‹ Les modifications phonétiques du language, étudiées dans le patois d'une famille de CellefrouinChapitre 9 sur 93 · ACCENT D'INTENSITÉ · texte numérisé non relu

ACCENT D'INTENSITÉ

La voix est le résultat de la lutte qui s'exerce à certains points déterminés entre les organes de la parole et la poussée de l'air chassé par les poumons. Il est donc naturel que nous observions maintenant la colonne d'air qui est employée pour chaque son et pour un même son dans les différentes places qu'il peut occuper dans les groupes vocaux.

N'aurait-elle d'autre intérêt que celui de mieux Élire connaître le mécanisme de la parole et de préciser les faits de mon patois, cette étude mériterait notre attention. Mais elle a un intérêt qui dépasse les limites d'une simple description : elle nous fournit des données pour juger du travail relatif qu'exige la production des sons et nous permet de mieux comprendre quelques-unes de leurs transformations historiques. Pour obtenir ce résultat , j'ai dû étendre quelque peu le champ ordinaire de mes observations. J'ai recommencé avec un compatriote, mon cousin J. B., une partie des expériences faites sur moi-même, et j'ai eu recours à des sujets choisis pour apprécier certains échelons phonétiques que j'ai dépassés ou que je n'ai pas encore atteints.

On peut prendre une idée rapide de la variété qui existe dans le volume et la marche de la colonne d'air parlante au sortir de la bouche en la recevant sur la main. Mais une expérimentation rigoureuse ne peut se faire par ce moyen. Je l'ai observée de deux manières : indirectement avec l'Explorateur de h respiration, directement avec une embouchure ajustée sur les lèvres et la conduisant soit dans un Spiromètre, soit dans un tambour inscripteur.

Les mouvements de la cage thoracique ne fournissent, comme on s'y attend bien, que des tracés insuffisants pour chaque son. Mais si l'on ripète une même syllabe plusieurs fois de suite et sans arrêt, la ligne d'expiration marque nettement la dépense d'air qui a été faite. Celle-ci est d'autant plus grande que le tracé modifié s'écarte davantage de celui de la respiration- normale.

Le tracé suivant représente la prononciation de M. le docteur R....

Le Spirottiitre ne peut rervir aussi que pour les sons isolés, l'air ne passant pas assez vite dans les soufflets pour que plusieurs syllabes consécutives restent distinctes.

Le tambour inscripteur est heureusement d'un usage plus étendu. Aussi vaut-il la peine que nous nous arrêtions A étudier la façon dont il traduit le volume et la marche d'une colonne d'air connue et soumise dans ses mouvements à notre volonté. L'expérience peut se faire de deux façons : A voie fermée , quand toute la masse d'air étudiée est conduite dans le tambour; à voie ouverte, quand une issue est ménagée sur le passage de l'air, en sorte qu'une partie seulement pénètre dans l'appareil inscripteur. J'ai fait mes expériences, dans le premier cas, avec un comptegoutte sur lequel j'exerçais des pressions A l'aide de pinces de diverses grandeurs; dans le second, avec une petite pompe. En remplaçant l'air par de l'eau , j'ai pu déterminer la quantité d'air que je mettais ainsi en mouvement; et, en variant la rapidité des pressions, je modifiais la vitesse de la colonne d'air. Enfin, en conduisant l'air tantôt par un tube étroit (1/2 ■*■ de diamètre), tantôt par un tube plus grand (5 mm de diamètre), tantôt à travers un vase d'un demi-litre de capacité , j'ai pu voir les changements que la forme même de la colonne d'air imprime aux tracés.

Voici les constatations qu'il me paraît utile de relever :

i° Lorsque l'expérience se fait à voie fermée, la hauteur du tracé correspond toujours au volume de la colonne d'air, quelles qu'en soient les dimensions et la vitesse. Cette donnée correspond à celle que fournit le spiromètre. Ainsi, dans les tracés suivants qui sont dus A des colonnes Fig. 68. V«* F.

d'air, a) de 622 mm % b) de 502""° *>, c) de 340""» d) de 2jomm e) de

SOUFFLE EMPLOYE POUR LA PAROLE

140 ™mS nous avons les hauteurs, a) 9rara, b) 8mm, c) îmm, d) 3 mm, e) 2nun 3 environ (il n'est pas nécessaire ici d'entrer dans les détails d'une mensuration rigoureuse). Or ces chiffres approximatifs suffisent à montrer que les hauteurs des tracés sont entre elles comme les masses d'air qui les ont produits, puisque le X" tracé égale presque le double du 3e, et le triple du 4% et que le 2e est le quadruple du 5e.

L'interposition d'un vase sur le trajet de l'air diminue la pression dans le tambour et la hauteur du tracé.

2° Quand l'expérience a été conduite à voie ouverte, le tracé fait connaître suivant les cas le volume de la colonne d'air ou sa vitesse. Si la vitesse de deux colonnes d'air est la même et que le volume soit différent, le tracé le plus haut correspond , comme c'est naturel , et comme le montrent D et E, à la colonne la plus considérable. Mais si le volume reste le même et que la vitesse soit changée, la hauteur du tracé est alors l'indice de la vitesse. Ainsi une même quantité d'air (30"° a donné les tracés : a, sous une pression lente ; b, sous une pression rapide ; c, avec un tube initial de 1/2 mm de diamètre; D, avec un tube de 6mm. Ces différences Fig. 69. V«« F.

s'expliquent. Plus le temps de l'émission est long, ou, ce qui revient au même, plus le tube initial d'écoulement est étroit, plus la perte de l'air par l'issue qui se trouve libre est considérable.

La durée de l'émission permet de donner au tracé sa vraie signification.

30 La largeur du tracé indique la durée de l'émission, déduction faite de la partie qui correspond à la persistance de la pression dans le tambour.

40 La direction de la ligne inscrite marque le mouvement de la colonne d'air. Si la ligne monte, la colonne d'air avance; si elle descend, l'air se retire. Si la ligne approche de la verticale, le mouvement de l'air est rapide, si elle prend la forme d'une courbe plus ou moins allongée, l'air croit ou diminue graduellement.

Dans les recherches faites sur la parole, j'ai profité des deux genres d'expérimentation. La voie fermée avec tube court n'est possible que pour le chuchotement très faible, qui réclame peu de souffle. En outre, comme

l'air s'amoncelle avec les syllabes, on peui craindre que la pression produite dans le tambour par les premiers sons d'un groupe ne modifie sensiblement le tracé des derniers. Un vase interposé rend possible l'étude du souffle émis pour la voix haute, et il atténue les effets de l'accumulation de l'air. La voie ouverte met en relief certaines particularités de l'émission, et en outre elle permet à l'air contenu dans le tambour de reprendre, après chaque nouvelle émission du souffle , sa pression normale.

Enfin nous avons encore à dire dans quelles conditions il est permis de comparer entre eux, soit les chiffres fournis par le spiromètre, soit les tracés du tambour inscripteur.

Rien n'est moins fixe que le volume d'air que nous employons dans la parole. Il varie suivant les personnes en raison de la capacité pulmonaire. Ainsi un sujet capable d'expirer 4 litres 1/2 d'air émet en moyenne pour l'articulation de kà à voix ordinaire jusqu'à 236"" alors que d'autres expirant de 2 à 3 litres émettent environ 90 e™ * et souvent moins. Il varie aussi dans chaque individu suivant le degré de force qu'il donne à sa parole tant pour le chuchotement que pour la voix haute1.

De plus, il varie selon des circonstances dont on n'a pas conscience : il n'est pas le même le matin quand on n'est pas sorti de sa chambre , et plus tard quand on revient de la promenade, quand on est assis et quand on est debout. Ainsi pour ka que je croyais toujours prononcer avec une égale force, j'ai dépensé dans des séances différentes : i° 8iim ' ; — 20 (en rentrant de promenade), 143, 151, 145, 136, 121, 133, 158, 147, 14} 'm — 3° 80, 74; — 40 50, 46, 50, 61; — 50 90, 81.

Mais , comme le témoignent ces chiffres et les tracés, les quantités ne changent pas notablement dans le courant d'une même séance.

Il suit de là que sur chaque point à éclaircir il faut instituer des expériences particulières, et que les résultats d'expériences isolées ne sauraient être comparés entre eux. Des séries que je viens de citer, on ne pourrait rapprocher pour ga que les suivantes : i° 8icm % — 2° 121, 13s, 106, 101, 135, 130, 123, 146, 123; — 30 114, 108, etc., qui ont été obtenues dans des circonstances identiques.

1 J'ai cherché quelles sont chez moi les limites extrêmes, et j'ai trouvé : pour le ku chuchoté de 1 jusqu'à 318 et même 519 e™ pour la même syllabe articulée à voix haute, de 16 à 280 fœ 1. Avec un écart comme celui-ci, il est clair qu'il y a une large place pour la moyenne, c'est-à-dire pour la ivix ordinaire.

• SOUFFLE EMPLOYE POUR LA PAROLE

Sons isolés.

Les consonnes ont été ou chuchotécs ou unies à la voyelle a. L'addition de cette voyelle, toujours la même, ne peut nuire à la justesse des comparaisons.

Je me bornerai aux remarques suivantes :

i° Les continues demandent plus d'air que les instantanées correspondantes. Il en est de même des consonnes issues de k et de g, qui deviennent de plus en plus spirantcs, comparées successivement à celles dont elles sont sorties. Ce résultat, qui n'a rien d'imprévu , est absolument constant chez tous les sujets observés.

Nous avons donc : i° p </, / < s, k < t€ < € < t\ — 2° b < v, à <ï, g <dj <j <b.

Voici les moyennes de quelques expériences. (Les chiffres indiquent des centimètres cubes. Ceux que n'accompagne aucune désignation de personne sont de moi. C = chuchoté (les séries non précédées de ce signe se rapportent à des sons émis à voix haute); B = J. B ; B a = J. B. assis; B d = J. B. debout; M = Marchois; P = Pyrénéen ; S = Saintongcais; T = Toulousain) :

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