CHAPITRE II
L'ordre généralement suivi dans l'exposition des faits que nous avons à étudier, s'il se recommande par sa clarté, a l'inconvénient de morceler la matière. Nous sommes donc obligés de nous en affranchir. Et, comme c'est la transformation phonétique elle-même que nous considérons avant tout, c'est elle qui doit imposer 1 unité et déterminer le choix de nos articles. De plus, les évolutions actuelles étant les plus faciles à reconnaître, nous commencerons par elles chacune de nos études particulières. Le présent servira ainsi à éclairer le passé.
Après avoir réuni dans un premier paragraphe les articulations qui se sont conservées, nous traiterons successivement des changements d'articulation, de la simplification des consonnes doubles, des changements de sonorité, de la chute et de b vocalisation des consonnes, enfin de la formation des consonnes nouvelles'.
§ Ier. — Articulations conservées.
Nous mettons de côté les consonnes qui depuis l'époque latine se sont conservées jusqu'à nos jours sans changements appréciables, a savoir : i° Les liquides initiales et médiales :
L. — LUPUM, lit; LAN'AM , lâll ; ALAM, âl. M. — MAGIS, mh\ AMICUM, àtllï.
N. — *nora, nôr; sanare, iànà « affranchir »; rakam, ran1 « rainette ».
R. — rem, rt; durare, dur à ; * cantare-habet , eàtrô; dormirunt, drmïrl.
L'r de la 3' personne du pluriel s'est propagée dans les parfaits a la ire personne du pluriel ne drmtrè, puis aux deux 2e1 personnes tu drmfr?,
1 Des renvois indiqueront quand il y aura lieu de se reporter aux Notes complémentaires qui terminent ce chapitre. |j 2 Lorsque je transcris un mot de mon patois sans indication de provenance, c'est sur ma prononciation que je me règle.
vl drtnïrf (G '). Il ne faudrait pas y voir I'r du plus-que-parfait. La preuve, c'est que dans un territoire contigu, dont la limite embrasse Saint-Laurent (sauf la Prévôtie,' les Frégnaudies, Chez-Rioux), Saint-Claud (sauf l'Age, Chalais, Chez-Mancier, Chez-Chadiat), Lussac, Chasscneuil (sauf Chez- Baugis), Chez-Rozé (Saint-Mary), les Pins, Agris, la consonne analogique est le T de la seconde personne qui s'est imposé à la t" et a la 3e du pluriel : tteâthl, vt eàfiti, ni eàftte, « eàùtt (St-Claud). — V. Not. compl. 1.
2° m, n appuyées sur une consonne précédente :
M. — dormirç, drml.
N. — * corn-are, kbriiâ.
Lorsque m et n sont mises en contact, le traitement n'est pas uniforme. Nous avons deux séries, l'une avec m, l'autre avec » :
SCAMNELLUM, uâtiâ ; DAMNARE, dàtia \
•examinare, èsâmà ; extaminare, etànà, etùtià ;
feminam , fœm ; seminare , sânû ;
somniculum, sûmèl y germinare, jàrnâ ;
hominem, ôm ; germeNj onem, jârnû.
nominare, nûrnà;
AD LUMINARE, àllimà\
*sumjnare (de sumen, lait de truie), sùmà « suinter » ;
*viminem, vint
•verminkm, vàrm.
On pourrait aussi probablement rattacher f Armel « instrument à anches fait de l'écorce d'une jeune pousse », a earnu, carminem, et lûml « cierge formé de plusieurs rats-de-cave tordus ensemble», a famé, luminem. L'étymologie de sftmà se trouve appuyée par la forme berrichonne suntr « être en sève », comparée à sener « semer ». (Jaubert, Gloss. du Centre.)
Il semble que I'm soit restée quand elle n'a pas été absorbée par la voyelle précédente (en se nasalisant), ou écrasée entre une consonne et Fn appartenant à la syllabe tonique : hâmâ serait refait sur hàm (examinât) et étànâ présenterait un compromis entre hàm (extaminat) et tiânâ. Il y aurait eu ainsi nasalisation pour a et E à l'atone. Un seul mot fait exception : SCAMNELLUM ; mais hàme ne m'a été signalé que par deux ou trois personnes; la plupart l'ignorent, et rien ne prouve qu'il soit indigène.
30 r appuyée sur une consonne soit antécédente soit subséquente en latin vulgaire ou en roman :
pratum, prà; veracem, vrâ; partem, pàr ; viridem, ivr; hibernum, ivtr ; corpus, hor.
CONSONNES
40 Les consonnes l, n, lorsque, finales soit en latin soit en roman, elles se sont trouvées liées étroitement A des mots commençant par une voyelle.
L. — ILLA EST, Ûl e (cf. II.LA CANTAT, à €Ùl); ECCU-rLLUM HOMINEM ,
kl dm; quale horam, kàl ûr? quale ^.taticum, khi àj? VI de ovale n'a vécu que dans ces deux formules archaïques. On dit donc : kâ iînàd « quelle année » ; kâ dm « quel homme ».
Dans ces groupes syntactiques, 17 est si intimement unie à la voyelle suivante , que , dans l'appréciation commune , elle forme avec elle une syllabe. Aussi imprime-t-on 0 T est pour ol est. (Jroy. de Jacq. Pingot.)
N. — L'n finale latine subsiste encore dans la prép. in 4- voyelle (<îw), et dans les réponses négatives faites à des questions comme « est-il ici? — était-il ici? — As-tu fais cela? » non est, mû; non *est-ia, nneti; non habeo, nne.
C'est aussi par la conservation de I'n de non que j'expliquerais nil, inde, et n, ibi. Je rien ivux fuis s'est dit : / ntn-il vô pït; et il n'y a pas : kô neit-î ô pà, kô nènô pà. Lorsque nèn a disparu, son n finale est restée soudée A à et A t (nâ, n). M. Chabaneau signale iwn dans les Coutumes de Limoges et le Ludus Sti Jacobi (Gram. Jim., p. 303).
L'n finale romane s'est conservée dans les adjectifs liés à un substantif : bonu.m amicum, bùn ami; meum hominem, miin dm.
C'est A bene que je rattacherais l'n de tiA, altum; nôt, altam ; nosa, *altiare. Bene avait deux formes, suivant qu'il était suivi d'une voyelle ou d'une consonne. On disait bên-au, btn-auta, et bï (aujourd'hui byê) bâ « bien bas ». A Nanteuil, on dit encore bin Ô : ïi l ptirti bùn 0! a il le portait bien haut ! » La forme bé a remplacé la forme tonique A Mouchedune, A la Sorcellerie. Mais A Ccllcfrouin, A Saint-Claud, c'est le contraire qui a eu lieu; bi ne vit plus que comme interjection (è bù! ê b! « eh bien ! »), ou dans des phrases comme « Jà b prit sô sô « il fait bien assez son sot »; ti fà b byè « il fait bel bien ». Au moment où bùn est tombé de l'usage, son n a dû être recueilli par à, dont on a eu ainsi un doublet, fréquent A Saint-Claud, plus rare à Cellefrouin. Le verbe en a subi l'influence, et l'on a nosa « hausser » A côté de dsà. La date A laquelle on signale h première apparition de cette n dans nauta, le xivc siècle (Bartsch, 362, 46; Chab., Gr. lim., 117), n'est pas une objection; A cette époque bè était constitué et l'on conçoit que la lutte entre bin et te était engagée depuis longtemps déjà.
• Ce k, intraduisible dans ce cas, est passé dans le français du pays.
5° L'r finale en roman, sauf dans les infinitifs de la ire et de la 4e conjugaison et le suffixe -arium, c.-à-d. après toutes les voyelles, sauf a, i, ie. e : sérum, sir; valere, vôler ; habere, âvtr ; verbes en -ERE, -ir; 0 : soror, sôr; pavorem, por; « : suffixe -ORKM , ur (tâttir) ; œ : corium, kitr; u : durum, dur; maturum, mûdiïr.
6° Peut-être le d de ad devant un (cf. Chabaneau, Gr. Uni., p. 113) : â d un m « à une tante » ; à d e Ul epôh « à un tel époque » (G *). Mais il faudrait admettre que ce d n'aurait pas suivi le sort du D intervocalique placé avant l'accent, ce qui est douteux; et, de plus, qu'il se serait étendu analogiquement à d'autres cas, comme : d ànu à d un à « d'anuit (aujourd'hui) en un an » ; su d fin rùt « sur une route » (G ').
La seule autre explication que l'on puisse opposer a celle-ci , c'est l'emploi abusif de la préposition de, comme dans dotr « d'autre ». i nà fin brilla un hdrd dt dolr (G ') « j'en ferais brûler une corde de dautre (bois) ». Cette forme a pénétré si profondément dans le langage du pays, que les personnes instruites en font usage dans tout l'Angoumois.
M. Jônain, de Royan, cite dans son Dict. du patois saintong., p. 18 : « à n in certain endret », et « ;'// ai dit à d in homme. ». Dans le premier cas, nous avons sûrement l'w de in ; n'aurions-nous pas de même un d furtif dans le second?
7" Les instantanées et les spirantes — sauf c et g (-f- a, e, 1), g (+ l), h et v — initiales et appuyées sur une consonne précédente (latine ou romane) ou la diphthongue au soit primaire soit secondaire :
P. — patrem, pïr; talpam, tôp; g. caupjan1, eàpï « presser ».
B. — bibere , biîr; blasphemare, b[âmâ; hkrbam, ârb.
F. — facere, fer ; DE-FORis, difir ; fratrem, frir.
T. — TESTAM, tel ; TRANS, trà ; URTICAM, brtrïj ; *GAUTAM, jôt ; g. PAUTA, pOt; ALTAM, Ot; PASTAM , pAl J * EMPOTA RE, iltà. D. — DENTEM , dâ ; LEONARDAM , lotlird.
S. — sic, si ; HERI-SERUM, Itrsêr ; pensare , pàsà ; salsam, sbs.
' Les mots d'origine germanique sont précédés de la lettre g. quand ils ne sont pas annoncés comme tels. Je reproduis en général les formes indiquées par M. Mackel {Die germanischen Elementc in der jran\. und provenu Sprache, dans les Fran^. Studien). J'ai fait aussi des emprunts à MM. Kluge (Etym. JVœrlerbuch der âeuisiïvn Spracfx) et Fcerstemann (Altdeutschcs Natnenbuch).
CONSONNES
C. — collum, ko; curare, kûrà a nettoyer » ; classicum, k[à ; crkmare, krdtnà; g. *kotta, diminutif &>///«.
Qy et Co + voyelle. — quem, ké; coagulare, kàlà.
G. — gulam, gtïl; grandem, grà ; g. grut, grti a grain ».
Dans les mots germaniques introduits tardivement, la gutturale se conserve devant toutes les voyelles : kane, kân ; marka, màrk « marque »; trinken, trêkâ.
8° Quelques consonnes, qui, devant régulièrement s'altérer, se sont conservées dans des mots germaniques ou dans des dérivés, parce que l'apparition de ces mots dans le patois ne concorde pas avec la date de l'évolution qui les aurait entraînés dans son mouvement : g. rata, ràt; g. lok, dim. lùkt; g. brida, dim. brldû; g. wridan, rida « rider »; pik, dérivé plkâ (cf. pïjâ de picare) ; picum , dim. plkàtc « pivert » (cf. pijà de picalem « noir et blanc comme une pie «). Je suppose de même que *trauc « trou » a donné naissance à trèkd « transpercer » après la date de l'altération du c devant a et avant le commencement de son évolution dans les finales.
§ 2. — Changements d'articulations.
gutturales et y.
Sans presque sortir du bassin du Son, nous trouvons les principales étapes de l'évolution qui a conduit le g et le c jusqu'à /; et c .
Palatal isat ion du c et du k.
Le point de départ est la palatalisation du g et du k, et leur transformation en gy et en ky. Ce fuit ne se montre pas encore à Cellcfrouin ni à la Tâche.'
A Goise, M. Barret, qui est presque le seul à garder la tradition du village, conserve le /; dur : ï vhji « je viens »; t%« « venu ». Mais son fils a les formes palatalisées vtlyt, vàyu. Ce serait une erreur de croire que ce sont là les vraies formes locales ; elles sont empruntées au parler de Mm» Barret qui est du Bois-Bernardent et qui dit vàgyû. Heureusement que l'intrusion est ici és'idente. Un peu plus tard nous aurions pris la forme régnante pour la forme indigène.
Le gy apparaît isolé de ky, au Maschinct dans le parler de M. de Fonroche, et à Ventouse dans celui de la famille Champagne.
Mais il semble que les formes employées par M. de Fonroche soient
l86 LES MODIFICATIONS PHONETIQUES DU LANGAGE.
des emprunts faits à Ventouse, car elles ne sont pas constantes. A côté de vèyJ, pûyù a pu », je relève « « il atteignit », nt rfvfgirâ « nous revînmes ». Une autre personne du Maschinet que j'ai interrogée dit
A Ventouse, nous avons y lyl « j'allai », teyï « tu allas », n lyirà (C1), formes plus avancées que celles des villages voisins, vlçyu « venu » (C*), et vàyû, krtyu « cru », v&yu « voulu » (C') — vâyft est un emprunt, s'il n'a pas été fait analogiquement sur và « venons, viennent » — ; mais kaki « celui-ci ».
Cette inégalité de traitement entre la sonore et la sourde n'a rien de surprenant. La sourde, étant plus énergique, doit opposer une plus forte résistance à l'action assimilatrice de la voyelle. J'ai rencontré le même fait à Vaugirard, rue Cambronne, chez un homme de 60 ans qui n'a jamais quitté le quartier. Il dit : rtçyârdé « regarder », mais kârlyé « quartier ».
Le ky du reste n'est pas loin. Nous le rencontrons à Loûme (commune de Ventouse), et dés que nous mettons le pied dans la commune de Chassiecq, à La Génevrau.
Un autre fait intéressant que l'on peut observer sur la limite de ce territoire, c'est la différence qui existe entre l'influence palatalisante de IV et celle de Vu. Nulle hésitation pour kyi. Mais ht se rencontre quelquefois à côté de kyi : kyi « ici », nïkyu et tiïku « né » (Bierge, V.). A partir de Romfort (au moins dans la famille Jaboin et dans quelques autres — M. V. — malgré des mélanges*) et de Saint-Front, kyu est constant, nekyu (J.), kyitlM « culotte » (Saint-Front, S.), ekynri « écurie » (Bayers). Là même cependant, comme nous le reconnaîtrons plus loin, kyu est moins ancien que kyi.
Mais la palatalisation ne se produit pas encore devant e,œ : kil « cette », kri-s « cuisse » (Mouton). Il en est de même au delà de la Charente, à Chenon, à Bayers, à Fonclaireau.
kye (kyêl « cette ») existe à Bioussac, à Ruffec; kyœ dans le Pays-Bas, par exemple à Salles d'Angles, près de Cognac : Ryûs « cuisse » (M.), t\\h (MJ ctM')-
kya ne se rencontre que loin de notre domaine, dans les faubourgs de Paris. Va qui palatalise le k est un a tendant VCTS i. — V. Not. compl. 2.
Ainsi, à ne consulter que la géographie, les voyelles se placent d'après leur puissance de palatalisation dans l'ordre suivant : », M, e, or, à.
1 ikyï, tit-kyfi, mais ekiir'i, hûlot (M. V.). Il y a ici une influence française très naturelle chez les enfants.
CONSONNES
La physiologie nous conduisait à une conclusion analogue, car toutes ces voyelles se produisent dans la partie antérieure de la bouche et dans des positions où la langue est de plus en plus éloignée du palais. (Voir ci-dessous régions d'articulations.)
Deux conclusions, intéressantes pour le domaine gallo-roman, se dégagent de ces faits : c'est que, au moment où se fit la palatalisation du c devant e, i, et même devant a, l'u de ou et l'o de co + voy. n'étaient pas encore tombés, et que Vu latin non seulement n'était pas encore u, mais qu'il n'avait même pas encore atteint la position de 1*.
Evolution de gy, ky, y.
Le développement de gy et de ky peut suivre différentes directions. Ou bien l'élément guttural se fond avec le y, ou bien il se déplace dans la direction des dents pour aboutir à d et à /.
De ces deux voies, la première a été suivie par gy, la seconde par ky.
L'évolution de gy a été si rapide dans le bassin du Son , qu'en moins de 50 ans, elle s'est trouvée accomplie, et que je n'ai pu saisir entre gy et y qu'une seule étape, gy.
Tous les vieillards ont gy : vilgyï, vàgyû (Valence, Romfort, Saint-Front, Lichères, Mouton, Chassiecq).
A Romfort (commune de Saint-Front), nous avons la série : gy, gy, y. J'ai entendu en même temps dans la famille Jaboin : ptgyû (J1 1813), pégyû (J2 1847), piyu (J * 1867), et même pyù (J< 1869). Dans une autre famille, le g a vécu plus longtemps. Je le trouve dans vilgyï, mais à peine sensible (V. 1880). Je ne l'ai pas entendu dans prdyï « je pris ».
A Mouton, le g, qui n'est plus senti dans la conversation ordinaire, se montre encore dès que le ton devient emphatique : vàyl, vilyu et aussi vàgyû (D», 1865).
A Saint-Front, il n'y a pas de trace de g dans le parler de la génération de 1875 (Bou.O-
A Chassiecq, comme à Romfort, nous rencontrons dans la même famille, à 30 ans de distance, vàgyi (L', 1835), vàyu (L*, 1865).
ky est passé à #y, puis à ty. Quoique la vie du g dans gy n'ait pas été longue, celle du k dans ky est plus courte encore. Ky n'existe dans kyï que sur la frontière du domaine , à Romfort (M.). Même à Valence kyï est descendu jusqu'à tyï. L'intermédiaire Myl n'a été recueilli qu'une fois (Mouton D., 1808). Le ky suivi d'un u, formé plus tard, n'a pas encore
l88 LES MODIFICATIONS PHONÉTIQUES DU LANGAGE.
été ébranlé : kyùïôt « culotte » (Saint-Front, S.), à côté de kôtyï « ceci » (Saint-Front, L. C), ekyùri « écurie », à côté de kœtyi « celui-ci » (Bayers).
Nous avons donc la concordance suivante :
vàçyi kdtyl lûkyu
qui nous montre à quel point le g est plus solide que le k. C'est cette force même de résistance de la sonore gutturale qui a déterminé la rapide élimination de l'élément occlusif et qui a détruit la symétrie du développement des deux gutturales (çy, dy, ky, ty, etc.). — V. Not. compl. 3.
Si nous poussions nos recherches plus loin, nous rencontrerions : à l'ouest, dans les Deux-Sèvres, if (jW « celle ». — Lczay, Rev. des pat. g.-r., Il, 107, 1. 40), et môme (cclt « quitte ») à Manières* dans la Gatine; à l'ouest 1 te, et aussi € pour un y récent précédé d'une sourde, par ex. dans l'Allier : kïitel « celui-ci » (Domérat); Uï « ici » (Commentry); bttcyô v bestiaux » (Montvicq); kûtcô « couteau » (Ganat, Mayet).
A Saint-Bonnet-de-Rochcfort, on peut prendre sur le fait la sifflante sortant d'un y appuyé. Le son y est le même que celui de IV de père, laquelle incline fortement vers ^. C'est un sifflement que j'ai comparé au th anglais, il ne se produit pas entre les dents, mais un peu en arriére, à un point où r et s, peuvent se rencontrer (cf. Patois de Couffy, Ra>. des pat. g.-r., I, 202). On a donc à Saint-Bonnet : pêf- « père »; m'â « mère »; btô « beau » ; vfô « veau » ; dfo « dé », digitale; pàdrô « pendue »; tàprô « chapeau »; kiïtrô « couteau ».
<r, s, j, ^, sont donc les termes où, quand il ne se conserve pas tel, aboutit le y, qu'il naisse soit d'une gutturale palatalisée, soit d'un / appuyé sur une consonne.
Il n'en a pas été autrement du y latin ou germanique dans ses diverses évolutions :
i° y sorti de c (+ e, i) ou précédé de T :
En position forte, 5 : cinkrem, sâdr; cinque, £; *roRTiA,/ta$; *altiare, «ri; *noptia, nâs; neptia, nyês; faciat, fàs.
(c devenant ty puis ts, ci + w\- constitue la position forte.)
Kn position faible, ^ : placere, phi^ër; *auckllum, o^r, rationem, râ^ir,
SATIONEM, Sà^li; ACL'TIAT, dç/f^; -ITIA , -1^ (Jftjàll^).
1 Une servante de 27 ans (1888). [ 2 Les formes suivantes ont été recueillies dans mon expédition de 1879.
CONSONNKS.
2° v sorti de c (-f a) et en plus dans les mots germaniques (+ e, i), ou précédé de p :
En position forte, e : campum, eii; calcare, coeà; canem, tï; causam, ea^; inraucare, àrèeâ; *auca, dim. oefi; g. marah-skalk, màrhâ; g. kaupjak, dpi « presser, serrer»; g. skeli.a, hel; g. skina, hïn; g. skiuhan, eehû-y sapiam, sàe; appropiare, àprfuà; g. happiam, Cu
En position faible, môme latine, / : nkcare, nèja; secare, si/à; locare, lojâ; hocanno, ùjâ; klcatlm, nûjâ; pikare, pijà; picalem, pijà « noir et blanc comme la pie »; g. bukon, cô-bùjà « devenir étanche »; g. xruka, krùj « cruche »; carricark, car/à; vkkdicare, vâjà.
A été traité de même le y sorti de c ou de g et appuyé sur un r intervocalique : -aticum, -à/ (villaticum, vilàj, etc.); cogitare, kûjâ.
Tout prés de Cellefrouin, a St-Claud, ct a donné e comme c (+ a) :
DICTA, dU; FACTA , fût ; STRICTA , Ctrh ; FRUCTA , jrii€ ; *AD-LUCITARE,
âhieâ « allumer » ; cocta, iw; puncta, pôe « pointe ». A Cellefrouin , tous ces mots supposent une vocalisation du c. Mais a côté nous trouvons : àlteâ « mettre au toit »; $âràà « mettre en guéret »; pôe « ponte » (Cellefrouin). A Saint-Claud, îltieà, (jârïrâ, pourraient se rattacher naturellement à * istectare, * weractare. Peut-on leur supposer des primitifs en -Icare? D'autres verbes d'une formation semblable tendent à le faire croire : gCcâ « guetter » (Ventouse) est tiré de §i « guet » ; âkùea « renverser un vase pour faire sortir tout le contenu », parait bien dérivé de kû. Mais comment expliquer pôf ? Ce mot me semble appeler un 'poncta. Il se pourrait, du reste, que la limite eût fléchi en ce point, car nous trouvons au moyen âge ch issu de ct dans Turpin et dans les chartes des environs d'Angouléme" : diche, diche?, etc.
3° Le y sorti de g (+ e, i et a) ou précédé d'une consonne sonore et le j lui-même donnent :
En position forte, ; : gextem, /à; diurnum, /tir; jugum, jû ; gallum, jà ;
GAWAM, jôt; CAMBIARE, £âjà ; LOMBEA, lôj; g. LAUBIA, lôj; SALVIA, SÔj.
Ont été traités comme en position forte : le y après M ou faisant partie d'un suffixe, quoiqu'il ne soit précédé que d'une seule consonne : vindemia, vàdûj; veniam, vèj ; *voliam, vuj ; *podiam, pu/; — le y suivi d'une voyelle caduque : rabiem, râj; rubeum, rùj; lineum, 11/ ; — le y germa-
1 Charte de Nersac , et Gœrlich , Die sùdwestlicbeti Dialecte der Langue d'Oïl (Frani. Slud.).
hache ».
nique dans *\vadiare, gàjà; drudjan, drûja; g. hagas, âjê « Les Ages », agaz7a, àjàs « pie », etc. V. pag. 206.
En position faible, y : gobionem, ^rî^fi ; rubiola, rtïyôl; 0s:«S-iola, bttyôl; habeam, ûy; habi-antem, àyâ; boviarium, Imyi; *ga viola, *giaiola, jydl; gladia, g[ây (F1); 'radiale, râyà; *ad-radi-are, àrâyà; *ad-podiare, apûyâ; *in-odi-are, ânôyâ; *ex-magan, Imàyà. Cf. p. 206.
La différence de traitement qui s'observe entre le y précédé d'une sonore appuyée ou non appuyée provient de la. consonne et non du y. La consonne appuyée s'est maintenue assez pour obliger le y à poursuivre son évolution ; la consonne non appuyée, au contraire, a été éliminée par le y, comme cela se fait actuellement pour gy dans la partie inférieure de la vallée du Son, et le y resté seul s'est maintenu intact.
Nous n'avons en réalité que deux séries d'évolutions : celle du Y sourd et celle du y sonore.
Le y sourd est devenu iou^; le y sonore, % ou /'.
L'ébranlement du y s'est fait en deux fois. D'abord pour le Y précédé de T, et le y secondaire issu de c, g (4- e, i) dans presque tous les pays latins. Ensuite pour le Y précédé de p ou sorti de c, g (+ a), dans les limites de la France centrale.
Dans la première évolution, le y sourd (cincerem, *fortia) et le y sonore secondaire (placere) ont marché de pair. Mais le y sonore primaire (gentem) a pris une autre voie.
On a eu :
Deux mots, à Cellefrouin, nous ont conservé le à. Ce sont erôd (e + RUMiCEM, *rôti^e), et sixlr (salicem, *sald^e, *taud%e). Dans la seconde évolution, les deux Y vont ensemble. Nous avons donc :
ty
dy
dy.
dy dj
Il nous reste encore une trace du d dans deux mots : fi*l&rj (fém.) « branche munie de ses feuilles ». Cf. le français feuillage; et eplctmàrjâ « faire voler la plume », qui est dérivé d'un mot correspondant au français
CONSONNES
plumage. Ils sortent tous les deux d'une forme -atica. L'a final de -atica (cf. -aticum , -aj), a exercé une influence conservatrice sur le groupe dj, et le d, retardé dans sa chute, s'est fixé à r.
Tombé aujourd'hui ù Cellcfrouin, l'élément occlusif qui entre dans ces dernières combinaisons subsiste encore dans le haut de la vallée. Aux Chaumes (commune de Nicul), a Suaux, Chez-Bonnaud, nous rencontrons U et dj; au dessus, à Roumazières, à Puybarraud (commune de Genouillac), à La Péruse, etc., />'■ et dy.
Aux mêmes endroits, l'élément occlusif de la première évolution est complètement effacé, ce qui donne A penser qu'il s'est amuï a Cellefrouin plus tôt que celui de la seconde. C'est tout ce que les patois voisins peuvent nous apprendre sur ce point.
Mais nous avons heureusement d'autres renseignements dans le Cartufoire et dans le Censier.
Nous y rencontrons pour la première évolution :
i° En position forte : taciat, fat^a (K* r. 8/3 a. f.); pecias, pe^as (K. r. 2/30), pteia (C. 5/8); g. burstia, Brocia « La Brousse » (C. 4/4 a. f.); luciacum, Lucaco (C. 8/4), Lu^cac (C. 9/16); *ceresia, Cerieysa (C. 1/3 a. f.); Jouco (C. 7/34), aujourd'hui JÔsii, le pont « Jouçon »; enfin deux mots qui ont l'avantage de nous fournir des graphies successives : Gremit^co (C. 2/2, 3 — 7/3, 35 — 9/35), Gremixeo (C. s. t. 3/3), Gremisso (C. s. 2/2); Filcos (C. 6/16), Fit^cos (C. 8/5), Fisso (C. s. 5/23).
2° En position faible : cupitia, cobeeia (K. r. 6/15); vestitiones, validas (K. r. 8/5); paratiacum, Pare^ac (K. v. 1/4, 3/1 1), Paratyic (C. 5/30, 40), Paral?cuo(C. 6/4, 8/23); lemovicinus, Letnotys (C. 4/32).
Le Cartufoire et le texte du Censier emploient donc six graphies différentes pour une même articulation (c, te, 1, %c, % '^)» 1U* toutes, sauf le c traditionnel , attestent clairement la présence d'un élément occlusif dental. Dans la partie la plus ancienne du Cartufoire, ^ sert pour la sourde et pour la sonore : pe%as (an. 1031-1048), « pyfs » ; vesli^os (an. 1076- 1089); mais c'est le c accompagné de t, ou /, qui tend à dominer pour la sourde, pendant que le avec ou sans / préposé, est réservé pour la sonore.
Cette distinction, du reste, est peu importante, le patois moderne suffisant à lever tous les doutes. Ce qu'il y aurait de plus intéressant serait de pouvoir déterminer à quelle étape se trouvait au xne ou xnr siècle l'évolution de ty, dy en voie d'aboutir à s, 1.
Pour la sonore, nous sommes sans renseignements décisifs. Le verso du Cartufoire (an. 1120-1140) écrit seulement liPare^ac, 3/1 1), pendant
LES MODIFICATIONS PHON fcTIOJJ ES DU LANGAGE.
que le Censier emploie constamment ^ (Parafât). La formule du Cartulairt est plus récente que celle du Censier, on le voit au traitement de Ta intertonique. Le malheur, c'est que nous ne pouvons pas être sûrs que ^ n'eût pas la valeur de d\.
Pour la sourde, au contraire, nous avons une date certaine. Rien, dans la copie du Censier (1274), ne fait supposer la chute de l'élément occlusif, si ce n'est la double graphie Guillelmus Rocis (C. 3/13), et Guillelmus Rossis (C. 418, 9/17), qui montre déjà l'identité de c et de ss.
Mais les surcharges les plus anciennes ont laissé tomber le / dans deux noms où le copiste le maintenait encore. Après la mort d'Arnaud de Gremit^co dont le nom revient souvent dans le texte du Censier, l'article qui le concernait (2/2) et qui était ainsi conçu : « Arn. de Gremityo IIIl" den. de domo sua », a été modifié ainsi : « Guidode Hehmosinaria 1 ///"'. den. de domo sua : qua quondam fuit Arn. de Gremisso ». De même, le scribe s', dont nous avons déjà fixé la date (p. 174), écrit le nom de Fit^co par deux s : « Aymericus de Forgiis .11. s. et .II. capones de campo qui fuit Fisso » (S1. S/23). Ajoutons que le texte du Censier mentionne un Guidode Helemosinaria (10/9), et un Aymericus de Forgiis (8/7). C'est donc aux environs de 1274 qu'il faudrait placer la réduction de ts à s.
La seconde évolution du y est représentée par les formes suivantes : i° Fukkrius (K. r. 3/3), Vacho (K. r. 3/9), Posclxiras (K. v. 1), C/mteu (K. v. 2), Chanta merla (C. 2/29), Blancha (C. 8/29), etc., planchia (C. 1/25), Tacbia (C. s. t. 2/5, C. 3/40), Tbacbia (C. 3/4 a. t.), Sapehiee (C. s. 5/37). Cf. trastotti, trestuch (K*. r. 8/23), Teycbiers (C. 1/5 a. f.), fohanne Creycha « Chrétien » (C. 7/19). Cf. Jo. Crestia (C. s. t. 10/14), et la Crestiana (C. 6 6).
2° Agha « Age » (K. r. 7/27, 8/10), Colghan « Coulgens » (K. r. 10/18), 'agr^riaticos, agreiratges (K*. r. 8/1 a. f.), vicarium, viger (K. r. 8/31), juniCARiLM, /. Juger (K. v. 2/1), Odebertus Jutgaira (C. 8/1 a. f.), cf. Audebertus Judicis (C. 7/20), Bern. Jutgayra (C. 9/6), P. Jut^airc (C. S/12), Forges {C. 8/21), Las Ages (C. 9/1 1), Negalwe C. s', t. 2/6), « le
' Cf. Ray. prier de Tbacbia .III. d. de or lis de prope orios Corniola. et. VII d' et ob' de vinea sita supra domum Guiclmrt que omnia quondam futrunt Petro de Cella (C. 3/4 et 3 a. f.). Au dessus de prior de Tbacbia, une main rapide a ajouté : pueîla solvit intègre. Puis le scribe s1 : Ixredes puelle debent. III. s. de dictis ortis. Et Guido de Helemosinaria clerUus. XII. d de terra, qua fuit dicta vinea.
CONSONNES
gouffre de neca bovem », G. deu Nogier (C. 3/28, 5/34), G. de Nogeris (C. 4/26, etc.), Agio. « Age » (C. 3/8, etc.), Guida Umotgas (9/43), traduit par Guide Lcmavicensis (C. 5/36), g. laubias, Lopges (C. 1/2 a. f., 2/27, 28, 8/31), de Lopgiis (C. 5/31), Lopias (C. s. t. 10/7), podium rabiosum, podio rabgos (C. 8/17), podio rapios (C. s. t. 8/4). 3° GOBiONEM, Johanncs Goyos, cas suj. (C. s' t. 2/6).
Ces graphies renferment plus d'un renseignement :
i° Le y placé après une seule consonne sonore avait perdu son appui (goyos). Cela devait être; car, autrement, il aurait déjà pris, comme en français, le chemin qui conduit a ;."
2° Les traitements analogues du c et du g sont indiqués par les graphies symétriques cb, gh.
30 L'élément spirant de la diphtongue consonnantique que nous étudions ne devait pas encore être complètement € et /. Ce qui le prouve, c'est la possibilité que l'on a eue de confondre les graphies propres à cette évolution et celles qui ne conviennent qu'à la première. Que les sons n'aient pas été bien éloignés les uns des autres, c'est ce que suffirait à insinuer la proximité où nous sommes du territoire de cr et de c, G (-f- a) m— *-ts, di(Lc Lindois : tsàvàô « cheval », vïfëdtf « village »). Mais s'il en avait été autrement, on ne comprendrait pas qu'un mot qui est aujourd'hui tèsk ait pu être écrit Teycbiers, et que iutgaira ait pour variante jut^aire.
4° Le y devait encore être senti, puisque, en dehors des graphies où 17 est employé et dont la valeur est contestable (Tacbia, Agia, Rapios, Lopias), nous avons un cb employé pour ly dans creycba « chrétien ».
5° Il semble même que le y ait pu se détacher de l'élément sifflant. Le nom de lieu tâs'te « Chassieq » pour Sapchiec, sappiacum, a subi une métathèse par laquelle le y a été séparé du cb. Dès lors ce y a pu être traité autrement que celui de laubias, l<)j{, devenir vocalique, et comme celui du suffixe -ier, recevoir l'accent.
6° L'élément occlusif est rarement exprimé, et môme, quand il était sonore, nous le trouvons représenté toutes les fois, sauf une, par une sourde. Evidemment l'oreille du scribe est en défaut. Mais ce fait même prouve que le son n'était pas clair, et que par conséquent l'élément dental était dès lors bien affaibli. C'est sans doute ce qui a permis d'écrire par cb, Sapchiec, où il n'y avait pas plus de / que dans le moderne eàp'rô « chapeau » (Saint-Bonnet).
Si j'avais à donner une expression aux graphies du moyen âge, je les
Rocmiiot 1,
transcrirais par /(', jj, ou tfy, notation qui convient à peu près aux sons que l'on entend actuellement sur le haut du plateau, par exemple à Roumazières et à Puybarraud.
Pouvons-nous aller plus loin et assigner une date probable à la chute de l'élément occlusif? Peut-être. Si nous en croyons la charte de Ncrsac, ct a donné aux environs d'Angoulême, par conséquent à Angoulème môme, ch, dictum, dich; dictam, diche; sanct-eparchium, Sanht Chibart. De cette évolution, il n'est resté à ma connaissance que Chibart, seule forme populaire qui apparaisse dans les chartes jusqu'à 1466, et qui se retrouve encore en 1482. Or en 1476 nous voyons venir une forme nouvelle Cybart1, celle qui vit aujourd'hui (sibàr). Comment expliquer cette substitution ? On pourrait croire que Cybart est une forme parallèle ayant conservé IV du nominatif de sain^; mais elle aurait attendu bien longtemps à se faire jour. Ce qui semble probable, c'est que Chibart (cas régime) se prononçait non Uibart comme nous sommes tentés de le lire , mais tsibart; puisque, le / de ts étant tombé durant le xv* siècle, la substitution de Cybart à Onbart n'a été qu'un simple changement de graphie. D'où je conclurais que c'est environ à la même époque que Cellefrouin, placé comme Angoulème à proximité du territoire où le / s'est conservé, a perdu l'élément occlusif de la diphtongue te. Mais, pour que le raisonnement eût toute sa force, il faudrait prouver que ch a bien eu à Angoulème la valeur de ts, et motiver le changement de graphie. Je n'ai pour le moment que des probabilités; une étude approfondie des patois des environs d'Angoulcme pourrait seule donner la certitude. D'abord le domaine de ct et de c (+ a) 9— *-ts qui commence, avons-nous dit, au Lindois, se retrouve encore en face d'Angoulême, à Bouex, à Sers, à Rougnac. Que la limite ait fléchi sur ce point sous la poussée du français, il n'y a rien que de très vraisemblable. Nous savons, du reste, par un chroniqueur Angoumoisin, F. de Corlieu, mort en 1576, que le français s'est réellement implanté dans PAngoumois. « C'est, dit-il, la dernière des contrées de la France du costé de la Guiene où l'on parle françois, ayans les nations plus lointaines chacune son idiome particulier, combien que le vieil lengage angomoisin ne fust pas pur françois, mais eust retenu beaucoup de termes des langues voisines principalement du Lymosin. » (Recueil en forme d'histoire, p. 4). — Voir Net. compl. 4.
1 D'après les chartes publiées par M. l'abbé Tricoire, et une note que je dois à M. le pasteur Lièvre, président honoraire de la Société archéologique de la Charente.
CONSON'XKS.
Le ts fut sans doute un des premiers sons à disparaître, excepté dans un mot qui n'avait pas d'équivalent en français, Saint-Chibart Mais d'une part, la graphie cb ayant ainsi pris la valeur du <r, et d'autre part le ts angoumoisin s'étant réduit à s, il devint nécessaire de changer la façon d'écrire Saint-Cbibard , et naturellement on remplaça cb par c.
Ainsi la forme Cybard nous resterait comme un témoin de la phonétique locale et donnerait la date de l'amuïssement du t dans ts, en même temps qu'une probabilité pour fixer celle de la réduction de U en e à Cellefrouin.
Evolution du j et du t.
Le i et le s sont restés dans leurs positions anciennes. Mais le et le e , continuant à s'affaiblir, sont en voie de se transformer en /; et en t.
Le changement est complet en Saintonge et dans la partie occidentale du Poitou et de l'Angoumois. «Mais, sur la limite orientale du domaine, il se présente comme morcelé et hésitant.
Les points extrêmes où j'ai surpris le A se montrant quelquefois accidentellement à côté de ; sont : dans la commune de Saint-Claud, Chez- Chadiat, bur et jur « jour » (D. et B., vers 1830), et le Maine-Michaud, rUhtv « rangeait » (P., cousine germ. de ma mère, vers 1810).
Dans mes nombreux entretiens avec ma mère, j'ai relevé deux ou trois fois seulement râhàv, hôli « joli ». Une courte conversation avec une femme de Goutibert, fixée aux Ages (environ 1825), a suffi pour me fournir deràbî « dérangea ».
Dans le bourg de Cellefrouin, ces faits ne se reproduisent pas. Mais à Chavagnac ils deviennent fréquents, au moins chez les personnes âgées de plus de 30 ans*. Le /; et le ; alternent dans la même bouche : nwàb et uwâj a nuage », hân& et jàme « jamais », dkhô et d'èjb « déjà », mlhâ et nûjâ « nougat » (G.), bàhûd et bùjûd 0 buée, lessive » (vers 1825), àrM « argent » et mîhd a manger » plus souvent même que àrjà et nùjit (P. Neuville et son frère). Les enfants n'emploient plus que le /.
Le b, inconnu des générations postérieures à celles de ma mère (de G 2 à G 7), est entré dans la famille par le mariage de P. Neuville avec Marie Béchade (G')- Tandis que cette dernière dira constamment mijà, bttjàd,
'J'ai trouvé un fait analogue en Piémont. Le ts «c (+ a) a été remplacé par k sous l'influence du dialecte de Turin, excepté dans tsat « chat » qui se dit à Turin , non pas kat , mais gat. ]| 2 Résultat d'une enquête faite par M. l'abbé Fourgeaud.
sa fille (GH) mêlera les /; et les /, tout en conservant une préférence marquée pour les formes traditionnelles. Mais la contamination de la langue ne va pas plus loin. Mariette et Elisa Raynaud (G 9 et G10) ont complètement éliminé le h de leur grand-père.
Le j se maintient à La Tache, a Goise, au Bois Bernardent.
Mais le h apparaît fréquemment dans bôllntà « joliment », mihà aux Pradelières (D', 1874), tandis que / demeure dans jïtâvâ « jetaient » (enfant). Il est fréquent aussi au Masdinteau, bhhàà (L.).
A Ventouse, Mme Darconat paraît faire un partage à peu près égal entre les formes avec h et les formes avec /. Mais son fils ne connaît que ces dernières.
A partir de Valence, le h domine, et ce n'est plus qu'exceptionnellement qu'on rencontre le / à Romfort et à Saint-Front. Plus loin, et dès les premiers hameaux de Chassiecq , on entre dans le domaine exclusif du h, qui, sans atteindre RutTec, Taisé-Aisie, Chaunai (Vienne), se prolonge dans la direction de l'ouest.
On s'attendrait à la transformation parallèle du € en (, et, si l'on ne considérait que la Saintonge, les environs de Pons1, de Cozes, de Gémozac J, par exemple, ou même Mazières J dans les Deux-Sévres, on ne penserait peut-être pas qu'il pût en être autrement. On se tromperait, car le domaine de € m- *- 1 est beaucoup moins étendu que celui du / a— h. Non seulement la vallée propre du Son, ainsi que Moutonneau, Bayers, Chcnon, Chez-Gouffiers , Saint-Gourson, mais encore, au nord, Montalembert* (Deux-Sèvres), Chaunay (Vienne) 5, à l'ouest, Julienne6, Salles d'Angles 7, La Chaise 8, où le h règne, n'en font pas partie.
Le point par lequel nous confinons au territoire du £ est Chassiecq. Mais les formes ne sont pas encore constantes. Nous avons : tb « chaud », et màrtc « marcher » (Chez-Basset, K.), tâtê « chanter », tb et eàpo « chapeau », tàsô « chanson », €tvb « cheval » (Bierge, V.), tâtâ) £â « champ » et tâtà, tottU « chaume » et £Ô, *Ôsû a chausson », tàràbà « char-à-banc » et eàrlt « charrette », ktâl « coucher », àttà « acheter »,
1 Rev. des pat. g.-r., I, 126, où hâ « champ » doit être corrigé en tà. [|
I In Jharbot de bouquet saintongbuoui prr' Piâre Marcut. — Introduction, p. 6. Il J La chanson imprimée, Rev. des pat. g.-r.y I, 130, appartient, comme le fait assez connaître le nom de celui qui l'a transmise, à la langue des messieurs. \\ 4 Une femme vue à Saint-Claud. j] 5 Une jeune fille vue à RutTec. |! 6 Rev. des pat. g.-r., I, 125. I* 7 M. Marbœuf et ses deux fils.
II *Rn>. desp.it. g.-r., I, 281.
CONSONNES
tvô « cheval » (le bourg, Vve E) ; la famille Labrunie conserve fidèlement le
A Nanteuil et à Bioussac , un partage rationel se fait. Immobile dans ces deux localités devant } (fi « chiens »), le e est devenu t devant a dans la première Qàtb « château », R..), et t devant à dans la seconde (tait « chanter », M.).
On aimerait à savoir si nous sommes la sur les confins du domaine général du â où dans un petit domaine isolé. Mais je n'ai pas assez de documents pour le décider. Si l'on s'en rapporte au texte de Lczay ', noté par M. le pasteur Bourchenin, il faut admettre que le domaine du t n'est pas homogène. A Lezay, en effet, les choses se sont passées autrement qu'à Nanteuil et à Bioussac. Là, c'est devant e que le € a commencé son évolution : & « chien », âffjlrë « changerais », tout en demeurant ferme dans eâlïn « chalitu, orage », uofâr'e « échauffure, pneumonie », ktà « couché ».
En somme, la transformation du ; en h et celle de e en c se produit donc d'abord au contact des voyelles les plus éloignées du palais. C'est la dépalatalisation du dy ty qui continue.
De plus, et ce n'est pas le côté le moins intéressant à noter, cette évolution que nous voyons s'analyser elle-même sur le terrain, qui est triomphante dans le bas de la vallée du Son, semble avoir exercé une poussée jusqu'à Cellefrouin et même jusqu'à Saint-Claud , il y a environ 70 ans, tentative infructueuse qui a été suivie d'un mouvement de recul à Cellefrouin comme à Ventouse, et même, malgré une station plus longue et plus générale , à Chavagnac. Mais elle ne s'est pas arrêtée pour cela : elle a repris sa marche en avant, et aujourd'hui elle est en train de gagner les Pradclièrcs. — Voir Not. compl. 5.