. Si nous émettons des groupes composés d'une môme syllabe répétée , et que nous frappions d'une intensité voulue l'une d'elles, les tracés montrent, comme dans la figure suivante, que c'est cette syllabe qui est produite par la colonne d'air la plus considérable et la plus rapide. Les deux premiers groupes ont été chuchotés et inscrits à voie fermée, les deux derniers ont été parlés et inscrits à voie ouverte.

Fig. 76. V-e F.

papa

papa papa papa

SOUFFLE EMPLOYE POUR LA PAROLE

Cette constatation faite , il ne reste plus qu'à comparer entre elles les syllabes de groupes formés de la même façon et prononcés à l'ordinaire, d'abord isolément, ensuite dans des phrases ayant un sens.

De l'enquête ainsi conduite, il résulte que l'accent d'intensité n'a pas dans mon parler une place absolument fixe; mais que, dans la majorité des cas, il frappe la dernière syllabe du groupe.

Examinons d'abord les groupes artificiels. Ce sont ceux qui présentent la combinaison la plus simple, et où, pour différencier des syllabes intentionnellement égales, agissent seules les lois de notre organisme.

J'ai inscrit papa, baba, taia, dada, kaka, papapa, papatpa, papatpapa, apaepapa, papapapapapapa... J'en cite 6 chuchotés (voie fermée) et 2 parlés (voie ouverte).

Fig. 77. Vf F.

papa id. papapa id. papatpapa id. papa id.

Or nous avons : i° dans les groupes de deux syllabes, sur 155 cas : ~ T 125 fois, T ~ 30 fois. Mais il faut noter que cette dernière forme n'est fréquente qu'à certains jours : 5 fois sur 7 à la fin d'une séance (juillet 1889), 7 fois sur 20 et 6 fois sur 30 (décembre 1890). Elle concorde avec un moment de fatigue.

2° Dans les groupes de trois syllabes :

a) Toutes les syllabes libres, sur 42 cas : t - ~ 37 fois, T T ~ 2 fois, ~ T ~ 1 fois, T 1 fois, ~ T T 1 fois. L'intensité la plus grande porte sur la première syllabe : dans la forme T ~ T 14 fois, dans T T ™ 2 fois.

b) La seconde syllabe entravée, sur 15 cas : T - T 14 fois dont 10 avec la plus grande intensité sur l'initiale, ~ T ~~ 1 fois, la dernière syllabe étant moins intense que la première.

30 Dans les groupes de quatre syllabes :

La pénultième ou l'antépénultième entravée, sur 18 cas : r 16 fois

bien certaines et 2 fois douteuses.

40 Dans les groupes de plus de quatre syllabes, sur 15 cas : T ~ 14 fois, les atones étant sensiblement égales 11 fois,- la pénultième plus faible 4 fois, l'initiale ayant été la plus intense 6 fois; 1 r ~*T 1 fois; sur 8 cas : T ~ T "~ T 3 fois, — t t avec la pénultième la plus faible

4 fois , t - x avec l'initiale la plus faible i fois. J'ai encore relevé : T — T t— t t i i r avec l'intensité croissant jusqu'à la 3e syllabe, t-t t~t la j« syllabe étant plus faible que la 4e, t r ~ T ~\ t r ~t les 5 e et 6* syllabes étant égales.

Dans une série d'émissions que l'on croit égales , le souffle obéit donc à une loi rythmique suivant laquelle à un effort succède en général un relâche, de façon que le plus grand effort se fasse sur la première ou le plus souvent sur la dernière syllabe du groupe, et que la pénultième, si elle n'est en même temps l'initiale, soit en règle la plus faible.

Dans les phrases, nous avons à tenir compte d'un élément étranger à l'organisme, la pensée.

J'ai inscrit, en commençant par les phrases les plus simples :

i° wï papa « oui, papa », 3 fois.

wi papa, 2 fois.

2° nô papa « non, papa », 5 fois.

30 nô pà papa « non pas, papa », 6 fois. 40 tôtô i kl « tonton est ici », 5 fois.

tôtô i kl, 2 fois.

5° tô tôtô i kl, 1 fois.

tôtôtôe kl, 1 fois.

6° tnô tôtô i>â vnï « mon tonton va venir » (lent), 1 fois. 70 tnô tôtô fâ fer doc fer « mon tonton fait faire du fer » (lent) , 1 fois. 8° D. vu tû ânû th tô tôtô ? « veux-tu aller chez ton tonton ? » 1 fois. —

Le même avec l'accent sur la première syllabe (tôtô), 1 fois.

— R.mô tôtô ne pà ki, 1 fois.

9° D. vû tû ânà tà tâ tâttf? « veux-tu aller chez ta tata? », 2 fois.

— R. mâ tàtà n ï pà kl, 1 fois.

— Ivàtàtnà tàtâ, 1 fois.

Je termine par deux dialogues où j'ai essayé de reproduire les principales inflexions de la conversation, et je donne de chacun trois tracés : le premier et le second , recueillis à voie ouverte, représentent, l'un la prononciation très lente avec chaque sylbbe détachée, l'autre la prononciation ordinaire; le troisième a été pris à voie fermée sur la prononciation chuchotée. Chaque groupe porte dans la figure le même numéro que dans le texte , il sera donc facile de le décomposer. De plus , pour aider la lecture , les syllabes à étudier sont marquées d'une croix en dessous.

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