FORMATION DES DIPHTONGUES
Les diphtongues sont produites soit par la vocalisation d'une consonne (phénomène déjà étudié), soit par le rapprochement de deux voyelles, soit par la diphtongaison.
Le rapprochement de deux voyelles n'est dû aujourd'hui qu'à des combinaisons syntactiques (&> ï « ça est », ku/e), anciennement il a été produit par la chute d une consonne (pavorem, *paor,' p&r), ou pr la transposition d'un s.
Nous n'avons donc à nous occuper que de la transposition de l'i et de la diphtongaison.
Transposition de Fi.
Ce phénomène, que je n'ai jamais eu l'occasion d'observer, et dont, par conséquent, je ne puis fournir d'explications, s'est produit pour si et ri suivis d'une voyelle persistante : *mansionamentum, maisnament (K* r.
VOYELLES
7/32, etc.) ; mansionem, maiso(K*r. 8/3 a. f.), miçi; *grassiare, *graissar, grka; *ceresia, la cerùysa (C. 1/3 a. f.), la sryez (nom de femme); floriacum , Floyrac (C. 5/19, S' 9/30), Flctrâ, le pont de « Flcurac »; •sabularia, sabblieyra (C. 4/13, 16), sablieyra (C. 4/17), sûbltèr ; * balbaria, boubeyra (C. s. t. 10/5), bùbyèr, moulin de la « Boubière » ; * pratellarias, las pradelieyres (C. 5/23), là praà$rl « Les Pradelièrcs ».
Comme il arrive, du reste, pour d'autres diphtongues, les anciennes graphies ne conservent qu'exceptionnellement la trace de cet 1 dans les formes dérivées de -aria. Nous trouvons à côté, et môme plus souvent : sabliera, Pradeliera, Boubiera, etc.
Le suffixe -oria a donné de même *-oirat -tt^r (pldwb, * pisti-atoria « vessie » ; ta Idtuer, *aptill-atoria «cheville qui sert à atteler les bœufs » ; tnimvèr « menoim, lisières servant à mener les enfants qui commencent à marcher » ; bràlu&r « branloire » ; âvàlxver « avaloire , le gosier » ; pàdilu&r « pandilloire » ; dttltver « atteloire »).
Y a-t-il eu de môme transposition de l'i dans -arium, -orium? M. W. Meyer le croit (Gram. comp. des lang. rom., p. 471), et il tire de -airt la forme -éri, d'où serait sorti -ter. A Cellefrouin, -orium ne se distingue de -orem que par l'addition secondaire qui l'a allongé en -atorium, tandis que la forme simple -orem s'est maintenue : battoir se dit bàtdûr , batt'-atorium ; batteur, bàtftr, batt'-orem; cijanteur, cdtiir, cantorem . Mais le y a pu tomber, et une substitution de suffixe n'est pas impossible.
Diphtongaison.
La diphtongaison, au contraire, n'est pas rare, et nous pouvons l'observer en divers endroits.
Toutefois, si les voyelles étaient ce qu'ont pensé certains physiologistes, entre autres M. Béclard {Traité êlim. de Plrysiologie, II, p. 198), essentiellement caractérisées par « l'immobilisation des parties, une fois ces parties accommodées à la production du son », tandis que les consonnes répondraient à « des mouvements », il serait assez difficile de se rendre compte de ce phénomène. Mais cette immobilité n'existe pas. Nous avons en effet observé que les voyelles isolées sont accompagnées d'un rétrécissement ou d'une ouverture de l'organe qui se fait progressivement jusqu'à un point culminant a partir duquel un mouvement inverse se produit (Voir fig. 108 pour les mouvements de la langue); que les voyelles associées à d'autres articulations s'accommodent aux mouvements qui les précèdent et à ceux qui les suivent (cf. fig. 47, 66, etc.); que les voyelles
nasales ne supposent pas un synchronisme parfait entre les vibrations du larynx et du nez, celles-ci étant dans certains cas en retard sur celles-la (fig. 36); que l'écoulement de l'air ne se fait d'une façon régulière ni par la bouche (fig. 73), ni par le nez (fig. 51, 65, 74, 114), et que la courbe de la colonne d'air des voyelles est assez semblable à celle des diphtongues (fig. 73 et 72); enfin, que la durée des vibrations n'est pas constante pendant toute l'émission d'une même voyelle (fig. 115, 57, 52, etc.). Depuis lors, ayant réussi à inscrire directement les vibrations de la colonne d'air en même temps que sa pression, je puis ajouter que la diminution de pression qui marque dans les diphtongues le passage d'une voyelle à l'autre concorde avec un changement d'acuité.
La voyelle n'est donc pas un son unique, tel que le produirait l'organe dans une position fixe et bien déterminée, mais une série de sons dus à des combinaisons diverses de mouvements, et différents entre eux par le timbre, l'intensité et la hauteur. Elle n'est pas un être simple; c'est, pour emprunter une image aux sciences naturelles, une colonie. Dès lors, on conçoit qu'elle puisse se propager par segmentation. Qu'un retard ou un changement un peu brusque se produise en un point quelconque de cette colonie linéaire, les segments séparés prendront une vie isolée, une nouvelle voyelle apparaîtra, la voyelle génératrice sera devenue diphtongue.
On a supposé, à l'origine des diphtongues, deux voyelles semblables, A!, ôô, par exemple, qui seraient devenues, par dissimibtion, &, ôô, puis te, uo, etc. Il y a plutôt des raisons pour croire que deux voyelles semblables se fondraient en une seule, comme nous le verrons plus loin.
En tout cas, si elle n'est pas fausse, cette hypothèse est au moins inutile. La qualité de la voyelle nouvelle dépend du point où la segmentation s'est produite.
Prenons d'abord le cas le plus simple, celui d'une voyelle qui se diphtongue sous l'influence d'une labiale, comme cela a lieu en Vendée et en Bretagne, et comparons le tracé de pa (fig. 64), avec celui de pwa (fig. 62). Aussitôt que les lèvres commencent a s'ouvrir pour pa, la voyelle éclate, occupant sur les lèvres, à un moment donné, la position de l'« (cf. fig. 62, en faisant concorder le point d'ouverture des lèvres avec celui de l'ébranlement du larynx). Donc nous avons, avant l'a, une sorte d'u qui passe trop rapidement pour que l'oreille puisse le percevoir. Mais que, par paresse organique, un retard vienne à se produire en ce point, alors, suivant que le mouvement sera plus ou moins lent, nous distinguerons nettement soit un u, soit un w, et pa deviendra pua ou pwa.
Si nous considérons une voyelle nasale, pô ou tô par exemple (fig. 36), nous remarquerons sans peine que la première partie de la voyelle est
VOYELLES. 253
purement laryngienne. Or, un retard plus considérable mettrait cette partie en relief, et nous entendrions une diphtongue, comme cela se produit en Saintonge, aux environs de Gémozac : Peuon « Pons », Su^euon « Suzon » (Jônain) ; à Berson, près de Libourne : Berséon, cbanteant, pour Berson, chantant (De Tourtoulon, Limite giog. de la lang. d'oïl, p. 23), etc.
Enfin, supposons que la segmentation s'opère pour une cause inhérente à la voyelle elle-même, et prenons comme exemple P» de la figure 108. Suivant les divers degrés d'occlusion, nous devons avoir une série comme à ô à u û u 6. Dès lors, une segmentation se faisant au point culminant, produirait uu, en avant de ce point, au, ou; en arrière uo.
On conçoit que, dans ce cas, la diphtongaison soit surtout favorisée par la longueur de la syllabe. Aussi les voyelles entravées, plus courtes que les voyelles libres, ont-elles été plus rarement diphtonguées que ces dernières.
On a eu, à Cellefrouin et au Temple, avant la période actuelle, la diphtongaison de Xï et de Xb : feria, *ferè, fier; muscam, *mUl, màôe. Le phénomène n'a pas eu lieu sur le haut du plateau. Là, en effet, feria a donné fèyro; muscam, mûtfô.
Les diphtongues ai, àô ont été produites par la segmentation de la partie initiale des voyelles i, ô. Il paraît en avoir été de même dans la diphtongaison française de IV et de IV, devenus : l'un ei, oi (mei, moi, me), l'autre ou, eu (-our, -tur, -orem.)
Une diphtongaison opérée par la section de la partie finale de la voyelle existe à La Chevallerie. C'est celle de Xâ en âo : bâo « bas, adj. » ; grâo « gras » ; hlfU, *k[â « fléau » ; à d sào *sâ « en de çà ». Cette diphtongue, on le voit par ces exemples, ne s'est produite qu'après la réduction de eau et de oi en à.
C'est de la même manière, par segmentation de la partie décroissante, qu'à l'époque ancienne l'fe et Pô se sont diphtongués en Gaule. Ce phénomène, toutefois, se présente dans des conditions différentes au Nord et au Midi. Générale au Nord, elle est seulement partielle au Sud. Sous ce rapport, le parler de Cellefrouin se rattache aux patois méridionaux. En effet, il ne connaît la diphtongaison ni pour à ni pour 6 devant L, n : mel, ml « le Temple, T.) — myêl est français — ; *sola (de solum), sôl, là sôl d*l prâ « la sole d'un pré » ; filiola, fï[ôl; molam, môl; volât, vôl; VEVIT, vé; TENET, të ; beke, bê; bonam, bûn ; SON AT, sùn.
La diphtongaison de Pô est plus restreinte encore que celle de l'fe : elle
ne se rencontre, en outre, ni devant une dentale ni devant un r : rotam, rôd; potet, pô; soror, sûr ; *noram, tior; demorat, dètnâr.
Toutes ces restrictions sont communes à l'Angoumois, à la Saintonge et au Poitou : type fillole « filleule », nore « bru » (Lalanne, Fabre, Eveillé ben et bé « bien » (Lal.). Ayole « aïeule » était en usage dans le français de l'Angoumois (Charte d'Ang. 1264, Boucherie), ayoîU (Test, de 1344, abbé Tricoire).
En dehors de ces cas, nous avons la diphtongaison de l'fc et de Pô :
PEDEM, plt; DECEM, dtl\ PEJUS, piï ; FERUM, fit J HERI, ylf J PETRAM, pyef J RETRO, rît; i-ebren, fyâvr ; TEPIDUM, tytV ; LEPOREM, \jkbr ; HEDERAM, #r; VETULAM, 17^/; LECTUM, SEX, jfc (G1); LOCUM, ; FOCUM, /&;
podium, pàf; *vocita, vu4d; noctem, nàè (G1); novam, nàv\ folia,
fâ\\ *COCERE, kœr ; COCTUM, ké.
Naturellement, nous possédons aussi le suffixe Je ne puis entrer dans la discussion qu'il soulève. Mais je dois signaler le fait, qui me paraît certain, de l'emploi de -erjum pour -arium aux environs de Rome dès le vi' siècle.
En effet, au témoignage du pape saint Grégoire, le nom d'homme chrysaorius se disait dans la langue populaire chryserius : « Quidam vir nobilis in Valeria provincia nomine Chrysaorius fuity quem lingua rustica poptilus Chryserium vocabat (Hom. in. Ev. lib. I., hom. 12 ; — Migne, Patr. lat. lxxvt, col. 1 122 B). Nous n'avons, il est vrai, ici, que -erius pour -aorius. Mais la finale grecque -aorius ne devait guère être distincte pour le peuple de la forme classique -arius.
Saint Grégoire nous fournit en même temps la date où cette substitution avait lieu : Le fils de Chrysaorius était moine, et saint Grégoire l'a connu dès le temps où il était moine lui-même, c'est-à-dire entre 575 et 590 : « Quem ipse jam monachus monachum vidi. » Cela nous fait remonter aux premières années du vi« siècle.
Resterait à fixer la date de la diphtongaison de l'fe ou de l'ô. Quoiqu'il soit assez difficile de donner rien de précis, on arrive cependant à quelques résultats en comparant les faits suivants : fodicat donne féj, où l'ô s'est diphtongué; mais *in-odiat donne ânôy, locat, îdj, où l'ô ne s'est pas diphtongué. Ces deux dernières formes ne sont pas empruntées aux temps où l'ô est atone, car ad-podiare a donné âpiiyâ; ce sont donc bien des formes toniques. Pour quelle raison l'ô s'est-il diphtongué dans le premier cas et non dans le second ? Je n'en vois pas d'autre que celle-ci :
1 Glossaire Saintongeais.
VOYKI.I.KS.
dans fodicat, l'ô est suivi d'un simple d ; dans inodiat, de di ; dans LOCAT.de c, qui pouvait être, à l'époque de la diphtongaison, dy. Le groupe dy aurait alors fait entrave. Donc l'ô se serait diphtongué entre la palatalisation du c intervocalique devant a et la chute de l'i posttonique, avant la réduction de dy à y.
H semblerait même que la diphtongaison de l'ô s'est faite entre la chute des atones finales e et u. Comme clavem kîà, novem a donné nà, tandis que novum est devenu *nue nà; on a donc dû avoir en même temps *nov et *novu. L'ô s'est diphtongué dans *novu, où il était libre, mais non dans *nov, où il était déjà entravé.
Je n'ai aucune donnée sur la date de la diphtongaison de l'È. Elle doit être contemporaine de celle de l'ô, sinon plus ancienne, vu qu'elle est plus étendue. Les formes secat, sfj, necat, n*j, qu'on pourrait être tenté de rapprocher de locat, iôj, ne prouvent rien : elles s'expliquent par l'analogie des formes atones, comme gelât, ;W (de *jela, jilâ, gelare,— cf. risevr « recevoir » dans le parler des vieillards à côté de resêvr), levât, Uv et Itv (remontant, l'une à la forme archaïque *leva, l'autre à la forme moderne livti).
évolution des diphtongues
Les diphtongues n'ont cessé de tendre à l'unité, et, avec les générations nouvelles, elles y sont toutes parvenues. Quelques-unes n'ont atteint que l'unité syllabique en consonnifiant leur premier élément; mais la plupart se sont réduites à de simples voyelles.
Nous étudierons d'abord les diphtongues récentes, puis les diphtongues anciennes.
Diphtongues récentes.
Sauf âê, oa, eâ et w, et seulement dans des cas spéciaux, les diphtongues récentes, qui sont toutes dues à la même cause (des combinaisons syntactiques), présentent le même développement.
Diphtongues commençant par i, u, «, o.
Comme ces diphtongues ont l'accent sur la seconde syllabe, elles consonnifient la première. Nous avons donc : i. — i âti « j'attends », yàte ; t ï a j'ai », yé ; 1 1 sri « j'y serais », yt srî; kô i ô « ça y a », koyô; { à dire, « je le dirai », yu dtrt.
u. — û àti « il attend », tvâtl; ûe « il est », né; û i vâ « il y va », un vâ;ûô(t\\ a », îvô; ûufrô* il le fera », tvû frô.
u. — tûâ « tuer », tût « il tua » (G ') donnent souvent twà, tûrï dans les générations nouvelles.
o. — kô t « ça est », kwè; kôô « ça a », kwô; kô àvt « ça avait », kwàv (GO-
La consonnifkation suppose non seulement une union plus étroite des deux éléments vocaliques, mais encore une diminution dans la tension organique et dans la durée de la voyelle consonnifiée (cf. fig. 27, 28 et p. xoi).
La consonnification est donc naturelle pour i, u, u. Elle Test moins pour 0. Aussi cette voyelle ne se consonnifie-t-elle pas d'une façon constante comme les trois autres. On dit très bien kô àtl « ça attend », kô i srô » ça y sera », kô u fo « ça le faut ». L'o peut même tomber : k ô d tà (G1) « ça a de tout » pour dire « ces gens ont de tout ».
Si.
Les voyelles â et l se sont trouvées en contact intime dans le composé *à pâi lâe 0 en pas un lieu », qui est aujourd'hui â pà là. Il a dû y avoir assimilation de la nasale * pà â, abrègement de Và (cf. pàyl pour pà i « pas un »), enfin, fusion de a et de a en un seul son nasal, pâ.
oa.
Dans ô âgu « a eu », le second élément de oa s'est assimilé au premier, et ô àgù est devenu ô ôgû (G Dans la prononciation rapide, ôô se transforment en è ( timbre ordinaire des ô) : il l ogu « il l'a eu » (G1 i ^ changement est loin d'être général ; il me paraît propre au Moulin-Neuf (G1 i *). Depuis, l'ddu verbe ài*r 0 avoir » s'est substitué à cet o, et Ûgû a perdu ainsi sa première voyelle : àl ôgû (G8)- Par un procédé identique, certains verbes, signifiant « mettre bas », en parlant de la brebis, àlêttà (pour ayêlâ) ; de la chienne, âelnôtâ; de la jument, âpùUnâ; de h chèvre, ùeàbrîlâ; de la chatte, àtâtfitiâ, ont perdu leur a initial au participe passé : ô *alénàiô*ôlina1 enfin, ô [ênà; de même, ô sïnôtà, pùllnâ, etc.
éd.
Ces deux voyelles se trouvent rapprochées dans $ âtit « eux aussi », et dans des conditions telles que le rythme appelle U< àh'h L7 se trouve donc tonique et â atone. Dans ce cas, c'est Yâ qui doit être sacrifié. Il
VOYELLES
l'est en effet, mais non sans avoir fait sentir son influence à 17. Le résultat final et le seul perceptible est tljtû (G1). Il y a eu ouverture de IV, et, je suppose, fermeture de Va : *î[êélû; enfin fusion des deuxt' en un seul.
ut.
Dans û M « il était », « Ùyà « ils étaient », vû M « vous êtes », *û t pour «M » (hoc ille) « oui », IV seul a pu être influencé. Par suite de la paresse de la langue à élever la pointe au dessus de la position de Vu, cet è tend à devenir a. C'est une action analogue à celle qui a transformé successivement la diphtongue française oi en wé, wê, wa.
vM « oui » est constant dans les groupes où il est atone : wâ ttù « oui nous », wâ vit « oui vous », wâ yd « oui je », wâ tu; wâyô a perdu à Allone son w initial et se trouve réduit a àyô, ce qui fait croire aux linguistes du pays qu'ils ont gardé, pour dire « oui », le verbe aio des latins. Lorsqu'il est tonique, wl s'est conservé plus longtemps. C'est la seule forme employée par les vieillards (Vieux-Aunac 1792, Mouton 1808). Les générations plus récentes ne connaissent guère plus que wa (F1, etc.) jusqu'à Saint-Claud. Mais, à partir de là, wfse rencontre assez souvent à côté de wâ. J'ai noté les deux formes autant de fois l'une que l'autre pendant une conversation entendue à Saint-Claud (f°" Br. 18 19). Mais la proportion a changé depuis en faveur de wâ. Une raison de croire que le changement ne s'est fait qu'à l'atone, c'est que wil, hoc illa, qui ne peut être que tonique, n'a pas été modifié.
Cette forme de l'affirmation wâ ou vwâ s'est produite de la même façon dans des lieux bien éloignés. Je l'ai recueillie dans l'Ain, de la bouche d'un homme de Montrcvel. Elle existe aussi, m'a-t-on dit, à Saint- Etienne.
L'évolution de wii l'imparfait du verbe Hr « être », n'a pu être contrariée par un changement d'accent (dans tous les cas la voyelle est atone); mais elle a eu à lutter contre la concurrence des formes où i devait se maintenir, et, de plus, elle a pu être retardée par ce fait que u èli n'est qu'un groupe syntactique dont les deux éléments ont encore une vie propre. Malgré ces obstacles, non seulement w âti est établi depuis longtemps à Cellefrouin (F1 1809, F», GeJ), au Maschinet (L) ; mais il a imposé son a au temps tout entier : l ùtl (La Baubière, B ' 1 1821, 1825. — Le Temple, T v àte « vous êtes » (Goutibert, La Génevrau); / âti (Chassiecq, E). Il en est de même à Saint-Claud, à Mouchedune, à la Sarcellerie, Chez-Chadiat, à Lussac, Chez-Baugis, à Saint-Mary, etc.
J'ai trouvé w M aux Forges (La) et au Moulin-Neuf.
Dans le parler de ma mère, Yê de ht est net toutes les fois qu'il ne se trouve pas en contact avec u : y W, n ÏA pà « il n'était pas ». En diphtongue avec m, il se conserve encore le plus souvent ; mais dans une conversation rapide, il se transforme en à. Les exemples de tvùli se multiplient dans les générations suivantes (G ' et G*). Chez moi (G*) — mais je n'ose me citer, parce que j'ai pu être influencé par Saint-Claud — âi\ est constant. Chez Fr. Neuville (G1), le son est souvent douteux. Mais chez ses filles (G» ,0), l'évolution est accomplie et Yâ est certain.
£ ï ftH^ tt4?S t^ft T^^S m
De toutes les diphtongues anciennes, une seule parait avoir été composée de deux voyelles identiques pour le timbre dans*«Sfir, videre. Il y a eu fusion des deux éléments en un son unique, trr. La preuve qu'il n'y a pas eu seulement élimination de la première voyelle se tire de la comparaison de cet infinitif avec *potere, pôdér, *volere, vôllr, où Ye tonique s'est abrégé en l.
Pour les autres diphtongues, formées de voyelles différentes par le timbre, le traitement varie suivant la nature des voyelles en contact et suivant la place de l'accent dans la diphtongue.
La voyelle accentuée se maintient, et, en général, s'assimile l'atone. Or, à Cellefrouin, la place de l'accent a varié suivant la place de la diphtongue dans le mot ou dans le groupe : il a frappé la première voyelle dans les diphtongues finales, la seconde dans l'intérieur des groupes. Cette loi est encore celle qui régit les diphtongues dans le haut de la vallée. Aux Chaumes, par exemple, on dit : ï mlvfo * je m'en %-ais », et ï m l và4 lûvà « je m'en vais laver » (V.).
Une autre cause de transformation pour les diphtongues, c'est la place de l'accent intensif dans le groupe qui les renferme. Les diphtongues toniques résistent mieux ; les diphtongues atones accomplissent plus rapidement leur évolution. Ainsi, à La Péruse, on dit : àfyrô, alteram, mais ôôlrîy, altéras ; et ma mère, elle-même, pourra bien dire : un èbtr « une autre », mais elle dira toujours à foré « d'autres ».
au, *au (ab, av, Vu).
La diphtongue latine au a échappé à cette loi, nous donnant la preuve d'une pan, que sa réduction à 0 est ancienne, et, d'autre part, que la loi est relativement récente. Nous avons, du reste, dans le Cartulairc, oalter-
VOYELLES
nant avec au, ou seulement o : Gauffredus (K. r. iji a. f.) et Goffrtdus (K. r. 3/17. An. 1031-1048), Gauuelmus de Posqueranus (K* r. 8/21) et Joselmus de Posqueras (K. r. 8/17). A. de Onaco, aunacum (K. r. 7/9).
La réduction de au a 0 se place entre la palatalisation de c + a et l'amuïssement de l's. Nous avons, en effet : d'un côté, caulem, *kyaule, *t€oly *t€ou €Ô; d'un autre côté, *austum (augustum) et mustum, avec une voyelle identique, & et tni.
La diphtongue *au a eu un sort semblable, excepté quand elle était suivie de e ou N : habere-habet, aurd (K* r. 8/30), 6rd; clausum, claus (C. s., en marge, 5/11), k!Ô; fabrum, faura (C. 2/17); tabonem, *tauotw, *toon, tô; clavum, *clauo, *cloo, k$. Mais *au dans clavem, * clau, est traité comme au venant de al (cf. novem, nS) ; et dans les trois verbes *vaunt (vadunt), *faunt (faciunt), *aunt (habent), comme A + N : vàyfâ, à.
ae, ai (a + y), ei (e + y), ao, au (ave, al), ou (ob, ove, ol).
Ces diphtongues sont distinctes dans nos textes les plus anciens : facere, faira (K* r. 8/23); captivum, cbaytieu (C. 3/1); mansionem, maiso(K* r. 8/3 a. f.) ; sextairadas, sestairadas (K. r. 9/3 a. f.); *caxikum, chaîna (C. s., en marge, 5/5) ; — medietatem, meitat (K* r. 8/26) ; directum, dreit (Bourg-Ch.); petratum, Peirato (K. v. 3/45) ; divid're, deveira (K. r. 8/2 a. f.); — altéra, autra (K* r. 9/1); calce-furnum, chauforn (C. 2/26), guilleUna granauda (C. j/i), de fonte au gueyraus (C. 8/30); * viNEALES, vinbaus*(C. 2/28, 5/4), Granaui\ (C. 3/4), Chambau (C. 8/15), Barraut^ (C. 3/10), Guerraudi (C. s. t. 2/1 a. f.); — tilliolum, telhou (C. 5/2); Bolhous (C. 9/22); — Las Cous^ (C. 5/10), Las Cout^ (C. 6/1), Parrochia de Cougant (K. v. 3/26), cf. Colgant (C. 1/3).
Mais déjà, dans le Censier, ai et au se confondent à l'atone avec « et ou : g. maginhard, P. Meynardi (s. t. 2/5, 8/3), Johanna Meynarda (4/24, 9/31); g. ragixald, Reynaut (s. t. 10/7); g. haimhard, La Eymarcta (6/7, 9/2), Porfw cbeyiiu (s. t. 7/5), freyracberiis (7/1), P. Goutter (8/14, 37, etc.), Johanna Goutiera (9/10), borderia ous Meynarx (s. t. 8/1), Ermessen Fouressa (9/41), Hermesens Four usa (4/28), La Souniera{%\\. 2/3 a. f.).
Les Cartuîaires de la Saintonge présentent le même changement comme se faisant à peu près à la même date. Dans le Cariulaire de Vaux, quoiqu'on lise une fois Renandi à côté de Raitiaudus dans une charte de 1098, ce n'est que dans la seconde moitié du xme siècle, à partir de 1267,
que ei remplace ai : Mainardus, 1170, 1218, 123 1, 1237; Meynardus, 1267. De même pour au : Pet rus Maurinus , 1091 ; Petrus Mourini, 1263 ; Maynardus de Autirac, 1237; Meynardus de Outirac, 1267. Le Cart. de N. D. de Saintes écrit : Mainardi, 1083-1885 ; Menardus, 1140-1150; Meynardo, 1300.
Ces graphies concordent avec le développement de ces diphtongues tel qu'il nous apparaît sur le haut du plateau. Là, nous devons considérer la tonique historique comme une atone au pluriel, et, par conséquent, nous avons dans le même mot deux étapes de l'évolution. Il y a eu d'abord (nous ne considérons que la diphtongue intérieure) ouverture de la voyelle fermée (/ est devenu é, et u,ô); puis assimilation, enfin fusion des deux voyelles: aqua, *aiga, àégo, ; aquas, éége; altéra, *autra, àôtro; alteros, ôôlrey; molitura, *moudura, màôduro (Puybarraud, La Péruse, etc.); tnenàr, gôtt (Cellefrouin). Il est donc naturel que ai et au soient venus rejoindre à l'atone ei et ou.
En a-t-il été de même à la tonique non finale ?
Le père (1767) et l'oncle (1763) de M-« V. de Mouillac disaient fràèr, àèg. Elle-même prononçait frer, eg. Mais M. Tabaud fait encore entendre un a devant IV, et ma mère aussi quand elle parle avec animation.
La diphtongue àà apparaît dans les mêmes conditions que àè chez ma mère ; elle dit au singulier : nob (rauba) ; ààtr (altéra) ; €ào\ « chausse », gàôe « gauche »; mais au pluriel : tiré, rbbi, foy. Cette prononciation est presque constante chez M. Tabaud. Mais il n'y a plus trace de diphtongue (G 1 0, même au Temple, chez les jeunes (T 2).
Ces diphtongues ne sont plus douteuses à partir des hameaux de Saint- Claud, du moins chez les personnes âgées : àèg, jàir « faire » (Chez- Civadicr), lé và d'oot (Chez-Chadiat,D.) \€ào^ kàbk « quelque » (Lussac, B.), etc.
On pourrait donc croire que les formes diphtonguées ne sont que des archaïsmes à Cellefrouin et à Saint-Claud. Mais ei et ou, distincts de ei et de ou à Nieul et plus haut, ne se distinguent pas de ai et de au au Temple, dans le parler de ma mère, et à Saint-Claud. Nous avons lafàér feriam, comme fâe'r, facere ; vàèr (FJ irritée) ; « verre » ; tàô, caulem, Là kàà, Las coulis (C. 6/l); kào, collum, comme £àà, cal'dum, etc. Bien plus, Yô y donne le même résultat : mà&f, MUSCAM ; màô, mustu.m ; pyàoi, pullicem (G1 et T1), fait qui ne s'est pas reproduit dans le haut de la vallée : tnutjô (Puyb.).
Si donc ai et au se sont maintenus, il y a eu, à côté, la diphtongaison de 1 et de ô. Mais il serait bien plus étonnant que dans ce cas les deux sons fussent à des étapes identiques.
Dioj
VOYELLES. 2él
Il faut admettre une assimilation complète des deux diphtongues, leur réduction à a et à d, puis une diphtongaison de ces deux voyelles. On aurait eu ainsi :
ai ae ei au ou
«'(xm«s.) ou (xnie s.)
I I ai "àô
éé àô
A l'atone, ou est descendu plus bas que au : il est arrive jusqu'à «, tandis que au est resté à ô : cultellum, kûlè; collocare, kuà; mais
CALCARE, fO€â ; WALTER, yôll.
Subtus, *souts, préposition, a été traité comme atone (sii) ; préfixe, comme tonique : sépé^â « soupeser », sôltvà « soulever ».
A la finale, la première voyelle est restée ferme. La seconde est tombée après s'être rapprochée de a dans ai, au : illac, * lai , là ; ecce-hac, *sai, sà; veracem, *vrai, vrà; vadit, *vait, và; regem, *reit eàlrt « Chez-le- Roi » ; — vado, *vao, vâ; €tvà « cheval » ; tà « chaux » ; eâbà, bàrà, gtrà (noms propres), etc. ; — ko « cou » ; bùljb, lâkô, etc.
A quelle époque la diphtongue s'cst-elle ainsi réduite? Il n'est peutêtre pas impossible de le dire au moins pour au, grâce à la série des graphies successives que nous possédons pour calce-furnum : dans le Censier, Chauforn'; en 1590, Qyafour et Chauxfour ; en 1598, Châffour ; en 1626, Cbaufour; en 165 1, Chas four et Ches four. La première partie du composé est traitée comme mot indépendant; aussi disons-nous sà fur et non et fur. Or, la chute de l'« doit coïncider avec le moment où eà « chaux » a pu être confondu avec cà « chez ». La correction Châffour prouve que cette confusion n'existait pas encore à la fin du
' Je ne tire aucune conclusion des graphies Chaffort (K. v. 2/38) qui n'est pas certaine, Chafforn (C. 2/23) et Cfjatorteu (C. s. t. 5/12) qui sont bien anciennes pour dire quelque chose sur la chute de l'« final.
XVIe siècle. Mais les deux formes Chas four (vulgaire) et Ches four (francisée), montrent bien qu'elle était à peu près complète un siècle plus tard ».
Le résultat de l'évolution est le même à Cellefrouin, La Tâche, Beaulieu, Parzac et Saint-Claud.
Plus haut, nous avons les diphtongues : sac « ça », làe « là », vàe « va »; djào « coq », kôu « cou », kldu « clou » (Suaux, Chez-Bonnaud, etc.).
Plus bas, c'est le second élément qui semble l'avoir emporté : U, si, vrl, vl, €iéy €û, kû,fflû (Ventouse, Valence, Chassiecq, etc).
A Cellefrouin même, ai est devenu £ à la première personne du verbe habere, et aux futurs : y è, t titre « j'ai, je chanterai », tandis qu'à Saint- Claud on dit : y â, I eàtrâ.
Les formes archaïques du plateau sont instructives. Ce sont celles qui nous ont appris les modifications subies par IV et Vu de ai, au, avant leur chute. Celles du bas de la vallée sont embarrassantes. Nous les étudierons avec m (6 latin), qui présente un traitement analogue.
Le développement régulier est donc :
ei au ou
et aà ôo
ai
al
Les à sortis de ai et de au ne sont point absolument identiques. Dans le parler de M. V. de M., les premiers étaient moins prolongés que les seconds, et tous les deux étaient plus longs que Yâ issu de as.
Je distinguais même parfois, après â (au), comme après t (pu) un léger son que je notais tantôt o, tantôt «, tantôt a : tnào « mal », sâu et tà* « chaud », sàu « sou et sol »,fâu « fou ».
Serait-ce un reste de la diphtongue ? C'est possible, car dans le parler du fils de M. V. de M. (F *), Yâ, sorti de ai, ressemble à celui de as et se distingue de celui de au. Ce dernier est nettement à. Les deux premiers tournent vers ô : IA (illac, *iat), vrA (veracem, *vrat), nui (*magis, 'mai), La tAa (illa Tasca).
1 La double forme Chaux fourgt et Ches fourgt se retrouve encore en I772- Aujourd'hui, on ne connaît plus que Chc^-Four.
Diqitiz
VOYKLLKS.
eu (eb, e'u, el)
Nous n'avons qu'un exemple de eu remontant à e + b vocalisé : sébum, *sen, si. Ce traitement reste isolé. A La Péruse, cet eu a abouti à à- (.><<), comme les eu postérieurs. La diphtongue issue dV + / vocalisée est marquée par la graphie dans le verso du Car t. et dans le Censier : ckasteu (K. v. i/i), Marteus « Marteau » (C. 3/6), Pineu « Pineau » (C. 317), Ingteu « Inteau » (C. 6/15), Cbautorteus «Chaud-Tourteau » (C. 6/17), etc., où la diphtongue doit sans doute se lire -eu. C'est le premier terme de l'évolution. Il semble que le dernier soit inscrit dans l'acte de 1547, où un pré est désigné sous le nom de « pré des Basse: s (ou Basseaux) ». Le nom populaire était Bassets, le nom français aurait été Basseaux. Il s'agit donc bien de notre diphtongue eu. Or, pour que baseu ait pu être écrit Bassets, il est nécessaire que la diphtongue eût perdu dès lors son élément atone et pût se confondre avec la terminaison -et s, comme cela se fait aujourd'hui, tcitè rimant avec bâst « bassets ».
Quant au développement de la diphtongue, il n'est pas moins clair. Dans l'intérieur du mot, eu s'est, dans toute la région, change tu tï : medull a, *meulta, mà-l; vidctum, * venta, vtïl; bei.litatem, *lvutat, buta; eccu-illum + un nom*/™, hr; de-illum + un nom Jeu (C. 14, etc.), dà' ; peducclum, *peuyl, pi-l.
A la finale, nous rencontrons, en remontant la vallée : t' jusqu'à Chalais, e de la jusqu'à Kieul, puis <r, àœ ou du : fit le, ctlte, tfàld', lxt'l!<ru. eâte est une modification de dte, comme (àUr est une simplification de tfàttht. Il ne reste donc que deux formes a expliquer : ai le et tiatau. Elles sont ducs toutes les deux à ce fait, que l'élément atone des diphtongues est tombé de bonne heure dans la partie inférieure de la vallée, et qu'il s'est maintenu sur le plateau. Les deux voyelles t! et 11, demeurant longtemps en contact, ont pu s'influencer mutuellement. LV a attiré Vu et l'a transformé en voyelle antérieure, u (Cf. u et u, fig. 29 et 33, 30 et 34, 28 et 32); puis Vu a provoqué une fermeture prématurée des lèvres, et IV s'est trouvé naturellement changé en à- (cf. cr' et e1, fig. 29 et 30).
Le même développement s'est produit à l'intérieur du mot où le second élément de la diphtongue ne pouvait pas tomber, avec cette dirlérence toutefois que Vu a dû s'arrêter a œ sans pousser jusqu'à u. On a doncdû avoir bellitatem, *Wœta, hhrtà (Roumazières), bâtû. Un indice que Vu n'a pas dû passer par », c'est que Vu a dans la même position la tendance de se changer en œ : nu pk « nu-pieds » est devenu turpie. Du reste, nous verrons dans le paragraphe suivant que, loin de
revenir en arrière, ue est, comme il faut s'y attendre, passe à we (jtùxvo « neuve ».
ou (6), oui (ô +y).
Cette diphtongue est écrite dans nos textes du moyen-âge, soit par u : Verhil « Verteuil » (K. r. 10/1 a. f., avant 1 1 36) ; de campo deu Brulh (C. s. t. 10/16), soit par 0 : terra de Trol « Treuil » (K. v. 1/34); /. Marrolh « Mareuil » (C. 3/32), de podio Marroilh (C. 4/7, etc.); Nioil^ «Nieul » (Ch. de Saint-Florent, 108 1); soit par oe, ei : gurgitem de negaboe, neca bovem (C. s1 t. 2/6), in domo deu Poi « Le Puy » (K. v. 1/6), Pot regali « Puyréaux »(K. v. 2/9). L'oi se retrouve encore au xv« siècle, dans les Aveux de Château-Renaud : « poix du cymetire Saint-Graoulx », «poix naimar», 1465 (Arch. nat., p. 513, 1" vol.).
Ou recueille, dans les surcharges du Censier : Pebareu « Puybarraud » (G. s. t. 3/2); et, plus près de nous : Le Breuii, 1418; Vertueill, 1470 (Arch. de Ch.-Ren., Arcb. nat., p. 513, y vol.), et Pubarounntau (Reg. de la paroisse, 19 août 1681).
Cette diphtongue se confond dans l'intérieur des mots avec eu; nêv nova m, ftrl voua avec btPtâ, nuH ; brce[ « breuil », lrœ{ « treuil », ct[ « œil », avec pé[ « pou ». Mais elle s'en distingue à la finale : ovum, à; kovum, nâ; *bovum (différent de novem no), bti.
Suivie d'un y : noctkm, nàe; ¥OCV\i,/âe ; locum, lue, dans pàlut « pas un lieu », bnlue « Bcaulieu » ; k>dium, pue, le m'en dà- pài a le Maine du Puy » (G1)-
A Saint-Claud et au-dessus, la réduction de 1'/ finale à y a fait passer oct'LUM, BROiLUM, etc., dans la classe de noctem, podium, etc. : ûè, brut.
La forme h « œuf », tu) « neuf », est commune à toute la vallée, depuis Bayers jusqu'à Suaux, Genouillac, Roumazières, où elle confine au domaine de you, nùu (Puybarraud, Chabanais, Montcmbœuf, Montbron, Kougnac, etc.). Le domaine de nai> « neuve » s'étend moins loin : il s'arrête aux Carmagnats (hameau de Saint-Claud), où nous rencontrons irivhv; plus haut, à Roumazières, nous avons la forme correspondante à y('**, ndtivfi. Le territoire de fùe «feu », lue <■ lieu », auxquels il faudrait ajouter *jàe « jeu », s'il s'était conservé, est encore plus restreint. Limité du côté de l'Ouest à Ventouse, il n'atteint pas non plus les Carmagnats, où nous trouvons fyô « feu », dyiiô « jeu » (Roumazières).
Ces formes suffisent a nous renseigner sur les principales phases de l'évolution. Les plus archaïques, byou, non, nous présentent iô. Le féminin nùthv a subi l'influence du masculin. Or, /'<> est pour un plus ancien uo,
VOYELLES
comme le montrent Mao et 1 c féminin mtâvO des Carmagnats, Nieul, Suaux, etc. Du reste, la transformation de Vu + voy. en « est une loi à Roumazières (cf. nudam, *nudo, *nuo, nIO). Mais uo remonte sûrement à w, à partir duquel nous avons dans le haut et le bas de la vallée un double traitement.
nuo-ii nuo-va *nuo-u *tmt * nuo-va *nut-va
*nio-u *nue * nio-vo *nuc-vo *iiœœ-vé
nàu nà nàvo ttdè-vô turv
Quand elle a été suivie d'un y vocalisé, la diphtongue est devenue uei, et cela dans toute la région. Mais la encore une divergence se produit, qui nous donne la clé de la précédente. L'accent n'occupe plus partout la même place. Sur le plateau, nous avons u-ei; dans le bas de la vallée, u-ei : noctem m)l (Saint-Claud) ; nûè (Les Carmagnats, La Sarcellcrie, Manot, etc.), nwe (Chasseneuil, La Rochefoucauld, etc.).
C'est donc l'accent qui, agissant différemment sur ito et yo, a, d'un côté, conservé Vo et fait évoluer rapidement Vu vers /; et, de l'autre, amené la transformation de IV en e, puis son élimination progressive.
L'addition du y n'a eu d'autre effet que de retarder la chute de la partie atone de la diphtongue. Comparez nâ « neuf » et n$ê « nuit », bà « bœuf » et pàt « puy » (G1). Le Censier distingue déjà les deux cas : negaboe et poi.
On ne trouve plus de traces de la partie atone de la diphtongue, non suivie d'un y. Et le seul indice que nous ayons de l'affaiblissement de cet élément se rencontre dans un mot, remontant à u-ei, mais employé comme atone : Pubarounneau (1681). Pu- aujourd'hui pâ- (pu bûre « Puy Barraud, pùcetï « Puychétif ») est la forme tonique (cf. pœraju « Puyrajoux » qui est le forme atone). Or la forme tonique pleine est put; elle est devenue pù par suite de son emploi à l'atone. Mais si Vê final n'avait pas été fort affaibli, quand la soudure des deux mots s'est opérée, il ne serait pas tombé. Or sa chute, dans cette situation, commencée sans doute depuis longtemps, était un fait accompli en 168 £ .
Quand elle n'était pas finale, la diphtongue a suivi une voie qui l'a conduite à et.
Il nous faut partir de la forme ut qui, par l'action réciproque des deux voyelles l'une sur l'autre, est devenue œœ. Pour amener ce résultat, il a
suffi que les lèvres, fermées pour u, ne se soient pas assez ouvertes pendant l'émission de la seconde voyelle, qui est ainsi devenue ce, et que, par trop de prévoyance, l'ouverture des lèvres nécessaire pour œ se soit produite pendant l'émission de l'«, qui, à son tour, s'est ainsi changé en <e. Aux Carmagnats, cette assimilation ne s'est pas produite (ptmw). A Saint- Claud, elle a été limitée au cas où IV n'a pas été suivi d'un y vocalisé (tuh, mais kiih « caisse »). A Cellefrouin, le y a été sans influence (tuh, hh); il était sans doute tombé au moment où l'assimilation de IV s'est produite.
Dans le bas de la vallée, à partir de Ventouse, l'ô suivi de c ou de y a abouti à d- : coctum kv, nocten mi, àmr « aujourd'ui », focum f<r, joci'M jd. Au delà, dans les Pays-Bas, 6 -f v a eu le même sort « bœuf » bovem bœ, novem, novum tt<r, ovum â\ Un mot à Cellefrouin présente ce traitement, c'est coctum ki\ mais ici, l'influence du féminin kit est évidente; elle s'est exercée de même à Saint-Claud où, au lieu de kût (cf. mu), on dit kîï? sur le modèle du féminin kûve.
Comment expliquer la divergence qui existe ainsi entre la partie moyenne et la partie basse de la vallée, divergence que nous avons déjà signalée pour ai et au : d'un côté, traitement fondé sur l'accentuation de la première voyelle; de l'autre, traitement fondé sur l'accentuation de la seconde; ici, une seule évolution, commune a la diphtongue intérieure et la finale; la, deux évolutions, l'une propre a la diphtongue intérieure, l'autre à la finale? Poser la question, c'est, semble-t-il, la résoudre. Dans le bas de la vallée, les diphtongues ont accompli leur évolution quand elles étaient encore couvertes par les consonnes finales. Nous avons déjà constaté que, dans la partie occidentale de notre domaine, des consonnes finales vivent encore. Il n'est donc pas étonnant que certaines, tombées aujourd'hui, se soient maintenues à Ventouse plus longtemps qu'à Cellefrouin, et que, tandis qu'on écrivait à l'occident noef, nuef, buef, luec,fwc, pues (Gôrlich), cf. poix ci-dessus, on avait raison d'écrire à Cellefrouin boe, poi. La même explication vaudrait pour mais et teèvaus. La diphtongue aurait pris la direction de et de <1 avant la chute de IV. Les formes de Cellefrouin ye « j'ai » -ri' « futur -rai » seraient des formes préconsonnantiques dues à la syntaxe. Mais ici se présente une difficulté. Pourquoi couteaus aurait-il été traité autrement? La chute de IV a dû se produire en même temps. Oui, mais le développement de eu a pu être en retard sur celui de au, et sûrement il l'a été (cf. p. 300). Ajoutons qu'on ne peut pas songer à une évolution secondaire, comme il s'en annonce une au nord (teevâ, Abzac), car rien dans le patois, au moins pour ttuî maois, ne la fait supposer.
Digitizec
VOYELLES
ie (è) et ici (e + y).
Les graphies les plus anciennes ne contiennent pas de traces de la diphtongaison de l'È latin. La forme ier apparaît pour la première fois dans le verso du Cartulairt (première moitié du xu* siècle) Taschïr (1/26). Mais elle devient commune dans le Censier: Jobantus Cormenier (1/12); P. Cbavaliers (2/1, etc.) ; P. Forestier (2/32) cf. lo foresters (K* r. 9/3); Nicolaus Barbier (3/18); G. deu Nogier (3/28); /. Goutiers (3/37); G. Ribiers (9/49); P. Prunier (5/27), etc. Le Censier traduit toujours en latin •ier par -erium : G. Riberii (7/19); St. Fornerii (9/1).
Le féminin du suffixe -eria, qui contient un y, est régulièrement -ieira : LasSablieyra (10/16,17), Pradelieyres (5/24). Mais on trouve plutôt soit -iera, soit -eira : Pradeliera (4/21), Boubiera (10/10), peiriera (s. 20/17), Boubeyra (s. t. 10/5). — La Cerieysa (8/37).
Les diphtongues ie et iei donnent, à l'intérieur du mot, yt à la finale; à partir du Pays-Bas jusqu'aux Carmagnats, fc(G'); au dessus, yi (traitement analogue à celui de ue et de uo). Nous avons, en conséquence :
SEX HOMINES, Syt\ *» ; DECEM FEMINAS, d'il fàn ; 1LLAM-HEDERAM, ptr;
petram, pyir\ pràd&r, bûbycr, sèryt\ \ — decem final, dte ; lectum, fie ; pedem, pie ; ?EKVM,fte (G')- LV atone est tombé depuis la génération de ma mère, comme nous le dirons plus loin.
Pour des raisons spéciales, tepidam a donné tyid (influence des formes du pluriel); ebulum, tbl (vocalisation du b, p. 204); pectora, *pieire, plr (l'J est dû à l'influence du pluriel).
ieu (i latin + l)
Cette triphtongue s'est régulièrement réduite à yœ : vetulum, * veclum, *vieu, vyœ; melius, * miels, *mieus, myà.
iu et ieu (iv).
Cette diphtongue, n'existant qu'à la finale, s'est réduite naturellement à ï : podium captivum, Podio Cbaytieu(C. 3/1,7/31), Cheyliu{Q. s. t. 7/5), pAàtl.
On avait aussi au moyen-âge, -ieu, de -île : fornieu (C. 7/25). Mais le mot a disparu.
L'élément atone n'était pas encore tombé dans l'écriture et, il est a croire aussi, dans la prononciation.au milieu du x\T siècle : Clximps Chestieux et Champ Chetieu (acte de 1547).
ea, eâ.
Ve en hiatus s'est consonnifîé en y : vident, vehén (K*) vyâ. La rivière que nous appelons aujourd'hui bàdyà « Bandiat » s'écrivait Bandeat en 1479 (Sent. deFoff. (FAng.) A Salles d'Angles, -éi, -ellum, est en train de de passer, dans la langue des vieillards, hyâ. M. Marbœuf, à qui -ià est familier, s'oublie à prononcer yh (jietrià « hachereau » et âetryà). Il est cité avec un autre vieillard pour l'étrangeté de cette forme démodée. Il semble donc que ea soit passé, dans un espace de temps très court, iya.
ttu (ul).
Cette diphtongue s'est transformée enyô pullicella, *puutsella, pyàsil; pullicem, *puud^e, pyo%.
§ a. — Evolution des voyelles simples.
L'organe de la parole est un merveilleux instrument, et il n'a pas de plus belles notes que les voyelles. Aussi n'est-il pas étonnant que, pour les reproduire dans toute leur pureté, il exige un exécutant habile. Ce n'est pas, en effet, en un seul point que la pression doit s'exercer, mais en trois, et cette pression elle-même doit être mesurée avec rigueur. Les lèvres, la langue, le voile du palais ont des positions fixes à garder, et avec une tension déterminée. Le moindre excès, comme le moindre défaut dénaturent le son. Rien donc ne parait être plus mobile que les voyelles, et l'on s'attendrait à leur voir subir des modifications capricieuses, entièrement soumises aux actions individuelles. Il n'en est rien pourtant. Les évolutions vocaliques sont fixes et se produisent toutes dans des directions que nous pouvons aussi bien prévoir d'avance que reconnaître une fois accomplies.
Leurs étapes, en effet, sont marquées.
lois générales de l'évolution
Les voyelles antérieures, si la langue tend à suivre un mouvement ascensionnel qui la rapproche du palais (fig. 27, 29 et 30), deviennent de plus en plus aiguës, àt i, i, i, i, avec les intermédiaires parfaitement saisissables ây i. Ces mômes voyelles, si, la langue gardant ses positions respectives, les lèvres viennent à se fermer, se transforment en labiales, a et e en <r, 1 en m (fig. 29, 30 «31). Les voyelles postérieures, par un mouve-
VOYELLES. 269
ment combiné de la langue et des lèvres (fig. 33, 34 et 35), descendent l'échelle à, ây à, à, tî, ti, ù ; et, si le point de rétrécissement du tube vocal est rapporté en avant, elles deviennent antérieures et se changent en œ ou en m (fig. 33 et 29, 34 et 30), dont le timbre particulier est déterminé par une modification concommitante dans le mouvement des lèvres (fig. 3 5 et 31). Enfin, les voyelles antérieures labiales, si les lèvres se resserrent en même temps que la langue s'élève (fig. 29, 30 et 31), suivront la gradation, à, à, ri, ».
Le mouvement inverse est, dans certains cas, tout aussi fréquent que celui-là; dans d'autres, il est plus rare; dans quelques-uns, il paraît sans exemples. La série », é,ê, a est commune, surtout sous l'influence d'une articulation voisine. Nous avoas aussi le changement de u en 0, de à en à, de u en ce . Mais je ne connais pas le passage de œ à a ou e, de u à u.
De plus, un mouvement commencé dans un sens peut être retourné en sens inverse; et la voyelle, après avoir opéré un circuit, revient ainsi à son point de départ. C'est ce qui est arrivé en plusieurs endroits à Ta brin parvenu à é; il a, dans certaines conditions, rebroussé chemin et est devenu a, par exemple dans cocciacum « fr. Cossé, kôsà (Patois de Montjean, Mayenne. — Rev. des patois g. r., I, 173).
Enfin, il peut y avoir détente des organes et ouverture du tube vocal. Alors apparaissent les voyelles moyennes sortant des voyelles fermées. L'â devient a, Yée, IV 1, Yà 0, lu «, 1 « «, Yé a.
Mais ce n'est pas seulement Yœ qui descend à œ. Toutes les autres voyelles viennent y aboutir, quand, la langue détendue, les lèvres fermées sans effort, elles ne rendent plus qu'un léger murmure, dernier soupir qui précède leur mort.
Ce n'est pas tout- Une voyelle peut devenir nasale ou perdre sa nasalité, c'est-à-dire qu'elle a acquis des vibrations nasales ou perdu celles qu'elle possédait déjà. Elle les acquiert sous l'influence de deux causes ou par l'action d'une consonne nasale subséquente dont les vibrations nasales, produites par un abaissement prématuré du voile du palais, se mêlent aux vibrations laryngiennes, ou seulement à la finale par l'ouverture également prématurée des fosses nasales pour la respiration (V. fig. 45). Cette dernière cause, si puissante dans le Nord où Paris se dit pàrt, est sans effet A Cellefrouin. La dénasalisation est due ù une cause inverse.
Telles sont les voies qui s'ouvrent devant les voyelles. Elles y sont quelquefois poussées par des articulations voisines auxquelles elles s'assimilent.
« D'Arbois de Jub. Noms de lieux, p. 220.
D'autres fois, elles obéissent à des lois générales organiques ou rythmiques auxquelles vient s'ajouter la force de l'analogie.
En ne tenant compte que des faits qui m'ont été transmis par M"" V. de Mouillac, ou que j'ai recueillis directement auprès des vieillards, j'ai pu constater que, depuis la fin du siècle dernier jusqu'à nous, des voyelles, qui étaient d'abord ouvertes et tendues, sont devenues fermées en demeurant tendues, enfin moyennes et relâchées.
Ce fait, nous le verrons, n'est pas particulier à notre époque. Mais une circonstance spéciale l'a mis en relief. C'est le brusque changement qui s'est fait vers le milieu de ce siècle dans le ton général de la conversation. Les générations antérieures, plus énergiques et plus fortes, plus habituées au plein air et à la vie en commun, s'exprimaient avec une vigueur qui m'a toujours paru un peu sauvage : elles ne parlaient que la bouche largement ouverte, elles bûchaient. Aussi la conversation des vieillards a toujours été pour moi une souffrance. Depuis, le ton a baissé, les syllabes se sont abrégées, la bouche s'ouvre comme à regret.
Cette tendance à moins ouvrir la bouche et à diminuer la tension organique se trouve ailleurs. A Aramon, dans le Gard, la résistance à ce défaut a pris corps dans un précepte grammatical : pér bim pdrlà, dit-on, fb bim bàdâ « Pour bien parler, il faut bien béer ». Un de mes amis l'a aussi observé en Bourgogne. Une vieille femme même, de Pernand, près de Beau ne, lui faisait remarquer que la différence entre le parler des vieux et celui des jeunes vient de ce que ces derniers « ont perdu l'habitude d'ouvrir la bouche vigoureusement ».
Mais, à côté des causes organiques, nous devons nous hâter de signaler celles qui dépendent du rythme. Nous avons constaté, dans notre première partie, que des syllabes qui se suivent et qui sont intentionnellement identiques, se modifient d'après un rythme spécial qui a pour effet d'abréger les atones. En conséquence, nous devons nous attendre à voir les syllabes faibles subir l'action destructive des syllabes intenses.
Ces syllabes intenses ont été, lors de la chute des atones latines, la syllabe tonique.
Depuis, tout en conservant l'accent d'acuité, la tonique latine a perdu l'accent d'intensité au profit de la flexion atone du pluriel dans les noms, de la tonique finale au commencement des composés, de l'accent oratoire dans la phrase. Ainsi l'accent d'intensité est passé d'apfcula sur apiculQs (un àbël, cU lâ% àbè#) ; eâ et U « chez eux » , réunis en un seul groupe, sont devenus càfl, où câ est atone; per et nù)r ont tous deux une accentuation différente dans la phrase suivante : hfn srô nf lpèr\\nf là nu)r « ce ne sera ni le père ni la mère ».
Dig,ti?oob£^gy|
VOYELLES
La portée de ce fait a été considérable ; aussi, est-il nécessaire d'i sur ce déplacement de l'accent d'intensité.
Il est hors de doute dans le haut de la vallée, où la voyelle tonique se présente sous deux formes, suivant qu'elle est ou non suivie de VI de flexion. On dit à Roumazières, par exemple :
nô Ûblo « une table » dé & tùbÛ « des tables »
— Hlo « abeille » — bl$ a abeilles »
Mto, quik « même » kite, quitcs « mêmes »
Ôml « homme » ômi « hommes »
sàlô « seule » sù& « seules »
La même alternance existe jusqu'à Chalais. Seulement, à partir de Nieul, Y A remplace Yi à la tonique : Un tAbl, de IA tablé (Saint-Claud).
Des qu'on met le pied sur la commune de Cellefrouin, on ne trouve qu'une seule forme, qui est celle du pluriel.
Mb{ tablé
âbtl ûbili
kit hîti
6m ômi
sùl sûU
Mais ce fait même nous révèle l'action d'une nouvelle loi, celle de l'analogie. Les formes tâb[t àbil, etc., sont empruntées aux pluriels tablé, âbflj, etc. Ce qui le prouve, c'est que la loi qui a produit les doubles formes à Saint-Claud et à Roumazières continue à agir à Cellefrouin. J'ai eu le plaisir de la découvrir dans le parler d'un vieillard de 95 ans (L«) aux Forges, et de M-c V. de Mouillac, en recueillant de leur bouche les formes archaïques àbil (L.), résévrÇF3), remplacées depuis eux paraA*/, rèsdv; de même sib cœpam devient au pluriel abét fH fissa,
Une nouvelle preuve, c'est que dans les mots où le pluriel était hors d'usage ou d'un emploi restreint, les voyelles toniques sont restées longues et fermées : là eèm dl là mAr « la chaume de la Mare », là nA\ dà M « la narine du bœuf», ûn àyît a une agnelle », etc.
Enfin nous avons même la contre-épreuve : il y a un cas où, à Cellefrouin, c'est la forme du singulier qui a imposé son accent au pluriel. Alors la voyelle a gardé au pluriel la qualité qu'elle avait au singulier. C'est à l'imparfait en -abam : l eâtAv « je chantais » et m» mAvà. Saint- Claud est resté fidèle à la loi rythmique et dit : ï câtAv et ttû tâtùvâ. A Champagne, Mouton, à Benest, etc., les verbes ont subi le même traitement que les noms : l câtav.
Pendant que l'atone -as -es prenait une force telle qu'elle affaiblissait ainsi la tonique elle-même, les finales, qui n'étaient pas protégées par une s finale, une consonne autre que / et r ou un t féminin, perdaient aussi de leur valeur et étaient réduites à la condition de voyelles moyennes et brèves : vadum, qÔ\ nudum, nû; -atum, -atem, -acum, -â; -itum, ï; -ettum, !; -OTTUM , ô; -umen , -û (frhit); -ANE, â; -INUM, i; -ONEM, «; -are, -à; -orem, -vr; -ôr, -ôr; -ère, -fr; -orium, -&r; -aculum, -àl;
-ICULUM, -il ; -OCULUM, -rfj.
Nous avons donc pour le singulier et le pluriel :
SINGUUER