CIRCONFERENCE DU CYLINDRE
DURÉE de ia RÉVOLUTION DU CYLINDRE 1
Comme les tracés recueillis avec les vitesses B, C, D, E ont été gravés au double de leur grandeur, les échelles sont agrandies dans la môme proportion.
Les divisions marquent des centièmes de seconde.
Mes premières remarques sur la durée des sons datent du mois d'octobre 1888. Désireux d'utiliser des expériences faites en 1886 dans un tout autre but avec le microphone de M. Verdin et le signal de M. Deprez, je comparai différents tracés, et je fus frappé du désaccord complet qui existe entre la durée réelle des sons et l'idée que je m'en faisais. Des voyelles que je croyais toujours longues sont souvent brèves; d'autres, où je ne voyais que des brèves, dépassent souvent en durée celles que je considérais comme longues. Quelle surprise par exemple pour moi de trouver un à = û, < t, 1,0,0"! J'en eus bien d'autres. Un fait particulièrement me Fig. 8:. V«« A.
surprit beaucoup. Au moment où je prenais mes inscriptions , j'avais remarqué qu'il était possible d'émettre trois fois la même syllabe pendant une révolution du cylindre; et j'avais profité de cette circonstance pour me procurer de chaque son trois tracés que je m'attendais a trouver semblables et susceptibles de se remplacer. Quelques-uns effectivement diffèrent peu quant à la durée (la seule qualité que l'imperfection des appareils employés me permette de considérer) ; mais d'autres présentent des différences considérables, comme è par exemple :
Fig. 8j. V« A.
Je fus ainsi amené a deux conclusions bien inattendues pour moi, à savoir que je possède un â et un <\ Des considérations analogues me firent
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DURÉE DES SOKS. — ACCENT TEMPOREL. 77
découvrir un ô et m'amenèrent à identifier à et i. C'est tout ce qui me reste des comparaisons minutieuses que je fis alors. Quant aux hypothèses que je formai sur la quantité proprement dite, il n'en reste rien. Je voyais bien que les données sur lesquelles je travaillais étaient incomplètes. Mais je n'osais combler les lacunes, croyant la matière trop délicate pour se prêter a des expériences organisées en vue d'une conclusion cherchée. C'était une erreur. Tous mes doutes se sont évanouis devant une étude méthodique des faits.
Mes recherches nouvelles ont été faites en 1889 avec les explorateurs du larynx, du nez et des lèvres, et l'inscripteur de la parole.
Les deux explorateurs du larynx peuvent suffire à isoler tous les sons. Ils distinguent : sur le larynx, les sourdes; sur le nez, les nasales; sur les lèvres , v et b; sur les dents, /, r, 7, v :
Fig. 83. V«« D.
Nez ( ^^^^mamt^^^$
(Exft. éUtt.) rfe ^PÇpwSp^BR» 'Ij.^Wj
l,r tracé : m de arna.
2e tracé : mm de anima.
Fig. 84. V»e C,
Lèvres (Ei^/. à air)
Inscripteur de U parole.
Fig. 8$. V« D.
Dents
{Expl. iUct.)
Ier tracé : rr de arra.
2e tracé : 11 de alla.
Fig. 86. V«« D.
Dents (£*/!. iUct.)
Il n'y a pas jusqu'aux imperfections mêmes de l'explorateur électrique qui ne puissent servir. On a pu remarquer dans les tracés reproduits précédemment (par ex. fig. 48) que la pointe du signal électrique est comme fixée, pendant toute la durée de certaines consonnes sonores, â la limite supérieure de sa course et qu'elle ne retombe qu'avec la voyelle suivante. Ce fait est très net dans le tracé de ...kûné pà « connaît plus », où Vn, qui a donné de superbes vibrations nasales, a produit pour le larynx des interruptions si peu sensibles qu'on pourrait croire que la ligne est dépourvue de vibrations.
Fig. 87.
Larynx
Lèvres
L'inscripteur de la parole fournit des renseignements encore plus complets et d'une inscription plus facile , car il nous donne , non seulement la succession, mais encore la forme même des vibrations, comme on en peut juger par les spécimens suivants :
DURÉE DES SONS. — ACCENT TEMPOREL
Fig. 88.
Larynx
Inscripteur de U parole.
Fig. 89.
Larynx
Inscriptcur de U parole.
On peut même, par un réglage approprié, en écartant plus ou moins les électro-aimants, faire disparaître telle ou telle consonne dont la place est
Fig. 90. V<" D.
Larynx
Inscriptcar de la parole.
alors marquée par un silence. Voyez aussi, plus haut, la fig. 84, et cidessous la fig. 112. On s'aide, pour cela, du stéthoscope, qui rend sensibles à l'oreille les sons reçus par la membrane inscriptrice.
Toutefois, je dois le dire, ces divers moyens ne donnent pas des résultats absolument identiques. Ainsi nous avons constaté que, pour les nasales, les vibrations du nez commencent dans certains cas après celles du larynx (page 42 et fig. 36). D'autre part, les tracés de l'inscripteur de la parole s'arrêtent, alors que le larynx vibre encore. Il serait facile, je crois, de tout concilier. Mais, sans entrer dans cette difficulté nouvelle, comme le larynx est la source du son, je m'en tiens, en cas de conflit, à ses indications , ou je signale les divergences.
Un mot encore pour une question de méthode. On pourrait être tenté de croire que l'étude sur la quantité doit se foire uniquement sur des discours suivis, car c'est le discours suivi qui seul est, à proprement parler, le langage. Ce n'est pourtant pas par là qu'il faut commencer. Le discours contient des éléments trop complexes pour qu'il nous soit possible d'y démêler de prime abord les lois de la quantité. Celles-ci , nous n'avons le moyen de les saisir que dans des groupes formés de façon à éliminer successivement toutes les causes de variabilité sauf une, celle en vue de laquelle chaque expérience est organisée. C'est seulement lorsque la matière a été ainsi observée sur ses principales faces que l'on peut considérer le discours suivi où l'on constatera, si l'étude préliminaire a été bien conduite, l'application des lois découvertes dans le détail.
Je conserverai dans l'exposition l'ordre même que j'ai suivi dans l'étude des faits.
S I". — Durée des sons dans les mots isolés.
Dans les continues, la durée de l'émission se confond avec le temps nécessaire pour les produire. Dans les instantanées, au contraire, il faut distinguer deux instants, celui de l'occlusion et celui de l'émission, c'està-dire un moment de silence et un moment où éclate le son. Le silence toutefois n'est complet que pour les sourdes et les sonores initiales; il n'existe pas pour 1< s sonores médiates, car le larynx continue à vibrer malgré l'occlusion du tube vocal (voir par ex. les fig. 39, 48, 54, 106).
Si l'on veut se 'aire une idée du phénomène, on n'a qu'à comparer entre elles les labiales qui sont d'une étude plus facile. On verra que le larynx entre en vibntion pour va dès le moment où les lèvres se rapprochent (voir fig. 42), pour /m, quand elles s'écartent (voir fig. 43), pour ba ou ma,
DURÉE DES SONS. — ACCENT TEMPOREL. 8l
un peu auparavant (voir fig. 66). Le temps où le larynx vibre avant l'ouverture des lèvres appartient au b ou à 1'»;; c'est, dans un tracé que j'ai sous les yeux, ^ de seconde pour une occlusion de ^ de seconde. La fig. 89 nous fournit un p dont le bruit a donné aussi ~ de seconde.
Mais je n'entrerai pas plus avant dans cette question, la durée d'une consonne étant, à proprement parler, le temps qu'elle a exigé.
Nous nous occuperons d'abord des consonnes simples, puis des consonnes redoublées, enfin des consonnes groupées.
Consonnes simples.
Je me bornerai aux constatations suivantes qui sont les plus intéressantes et qui se rapportent le plus directement à mon sujet :
i° Les instantanées sont légèrement plus courtes que les continues.
2° Les sonores sont souvent plus courtes que les sourdes.
30 La longueur des consonnes diminue en raison de la longueur des mots.
40 II existe un accent temporel, ou de durée, qui allonge les consonnes qui en sont frappées.
Ces quatre conclusions, qui n'ont rien que de très naturel, ressortent clairement des tableaux suivants. Les chiffres entiers représentent des de seconde.
Sonores. — Une expérience faite en vue d'étudier les voyelles nasales nous fournit le moyen, non cherché, de comparer les sonores et les sourdes. L'explorateur du larynx placé sur le nez, j'intercalais entre deux ô successivement toutes les consonnes. Naturellement les sourdes sont toujours distinctes. Les sonores sont souvent, il est vrai, envahies plus ou moins par les vibrations nasales; mais chaque ligne nous en fournit de parfaitement claires (fig. 107). Or la sonore, en raison sans doute d'une différence dans la durée de l'occlusion (cf. p. 67), est presque constamment plus courte que la sourde.
Le p et le b sont douteux.
ôtô ddô d s ô ô 1 ô
18 (trois fois)
Les variations de durée résultant de la position de la consonne dans le
groupe vocal nous apparaissent les mêmes que pour les sourdes dans les
tracés de YInscripteur de la parole contrôlés par ceux de Y Explorateur du ne\
pour les nasales.
b a baba
bababababababa
v av av av a
dadadada
jajajaja
n an an a
nan a n an an a
nanananananana
DURÉE DES SONS. — ACCENT TEMPOREL
m. — mamamama m amama m amamamamama
g. — gogagaga gagagaga
Ces chiffres sont confirmés par d'autres expériences faites avec l'inscripteur de la parole et la capsule exploratrice du larynx placée sur les lèvres pour b, m, v, sur le nez pour m, y, sur les dents pour g, à.
b. — b a babababa
v. — va vava vavava 15 14 16 14 13 16
m. — a m a marna IS 12 15