‹ Les modifications phonétiques du language, étudiées dans le patois d'une famille de CellefrouinChapitre 54 sur 93 · LES CONSONNES MOUILLÉES · texte numérisé non relu

LES CONSONNES MOUILLÉES

Le mouillement de l'« et de 17 au contact d'un y est un phénomène toujours vivant à Cellefrouin.

Dans les combinaisons récentes, un 1 lié à une voyelle suivante se change en y, et, s'il est rapproché d'une n ou d'une /, ce y mouille la consonne et se confond avec elle. Ainsi i (m) + ô (habet) m— k yô, n + yô m-* p<5.

' Rn: des pat. g.-r., II, 106.

De même lî (illi) + à, à (inde), « (hoc) »— »- [ô, \â, [û. La diphtongue -ie, dans les cas où 1'»' s'est consonnifié, a aussi mouillé Yn et 17 : pàytr « panière », 1er « lierre ».

Mais, tant que 17 conserve sa nature de voyelle, il n'a aucune action sur h consonne : ni, U -f / » *■ ni, //; pàni « panier »,//?« lit ».

Deux mots semblent faire exception : [i, autre forme de illi, et [tir, illorum. Ce sont la des cas d'analogie; il y a, non changement phonétique, mais substitution de / a /.

Cette substitution, complète à Saint-Mary, n'est que partielle à Cellefrouin. Le pronom It joint à Ô, â, ù, a donné, avons-nous dit, \6, {à, lu. De plus, par la chute de 17 d'un second pronom — là ou lô n la », lâ(%) « les » (fém.), /ïJ(^) « les » (masc), — soudé à /{ nous avons [â, [d « lui la, c.-à-d. la lui », /«(ç) « lui les, c.-à-d. les lui ». Toutes ces

formes entraînent les deux seules qui n'ont pas d /, et [ur se substituent à li, Mr.

Les choses ne se sont pas passées autrement dans la période ancienne. C'est un y issu de E, 1 atones, ou d'une consonne qui a mouillé I'n et

l'L : VINEAM, Vin', CASTANEAM, tàtàQ; CUNEARE, kù\}â ; PUGNA, pÛQ J

agnellum, âne. ~ hliam, fil; filiolum, filo; allium, <JJ; illi, U; tenacula, tinàl; situlam *sici.am, 5<"/; strigilem, elrï[; genuculum, jtnùl, etc.; — comme aussi Fi, resté syllabique, a été sans influence sur n et l : negare, nlâ\ i.igare, llà; ligustica, llôc.

Le mouillement de l'n et de 17 n'est qu'une palatalisation exagérée de ces deux consonnes, et une simplification du groupe ny, ly. Rien n'est difficile comme l'imitation exacte d'un mouvement; on y met toujours du plus ou du moins. Ici il y a eu excès de pression sur le palais (cf. fig. 26 et 23) ; mais cet accroissement de force a été compensé par la simplification du mouvement et la transformation de ny ly en spirantes continues.

Une évolution secondaire a produit le mouillement de 17 après les consonnes : k[ôe « cloche », çljna (1; ') « glaner », plâtfr « plaisir », bfa « blanche »,flàb « flamme ».

Le territoire sur lequel s'étend ce phénomène est très considérable. Il forme comme une large ceinture qui, s'appuyant sur la Gironde, le versant septentrional du plateau central et les Alpes du Dauphiné, enveloppe le français du Nord, depuis les côtes bretonnes de la Manche jusqu'aux frontières de la Belgique, et embrasse, au moins en partie, les p.irlers romans de la Bretagne (exc. le nord de l'Ille-et-Vilaine), de l'Anjou, du Maine, du Poitou, de la Tourraine, de l'Aunis, de la Saintonge, de l'Angoumois, du Limousin (le nord), de la Creuse, du Berry, du Bour-

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bonnais, de l'Auvergne (Puy-de-Dôme), du Forez, du Lyonnais, de la Savoie, de la Bourgogne, de ta Franche-Comté, de l'Alsace et de ta Lorraine (moins les environs de Verdun, de I.ongwy).

De ce vaste domaine linguistique, nous n'avons à étudier qu'une très petite partie. Heureusement, elle est voisine de ta limite, et, comme c'est l'ordinaire en pareil cas, très intéressante.

Dans le haut de la vallée et au delà, sur un territoire que je ne puis déterminer, nous trouvons 17 mouillée après les gutturales seulement : klôtjô « cloche », àglà « gland » (La Péruse, Chabrac), kbtfo (Manot), kïàô « clou », âçljïn (Kochechouart). Un mot fait exception, c'est *gladias « glaïeul », glàye (Chabrac), ç/ft? (La Péruse), glayt: (Roumazières). Il devient régulier a Suaux, g[àyâ; à Puybarraud et Chez-Bonnaud , çfoyî.

La racine de glaïeul est très employée dans le pays par les enfants comme munition pour leur pft-'rdh (c'est le nom usité a Ccllefrouin) 0 pète-rave », sorte de pistolet à air comprimé fait avec une tige de sureau. Dès lors, il n'y a rien d'étonnant que le nom de cette plante, qui peut être un objet d'importation, présente ça et la des formes exceptionnelles.

L7 se mouille après les labiales à partir de Nieul, Chez-Jusaud, Lussac, Chez-Baugis, Saint-Mary, les Pins, Agris : pi, !>l, //.

Le mouillement de 17 après une consonne présente donc deux étapes : i° après une gutturale; 2° après une labiale.

C'est ta première qui met en évidence 1a cause déterminante de l'évolution. En effet, kl, gl, exigent deux mouvements bien distincts de ta tangue : l'un de ta racine, l'autre de la pointe. k[, gl, au contraire, demandent un mouvement intermédiaire, non plus de la pointe, mais du dos de la langue. V[ est donc appelée naturellement par la gutturale. On ne voit pas les mêmes raisons pour le mouillement de 17 après les labiales. Mais, le mouvement une fois commencé, on conçoit qu'il se soit propagé a toutes les / placées après une consonne.

La date du phénomène nous échappe. Le Cartuîairc et le Ca:s'wr, comme, du reste, les autres documents du moyen Age , sont muets a cet égard. L'évolution est donc récente. Tout ce que je puis dire, c'est qu'à Cellefrouin, elle a pris fin et qu'elle est antérieure à la chute de IV muet. Nous disons en effet sans mouillure k!ï. pour *kt'à « ces », fa (nom d'homme) pour fill,flip pour fèltp « Philippe ».

Des groupes formés d'une consonne et d'une /, un seul se réduit par l'absorption de la première consonne; c'est c/. On devait s'y attendre, g s'efface devant / comme devant y. La réduction de 5;/ à / est <léj;\ corn-

mcncée avec la génération de M1" de Mouillac (1809). A côté de gfrly gladia, g[â glaciem , glu gladem, elle dit déjà : /<;/, [huï « glaner ». Chez ma mère (1822), le mouvement s'est encore accentué. Elle dit toujours itràlà a étrangler », et c'est a peine si j'ai saisi : àg[3 « gland », glàd « glande ». Un jour j'ai entendu g[â; j'ai prié de répéter, et c'est [à qui s'est présenté. Chez moi (1846), le g a complètement disparu dans /a/, [ânà, lev (glebam), àlâ, h'td, 'dràhi, s?l « sangle ». Le g ne reste plus dans les générations nouvelles que si le groupe est suivi de i ou de u : gljsiï « glisser », g[û « glu ».

Évolution de /'/

L'y est presque partout solide. Il en est autrement de 17 qui a la tendance de se réduire à y.

Cette réduction s'est déjà faite, dans le haut de la vallée pour 1'/ finale, et elle a été suivie par la chute complète du y. Nous avons à la Péruse soliculum, sùlty, à Saint-Claud, suie. Cette évolution s'est arrêtée aux limites mêmes de la commune de Cellefrouin.

Aujourd'hui une nouvelle évolution saisit 17, quelle qu'en soit la provenance, et dans des conditions qui nous permettent de la suivre pas à pas et d'en relever les différentes étapes.

Un mot est généralement en avant sur les autres, c'est gladia. Il est le seul qui ait réduit son / a y chez des personnes âgées de plus de 40 ans, à Bcaulicu (B.), a Saint-Claud (D.), a Saint-Mary (S.). Cette avance porte même sur la réduction de gl en / dans ce mot. Ainsi, dans la famille Laville, à Saint-Claud, nous trouvons, à côté dcg[ànà « glaner », [à[ (L1, 1819, et L2, 1841), yiiy (L*, 1878). Le traitement exceptionnel de ce mot peut s'expliquer par sa constitution propre (gladia donne glay et par assimilation lâ[ ou yày), ou par son emploi fréquent dans la langue des enfants.

L'évolution s'annonce à Ventouse dans deux formules de politesse importées, 6 pyï^ï ! (C1) 0 au plaisir! », pyctl (C2) « plaît-il ? » ; à Cellefrouin, dans un mot indigène, mais d'un usage très fréquent, pyô plane, avec la génération de 1847 (D.). Enfin elle nous apparaît complète avec celle de 1859 (Françoise Neuville, G8). Cette prononciation nouvelle sembla un défaut qu'il fallait corriger. Mais il est bien difficile de faire rétrograder la nature en ce point. l:r. Neuville a été réfractaire à toutes les corrections, si bien que l'on crut qu'elle avait un vice organique et que « sa langue était trop courte ». Elle dit donc : tâby « table », kyo « clou »,

CONSONNES

iy « eux », yâ « lui la ». Heureusement, les intermédiaires qui nous manquent a Cellefrouin, nous les trouvons à Saint-Claud.

Tout en se transportant dans un lieu où 1'/ n'était pas encore ébranlée, ma famille a emporté avec elle les germes mêmes de l'évolution, et, quoique nés sur un sol étranger, mes sœurs et moi, nous sommes restes soumis aux influences qui se sont fait jour à Cellefrouin. Chez moi (G5, 1846), 17 est intacte. Mais ma sœur, Marie-Louise (G6, 1850), bien qu'elle soit capable de prononcer 17 dans toutes les positions, ne la conserve qu'après les gutturales; Juliette (G7, 1852) n'a plus la faculté de prononcer 1'/ que dans ce dermer cas et la remplace toujours par y.

A Cellefrouin, toutes les générations postérieures à 1859 (Gr., 1861, F., 1869, etc.) ont entièrement perdu 1'/. 11 n'y a d'exceptions que pour les habitants nés ailleurs ou qui ont subi des influences étrangères. Un fait est intéressant à signaler. Un enfant (D., 1872), quoique né aux Pradelières, où 17 a disparu depuis plusieurs années, mais de parents issus de Chalais, où 1'/ est conservée, et habitant les Lélots, c'est-à-dire Cellefrouin, où aucun enfant de son âge ne la possède, mélange dans son parler les / et les y. Il le fait toutefois dans des proportions telles qu'il est possible d'y découvrir en partie les étapes de l'évolution. Il dit byâ, tâby, pôrt-pyiïm, filmly, yày, pyttjà et aussi plé/d. Mais à côté de kyâ *, çôyî, il dit plus souvent k[â, klo\ gè[. Il y a donc chez lui plutôt retard dans le mouvement que mélange proprement dit de formes. Chez son frère, plus jeune d'un an et demi, le y a complètement triomphé.

Il y a 80 ans, l'évolution était déjà commencée sur les bords de la Charente, à Montonncau (1808) : py<U, fyàb, tdby, à côté de kljte qui était kyo€ 30 ans plus tard (S. 1838) et de abà-l « abeille », sàl « sangle ».

A cette date elle n'avait pas encore pénétré dans la vallée du Son. L'/ est intacte à Mouton dans la génération de 1809 (D.), à Valence dans celle de 1804 (M.). Toutefois le mouvement était bien près de se produire, puisque nous le trouvons à Romfort avec la génération de 181 3, atteignant à la fois / après les labiales et après les gutturales (J1).

En 1830, 1'/ n'existait plus à I.ichères après p, b,f, sauf dans tiïrt'e su fldm (L1), preuve que la modification était récente; elle se maintenait encore après k en 1862 (L*).

A Saint-Front, 17, encore solide dans la génération de 1817 (G1), n'a dû s'altérer que vers 1845. Elle était alors hésitante après toutes les consonnes : fyiïb, kyôe, tàby, et tïbl « tuile », Jntl'l^ (B '). Le y dans cette position ne triomphait pas encore en 1853 (G2) : fyâb, mais klje. ,

1 Plier. !| 1 Clé. !j ? Boue. '| 4 Clou. [ s Couple.

Un peu plus tard, l'ébranlement de 17 gagna Valence, et c'est à peine s'il l'atteignit en 1853, puisque nous rencontrons : flilb, plâeù a plancher », si k[ô a Saint-Claud », à côté de pyâeâ, kyo « clou » (R).

A Goise, l'évolution était terminée dés 1848 (B*); à Ventouse, avant 1860 (O).

C'est en 1850, ai-jc dit, qu'elle est entrée dans ma famille, et en 1859 qu'elle s'est montrée complète du premier coup, à Cellefrouin.

Elle s'était déjà fait jour Chez-Francillon, dans la génération de 1856, uniquement après les labiales et non d'une manière constante (B1)- Mais, pour des motifs que je n'ai pu déterminer, elle a été sans action sur celle de 1865 (B*).

Aux Pradelières, le changement est complet depuis 1867 (D*). Malheureusement je ne saurais dire à quelle époque il a commencé.

Les autres hameaux n'ont subi la modification de 1'/ que plus tard : Les Forges, avant 1878; Chez-Périchoux , avant 1877; Puyrajoux, entre 1874 (T1) et 1878 (T1); La Merlière, avant 1877; Goutibert, avant 1883; le Temple, entre 1876 (enfant X.) et 1877 (BJ); Chavagnac, entre 1879 (M.) et 1885 (V.).

A Lascoux enfin, le y a fait son apparition chez les petits-enfants de M"» Lavaud (L*, 1882, et L6, 1886), dont le mari est du Châtcnet (il possède 17). Mais 17 se maintient chez Louise Mayou (1887), dont le père et la mère sont du village même.

L'évolution de 1'/ n'a encore atteint Chalais, où j'ai observé de tout jeunes enfants. Mais elle s'est comme annoncée sur le territoire de Saint- Claud, à La Chapelle, il y a 22 ans, dans un cas qui a pu être corrigé; et, depuis 1878, elle triomphe dans le bourg.

En dehors de la vallée du Son , je ne relèverai que quelques faits.

A Parzac, le changement d'J en y a commencé, comme à Saint-Claud, dans les familles mêlées d'éléments étrangers; maintenant, il est général parmi les enfants.

Beaulieu a suivi Cellefrouin. Le changement est complet en 1865 (CJ).

L'y existait après les labiales A Bayers en 1817, à Bioussac en 1820, a Chassiecq en 1836, à Saint-Gourson en 1842. Et 17 avait complètement disparu à Chassiecq en 1865, a Saint-Gourson en 1871.

A Ruffec, la transformation, non encore commencée en 18 14, était en voie de se faire vers 1834, puisque M. Cadoux a conservé / dans turtt sû fiât», et que sa sœur (1833) est capable de la prononcer, ce qui est impossible pour une personne plus jeune de 4 ans (D1).

A Taisé-Aisie, 17 subsistait encore en 1830; elle était devenue y en 1875.

A Chaunay (Vienne) 17 réduite après les labiales (fyfir) subsistait encore après les voyelles (/r/ « fille », piil « pou »), vers 1867.

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CONSONNES

L'évolution qui a entraîné l'j vers y s'est donc produite vers le confluent du Son plus tôt qu'à Ruffec, qu'à Taisé-Aisie, qu'à Chaunay. Par conséquent, elle ne vient pas du nord et ne peut se rattacher à celle qui détruit les / en français. Ou bien elle est locale et aurait son centre sur les bords de la Charente, ou bien elle se propagerait de l'ouest et appartiendrait à un mouvement plus général auquel participeraient dans des mesures différentes tous nos parlers occidentaux.

Quant aux phases de l'évolution, elles sont claires partout où le changement, non retardé, ne s'est pas produit brusquement. L'i devient y : i° après />, b, et quelquefois avec un léger retard /; 2° après k, g ; 30 après une voyelle, soit buccale, soit nasale.

La raison de cette progression est évidente. Le y est une l dépalatalisée en partie avec courant d'air direct et non plus marginal; il marque donc une détente des muscles et un acheminement de la langue vers sa position neutre. Les labiales, qui ont la tendance d'abaisser la langue, viennent accélérer ce mouvement, et il est naturel que le y se montre après elles plus tôt qu'après les gutturales. D'autre part, les gutturales elles-mêmes, exigeant un courant d'air direct et rapide, la langue, paresseuse, laisse le passage ouvert, et le y doit encore se trouver avancé dans son évolution, laquelle, privée d'excitants étrangers, aboutit en dernier lieu après les voyelles. — Voir Note compl. 6.

le w.

Le w exige deux mouvements : l'un des lèvres, l'autre de la racine de la langue.

Deux voies s'ouvrent donc à ses transformations. Il devient : ou bien si les lèvres, cessant de se porter en avant et de s'arrondir, ne font que se rapprocher, — v, si les dents d'en haut prennent un appui sur la lèvre inférieure; — b, si les lèvres se ferment tout-à-fait; ou bien gw (qui, en se simplifiant, se réduit à g) si l'effort se portant dans la bouche, la langue, déjà voisine du palais (cf. fig. 22), s'en rapproche un peu trop et produit une occlusion complète.

A Ventouse, le pronom de la 3e personne u s'est changé en v devant une voyelle. On dit : « sâ ve « il s'en va », et v 6 î tà « il a le temps » (O). Dautre pan, à Cellefrouin wâ « oui », weti « il était », tttfj ovicula, sont devenus vwa, vuM, vw?l, qui exigent un moindre déplacement des lèvres que les formes d'où ils sont sortis.

Je suis tenté de voir dans l'affirmation nanteuillaise et poitevine c<*, une transformation de tuo, 0, hoc.

Ces deux évolutions, restreintes aujourd'hui, se sont produites dans les temps anciens sur une plus vaste échelle.

Le v latin (u<) est devenu v, ainsi que l'u («) après d et en hiatus : vidua , viv.

L'u de tegula a pris d'abord la môme voie, mais il a incliné vers b. tegula, *teula, tibl. A Manot, tegulas et febres donnent un résultat analogue, t#wft, fy^urt. Le b s'y est donc vocalisé en w. En aurait-il été de même à Cellefrouin ? Pour br , la chose n'est pas douteuse : faber, faura (C. 2/27, etc.), fèr « Faure »; fabricas, forg as (K. r. 7/20, etc.), fbrgl « Forges ». Pour b'l, il y a quelque raison de le croire. D'abord la vocalisation s'est faite dans le haut de la vallée : tabula, tàélô. Puis, si nous comparons vyil vetulam, \lbr leporem, avec \b\ ebulum, nous sommes bien tentés de restituer à ce dernier un primitif, 'eulum, *iulum, analogue à *teula, *tiula (tegula). De même nïbl a orage », qu'il vienne de nebula ou de nubila, demande soit tuula, soit nuula (cf. pulliœm, *puud%e, pyo^e). Le traitement de Yl ou de Yû ne s'explique pas autrement, et la forme tibl garantit le retour possible d'un b devenu w au début de son évolution. — Voir Note compl. 7.

Le w germanique s'est transformé en cm puis en g : wardiowald, Guarnaldus (K. r. 3/2), Guarnaudi (C. s». 10/8), Garnaudi (C. s. 9/tt), Granaut (K. v. 1/2, avant 1140), Granautz(C. 3/4), Granaudi (C. 4/36, 8/16, 19, 21, etc.), Guillelma Gratta uda (C. 3/1), aujourd'hui g&mb pour gârnâ, au fém. grèndd; werald, Gutrraudi (C. s*. 2/1, a. f.), auj. gèrâ, waidanjan, gànâ; vahtex, gètâ.; varjan, gàri; warnjan, gàrnl; •warda, garde; werento d'où le verbe gàrentire (K. v. 5/32. An. 1206- 1226).

Nous avons aussi g dans des mots latins, qui avaient des correspondants germaniques avec w : gâtâ wastan, vastare; gïpi wespa, vespa; gô wad, vadum.

A première vue, la date de la chute du w paraît donnée par la forme guarentire, où Yu a été ajouté en surcharge. On peut croire que le copiste a obéi dans la première graphie à son oreille, dans la seconde à la tradition orthographique. Celle-ci s'imposait encore au scribe s1 après 1274 (Guarnaudi), pendant qu'un scribe contemporain s'en affranchissait {Garnaudi). Mais un fait qui paraît plus significatif porte à reculer la date du phénomène. Avant 1140, nous recontrons la métathèse Granaut. Or il semble bien que cette métathèse n'ait pu avoir lieu qu'après Li chute du u>, et que Granaut suppose un plus ancien Garnaut.

' Celui qui a écrit puella solvit intègre, p. 192.

Digitiz<

L'u latin des parfaits en -ui a donné également naissance à un c. Ce fait, qui distingue le midi du nord de la France, dépend de raisons morphologiques. Le français du Nord a fait de l'u tonique de -ui la caractéristique du temps; il y était poussé par le parfait du verbe être (fui) : « je /«, il fut, » etc. Dans le Midi, ce sont les formes où Tu de -ui était atone (habui) qui l'ont emporté; de là le provençal aie, aig « j'eus », aguist « tu es », ac , ag « il eut », aguem « nous eûmes », agutt\ « vous eûtes », agron « ils eurent ». Ces exemples prouvent que la transformation de u devenu w en g s'est faite avant la chute des atones finales. C'est plus tard, sans doute, que mon patois, prenant pour caractéristique la voyelle i de -il (ivi), a unifié tous ses parfaits : ijï « je fus », i tàtt « je chantai », i Ûgi a j'eus ».

Le surpin àgù a été formé sur le parfait.

t'h germanio.uk

Nous n'avons rien à dire de I'h latine, déjà tombée dans le latin vulgaire.

L'h germanique a disparu devant les voyelles : halla, àl; hapja, ât; *heigiro, âgrû; hobb..., bbàre o hobereau » (oiseau).

Elle s'est transformée en i à Saint-Claud , en g à Cellefrouin dans hulis, ku (Saint-Claud), diminutif gôsâ (Cellef.) « houx »; en gr dans toute la région, g. hala, cjàlâ o grâkr, hâler », et, je suis tenté de croire, en € dans àeâyi o haïr », où je verrais l'ail, hatjan plus un a préfixe destiné à faciliter la prononciation, ou la préposition ad.

hl a donné kl, comme à Paris, dans hlu^awald, k£â, dans le nom de lieu 52 klà « Saint-Claud ».

Ces divers traitements s'expliquent pour des mots importés, et nous restent comme un témoignage des efforts faits par les indigènes pour plier leurs organes réfractaires à une articulation nouvelle.

sonores intervocaliques

Parmi les sonores intervocaliques, le latin ne possédait qu'une continue, v. Cette consonne, en se modifiant comme il a été dit, s'est maintenue, excepté dans le voisinage d'une voyelle labiale : nous avons viva,

ViV, CAPTIVA, 4CtiV', CAVARE, tàvà \ mais OVICULA , Ut\ \ BOVARIUM, bûtrii

(C. 5/9, 18/33, s" 7/5). %*; pavorem, por.

Les instantanées, obéissant toutes à une même loi, ont descendu d'un degré et sont devenues spirantes. Mais des transformations postérieures ont modifié le terme de l'évolution.

Le b est donc devenu v : faba, fàv ; debere, dâvlr; habere, âvèr. Mais après un u, le v est tombé : cubare, hià. Coar se trouve déjà dans l'ancienne langue (Chabaneau, Gr. Uni., p. 84).

Le d s'est transformé à l'origine en qui s'est conservé tout près de Cellefrouin , à Suaux et au dessus dans certaines personnes de credere et videre (krt\è-vû? 0 croyez-vous? », vttf-vût « voyez-vous? »). Ce déjà caduc dans l'ancien limousin (Gr. lim., p. 75), est complètement tombé à Cellefrouin dès le xi' s. Le Cartulairc conserve bien un D intervocalique dans quelques noms propres, comme JJemarus, Radulfus; mais ce sont là des formes savantes. Un nom, plus populaire sans doute, oudalric « Ouri », qui existe encore aux environs de Mansle, ne se présente avec son D qu'une fois dans une charte de 1031-1048, Odolricus (K. r. 3/2). Après cette date, nous ne trouvons plus que Olricus (K. r. 6/24, charte de 1060-1108; v. 1 dernière ligne), frodwin « Frouin », qui revient souvent, môme dans une charte de 1031-1048, est réduit à la forme Froinus (K. r. 3/4, etc.). Enfin, un verbe a également perdu un d : vident, devenu vidçnt avec l'accent sur la finale, veffén (K. r. 8/2 a. f.). L'hiatus, qui a été la conséquence de la chute du D est marqué, dans ce dernier, par un b. Il en est de môme dans la charte de Kersac, où Saint- Médard est écrit Sanht Mehari. Nous avons donc dans la langue moderne : nodare, nùà; sudare, sùà; videre, v£r, etc. Il en est de même du d germanique, lu<?aring, Loerant^ (C. 8/20), Lxrandi (Ibid.).

Après l'accent, nous avons un d intervocalique à la place d'un D ancien dans deux mots : nûd nldam, krûd crudam. Mais, d'autre pan, le D est tombé dans nu nodat, su sudat, kû codam.

A Roumazières et à La Péruse, la chute du d posttonique est complète. nudam, rilô (Roum.); nô (La Pér.); crudam, krûd (Roum. et La Pér.).

Le g avant l'accent est devenu y : fagum -f anum ou -ard, fâyâ,fâyâr; . ex + magan, 5 hnûyâ « s'informer ». Il s'est confondu avec l'i dans raginald, Rainai do (K. r. 2/6); maginhard, Mainardo (K. v. 3/18), mhtâr; raginmund, Raimundus (K. v. 3/9), rhnô; magistrum, tnctr, etc.

Après l'accent il s'est changé en; : sanguisugam, sifstij; * rigam (au pluriel reges, Ch. du Chapitre), rtj « les deux parties creuses qui séparent l'arête du sillon », d'où le dim. riju « rigole creusée pour semer les légumes », et rèjiïnâ « semer des légumes dans de petites rigoles » ; *ex-magat, Saint-Claud bnàj, d'où l'infin. hnàjû.

CONSONNES

§ 3. — Simplification des consonnes doubles.

Il y a dans le patois de Cellefrouin un certain nombre de consonnes doubles : ppà « papa », mtnâ a maman », pp? « pépé », tntnl « mémé », nnè « [ce] n'est [pas] », kkô « que ça », « chercher ». Parmi ces mots, deux, pour des raisons psychologiques spéciales, ont eu leur consonne double simplifiée. Ce sont t€â et kkô.

eeà.

Nous avons une particule, tâ , qui s'emploie dans les réprimandes avec le sens de « pourquoi », et le plus souvent précédée de kl. On dit :

kl eâ û fà^l-vû ? ou €à u fâtf-vù 1 « pourquoi le faites-vous ? »

€à me paraît propre au langage des personnes âgées. Les jeunes en rient, ne le comprenant pas, et lui préfèrent prki « pourquoi », dont le sens est très clair. Il n'a pas un domaine géographique bien étendu; il dépasse pourtant les limites que je lui avais assignées d'abord (Mém. de la Soc. de ling., VI, 120). Depuis, je l'ai trouvé à Romfort, à Goise, à La Combe de Parzac, et il m'a été signalé à Chavagnac. Mais des personnes connaissant bien leur patois, comme Mm* de Mouillac, M. Bernier, ne l'ont pas compris.

Le lien, longtemps ignoré de moi, qui relie €à à teâ, lequel est lui-même pour €t€â « chercher », m'a été révélé à la fois par la prononciation archaïque du Temple et de l'emploi qu'on en faisait à La Boubière.

Au Temple, j'ai entendu de la bouche de M. Tabaud :

kt €€à y à t à ttâl Pourquoi y a-t-il été?

C'est la forme même du verbe €€& dans la prononciation rapide.

Mais déjà le sens a disparu. Si bien que M. Tabaud a pu dire :

kleeâyàtâ etâ €€â ? Qu'y a-t-il été chercher ?

La succession de sens n'est pas moins claire.

M. Bernier dit très bien :

kl €€à dl kl âdrl ki? « Que chercher dans cet endroit-ci ? »

kl €€& ânâv t œ dlkl ildrè? « ...que chercher allait-il dans cet endroit? »

Analogue à :

kl fer ânàvtœ....? « Que faire allait-il....? »

Toutes ces constructions sont archaïques. Dès lors, l'esprit n'en pénétrant pas le sens exact, les lois phonétiques ont pu agir sans entrave. Aucun changement ne s'imposant au groupe kl fir, celui-ci est resté tel. Au contraire kl ctà, déjà en avance sans doute sur ertà, pouvait se simplifier.

Le lien qui le rattachait au verbe ertâ, devenu trop faible, a fini par se rompre, le double € a pu s'abréger, et kl cà n'a plus été qu'une formule interrogative. Enfin la conjonction kt> ne disant dans ce cas rien à l'esprit, a cessé d'être nécessaire et a pu tomber.

Ainsi s'est constitué un nouvel adverbe dont la vie, je crois, aura été bien éphémère.

kkù.

La simplification de kk dans kkô semble au contraire avoir été favorisée par l'intervention de l'esprit opérant une division maladroite dans un groupe de mots. La phrase ï krè k kô mul « je crois qu'il mouille (pleut) », prononcé très rapidement, peut devenir ï krl k ô mul- Cette réduction se serait-elle faite si le sens avait exigé les deux k} 11 est probable que non. Mais l'esprit peut trouver dans kù les deux éléments nécessaires à l'intelligence de la phrase, le k représentant la conjonction que, et ô faisant office de pronom. La preuve que ce partage a réellement eu lieu, c'est que ô a pris une existence isolée et qu'il est passé des propositions complétives dans les propositions principales : on dit ô rnitl aussi bien que kô mul.

Ce nouveau pronom ù, rare encore et inconscient dans le parler de ma mère, à tel point que j'ai douté un moment de son existence, est devenu d'un usage fréquent dans celui de son neveu (G 4). Dès lors, le maintient du double k devenait inutile, ou plutôt la réduction s'imposait.

Ce fait m'est étranger. J'ai conservé le sentiment de la nécessité des deux k et je n'emploie jamais le pronom Ô.

La réduction des consonnes doubles s'est faite en général dans le passage du latin à nos parlcrs modernes. Aussi n'avons-nous que des consonnes simples dans :

STELLAM, tifl; MAMMA, Vllmà; FERRUM , flr ; TERRAM, tir; CIPPA , S?p (Jû

fô dl la sep « la font de la cèpe »); capponem, eapù ; g. sltpa, sûp; g. trappa, trâp; g. trippon, tr/pâ; g. rippen, ripa; cattam, 4ài; g. titta, dim. tltu « teton »; g. kratton, gràtâ; rossan, rus; grossam, grôs; g. bakko, bùkû « porc à l'engrais » ; g. lekkon, U(à; bucca, bùc « lèvre ».

§ 4- — Changements de sonorité.

Nos inscriptions (cf. p. 4s) nous ont révélé l'influence, encore bien faible, qu'exercent deux voyelles sur la consonne sourde placée entre elles. Cette influence pourtant est devenue sensible à mon oreille dans un nom de lieu, là kûf à pyè bô « La Cache (cachette) à Pied-Bot. »> Pied-Bot était

CONSONNES

un homme jugé dangereux, qui fut traqué par la police en 1837. L'endroit où il se cachait, dans le bbrnà (creux) d'un châtaignier, a conservé son nom, et, comme on y bâtit en ce moment une métairie, j'ai eu l'occasion, les vacances dernières (1890), d'entendre ma mère le nommer un grand nombre de fois. Le mot kàe ne m'est point inconnu, et je n'ai jamais hésité sur le vrai son de kâe â liipf (G») « cachet lapins », par exemple, pas plus que sur celui de € dans kûtà « cacher ». Cependant j'ai toujours compris hûj â pyt bô, avec un / pour un c. Ma sœur Marie-Louise a compris de la même façon que moi. Mais, comme le sens ne me paraissait pas satisfaisant, j'ai demandé des explications, et c'est alors seulement que j'ai appris qu'il fallait dire kàc. Même après ces explications , j'ai continué à avoir la même impression auditive , et les efforts visibles de ma mère pour rendre sa prononciation plus nette n'ont abouti en général qu'à rendre le son douteux. — Voir Not. compl. 8.

hû/ â pyè b& se distingue de kât â lâp! par l'union plus étroite de ses parties, de kûeâ par son rythme et son isolement dans la langue. Dès lors, une assimilation plus grande est devenue possible; et, si l'on se rappelle que le j est pour moi en partie sourd (p. 43 et fig. 92), on comprendra comment un €, même légèrement sonore, peut produire â mon oreille l'impression d'un ;'.

Ainsi l'évolution , incomplète encore dans la bouche de ma mère , se finit dans mon oreille.

Un autre nom de lieu de la commune de Saint-Claud nous montre l'assimilation accomplie entre deux instantanées, l'une sonore et l'autre sourde, bien que, malgré l'attraction puissante de deux consonnes de cette classe (p. 47), personne n'ait le sentiment d'une assimilation dans les mots ordinaires. C'est là ptul pour La Bttoule, nom conservé dans les actes officiels, qui seuls avertissent que l'on a affaire à un b initial.

Les autres cas d'assimilation qui se produisent entre deux consonnes de sonorité différente, mises en contact, n'ont pas encore acquis la stabilité de l'élément réfléchi. Ils ne sont pas conscients, et une prononciation lente et appliquée les fait disparaître. J'ai surtout étudié le phénomène dans le mot si qui signifie à la fois « se » et « nous », et qui se réduit souvent X s dans la conversation. Or j'ai entendu plusieurs fois : il ^ l>âtâ « ils se battent », ne 1 bâlà (F1, G1, Pradelières D., etc.), « nous nous battons », « % bànà (G ') « ils se baignent », né \ dîtnd (F') « nous nous donnons », ni \ via (F') « nous nous voyons », ni 1 mtjâ (FJ) « nous nous mangeons », né ^ nijiï (F*) « nous nous noyons ». Et aussi : né s bàtâ (FJ), « s burâ (G1) « ils se bourrent (battent) », et « s bùnS (G') « ils se baignent ». Mais, si j'interroge, je n'obtiens plus que si- ou s dans

ROVICTIOT. t4

rous les cas. L'assimilation paraît plus avancée chez M. de Fonroche que chez ma mère, car celle-ci conserve toujours s devant les nasales : û s mîji « ils se mangent », û s ntjâ « ils se noient ». Mais ni M. de F. ni ma mère n'assimilent I5 devant /, /, r : ni s jura (F') nous nous jurons », « s jitil (G1) « ils se jettent », « s juàvû (Pradelières, enfants) « nous nous jetions »>, ni ^ Ithà (F') « nous nous lançons », û s liâ (G*) « ils se lient », n s n'îlâ (F') « nous nous roulons ».

Ces faits concordent avec ceux que j'ai constatés sur moi-même et desquels il résulte que la puissance assimilatrice des instantanées est prépondérante (p. 48), celle de / un peu moindre (ibid.), celle des liquides très faible (p. 5 1). Ajoutons que Y s suivie d'une sourde est presque touours, et pour toute la portée de la voix, nettement saisie par l'oreille (p. 40). Nous sommes donc bien ici en présence d'une transformation organique.

Nous avons un cas, un peu plus ancien, d'assourdissement du ^, qui présente un plus grand intérêt, car il a doté la langue d'un pronom atone de la première personne du pluriel, si tiré de nos. J'en ai déjà parlé dans les Mém. Je la Soc. de ling. (VI, 182-185); mais j'ai besoin d'y revenir.

Il n'y a aucun doute sur l'origine de ce pronom. Ce n'est point le si de la troisième personne employé abusivement pour la première.

En dehors de l'histoire de son développement que l'on peut reconstituer, nous en avons la preuve dans son extension géographique. En effet, l'emploi de ms pour nous ne se trouve régulièrement que dans les villages où phonétiquement nos peut aboutir a si.

D'une part, en effet, a Saint-CIaud , au Grand-Madieu, et de là vers l'est, le ^ final est tombé dans tous les cas ; on y dit m être « nous autres ». Or si = nos ne s'y trouve pas.

Sur un point, cependant, la concordance géographique des deux phénomènes n'est pas absolue. Mais, comme nous pouvons expliquer la présence de la forme si, en dehors dus limites du territoire du ; final, notre preuve n'en est pas affaiblie.

Au Grand-Madieu, j'ai rencontré un homme qui a perdu le ^ final, et qui cependant emploie si pour nous. Mais j'ai acquis la certitude que cet homme avait été influencé par le patois de Beaulieu où il a fait son apprentissage.

Dans la commune de Parzac, il y a des distinctions à faire. A l'ouest, les hameaux voisins de Beaulieu, et en relation constante avec cette localité, Govalet, Chez-Guinandon, ont le ^ final et st. Mais il s'y trouve des personnes qui, étant nées dans les hameaux situés plus à l'ouest (Le Puy, La Combe), emploient à la fois les formes avec ou sans ^ final et le

CONSONNES

pronom si. Au sud-ouest, dans la direction de Saint-Claud (Tierce, Mouchedune), on n'a ni le ^ final, ni le si. Mais au centre (le Bourg, La Combe, Le Puy, La Louberie), quoique le ^ soit tombe, si est pourtant employé : nolrl ni s à vâ âmô dâ k't prâ « nous autres nous nous en allons à-mont dans ces prés » (Chambaud, 70 ans, né à La Combe de parents du même village) ; ni s à vâ àvïk ht ôtri « nous nous en allons avec les autres » (Goumet, 55 ans, né a La Louberie d'une famille ancienne dans le moulin). Ce territoire mixte est peu étendu, et ne renferme guère que 200 habitants disséminés sur plusieurs points. L'introduction d'une forme étrangère peut donc s'expliquer par des mariages contractés a l'ouest de la commune, à Beaulicu ou à Cellefrouin ».

D'autre part, dans la région de l'est (à en juger par Les Impr. de Voy. de J. Pingot et les notes que j'ai recueillies a Ruffec), où Yo de nos ne s'est pas affaibli en i, condition nécessaire à la production du phénomène, où l'on dit mi<ptr, si n'a jamais le sens de nos.

A Cellefrouin et dans les environs, toutes les conditions phonétiques voulues se réalisent, et toutes les formes intermédiaires entre nos et si se rencontrent.

D'abord le ç final est resté et Yo s'affaiblit en ê. La forme pleine ni^ s'est conservée dans l'expression ni^ çtrê « nous autres », qui est dans toutes les bouches. Vi de la première syllabe a été sauvé par l'emploi syntactique à l'initiale, nii otr, ni.... « nous autres, nous.... », et après une consonne, kwi àvèk ne\ àtr « c'est avec nous autres ». Mais lorsque la combinaison des syllabes le permet, c' est-a-dire quand ni\ ôtr est précédé d'une voyelle qui peut servir d'appui à 1';/, Yi disparaît : kuv à otr « c'est à nous autres ». ûlô n^ il « allons-nous-en », fô « dûttà « faut nous le donner ».

ni et même tte\ se trouvent encore, quoique assez rarement, ça et la dans d'autres combinaisons. Ce sont des formes archaïques que j'ai recueillies avec soin.

M ôm ne\ô âpèrtà.... « cet homme nous a apporté.... » (Moutonneau, un vieillard).

k frç ùp&rlï « il nous apporta » (Chenon).

àn^ôp^rtà.... « il nous a porté.... » (Chassiccq, E.).

û n^âpèrtrô.... « il nous apportera.... » (Valence, enfant).

1 Mes notes sur Parzac ont été complétées sur ce point par une enquête générale faite avec beaucoup de soin par mon ami M. l'abbé Monrousseau, curé de la paroisse.

jbn\ânnà * faut nous en aller (Sansac, B., Beaulieu, B.).

ù ni ûpbrtl.... « il nous apporta.... », et H ni àpôrtrô.... « il nous apportera.... » (Chavagnac, G.).

....à n^âbîlà a ....à nous habiller » (F1).

né ni ityâ fi dâ mâ « nous qous étions fait du mal » (F s).

krl tûkkôni ârïlrôl « crois-tu que ça nous arrêtera », et ko n'I pâ kô kl ni àrhrô o ce n'est pas ce qui nous arrêtera » (G*).

Les exemples de ni + consonne méritent une place à part. J'en ai trouvé un certain nombre à Cellefrouin, à ma grande surprise. Que de choses on laisse passer quand on ne les cherche pas spécialement !

I vèglrâ n^vir « ils vinrent nous voir » (Goise, B., Valence, M.).

né nigârdrâ « nous nous garderons » (Pradelières, D1).

ni n^ vt&rl « nous nous vêtîmes » (Pradelières, D1)-

ne ni ikrà « nous nous verrons » (Puyrajoux, T.).

né ni bàtrâ « nous nous battrons » (Cellefr. Gr.1, Parzac D.).

Ainsi la forme nti, ni propre originairement aux groupes où elle précédait une voyelle s'est étendue aux cas mêmes où elle devait être devant des consonnes. Alors s'ouvre pour elle la voie des transformations phonétiques.

Au contact des sourdes nti ou ni sont devenus *nts ou ns, qui se sont à leur tour propagés devant les consonnes sonores et les voyelles : ni ns bàtrà a nous nous battrons » (Pradelières, enf. de 12 ans). û ns âpôrtâvâ « ils nous apporteraient » (Id.). ni ns intrà « nous nous en irons » (F»). kô fè ns ânnà « ça faut nous en aller » (Temple T', 1887). nlvànsân nà « nous vons nous en aller » (Id., 1886). ù ns 0 âpôrià « il nous a apporté » (Saint-Front). Je verrais fa même forme avec fusion des deux s en une dans : ni n sô kdpâ « nous nous sommes coupés » (F '). Peut-être aussi dans :

nlnsôbyl pôrtà « nous nous sons bien portés » (Bayers).

Enfin ni, ns, ont donné nil, nsé. LV a dû s'introduire pour les raisons d'ordre phonétique et psychologique. Des groupes comme ni ns kSprâ ou ni ni kôprâ « nous nous couperons » ont appelé naturellement, surtout au temps où la prononciation était moins rapide qu'aujourd'hui : ni nsl kôprâ et ni nil kôprâ. De plus, dans le cas où le sens exigeait un arrêt sur le pronom, Yl venait de lui-même.

Nous avons en conséquence :

ni nii kôprâ « nous nous couperons » (Pradelières, D *). né nié bâtrâ « nous nous battrons » (Gr., Cellefrouin).

CONSONNES

n àvà ità n\l prômtnà « nous avons été nous promener » (Beaulieu, B., C, Chassiecq, E.).

n àvâ età nsi prôminà (Beaulieu, B.).

Il nous faut maintenant rendre compte de la chute de 1'». Il n'y a pas deux explications pour le cas où nsi, ne sont pas précédés de ni, comme dans n àvâ eta nsi promena : 1'» est tombée au contact de Ys. J'ai vu en quelque sorte le changement se faire sous mes yeux. Dans une conversation que j'avais à Beaulieu avec M. Ballon, j'entendis bien nettement la phrase : n àvâ età nsi prômènà. Nsi est certain, il m'a été attesté à Beaulieu par d'autres personnes; mais c'est un archaïsme qui devient rare. La forme était nouvelle pour moi, je la saisis avidement. M. Ballon remarqua-t-il ma surprise ? Je ne- sais. Toujours est-il qu'il se reprit sur le champ et remplaça dans une phrase plus rapide nsl par st.

Mais quand nié, nsi, étaient précédés de ni, on peut se demander si c'est le premier n ou le second qui est resté.

En réalité, il y a eu fusion des deux n en une seule comme le montrent les formes archaïques :

n ni â vâ a nous nous en allons ».

n ni emà « nous nous aimons ».

n n%i trôpd « nous nous trompons » (Beaulieu, Ga.).

n ns ân erâ « nous nous en irons » (Fa)*

La consonne forte et longue issue de nn s'affaiblit et s'abrège, et nous avons :

ni â vâ (Valence, M.).

nii fâià « nous faisons » (Id.).

ni et nié représentent, on le voit, le seul pronom régime nos, le pronom sujet ayant perdu successivement son s, son 0 et son n. Mais 1'» de ni nié, en absorbant l'ti, seul débris du premier nos, se trouve par sa situation, par sa ressemblance avec né sujet, en prendre les fonctions. Alors ni n# est coupé en deux par une opération de l'esprit : n, qui au besoin devient ni, est le sujet; et 1 ou ii est le régime. Une fois, j'ai surpris M. de Fonroche corrigeant n ns ân erâ en nés ân erâ.

Les exemples de ii ne sont pas très rares.

ni iê kôpâ « nous nous coupons » (Bayers).

ni ii pôrtâ byè « nous nous portons bien » (Bayers).

si ni it ràkôtrâvâ, ni 1 bâtrlâ « si nous nous rencontrions, nous nous battrions » (La Combe de Parzac).

Mais la forme dominante est si.

Cependant ii est en train de se reconstituer, comme nous l'avons vu, par le contact de si réduit à s et d'une consonne sonore.

Telle est l'histoire de sê — xos. Il serait intéressant de. rechercher si partout où le même fait se présente, comme en Picardie, dans le Berry, aux environs d'Avignon, d'Arles, de Pau, et ailleurs sans doute, il est dû à la même cause. Je serais tenté de le croire. Pour le Béarn, j'en ai la certitude.

On pourrait enfin se demander pourquoi vos n'a pas aussi aboutit à st dans le patois de Cellcfrouin, puisqu'on dit vc\ otr comme nt^ètr : a est d'usage pour vous comme pour nous en Picardie et en Berry. La cause déterminante de l'évolution qui a fait passer a si est, avons-nous dit, l'extension analogique qui a mis ( < 6g nos) -f- voyelle en contact avec des consonnes sourdes. Pour le pronom de la 2e personne, au contraire, l'analogie a favorisé la forme vê-+- «vos + consonne. Pourquoi cette différence? Je l'ignore. Mais elle n'a rien de surprenant. —V. Not. c. 9.

Depuis le moyen âge, deux noms de hameaux ont transformé leur gutturale initiale, l'une de sourde en sonore, l'autre de sonore en sourde. cupitia qui était Cober^a (K. r. 6/3, 5, 16), Cobeyi (C. 2/13), et dont l'origine était encore assez sentie au xr siècle pour qu'on le traduisît par Concupiscent ia (K. r. 4/10) ou Cupiditas (K. r. 6/16, 21), est devenu çwil, que l'on transcrit à tort en français Goise. Au contraire Goutibert, écrit dans le Censier, Gotibers (C. 6/16), Goutibert^ (C. 8/1 1), Goutibers (C. 9/10, deux fois), et qui a conservé son g initial dans la plupart des actes publics, est devenu pour le. peuple kûtilvr, avec k au moins depuis le xvnc siècle. La première fois que cette forme apparaît, a ma connaissance, c'est en 1664, dans les registres de la paroisse où elle alterne avec la forme traditionnelle.

Pourquoi ces deux mots, si semblables et d'un emploi identique, Cobccc ou Couche et Goutibert, ont-ils subi deux transformations inverses ? Je ne saurais le dire.

vicks est à Saint-Claud toujours vë, a Cellefrouin le plus souvent fi.

Quelques mots ont a l'initiale gr pour un kr primitif. Ce sont g. kratton, gràta; g. krimman, grima; g. krebiz, cigrtbts ; auxquels on peut ajouter gràpa comparé à crapaud, i abrita (substantifs verbaux, grûûd a nichée de poulets », grû « niche a chien ♦») comparé à s'accroupir d'un primitif auquel je suppose un seul p (g. *krupe) comme au germanique stuppula, étoubh.

Enfin je me demande si dûrsâ « frapper », ne pourrait pas se rattacher à tortiare ?

Nous n'avons rencontré jusqu'ici que des cas. isolés. Mais il y a une transformation générale qui s'étend à presque tous les pays romans et à laquelle Cellefrouin, comme le reste de la Gaule, a été soumis. C'est celle

CONSONNES

des sourdes latines ou germaniques en sonores, entre deux voyelles : rapam, ràb; cupam, kftb; lupam, lùb; sapare, sâbà ; nepotem, nêbu;

APICULAM, àkî'l; SAPORATUM, Sâburd; CAPITIA , fàfcs ; SEPULCHRUM « la

crypte où est enfermé le tombeau de saint Claud », séluUl; — cantatam, eâtâd; fatam , fâd \ finitam, ffnïd; rotam, rôd; *vendutam, vîldûd;

* NOTA RE , Hfidà; MARITARK, Hlàrïdà ; * PUTIRK , pfidl\ CUTENNAM, kûdltl\ SATULLUM, SiWi; g. WITAX , pdâ ; — *PRESSAM, pn\ J -OSAM , -*f{; 1LLOS HOM1NES, lïil dm; PLACERE, pljH^r ; RACEMUM, rû^t ; * AL'CELLUM , 0$ ;

*COCl\A, rationem, nï^/; acl'TIare, fleri^i; acutiat, invt-

tiate.m, ât'f^â; -itia, (fciiilli^); ao.Ua, .equare, £cyî « raccommoder »; jEOUALEm, ty\, dérivé iu;â!â « égaliser les sillons »; — 'sequivi, sêgl; necare, nùjâ; secare, sèjà; plicare, pljjâ ; plicat, plej ; locare, lôjâ;

HOCANXO, Ûjà; *FOCERlUM,//y'/V; VERRLCA, Vtrïij ; LACTUCA.M, #////; *NUCA- RIUM, >»"///<•; NLCATU.M, Hf//rt ; * PIKARE , pljti ; *P1CAI.EM, />//<}; g. *BUKON,

cô-bfijâ (Jer côbùjâ fin bàrïlc « rendre une barrique étanche »); g. KRUKA, kruj « cruche ».

Ce n'est pas seulement quand elles étaient placées entre des voyelles persistantes que les sourdes se sont transformées en sonores, mais encore dans le cas où elles étaient en contact avec une voyelle atone : succutere, séh'idr; molituram, tnoîdura (K *, r. 8/13), viiidàr « mouture »; domitark, dôdâ, d'où l'adj. verbal dàl; *i f.nditam, fid; * descendra M, dhild; *fondi-

TAM, fôd; VENDITAM, Vtî d ; PERDITA.M, pârd; POLLICEM, ; PCLL1CEM, pyO% ',

kumicem, erod; salicem, iodr.

Dans ces mots, le français a des sourdes. Mais dans quelques autres, le français, comme le patois, possède des sonores : cubitum, coude et kûd; cucfRBiTAM, gourde et kikitrd. Ces mots français, où l'influence assimilante du b précédent est visible, pourraient faire croire à une influence analogue pour la plupart des mots patois de la irc série, surtout étant donné le mot /d/, amita. Mais ce serait une illusion ; nous avons déjà reconnu que les muettes ont une force assimilante bien supérieure à celle des liquides; et puis iàt est un mot français. Le mot indigène est thi, complètement perdu à Cellefrouin, même A La Péruse, lieu de passage très fréquenté, mais qui se dit encore, quoiqu'il soit bien dédaigné, X Puybarraud, et qui était d'un usage courant dans le patois d'une vieille femme d'Excideuil. Tante désigne a la fois, dans le pays, la tante et la bellc-merc ; J«dô n'a conservé dans le patois de Puybarraud que cette dernière signification. — Nous avons donc le droit de rattacher directement les formes précédentes aux mots latins.

Les sourdes intervocaliques, devenues sonores, sont en général restées dans le patois de Cellefrouin, i l'étape du latin vulgaire. En dehors des

mots d'emprunt, ou certainement influencés par le français, je ne relève que les exceptions suivantes :

i° Le b roman précédé de u a suivi l'évolution du B latin. Ainsi cupitia, dans le cartulaire Cohera (K. r. 6/3, 5, 15) et dans le censier Cobe^a (C. 2/13), n'est plus aujourd'hui que çiuï^ « Goise »; tropare se réduit le plus souvent à trûà dans le parler de ma mère.

2° Le t est tombé dans rtàrt retortam, pèl patellam, cher cathedram.

Les modifications déjà anciennes que nous venons de signaler et qui sont étrangères au français du Nord ne sont point spéciales aux pays limitrophes du Limousin. On les retrouve sinon entièrement conservées, du moins subsistant encore par quelques débris dans toute la région de l'Ouest, Angoumois, Saintonge, Poitou.

Les traits communs qu'on peut relever sont les suivants :

i° Le k adouci dans s'agwuer « s'acrouptr » (Fontenay) ; grapaud « crapaud » (Chef-Boutonne). — Je cite, d'après Favre, Gl. du Poitou.

2° Le qu intervocalique devenu g : aiguail « rosée », aiguiller « couvrir de rosée », aiguer « rendre une cuve étanche », aiguière « petit fossé » (Chef-Boutonne), ségre « suivre » (Chef-B., Montaigu), — aiguë (Garl.)

30 La consonne devenue sonore après une voyelle atone : donder « dompter », donde « dompté », ponte « pouce » dans un sens spécial pour désigner la partie du sarment que le tailleur de vigne laisse sur le cep, piouse o puce » (Chef-B.), èronde « ronce » (Fontenay), — vende et rende (Garl.).

40 Le p intervocalique et dans le groupe pl pr maintenu à l'étape b : sabon « savon », sabouner, sabc « sève », saber, coublcr « accoupler », chebra « chevreau », chebrier « mettre bas », en parlant d'une chèvre (Chef-B.), — r ibère, troberent, trobom, trobes, ober^, arriba, sebelit, cubertes, etc. (Gœrl.).

5° La gutturale intervocalique conservée sous la forme de /, et, par un développement postérieur, de b : neger « noyer » (Chef-B.), seger « moissonner » (Chef-B., Celles), plioger « plier »,fouger « fouir » (Fontenay), essuger « essuyer », or tige « ortie », louger « louer », locark, nougeraie « plantation de noyers », règt « raie du sillon » (Chef-B.).

6° LeT»— *-d intervocalique persistant avant l'accent : fedon, fedoune « âne ou ânesse de moins d'un an », fœt + onem; veda vitellum (Chcf- B.), coudin cotoneum (Chef-B. et Fontenay). Mais, après l'accent, je n'ai rencontré le d que dans les écrits du moyen âge ou les noms de lieux. Aux environs de Saint- Amande-de-Boixe et de Nanteuil, où le suffixe -ad n'existe plus, il y avait une voie qu'on appelait la Onucada (Omrtt Sun

CONSONNES

abbé de Nanteuil, 1172, dans Michon, Slat. mon., p. 161). Caleada (Cart. de Saint-Amand de Boexe, ibid.). Vnvn publicam de la Chaussade, 1370 (Ibid.), la Chaussade, 1465 (Aveux du Château-Renaud. Archiv. Nat.t p. 513, 2e vol.), et 1497 (Cart. de Saint-Ain.). A Richemont, près de Cognac, le peuple donne encore à une grotte le nom de grotte des fades. Dans le canton de La Tremblade, un lieu nommé aujourd'hui Chaillevette, est appelé Chalaveda dans une charte de 1226 (Cart. de N.-D. de la Garde), Challaveda dans une autre de 1250, etc. Nous trouvons encore Lomada, La Clida (Ibid.), etc. Le Journal de F Eut. du Comte SAng. mentionne un étang de la /' 'élude, sans doute la Velue. — Voir Note compl. 10.

§ 5. — Chute de consonnes.

La chute des consonnes n'est pas un phénomène aussi simple que le mot semble le dire. Ce n'est pas une chute à proprement parler, c'est un amuïssement progressif dont on ne peut suivre sûrement les étapes que la où il est en train de se produire.

Dans certains cas, la consonne s'assourdit naturellement à la fin d'un membre de phrase, et reçoit le premier coup de mort de son emploi syntactique. Dans d'autres, obéissant à une force qui l'entraîne, soit hors de la bouche, soit vers la gorge, elle s'évanouit, après beaucoup de transformations, comme un souffle vain. Dans d'autres enfin, revêtant sous l'influence de l'assimilation une forme étrangère, elle perd son individualité , et varie au gré des combinaisons de la phrase, jusqu'à ce qu'elle se fixe à une forme nouvelle ou qu'elle soit rejetée comme inutile.

Nous avons rencontré des exemples du premier cas dans la première partie (p. 44). Nous en verrons bientôt du second. Qu'on me permette d'en citer un du troisième. A Sénaillac, canton de La Tronquière (Lot), le / de la 3e personne du singulier du parfait du verbe être demeure sans changement toutes les fois que le verbe n'est pas uni étroitement à un mot commençant par une consonne. Mais dès qu'une union intime se produit entre les mots, il s'assimile à la consonne suivante et tend à disparaître : fvtfb bùdàiu « il fut badaud », fiv?p piili « il fut joli » , fwei lift « il fut vilain », fivff fà « il fut fait », fivfm viMctwde' « il fut malade », fwêg çôrl « il fut guéri »,fiv?k kônàlji « il fut canaille », ftuH tùkâ « il fut touché » , fwfd' dïvôla « il fut descendu »,fw?u nù'kû « il fut né »./«.'?/ tfdg « il fut laid ». Le / est complètement tombé devant r et l : fwl rôhiàl « il fut renard (c.-à-d. avare, mauvais voisin) », rûjd « rusé », thtsl « sage ». Comment une consonne ainsi traitée pourrait-elle conserver

2l8 LES MODIFICATIONS PHONETIQUES DU LANGAGE.

longtemps sa vie propre ? Ht comment déterminer aussi sous quelle forme elle est tombée?

Cela dit, je tente une explication pour la chute des consonnes amuïes dans mon patois.

Je ne m'arrêterai pas à la chute des initiales. Nous avons déjà étudié la chute du g dans le groupe ç/ (p. 198). C'est un fait régulier. En voici quelques autres d'exceptionnels : ràp « grappe », rïpà « gripper », lelru « gletteron », g. kletto.

J'ai déjà parlé de la chute du d intervocalique (p. 206), de celles du v et du b dans certaines positions (p. 205 et 206).

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