PLURIEL
nû « nu »
nâ
eàtûr « chanteur »
tâtîtr
€â « chat »
sôr « soeur »
sor
iâ k sac o
sà
kàr « cuir »
pttl « petit »
ptti
èpèrûl « épouvantait »
tpbràl
vâli « valet »
vàlï
âbûnïl « nombril »
âbnml
sô « sot »
sô
fJtl « œil »
€imi « chemin »
têmî
mhfi « maison »
Cette différence phonétique est devenue ainsi, pour toute une catégorie de mots, une loi morphologique.
Là encore intervient l'analogie, et des mots comme nasum, passum, qui, en raison de l's de leur radical, ont droit à un à, l'ont-ils échangé au singulier contre un à : hrà, pà. Toutefois, comme pour nous conserver la raison de ce changement, nous avons nâ dans la locution toute faite tUà â pli nâ d ût (G 1 et G î) « bûcher à plein nez de tète » ; etpà dans l'emploi adverbial où il ne saurait être influencé par le pluriel : i n vo pà « je ne veux pas ».
Ces principes généraux une fois posés, il ne nous reste plus qu'à entrer dans le détail des transformations propres à chaque voyelle.
évolutions particulières
Nous n'avons pas à nous occuper des voyelles tombées dès l'époque romane. Elles sont, dans le patois de Cellefrouin, les mêmes que dans le français. La seule différence que nous rencontrerons, c'est la conservation de l'i posttonique dans les mots d'origine savante. Ils se réduisent aujourd'hui à deux noms communs : ôll *olium et smâtèri cameterium, qui sont battus en brèche par àl et smâtyèr; et à un nom de lieu qui seul est bien solide : si mûri sanctum marium. Angoulêrae aussi a eu des noms de cette sorte : Saint- Ausony « sanctum ausonium » (Corlieu, Pourtraicl de là
VOYF.LLES.
ville (TEngoulesme, 1575, reproduit dans la Stat. tnon. de la Charente, p. 242) et s. Aptony sasctum aptoxium (Slat. tnon., p. 87).
Comme les voyelles e et 0 nous fournissent la série la plus complète de transformations modernes, c'est par elles que nous commencerons. Nous continuerons ensuite para, ;', «, u, œ, r, /, et nous finirons par les nasales.
ÉVOLUTIONS DK t'e
Evolution dans la direction de l'i.
L'è, assez abondant dans les générations les plus anciennes, a presque entièrement disparu des générations nouvelles, remplacé par e et par l.
Il remonte à des sources diverses (ai, ei, es, e + r) et n'a pas, dans tous les mots, la même solidité. Mais sa force de résistance dépend moins de son origine que de sa situation.
Un e, que je n'ai trouvé que'dans la génération de 1792 (Les Forges, L1), c'est celui de la flexion nominale -as ou ivy. d'appui + s. Il est en train de se changer en e à Saint-Claud, tout en continuant à vivre dans les hameaux (nôtre, L1 181 9; nôtre, L1 1841; nôtre, L' 1878; mais kàtr àsyltè « quatre assiettes », Chalais, 1887).
Chez Mroe V. de Mouillac et chez ma mère (1822), Vè existe : i° aux premières personnes des verbes y e « j'ai », I se « je sais », I vè « je vais » et à tous les futurs, -re u -rai » ; 2° aux deuxièmes personnes du pluriel des verbes -} -etis, étendues analogiquement à tous les temps et à toutes les conjugaisons (yi càtc « vous chantez , etc. ») ; 30 aux infinitifs en -ètr (-s're ou sc're) : elr « être », netr « naître », rkunetr « reconnaître »; dans le substantif nàtr « maître », et les adjectifs mfyr « maigre », %r « aigre » ; 40 à certaines atones où il a été maintenu par des formes toniques ou autrement : <V/ « était », ple^u « plu », nèkû « né », àgrîsâ a engraisser », s âçresïn « s'engraisille' » (s'engraisse), smâterï « cimetière », Ihi'tj « laitue », gèrtï « garou », Ihrit « glaiteron », mekrtdl « mercredi», felâ a fêler » ; 50 à la finale de certains noms qui n'ont pas pu être influencés par des formes atones, ire « trois »,fè « faix », fûre « forêt »,
1 Le patois a donc deux mots pour rendre engraisser : devenir gras se dit s dçrha; se couvrir ou se tacher de graisse, s dgrèsltja, que par une substitution de suffixe, on a francisé en s'engraissiller.
Koi-itttor. It
fine « genêt », (à I re « Chc/.-le-Roi », ve « vois! » (particule interactive); 6° à la tonique de mots (verbes, adverbes, noms) terminés autrefois par un i ou deux consonnes, et qui n'ont pu être ou n'ont pas été influencés par des formes plurielles : « eau », frèe « fraîche », pèl « poêle », cèn « chêne », tren « traîne » (poutre), (;ep et bel « guêpe », lès « caisse », ç/tj « graisse », i les « je laisse », bel « bête », nev « neige», — ver « voir », pl}r « plaire », sàver « savoir », 1er « quérir », grr « guère », êlrr « encore », fer « foire », ter « terre », (èr « chaise », peler1 « pcillier » (chiffonnier) (/*•/ + ator), kànlèr1 « cardeur », per v père », mer « mère », frer « frère », ïvh « hiver ».
LVest constant dans le suffixe 4 (*-<*«, -ellum), le suffixe -ycr (*-eria) et pour Pé du latin vulg. (<• et / classiques) + s : eàpe, cappellum ; càtùn'èr, *castani-eria; ve, viscum ; picem; d'esîidr , descendere; mèttljd, *minus-cambiare; lest, lixivium, et dans les noms pluriels : se, siccos; pie, plenos ; me, magides; ètrè, strictos; de, digitos; te, *tectos.
LV de Cellefrouin, dans le suffixe -ellum, remonte à un £ qui existait encore il n'y a certainement pis longtemps; car, s'il se modifie A Saint- Claud, il se conserve encore intact dans les hameaux (lïile « couteau » L' 1819, kuteL* 184 , kûtè Li 1878).
Le suffixe *-eria a déjà des ? dans le haut de la vallée, et nous verrons qu'il est aussi en avance sur les autres é au dessous de Cellefrouin.
Le domaine de 17 continue à s'étendre tous les jours aux dépens de Ye. Or, parmi les séries qui possèdent encore cette dernière voyelle dans le parler de ma mère, il y en a une qui forme la transition ; c'est la sixième, la dernière que j'ai signalée.
Pour amener le changement de Ve en e dans ces mots, il n'est pas besoin d'une cause bien puissante. Un simple déplacement de l'accent oratoire suffit. L't- ne peut se rencontrer que sous cet accent et dans une prononciation pleine et énergique.
Voici des exemples, recueillis au courant de la conversation, qui mettent cette condition en lumière : và ecà dl ei; (G1) « va chercher de l'eau » ; / tù krup'i dJè (Ci1) « l'eau croupit dedans » ; It mâd ni sâçlnl pà fer (G ') « le monde ne surent pas faire » ; « J pôdî li fêr fer ri (G *) « on
1 Ce mot ne s'emploie que dans l'expression sii kûm è ptljfr « saoul comme un pcillier ». || 2 Ce mot ne se trouve plus que dans le conte de YOie, h Chat et le Mouton.
VOYELLES
ne pouvait lui faire faire rien » ; 1 po pà û krer (G1) « je ne puis pas le croire » ; ... pr krïr kôkl (G ') « pour croire ceci ». Avec un ton doux et caressant, à tû fé ban fer (G ') « as-tu fait bonne foire ? ». Un jour, après avoir prononcé très nettement : ...A', ki sô frir é ii liïrdô « ...X, que son frère est a Bordeaux», nia mère s'est reprise comme si elle s'était trompée et a dit frir. Dans la réalité, pour ces mots, c'est IV qui est la voyelle voulue; IV est inconscient. Interrogée, ou si elle réfléchit, ma mère ne connaît que la forme avec i\ Elle venait de demander de / eç ; pour la tenter, je lui dis : « que demandes-tu ? » ; elle répond : di l ?c L'expérience, plusieurs fois renouvelée, a toujours eu le même résultat.
Ce n'est pas tout. LV, dans les finales en -er, peut descendre jusqu'il f. J'ai entendu dans un membre de phrase conclusif, où l'accent portait sur gôrrnâ : sii gormâ di fri» « ses gourmands de frères » ; dit avec attendrissement : mù p$r dfet mlr « ma pauvre défunte mère ». De même, fer « fer », ...seivfr â dir «... savoir à dire »; comme simple conclusion, / ràkôtri l pâr (G1) « je rencontrai le père ».
Vers 1835 (G' et G 1), tous les mots en -er sont pxssés .1 -er (pér, mer, frir, fer, ver, çer). LV devient encore plus instable dans les autres mots de la sixième classe. Mais il se maintient dans toutes les autres, sauf pour l'imparfait M devenu èù Q, -ri, etc. ; etr, etc. ; mh;r, megrtste « maigristain, petit maigre » ; pdf* « grand-père », niiimi « grand'mère »).
Vers 1846 (G5 et D.), IV, transformé dans tous les autres mots (re, fùre, kttnelr, meçr, etc.), ne vit plus que dans pipi; ultime et dans les verbes. Là, même, il est atteint a la deuxième personne du pluriel. Instable chez mon ancien camarade Doche (itf càîe, mais cùlchv... ki vi eâtïse a que vous chantassiez »), il est complètement perdu chez moi. De plus, j'ai poussé plus loin le changement qui se faisait déjà chez ma mère, et j'ai multiplié les i : pèi; mer, frir, etr, siïvèr, vôlér, et toutes les fois que IV répondait à un simple F. latin -f r. Mais je conserve ver « voir », krer « croire ». Enfin, les deuxièmes personnes du pluriel sont également tombées chez moi jusqu'à è : i-i râle.
En 1859 (Gs), le progrès de révolution se manifeste dans vèr « voir ». Mais les flexions verbales se sont maintenues comme chez M. Doche. LV est instable à la deuxième personne du pluriel : c;ete ver « regardez voir », bœrye vît ? « boiriez-vous ? », va suvue vit ? « vous en souvenez-vous? », vin Ôryè pà til mijâ « vous n'auriez pas tant mangé » ; il reste ferme à la première personne du singulier : y e, -ri; etc.
Mais vingt ans plus tard, vers 1878 (O et G'°), IV ne se rencontre plus que dans /vï/v, nui mi:
Le changement est aussi accompli chez les autres enfants, même dans
les hameaux : h iver « cet hiver»,
per, smïlyer, péf « pèche » (Les Lélots,
V. 1S73) ver « verre » (Cellefr., O 1877), <vj, nier, per, (Le Temple, BJ 1876), per, mer, Ivèr (Chez-Périchon 1877), smàtirï (Lélots, D1 1876).
L'évolution a été plus rapide dans le bas de la vallée.
L't1 ne se trouve que chez quelques vieillards : 1 m à 1$ « je m'en vais » (Valence, M. 1803), vté « vrai » (Bois-Bernardent, Mmt B.). Mais on rencontre déjà i;ép « guêpe », pél « poêle », pîr « père », âif-v « avezvous » (Mouton, D. 1807), et même br[ér « anse d'un pot », rïvylr « rivière » (Romfort, J 1 1S13, Ventouse, C» 1860), qui se disent encore A Cellefrouin, chez les plus jeunes enfants, avec un L
Au dessus, l'évolution poursuit lentement sa marche ascendante. Elle avait atteint Saint-Claud en 1878 Qg « eau », pùmé « pommes », tàpe « chapeau « (Ls.) Chasseneuil en 1883 (B1, tu tçàtï « tu chantes »; BJ, tu tçate).
Y.n dehors des cas que nous venons d'étudier, Te tonique latin (i, I et c* non diphtongue) et les diphtongues ai, ci -\- dentale, sont descendus jusqu'à c quand ils ont été suivis d'une syllabe plus intense, et quand ils se sont trouvés découverts à la finale, ou seulement suivis de L R : api-
tXI.AS, *<//v/(l ; BUT1CUI.AS, * biltt'l} ; S1TULAS, *SICLAS, AXILLAS, *lsél?;
*'I Kl.AS, * téle ; CAXDELAS, * fiUcti ; PLENAS, * pktà ; CENTENAS, *SJtént'; SICCAS, *.VV?J FISSAS, *JeSC ; NIGRAS, nègre; PREHENSAS, PRESAS , *pré$; SPISSAS,
epése; i-actas, *J'été; strictas, *étrélé; rigidas, *réde; frigidas, *fréde, etc., d'où les tonnes actuelles tâdéîé, pljnc, ffté, etc. (G1), et les singuliers bith{, sel, p/c, Jet, fred, etc. (Saint-Cl., btilel, sel, pljén, etc.), l'imparfait du subjonctif -i\< (mariés « mariât », drivés1 « arrivât »), dérivé de l'ancien parfait en c, qui est encore vivant à Saint-Claud, mais qui a péri â Cellefrouin1; me, me; TE, té; SE, se; QU1D, ké ; FENUM, fè; PLENUM, pic; llsem, lé (fait à point pour être mangé, en parlant des fruits); *alexum, aie; vimt, ré; rem, ré; septem, ■si; sitim, 5^; mittit, ml; iactum, je; tlctum, té; strictum, et ré ; digitum, dé; frigidum, frl, — * lactem , le; magidkm, mé; *soliculum, sulél (1- :i) ; sérum, sir ; et par analogie avec les autres singuliers, malgré l's étymologique : * presum, prl ; spissum, 'epe.
1 Je n'ai recueilli que ces deux mots. Le premier est de Marie Béchade et de son frère, le second de M. Maître, de Chez-Vérinaud. || 1 J'ai entendu, de la bouche de Jean Béchade, fàeërèl « fâchèrent », qu'il corrigea aussitôt en fae'trâ, et d'isérà « dirent ».
VOYELLES
Vè des?) « scie », nfj « noie » (Saint-Claud, séj, n'ej) paraît bien venir de *sïjâ, secare; *n?jâ, necare, affaiblis postérieurement en seja, itfja. (Cf. syf, seojuit, Bcncst; siegret *seql'Erk, coutume de Charroux.)
Ve a été sauvé dans binel benedicta, h; h'nil « eau bénite », vyH *vecla vetula, tirés *strictiat, drés directiat, parce qu'il n'a pas subi l'influence des formes atones.
Evolution dans la direction de /V.
Ul a été, A une époque antérieure, la forme de Te atone non suivi de s. Mais, aujourd'hui, celui-ci n'est plus représenté que par un <* : 'mixutialium, minutai « collection de choses menues, particulièrement de petits linges » ; plicare, pltjà ; necare, nija; levare, levà; *terr-ata, ttràd « terreau » ; *pertusare, pfrsà (G1); mk, te, se, ciun, qiem, atones, mi, tt, se, ki.
Les toniques latines elles-mêmes, déjà réduites à 1% sont descendues jusqu'à œ dans les noms devant les terminaisons du pluriel : dk[ « abeille », pl. âb&lè (Les Forges, L'); sfb « cive », pl. snlv- ffs « fesse », pl. fdsê ; Un « glane », pl. Urne ; Ijv « glèbe », pl. bric; nà;r « noir», pl. ndgré, etc. (G1)-
Dans certains mots, IV s'est même fixé au singulier : ahcl, fain « femme », fébl « faible », lav. Xous avons aussi, comme toniques, les formes verbales régulièrement atones : ï brv « je lève », / pbïj « je plie », risâir a recevoir ».
Une action analogique, sinon un emprunt, nous a de même dotés de soucllum; eàld l, caliculum.
LV, ainsi fixé à la tonique du singulier, devait se maintenir. Il n'en était pas de même de celui qui, au pluriel, était suivi d une terminaison intense. Celui-ci devait tomber et ne pouvait être qu'une ét.ipe transitoire où Vi ne ferait que passer avant de périr (cf. Chez-Chadiat, B. un bel « une abeille », pl. dê là Me et ble). C'est ce qui lui serait arrivé si, après une chute momentanée ou incomplète, il n'avait été remplacé par la voyelle du singulier.
Chute de lt à la tonique.
La chute de Vf n'est définitive que dans le proclitique kle « ces », qui a subi le même sort dans toute la région occidentale (Angoumois, Saintonge, Poitou).
Dans les substantifs, dont la place varie, et qui sont ainsi soumis à des influences rythmiques diverses, la chute de !'<• ne s'observe à Cellefrouin que si le mot est en quelque sorte proclitique. Ainsi, nous avons les doubles formes :
kd y àn ô kdt di>tfué « il y en a quatre douzaines » (G').
àfft kat dùyt'e d //(• « achète quatre douzaines d'œufs » (G1).
fb mît kd- xv â biitiïj « faut mettre ce vin en bouteilles » (G*).
...kâl butlj d xv « ...quatre bouteilles de vin » (G*).
ti m htx'â pa dyi btill} pàr jur « ils ne boivent pas dix bouteilles par jour » (G ').
n / àvâ th;tt di là punit d ll'r, d<: ht môji lti « nous y avons eu des
pommes de terre, des mongettes... » (G ').
A cette demande : k tt-tii fi d.vr? « qu as-tu fait ce soir? », ma mère a répondu : y e irj'sa d la môjftê « j'ai écossé des mongettes ». Mais : ...pr là môjt'e h? n nvil Mhiti « ...pour les mongettes que nous avons semées », / â trùà klè môjlï h't in- tu d mèm « tu as trouvé ces mongettes bonnes tout de même ».
A la fin d'un membre de phrase dont le sens est suspensif : ï juri mâ^ ôrlj, kl ht phrdr'i « je jouerais mes oreilles, que je les perdrais » (G1).
Dans les finalesexclamatives : ...là dvôsyu df sà drolse ! « les dévotions de ses drôlesses ! « (G1), </r<Vv / « drôlesscs! » (G8), u sJ tu nçrèl « ils sont tout noirs ! » (G ').
J'ai entendu de même au Temple : à n sô pà byhi cpà (B1) « elles ne sont pas bien épaisses », a Chavagnac : là^àblj (G.) « les abeilles ».
La chute de IV tonique est consciente a Chavagnac, a Saint-Claud, où la finale est plus intense. Mais elle est inconsciente à Cellefrouin. J'en ai fait l'expérience plusieurs fois avec ma mère, notamment en 1886 et en 1891. La première fois, étonné de la forme màjt'c, j'ai voulu, par mes interrogations, la lui faire répéter; elle m'a toujours répondu môjflé. Dernièrement encore, je lui ai demandé le nom du légume que je lui montrais; après une phrase où elle avait employé nnyti, elle m'a encore répondu : kïirf d là màjHè. Un jour, ma cousine, l'r. Neuville, venait de railler devant moi les gens de Chavagnac qui, suivant elle, disent dt là mïtjte, et elle se mit a crier a ses filles : d roi si • ! Je n'ai trouvé que son oncle J. B., qui a conscience de la forme xw!/, oviculas, laquelle je n'ai entendue ailleurs qu'en dehors de Cellefrouin.
Avec les générations nouvelles, le triomphe de la forme du singulier est complet. Il ne pouvait en être autrement, non que la phonétique
VOYELLES
dût forcement céder A l'analogie» (elle ne Ta point fait a Saint-Claud), mais parce que celle-ci devait trouver un surcroît de puissance dans l'affaiblissement graduel de la flexion du pluriel dont la chute était imminente.
Chute de /V post tonique.
A l'époque la plus ancienne que j'ai pu atteindre dans ma famille (F2 1808), nous avons cet c :
i° Dans les verbes, aux deuxièmes personnes du singulier : présent de l'indicatif et du subjonctif, te t\lté « tu chantes », fo ke tû <âté ; — imparfait, U nltnvé, ttdfv'ié « tu devais ht t dtfsé « fallait que tu allasses »; — parfait, tu àtjrc ; — conditionnel, teeâtriè.
2° Dans les noms et les pronoms : âè là bûne jàbé « des bonnes jambes », klé pi/ nié « ces pommes ».
30 Dans les deux diphtongues né et xé : ftté « feu », pâmé « panier ».
Tous ces c étaient encore bien vivants dans le parler de Mme V. de Mouillac. Un seul m'inspirait des doutes ; c'était celui delà deuxième personne du parfait, non qu'il manquât de netteté, mais parce qu'il m'est complètement étranger. Je proposai la forme qui m'est familière : tû è<;i. Mais je m'attirai cette correction : tû ?m ! vie kô n e pà à môtyl dî, kokl ! « tû ?<;!.' mais ce n'est pas a moitié dit, ceci ! ».
Ils commencent à s'ébranler chez ma mère, et souvent ils manquent au présent et A l'imparfait : tû ait « tu chantes », fô k tû 3j, ...k tû ait « il faut que tu ailles, ...que tu chantes », tû anàv « tu allais », tû kbsàv « tu causais », Joli k tû fis « fallais que tu fisses ». Interrogée, elle ne dira pas autrement.
Aussi, les formes avec c m'ont-elles surpris et en ai-je noté un certain nombre, entre autres :
st Anàvc « si tu allais », ât /<> râvCiye kfî fiVtyràfî? « où envoies-tu cette photographie », fo k t tlji; ;<V « faut que tu ailles voir », kd fûdri k létyUl « il faudrait que tu allasses ».
Mais ce qui me surprit bien davantage, ce fut la deuxième personne du parfait. J'ai, A cet égard, des notes de 1879, de 1886, de 1887 et de 1890.
' Dans les verbes, l'analogie n'a eu aucune action. Les formes toniques esbrel, * ex-acricui at « fatigue les oreilles ou coupe les oreilles », àsfl, Aix.Ki.AT « tient à l'abri, protège contre la pluie », n'ont point maintenu ou rappelé IV aux formes atones horhi, àsla (inf.). Bien plus, isoril a suivi l'infinitif A Saint-Claud : tu m hor[ !
28o LES MODIFICATIONS PHONÉTIQUES DU LANGAGE.
Elles sont concordantes. Du reste, ce point est d'une observation facile. Je n'ai eu qu'a demander A ma mère de me raconter quelque trait relatif à mon enfance.
Voici les variantes que j'ai entendues dans un de ces récits :
tû t 3n ttàvé à Riemô, e t âtfrï à Lûksë. tHk tu jirlâ Lùksl t Qglrt..., tû t depeâr il pâril.... tû n tntir} pà...t ta k tu firl' àptlht, t âetir tô càpe..., tûrcltrlrdpli smhih. tû èkrlvïr itpre..., tu mi kkrivl dt dmàdà... o Tu t'en allais A Richement, et tu allas A Luxé. Tant que (quand) tu fus A Luxé, tu allas..., tu te dépéchas A partir... Tu ne trouvas pas... Tant que tu fus [A] Angoulème, tu achetas ton chapeau... Tu rentras au Petit- Séminaire. Tu écrivis après... Tu nous écrivis de demander... »
Ainsi, nous avons cinq formes différentes : ire, ]ri, irt, ïr, t. La dernière, la plus rare, m'était seule connue.
Les personnes en te sont plus vivantes. Ma mère m'a traduit, sans hésiter : tu sèrtï byh cmabl, si lu fûsyê kôkl « tu serais bien aimable, si tu faisais ceci ». Autres exemples recueillis au cours de la conversation : / àvii « tu avais », k e kô k t âify là ? « qu'est-ce que tu avais tant ? », terié (à X, t hté eà Y, tû n <V)y rt « tu irais chez X, tu irais chez Y, tu n'aurais rien », tû pûryè jer ki « tu pourrais faire ça », làvyï lesà « tu avais laissé».
Mais, devant une voyelle, ie semble toujours réduit A î : si tû ml l âvt âçûd dûnàd... « si tu me l'avais eue donnée », si tû àvt âç/ï dl kt kô tt jôlt là p?l « si tu avais dit qu'il te fallait la peille (torchon) », sï tû t ht ûgù ml à là tâb[ o si tu t'étais eu mis A la table ».
Dans les noms, 'te, àe, ont la finale abrégée, mais toujours subsistante : pàiiît, ànïtt.
La flexion du pluriel parait encore pleine de vie. Elle affecte non-seulement les noms qui y ont droit par l'étymologie, mais encore lu môdi (monde, ici syn. de personne), les noms empruntés au français et terminés par une continue : shïft « chefs », nSrfe « nerfs », et des composés syntactiques considérés comme adjectifs : « sô àptni a ils sont en peine ». Mais ce pluriel hésite déjA entre ? et i, et il tombe quelquefois A la finale et devant des voyelles :
ï IA^ e kitàdè kl « je les ai quittées ici », dt là sarditit jree « des sardines fraîches », ...dye livr <î du jiïr « ...dix livres en deux jours ».
Ces conditions ne sont déjà plus nécessaires en 1832 (G1) : klè ptr sô byl màdûrt « ces poires sont bien mûres».
En 1837 (G4), l'atone des verbes est tombée complètement : lu tât, tû €iltâv, tû tû sr't, l Av'i. Il ne reste que celles des noms : prmt « prunier », quelquefois même p'it « pied », btië « bœufs », çrblê « corbeaux », kïï fâvi sd hïti psadi « ces fèves sont toutes gaissées (tallées).
VOYELLRS.
Chez M. V. de Mouillac (1839), le mouvement s'est continué régulièrement. LV est tombé dans /<•, tu : prthiî, ftt. Mais il se maintient encore dans les flexions du pluriel : kl'e perè ou klï /*Y, sot ih tnàdûre.
Chez moi (1846), IV de flexion est encore plus réduit au moins quant à son emploi. Il est facultatif au milieu des groupes, mais il a disparu à la fin. Je dirai klï pèr ou klï p?ré sô inàdàr « ces poires sont mûres ». 11 n'en reste plus rien chez ma sœur Marie-Louise (1850), klï pfr sôt H màdâr? 0 ces poires sont-elles mures? ».
Les diphtongues u, fie, paraissent moins réduites chez moi que chez M. de Mouillac. Il résulte d'une comparaison, faite en famille, de nos deux prononciations, que M. de M. fait entendre un i et un u bien nets, et que, moi, je les fais suivre d'un petit Je dois dire que ç'a été l'avis général, et que je n'en ai nullement conscience. Je n'en ai pas alors cherché plus long, pensant qu'il restait chez moi quelque chose de la diphtongue. Cependant une observation analogue faite sur ma prononciation de l'ancienne diphtongue m, réduite a c depuis longtemps, aurait dû me donner à réfléchir. Je prononcerais, d'après les mêmes témoins, tâp&y comme ptïnh, ftu. Je crois que la chute de l'atone est complète chez moi aussi, et que l'impression contraire qu'on éprouve vient de la façon dont je prononce les voyelles finales. Ainsi VI de c sfr k y àtt (p. 127) accuse une différence considérable entre l'acuité du début et celle de la fin, de 840 vibrations à 640; de même, Vtî (p. 126) a eu de 560 à 480 vibrations, 1« (p. 127) de 720 a 640, 1 0 (p. 130) de 768 a 680 (je donne le nombre répondant A la hauteur réelle du son.) Les voyelles moyennes qui se prolongent sont dans le même cas : cf. àtû (p. 107 et 126) dont l'« a duré 0,14 de seconde, autant que certaines longues, et qui a eu 560, 580, puis 560 vibrations. C'est ce changement d'acuité, se produisant au moment où la bouche se ferme, qui fait naître l'impression d'une diphtongue dont le second élément serait un y ou un 1.
Les indigènes qui sont nés dans le bourg de Cellefrouin et qui ne l'ont pas quitté, témoignent d'une évolution à peu près identique.
M. Gcneix(i83)) rappelle J. Béchade. M. F. Doche (1847) est à peu près à la môme étape que moi. Pour donner une idée de l'indécision qui règne dans le parler de ce dernier sur ce point, je transcris tous les noms pluriels que j'ai saisis au vol dans une conversation : tùmàt « tomates », fie? « pèches », <;rdsf « grosses », j'on « jaune », àbr « arbres », ptitnt « pommes », mtjâd « mangées », sltritl « citrouilles », piinu r?c/<W « prunes reine-Claude r>,prnn d âfe « prunes d'Agen », brôeë « branches », f&ljt « feuilles », vtirmt « vers », sddr « saules », là menu làg « les mêmes langues ». Klï pin sot H ntàdùr ?
Enfin, M. Gradin (1861) n'a conserve, comme ma sœur, IV de flexion dans aucun cas.
Il y a donc plus de 30 ans que IV atone a péri a Cellefrouin, au moins dans les sujets qui sont nés de parents indigènes et qui ont fréquenté l'école. Mais je dois dire qu'il en a été autrement chez les sujets illettrés, ou moins mêlés à la vie du bourg.
Cette différence est notable chez Marie Béclude (1831) et ses enfants. Marie garde encore les flexions verbales : lu sttjè « tu serais », tû eîllhve Ifyè « tu chantais bien », / <"< >/<• « tu allas », /;/ ! dite pa la krâvài « tu l'avais pas ta cravate ».Sa fille (1859) les a perdues (//< {fit, fâlàv, àç,l, sr'i, (1/, etc.), ainsi que l'atone de ie, ùe (finit, fit); mais elle conserve les flexions nominales : hi i-wcye sot êl eta mirait ? « tes oueilles ont-elles été méchantes ? ». L'aînée de ses petites-filles (1S78), sans doute sous l'influence de son père, fait revivre IV de /V, tu : fin'iK JiV; elle maintient même en partie les désinences du pluriel : kit' min « ces mouches », Ht soi rte ? « où sont-elles ? » a sô ktlnde, triade « elles sont battues, triées » ; mais v t litt-a mà uv'y « j'ai touché mes oueilles ». La plus jeune (1880) a une tendance prononcée de faire tomber W des diphtongues et IV de flexion : ptr't A côté de /vi/i/7, noire môjit « nos mongettes ».
Les deux petites filles de Marie Béchade, élevées Chez-le-Royal et Chez-Casternaud, représentent l'état de l'évolution aux environs du bourg de Cellefrouin.
Aux Lélots, la flexion nominale, instable en 1873 (V'), est a peu près complètement tombée en 1880 (V2). Les enfants Debard sont en retard sur ce point comme sur la réduction de 17. Le plus jeune (1876) dit : nôte triyt n àvii paéta jôliv, ou noie triy... joInï « nos treilles n'ont pas été jolies ».
Au dessus de Cellefrouin, révolution a été plus tardive encore. LV de flexion était encore solide au Temple en 1876, a Chevagnac eti 1880. Il est tombé a Lascoux entre 1878 (R.) et 18S2 (L* 5, M.). LV de la diphtongue te était déjà tombé en 1878 (R.).
A Chalais, la diphtongue ie s'est réduite entre 1867 (P-) et 1887 (P?): [xin't, suit, etc. Mais la flexion nominale n'a pas encore été ébranlée : tuô^te « mongettes » (Le 1 est enfantin).
A Saint-Claud, la famille Bourgeate nous fournit les dates suivantes : Les diphtongues ie, tu sont simplifiées en 1874(3+). La flexion nominale, diminuée, mais encore de règle en 1867 (BJ) et en 1869 (B>), tombe à la fin des phrases à partir de 1874 (B> et Bî) : hîï phrt sô màdtirè (B*, Bî), « ces poires sont mures », devient k!e firc sô vtadur (B> et Bs)-
VOYELLES
Chcz-Ménier est A la même étape que Chalais : pdni, dut bïitl} (D. 1886). Ce doit être le point extrême qu'ait atteint l'évolution.
Le bourg Je Saint-Claud se trouve en avant sur les hameaux comme il l'a été pour la réduction de 17.
L'évolution gagne en ce moment le Pont-d'Agris (/, t de flexion ébranlé 1880), La Rochette (/, t- de flexion très chancelant 1880), Parzac dont le chef-lieu était entamé en 1S62 (pânî, dt là^ty. L.) mais non les hameaux, Saint-Laurent lui-même, qui a perdu IV de ie et de uc vers 1873, mais conserve encore pleine de vie la flexion nominale.
Au dessous de Cellefrouin, le triomphe de l'évolution est de plus en plus ancien a mesure que l'on descend vers la Charente. Nous le trouvons complet A Goutibert en 1883, à Puyrajoux en 1873, hésitant encore Chcz-Périchou en 1876, aux 1 -orges en 1877, aux Pradelières en 18741.
Mais déjà les atones étaient fort diminuées au Maschinet, alors qu'elles étaient encore solides à Cellefrouin : tuVc vhj ttf sô pà jôîivë ûjâ « nos vignes ne sont pas jolies cette année », df là tri! « des treilles », pûm et panie, ùnâ et tiniu « aujourd'hui » (L. vers 18 1 3). Cependant, la chute de l'atone était complète a Chassiecq (L1) et à Beaulieu (CJ) avant 1865, A Ventouse vers 1860 (Cl), A Goise avant 1848 (B3), A Rom fort1 avant 1847 (JJ), à Saint-Gourson avant 1841, à Couture avant 1847, à Saint- Angeau avant 1844, a Valence? un peu après 1804, A Mouton en 1808, à Moutonneau en 1807. Déjà, en 1827, il ne restait plus au Bois-Bemardent que IV des flexions nominales dans l'intérieur des groupes; en 1817, IV des flexions verbales et des diphtongues était tombé a Saint-Angcau. Saint- Front, seul, du haut de son rocher A pic, a résisté plus longtemps: intact encore en 1845, il s'est rendu avant 1874.
Au delà de la ligne marquée par les localités que je viens de citer, les atones n'ont laissé, de mémoire d'homme, d'autre souvenir que IV des proclitiques kle « ces », nôl'ê « nôtres » (Xanteuil), lûlï « toutes » (Bayers).
Ainsi l'évolution destructrice des é atones se propage, comme les autres, de l'Ouest A l'Est, gagnant ainsi au domaine français, avant toutes les autres, les régions basses et les localités les plus exposées aux influences étrangères, et ne s'élevant que petit A petit sur le haut du plateau.
L'évolution normale de IV, A Cellefrouin, a donc été : t\ è, l. Jusqu'A quelle époque pouvons-nous ainsi remonter ? Il serait difficile de le dire.
1 LV de flexion, entièrement tombé chez un enfant (1880), reste en partie chez deux autres (1881). r; 1 pani « panier » (Jl 1812). [j J pâni, pàri « poirier », et aussi iàdh « landier », pu « pied ».
la graphie e n'apprend rien sur le timbre de la voyelle. Pouvons-nous admettre que tous nos t actuels aient eu le même point de départ et soient passés par è ? Autre question bien obscure.
Mais nous verrons qu'a Cellefrouin IV latin est devenu ouvert, et l'on est en droit de se demander si IV n'aurait pas eu le même sort? En tous cas, la marche de l'évolution paraît uniforme, et, si tous les t n'ont pas encore abouti au même résultat, il n'est pas nécessaire de chercher d'autre cause à leur variété de timbre qu'une différence chronologique dans le point de départ et une différence de viabilité dans le chemin parcouru.
Ezvl niions dans les directions de Fi et de l'a.
Deux autres évolutions sont possibles pour IV : il peut se fermer ou s'ouvrir d'avantage, et, de la sorte, tendre vers i ou vers a.
Il s'est fermé dans les finales latines a Mouton : me, te, sh, encore plus à Lichères : vu, tï, ai. A Cellefrouin, il ne s'est fermé qu'en hiatus :
SEBUM, Si ; TEGULAM, ///'/, etc.
Le contact d'une r ou d'une / subséquente a obligé IV à s'ouvrir et l'a transformé en a. Cette seule condition parait suffire dans la région de l'Ouest pour er : tar « terre » (Ruffec), et même à Valence, pàr, pikum; a Champagne-Mouton pour <7 : (îldàl « chandelle ». A Cellefrouin, il en faut une de plus, à savoir: que cr soit appuyé, et que eî soit atone. Nous avons donc : perderi-, p.)rdr, mais prrdit, /vr ; serpentem, shrpâ, mais 'serpem, ùr ; ii.i.a est, àle\ est ii.u\, et <V.
Le changement de er en ar est nouveau. On n'en trouve aucune trace dans le Cartuîaire, ni dans le Censier. L'exemple le plus ancien que j'ai relevé est du xvf siècle : Iji Thanic « La Terne», 1470, 20 juillet (Aveu de Château-Renaud, Arch. tmt., P. 513, 2e vol.) Cette transformation, inconnue sur le haut du plateau, est une étape antérieure à celle de la région occidentale.
ÉVOLUTIONS DE l'O
Evolution dans la direction de Pô.
Uô est rare i Cellefrouin. Ma mère ne m'en a fourni que quelques exemples recueillis au cours de la conversation. Elle ne m'en aurait pas
VOYELLES
donné un seul si elle avait clé interrogée directement. Ce sont : sbr « sœur et sœurs », mor « morts », i,vr, usité dans cette seule comparaison sâlâ kûtn dê lâ çfir « salé comme de la gore (goure?) », <r<^ « chose », môeé « mouches », ko « cou ». Mme V. de Mouillac prononçait aussi ko « cou», avec un 0 très ouvert et très long.
Cet d, dans les trois premiers mots, peut tenir a IV; dans les deux suivants, à la diphtongue issue de 0, qui existe encore au Temple; dans le dernier, A la diphtongue ou (ol), dont la réduction paraît toute récente et qui est représentée à Saint-Claud par un à parfaitement stable (L1, L2).
Après la génération de ma mère, cet 0 est complètement fermé, excepté dans quelques mots, où il doit être influencé par le français : ôr, horridlm, d'où le verbe ôrî, u>r « sœur », mor « mort », etc., mais aussi mor « morts », kôr « corps » (Ci-»).
Cet d répond a la diphtongue au, soit latine, soit romane : auraticum, oràj ; AURICCLAM, (Vf/; inkaucake, arôeà, d'où rùe et rôeû « enroué »; •gautam, jbt (G1); raL'ba.m, rob (G'); gkacula, *graui.a, ç,rola (C. s. marge 5/5), çrôl; g. pauta, pôt ; g. raustjan, roi: , auglstlm, •aglstlm, *aust è; clavum, k[ô; tabaxum, tô; calckare, tout ; falcake, fbeû ; g. warjwalda, çrinbd , etc.; à la diphtongue 011 (ol) : collum, kô; FiLioLUM, fïlji; soi.lm, sô « aire » ; soi.idlm, .h»; pollicem, /*>^; pllli- CELLA, pyàsël ; pullicem, pyo— g, 'iillis, dim. <;ÔMi; à o + s : mustlm, mô; muscam, vioe; g. brustat, brbl, d'où brô « jeunes pousses»; grossum, gro; ossl'm, b, et dans les plurjels colaphos, *colpos, ko, dim. *-orros Ô (Jànb « Jeannots », etc.), pô « pots », .w/t> « sabots », brb « brocs », sb « sots », etc.
Cet ô est ferme, sauf dans cinq mots, où nous le voyons s'affaiblir en ô. Ce sont : sbr (G1) « sœur », sôr (G ' et suiv.); jôt « joue » (G1), jôt (G5); $br « goure » (G1), (G ) ; brài » grossier », pj broj « pain noir (G1), était déjà réduit a brù\l dans le parler de M. V. de Mouillac. Nous avons de même à Romfort un Ô (rôjôr « Rom fort », J' 18 13) changé en 6 (rôfôr, J4 1870).
L'ô (qui devient ô devant /) s'est produit a la tonique, quand celleci, soit au pluriel, soit en dérivation, a été suivie d'une syllabe plus intense, et quand elle s'est trouvée finale : Dim. *-oÛ, -ottas (jânôte); *sôtè «sottes»; *brôct' «branches»; *roJè, rotas; filiolas ;
*sùlï, *solas (soi.l m) (là sôl di prà « le sol du pré ») ; *nore, *noras; *jôse, fossas ; *c,rOsî-, grossas ; *lâjt; laubi.vs; * for je, 1 abricas ; *mbrtï, mortlas, d'où les pluriels -ôtc, sôlé, brôcc, etc. (G')> <-'t les singuliers -Ôt,
sût, brôc, rôc\ etc. (Saint-Claud -oî , sot, broc, etc.); — les dérivés kdpà « couper », ptVîid « potée », sabota « faire du bruit avec ses sabots », krô-â « creuser », ardai, m. a ni., Huître eu roclx « enterrer le cadavre d'un animal », brftea « tricoter », an\!a[ « ornière », ùfUdlà « faire filleul », bfirnâ « ruche à miel »; — enfin, ko « coups », dim. -ottum -ô (Jânô « Jeannot »), pô « pot », sabô « sabot », brô « broc », j<» « sot », rô « roc », etc., et malgré l's du radical kro « creux ». Vù de /<>/'*), locare; dettiïrd, demorare, remonte, non A l'atone latine, qui aurait donné ù, mais à la tonique *ô : */»y<', locat ; dtmîtrt, demorat, laquelle vit encore à Saint- Claud /(»/, demor : (Cf. ù apity « il appuie » qui est tiré d'AnponiARE.)
A quelle époque s'est faite cette réduction A la finale? Nous ne pouvons le savoir d'une manière certaine. Mais il y a des indices qui permettent de croire qu'elle n'est pas antérieure A la seconde moitié du xvn* siècle. F.n 1668, le village du Masdinteau est écrit, dans les registres, accidentellement Madiuthv et Mas d'intot. Cette graphie ne pouvait répondre qu'A un ô ouvert ou fermé, sans doute fermé. Or, comme elle était propre aux mots comme pot, .sabot, etc., on peut croire que ceux-ci avaient un ô. S'il en était ainsi, un mot français en -eau, introduit A cette époque dans le patois aurait suivi l'évolution om—+- t\ et serait aujourd'hui identique pour la voyelle aux mots en -<>/. Or, cela paraît être arrivé pour bedeau, qui se prononce, en effet, bedo. Pour que la preuve fut complète, il faudrait prouver (ce que je ne puis pas) qu'il n'y a pas eu substitution de suffixe.
Evolution dans la direction de Vu.
Dans la commune de Cellefrouin même, au Temple, \'ô a pris un autre chemin. Dans les atones, il s'est fermé en 1) : u tUpî « au Temple », firi « aurait », 11 st « aussi » (¥'), ùrN « oreille »,/ïi « il faut » (T1).
Le même changement s'est produit A Ventouse, sittà « sauter » (C\ CJ); au Cluscau (Sainte-Colombe), fuca « faucher». Vu s'annonce accidentellement A la finale, A Beaulieu, kû « cou » (C2); a Ventouse, citï « cheval » (O), formes encore inconscientes, qui nous font prévoir que Yô va continuer son évolution sans perdre sa quantité, uniquement en se fermant davantage.
' Dans les noms de lieux : midi d là rvc « moulin de la Roche »; Ut rùc « La Rochefoucauld ».
VOYELLES
Evolution dans la direction de Vœ.
Comme 1Y> se transforme en *i, la position de la langue étant assez peu différente pour l'une et l'autre voyelle (fig. 31), ainsi Yô atone se change naturellement en <r (cf. fig. 34 et 30). Dans les deux cas, les lèvres refusent de s'ouvrir.
Nous avons ti-, non seulement A l'atone : dermï, dormire; dlrmre , 'dormire-habko ; ntiri, Vuorirk; pi\;ï (G1), kvtui j inais encore A la tonique par la substitution des formes atones : pi moye kï dœrm (G1) « pas moyen que je dorme ».
Evolution dans la direction de Vu.
Ce changement, qui est en voie de se faire aux Pins, et qui est déjà accompli a Agris, La Rochette, etc. (cf. l\h «■ boire », chez les anciens, bàr, chez les jeunes aux Pins), ne se trouve sûrement A Cellefrouin que dans jd'di, jtïdï (G1), les deux formes co-existant.
Nous verrons plus loin que Yô latin atone est représenté dans certains mots par u ; mais je crois qu'il a passé par l'intermédiaire u.
ÉVOLUTIONS DE LBt
Nous n'avons guère qu'A enregistrer des laits accomplis et à recueillir les premiers indices d'une évolution qui se prépare.
Eivlution dans la direction de Aï.
L'analogie de IV et de Yo ferait supposer un à comme ancêtre de notre à, le seul que nous rencontrions aujourd'hui, à Cellefrouin, avec sa variété réduite il et à devant ; . L'absence de traces de cet à dans le parler actuel prouverait seulement que cette voyelle, ayant commencé son évolution plus tôt que les deux premières, a de même dépassé plus vite le point de départ. Rien de plus naturel. Cela est du reste insinué par le changement de IV; en e emi se trouve sur le haut du plateau : tjânle, cantare (Roumazières) ; tïavèo, caballl .m (Montbron).
L'^ remonte aux diphtongues finales a», ai : clavem, *clau, k[h\ G aux' M, *djau, jet ; ii.lac, * lai, là, etc. ; A a -f- s : castkllum, eàle; cattos
Cà\ CANTATOS, lUlttï ; * EX-l'AYOR-ACL'LOS, Cpôral ; RASUM, lit; NASIM, llà ,
dans les expressions d pie nit d tèt (G') « A plein nez de tète », à tïi nà d let (Gî) « A tout nez de tète » ; passum, />j(ad\\); 1 a + R + consonne :
partem, pàr ; g. maginhart, mhiàr « Mënard » ; à un a simple dans quelques mots qui n'ont pas été influencés par des formes atones : -abam, -àv (càtàv, etc.); para, pàr « présente » (G1); nasa, nâ% (G1), là nà^ dœ bh « nase (naseau) du bœuf »; *.mara, vulr, dans le nom de lieu là 4Ôm dt la tiulr « la chaume de la Mare » ; g. haga, / àj « L'Age », (hameau de Saint-Claud) ; *crappa, rhp «grappe», çràpi « pris par l'onglée »; g. halla, àl ; g. happa, àp « happe », d'où tipà « happer ».
L'â est un alTaiblissement de Yà. Nous le trouvons dans les formes atones ou dans les finales qui n'ont pas été protégées par des consonnes (IV et 1'/ exceptées) entre la chute du D et celle de l's : pûy} « aucun », composé de pà « pas » et de î « un » ; fàil (G1) « chez eux », composé de eà «chez», et de // « eux » : prâd'c, pratellum; *(àtâde, tàlàdê, cantatas ; *jitrnâdî\ jiïrnadé (G1), * diurnatas; suff. *-âd?âdd(G l) ;*tènâl), tènàlj (G1), te.nacui.as; *ricàrdî, tuàrdé (G'), g. rikhard-as, sufT. -às, -acea ('fhiâse, ànàsé « touffes de petits chênes », ïwtiisé « touffes de petits ormeaux », etc.); d'où les singuliers : -Ad, ttnâl, rithrd, -às (cf. Saint-Claud, -M, tàià[, -tu); suff. -à, -are -atum (eàtâ « chanter, chanté » ; ttbht « gâteau cuit dans une tilde (tuile) »; dlâ « gâteau cuit dans une feuille de chou »); -à -attum (furai « pieu fourchu »; lûbàtè, tire de luttât, *lupattum) ; a, -aclm (Lusâ, fâvàyà, etc.); prà, pratum; ù[, alium ; suff. -«/, * -ALiu.M, -acl'lum (mtnu^al, *.\u\utialium, refait sur minutialia; Irâvàl, trabaculum) ; <yï/ « rosée »; nà « nez », /rt « pas » (subst.), brà « bras », refaits sur le modèle de prâ « pré», pl. prâ.
L'analogie, toutefois, n'a pas encore si complètement triomphé que nous ne puissions la surpendre en train d'étendre le domaine de Yâ. La forme archaïque nà « nez », n'existe plus après Marie Neuville (G*), pàr là m\ (G') « présente ta main », est devenu chez moi pàr tà mà. Ce ne sont là que des cas isolés. Mais il y a toute une classe de mots pour lesquels l'unification du singulier et du pluriel n'est pas encore faite; ce sont ceux qui contiennent le suffixe -acula ou -ai.ia. Régulièrement, nous devrions avoir, soit «7/ (sing.), àlj (plur.), soit àl, àlj. Mais il faut compter aussi sur l'analogie que peut exercer le suffixe -àl, -aculum, pluriel ~àL Aussi n'est-il pas étonnant de trouver, dans le parler de ma mère, des formes comme kivàk, *codalias (lit te fidi bravt kwàlt « tu t'es fait de jolies couailles »); pinàlj, *paknaculas « haillons »; kûvràljt « couvrailles, semences » ; piiutl/, dér. de gonna. Un mot se présente avec les deux formes : mitràlj et murale (G1) « murailles ». Mais les générations nouvelles ne connaissent plus que la désinence -àl, laquelle, du reste, s'était imposée chez ma mère A (;ôràl « goraille » tiré de gdrl « petit porc »,fêral « ferraille », titàrma! « marmaille », mà[ « maille ».
VOYELLES
Les évolutions de l'a les plus intéressantes sont celles qui le transforment soit en i, soit en o, soit en œ.
Evolution dans la direction de /V.
Cellefrouin est placé entre deux domaines où l'a s'est changé en é : un petit domaine limousin, auquel appartient le haut du plateau, et le grand domaine français qui tend a nous englober.
Le domaine limousin de l'a »— »- é est peu étendu. Comme il n'est pas dans mon sujet d'en entreprendre l'étude, il me suffira de dire qu'il comprend Saint-Maurice, Manot, Chabrac, Les Mias (Nieul), Roumazières, Gcnouillac, La Péruse, Chabanais, Cherves, Lésignac, Yvrac, Montembœuf, Massignac, Le Lindois, Bunzac, Montbron, Bussièrc-Badil, Feuillade, laissant en dehors Confolens, Brigueil, Chantrezac, Nieul, Suaux, Chasseneuil, La Rochefoucault, Bouex, Rougnac, Rochechouart, Nontron. Ce territoire n'est pas homogène. Mais dans la partie qui nous avoisinc, c'est Yil, soit libre, soit entravé, qui est devenu e : tjàle « chanter », tyàûdo « chantée », nhrt « natre, taquin » ; mais tyàtà « chanté », tfatâde « chantés » , nâtre « mitres » .
Le domaine que j'ai appelé français ne mérite qu'en partie ce nom. FI n'est pas non plus homogène. Aussi convient-il de lui tracer plusieurs limites.
La plus éloignée de nous est celle de Ta tonique non final devenant e. Elle serait difficile à déterminer, d'autant qu'il a pu y avoir des retours de Ye vers a, et que l'invasion du français a effacé bien des formes. Nous trouvons, "jusque dans les Deux-Sèvres, sabe, sapam (Favre, Lalanne); àlnlle, scalam ; aie, alam (Favre). Je puis mentionner encore làn, lanam (Chaunay); pàît palam (RufFec); slmân, septimanam (Nantcuil), des noms comme là trâââd « La Tranchade » (un pré), là korâd « la Courade » (une sablière), a Saint-Fort-sur-le-Né (près de Salles- d'Angle), et les autres mots cités pag. 217 et 248.
Une seconde limite est celle de -aclm »■> e. Elle est déterminée par les noms de lieux Montigné, au nord de Rouillac, Luxé (mauvaise orthographe pour Lucé), Ecboisy (commune du Mansle), qui était, au moyen âge, Eschausec', Juillé, Aisecq, Pougné, Chassiecq. Les points extrêmes où a s'est conservé sont, à partir de Rouillac, Genac, Marcillac, Ambérac,
1 Cartulaire du Chapitre (M. Lièvre, la Boixe, Bul. areb. de la Char., 1880).
RounnoT, 19
Moussac (commune de Salles), Poursac, Bioussac. Au sud-ouest, cette limite est loin d'atteindre celle de Ta final m-*- e; mais, au nord, à Chassiecq, elle empiète sur cette dernière.
Puis vient la limite de Ta de -atum m — *- devenu l ou i1. Je ne la connais, au sud-ouest, que par des renseignements recueillis accidentellement ou de seconde main2, mais que j'ai lieu de croire exacts.
Elle embrasse, en commençant A la latitude d'Angoulème, Touvre, Mornac jusqu'A la forêt de Bois-Blanc, Ruelle, La Siinardc (Champniers), deux hameaux seulement de Brie (Les Chirons et Les Brébions), Anais, Tourriers et le hameau de BourFanais, Aussac avec le hameau de Vadalle, Le Maine», Mansle, Fonclaireau, Fontenille, Lonncs, Chenon, Poursac, Aisecq, Bioussac, — abandonnant, dans le domaine de Va, les hameaux de Brouterie, du Qucrroy, de Rouzac, appanenant A Mornac, le reste de la commune de Brie, y compris le chef-lieu et les Rassats, la commune de Jauldes tout entière, Cotilgens, Ravaud (commune d'Aussac), Nanclars, Puyréaux •«, Mouton, Lichères, Moutonneau, Bayers, Couture, Saint- Sulpice, Saint-Gourson, Nanteuil, Benest.
Enfin, nous avons la limite de -are»— *~i oui. Elle se sépare de la précédente à Puyréaux, qu'elle enveloppe, pour se confondre de nouveau avec elle A Bayers. A partir de ce point, elle incline vers le sud, embrassant Couture, Saint-Gourson et Nanteuil. Daus ce petit territoire, nous avons cantare, câté, et cantatum, câtâ ou tiïtiii*. La forme câtàt nous donne la raison de cette différence. L'a de -atum s'est trouvé, jusque dans ces derniers temps, entravé par le / final'.
• M. de Tourtoulon s'est trompé sur cette limite et sur la suivante, II est bien excusable. Obligé de traverser très rapidement le pays, il a été forcé de s'en tenir au témoignage des habitants. Or, ceux-ci, dans la crainte de passer pour des limousins, dénaturent sciemment leur parler devant les étrangers. Plus d'une fois, ils ont essayé de me tromper moimême. || 2 Je les dois à M. Pinassaud, de Brie, A MM. les curés de Bric, Anais, Tourriers, Aussac, Puyréaux. |] L'infinitif se sépare aussi du participe A Arfeuilles (au sud du canton de La Palisse, Allier), c àte « chanter », râla « chanté ». || * En dehors de la région que j'ai étudiée, la limite de la langue d'oil passe, d'après M. de Tourtoulon, au sud du Verdon, entre Berson et Bourg; au nord de Libournc, entre Coutras et Monpont; A l'ouest de Saint-Aulaye, A l'est d' Au beterre, qui appartiendrait, ainsi que Saint-Sévcrin, Pillac, Montignac-le-Coq , à un dialecte mixte, à Test de Montmoreau, A l'ouest de La Valette, de Dignac, entre
VOYELLES. 29 î
Mais, je me hâte de le dire, les deux dernières limites que je viens de tracer ne sont vraies que pour les générations anciennes. L'évolution qui a saisi Ta final dans la région nord-ouest de notre territoire s'étend chaque jour, et elle a déjà tait sentir son influence assez loin.
Le point où, à ma connaissance, IV, issu de -are, existait à côté de Va du participe à l'époque la plus ancienne, c'est Nanteuil. Il en était ainsi au commencement du siècle; et, déjà en 1818, IV était réduit à t : rtnrni « retourner », dasà « dansé » (R.). Le changement a été aussi accompli à Bierge avant 1825 (V.), à Saint-Gourson . avant 1842, à Couture avant 1847. 11 s'est fait à Chassiecq entre 1835 (L1) et 1865 (L1), à Bayers après 1830, vers 1867. A cette date, en effet, IV n'était pas encore entièrement sorti de Và : y e etâ Uibiirà « je suis allé labourer » (jeune homme); il était complet vers 1880 (petits enfants que j'ai observés à leur insu). LV s'est introduit au participe, sous l'influence du français, à Nanteuil, au moins dans la génération de 1841 (B), à Saint-Gourson, dans celle de 1842, mais sans avoir complètement remplacé la forme locale : dihf « dansé », mais prà « pré » (Nanteuil, B.) M et ïlè « été » (Saint-Gourson). Depuis, la du participe a-t-il abouti phonétiquement à i dans toutes ces localités ? Je le suppose. Mais je ne le sais sûrement que pour une, Bayers, où ce changement s'est fait entre 1867 et 1880 : k<v lu vtl'i milh*..., il ht mâlfè « ce loup voulait manger..., il l'a mangé » (petits enfants observées en 1887).
Un fait intéressant à noter, c'est que l'évolution accomplie chez les jeunes réagit sur les personnes âgées. Tandis que M. Meunier (1828), absent de Bayers depuis longtemps, conserve fidèlement Va, une femme plus Agée (1818), qui n'a pas quitté le pays, a suivi la mode nouvelle et souvent mélange les deux formes. L:n 1887, elle disait : ï mà vi lâi$ là butë « je m'en vais laver la buée (lessive) ». Dix ans auparavant, elle disait (elle en convient) : 1 m â iv làvh là bâhâd. Dans le bourg de Chassiecq, il n'y avait en 1886, m'a-t-on dit', à conserver l'infinitif en a,' que trois personnes, dont la plus jeune était M. La Brunerie (1835). Là, comme à Bayers, il y a eu adoption par les anciens du parler des jeunes.
Dignac et Sers, à l'ouest de Boutx, etc. ; — au nord d'Availles, de Millac, de Moutère, du Dorât, de Saint-Benoit-du-Sault; au sud d'Eguzon, d'Aigurandc. Ajoutons qu'elle passe au nord de Boussac, de Domérat, de Morvicq, d'Ids, de Mayet-d'Ecole, probablement au sud d'Estivareilles.
' Je l'ai vérifié pour deux : Và est très net (L1 et P.). Li troisième ne s'est pas prêtée à mes recherches.
US MODIFICATIONS t'HONÊTIQVKS DU LANGAGE.
Le t'ait n'est pas douteux pour M"" veuve Epinoux (1812), que j'ai pu observer dans plusieurs entretiens différents. Elle mélange les infinitifs en à et ceux en t dans des proportions variables et sans régie certaine : à s m?ti à càtt « elle se mit à chanter », et fô tàtti « faut chanter », fi bùhà pr ivià 1 kit,V « faut bouger pour aller se coucher »,/<i âné nu prômtnà « faut aller nous promener ». Je supposerais volontiers que le son est à et que la moindre incertitude d'articulation fait dominer tantôt à, tantôt è. Mais voici une observation qui me paraît enlever a cette hypothèse toute probabilité. M™ Epinoux a le sentiment des deux formes, et elle ne l'aurait pas si elle était seulement sous l'empire d'une loi phonétique et non d'une volonté déterminée. Une fois, elle avait prononcé nettement màrï'e « marcher » ; alors, elle sourit, répéta sa phrase en disant mârtll. Je venais de la prier de ne pas me faire de droguel (étoffe de laine et de fil), c'est a dire pas de mélange. Elle se conformait à ma recommandation. Une autre fois, elle avait dit fort clairement : lit M m pûvà pà làbûrà « les gens ne peuvent pas labourer ». Je voulus la mettre A l'épreuve, et je la priai de répéter. Provoquée à la réflexion, elle devait répondre par la forme qui appartenait \ l'élément réfléchi de son patois, ou par celle qui lui paraissait la plus élégante. Elle choisit la seconde : lâbûrl.
En dehors du territoire que nous venons de décrire, nous trouvons des cas isolés du changement de Va en ê, qui nous font présager l'apparition prochaine de l'évolution.
J'ai deux cas d'un changement caractérisé : l'un au Grand-Madieu (G. 183.}), l'autre a Puychétif, commune de Ccllcfrouin (R. 1850). Chez M. G., Y à est à peine altéré au participe. J'ai transcrit : ctH « été », vôyàjà « voyagé », et aussi Ihînirâ « labouré ». Mais, à l'infinitif, le mouvement est plus avancé. J'ai noté piomtnà « promener », lâbtirA a labourer », et plusieurs fois âne « aller », etc.; en somme, dans une courte conversation, j'ai recueilli un infinitif en -à, cinq en à, quatre en tJ. La réalité du cas de Puychétif pourrait être contestée par cette raison que M. R. habite aujourd'hui Clterves, où les à sont devenus â. Cependant ce serait à tort, semble-t-il, car on ne s'expliquerait pas que l'influence de Cherves ne se fasse sentir que dans un seul cas, à l'exclusion dans tous les autres où elle est également possible. Or, tandis que l'a se conserve à l'intérieur des groupes symactiques : (droits?, âni m enà kll môj(ll « drôlesses (petites fille.-*), allez me chercher ces mongettes »), les a de l'infinitif tendent clairement vers v à la finale : fo mi^ ànnâ « faut nous en aller », sùpd « souper r^pililii « parler ».
Enfin la tendance générale qui entraîne l'a de mon pays vers è, plus à Cellefrouin et A Ventouse qu'à St-Claud, a été reconnue par M. Gilliéron
VOYELLES. 293
d'après ma prononciation et celle de mes cousins Jean Béchade et L. Darconnat. Les a de ces derniers sont un peu plus ouverts que les miens. M. Giiliëron le remarqua, et en tira sur le champ la conclusion que nous devions être à proximité d'un domaine où Va passe à ce qui a lieu en effet.
Ce changement s'est déjà produit a Cellefrouin pour les finales atones -as des noms et des verbes. Dans la charte, qui est presque entièrement en langue vulgaire (an. 1076-1 101), la flexion nominale -as conservait son a, et elle se distinguait de la flexion formée de la voyelle d'appui + s. Nous lisons, en effet, las eminadas (K* r. 8/25, 30, 32), las hrdarias (ibid., 1. 34), à côté de altres, altfros (1. 29, 34, 9/2), deh agreiratges (1. 34). Rien, dans la charte, n'autorise à penser que les formes en -as aient été latinisées. Nous avons de même, dans d'autres chartes du Recto : todas las cosdumpnas (K* r. 7/28), III detiarios de obi tas (K. r. 6/28), I1U ' sestairadas (K. r. 9/32). Mais dëj;\ nous rencontrons une forme en -es : Bernardus de Landes (K. r. 2/26, an. 103 1-1048). Dans le Verso, je recueille manso de las Fontaniles (K. v. 1/4, antérieur à 11 59-1 162), hrJeria au^ Joffreenes (K. v. 3/28, an. 1185-1198), Johwne de Cektes (K. v. 5/1 1, an. 1206-1226).
Dans le Censier (1274), les formes en -as sont rares, par exemple : de campo de la Courradas (s. t. 2/7), de las Correyras (ibid. 1. 8), et certainement latinisées. Celles en -es sont nombreuses. Les voici : pralo de las Bordeles (1/22), de vallibus ou Gouteyrenes (1/30), moknJcnum de Lopges (1/38, etc.), borderia de las Cumbes (2-24), de campo de las L'orricres (2/31), P. de las Duranties (4/2, etc.), prope Villanes « Villaines » (5/13), de pralo de las Pradelieres (5/23), de campo de las chaum*s (6/16), de campo de las cIm urnes de las Pradelieres (7/5), de las pradeles de Pocl.vyras (7/7), de orto de laffontaneles (7/22), deu vinlmts de las Ages (9; 11). La loyclle d'appui -f s est également représentée par -es : de borderia ou Faures (8/7).
Le changement de Va en è devant s à la posttonique était donc sûrement accompli au xm* siècle. L'était-il plus tôt, au XIIe et même au xr ? Four le décider, il faudrait pouvoir identifier lunules, Fontaniles, Joffreetics. Quant à Celetes, il ne prouve rien, car, à Celettes, l'évolution est aujourd'hui bien plus avancée qu'à Cellefrouin ; il pouvait en être de même au xnf siècle. J'en dirai autant de Fontaniles, si ce nom représente bien Fontenille. Pour les deux autres, je ne saurais leur assigner un lieu de provenance. Resterait donc la charte en langue vulgaire qui conserve toute son autorité. Il est vrai que les autres chartes, au moins celle du Chapitre, supposent une transformation générale déjà accomplie. Nous lisons en effet : dœs reges
o deux reges » (ch. du Chap. attribuée par M. Boucherie au xc ou au XIe siècle), en las oblies de..., ut illi itios clams et tuas coreîes in puce persolvant et ses menaces (Ursus de Juillac, 1 182-1203). Mais rien ne prouve que l'évolution se soit produite ù Cellefrouin en même temps que dans la plaine de l'Angoumois. Tout ce que nous avons Vu jusqu'ici nous porte plutôt à croire le contraire. Il est vraisemblable, en effet, que l'évolution a monté progressivement sur la hauteur jusqu'à ce que (à peu de distance en amont de Cellefrouin) elle se soit heurtée à une barrière infranchissable.
Quelle était cette barrière? C'est peut-être ce que nous apprendra l'étude de la limite actuelle de -as posttonique » *■ é.
La flexion -as posttonique se trouve : i° dans les noms aux pluriels féminins ; 2° dans les verbes aux secondes personnes du singulier du présent de l'indicatif de la 1" conjugaison, du présent du subjonctif de toutes les conjugaisons, de l'imparfait en -abas et en -ias, d'où il est passé au conditionnel. Nous trouvons encore deux terminaisons sorties de -as, l'une à l'imparfait du subjonctif et l'autre au parfait de l'indicatif; mais elles ne nous apprendraient rien, puisqu'elles dépendent de l'analogie.
Contentons-nous donc de faire porter notre examen sur les noms en -as, les 2" personnes des présents de l'indicatif et du subjonctif, et les deux formes de l'imparfait de l'indicatif. Ces cinq terminaisons ont une limite unique entre la commune de Saint-Laurent et celle de Chantrezac, entre Negret et les Carmagnats, entre les derniers villages de Saint-Claud et la commune de Nieul. Nous avons d'un côté è, de l'autre, à. A Nieul, la limite se divise : celle des verbes, moins le présent de l'indicatif, embrasse Lussac, Chassencuil; celle des noms descend entre Lussac, Chassencuil d'un côté, Suaux, Chez-Bonnaud (où l'<l, remplacé par ?, est parfaitement reconnaissable) de l'autre; celle du présent de l'indicatif recule jusqu'à Rouma/ières, abandonnant Nieul et Suaux pour rejoindre la précédente à Chassencuil. A Saint-Mary, nouvelle bifurcation : -ias (yii) persiste jusqu'à La Rochette ; mais -abas devient <7iv à Saint-Mary et âvà aux Pins. Le présent du subjonctif suit l'indicatif, même pour la re conjugaison.
Ces limites, sauf celles des présents, s'expliquent d'elles-mêmes : ias, abas étaient devenus yqs, aim quand les a posttoniques sont passés à ê. La tendance de l'i à se consonnifier dans cette région, et l'action analogique des personnes du pluriel sur -abas sont les causes premières de la conservation de Va. Il en est de même du subjonctif a Lussac et à Chasseneuil iljà « tu ailles » (atiias).
Si le changement d'accent a eu une action si évidente dans ce cas, il est permis de penser qu'au delà de la limite as m—*- à, cette finale avait par-
VOYELLES
tout reçu l'accent d'intensité comme elle le possède aujourd'hui : pttmas, *pùmif, pûmcl. En deçà de cette limite, au contraire, le changement de as en è était déjà accompli quand la finale a pris une intensité suffisante pour que la tonique précédente fût traitée comme une atone, d'où la série pilmas, *pûmè> pûn$.
Quant à la seconde personne du présent de l'indicatif, la question se pose de savoir pourquoi elle a été traitée dans deux communes autrement que les noms féminins : //"/ ttàtè comparé A pùmà. La première idée qui se présente est d'y chercher une influence analogique des secondes personnes en -es. Ce doit être la bonne, car nous avons identité parfaite entre II Uàlly et iè devh « tu chantes, tu dois » (Suaux, B.), lu eSte et vt. altè (Xieul, M.). C'est, en effet, cette forme qui s'est propagée à Nieul et aux environs, à l'imparfait du subjonctif et au parfait, tandis que c'est a qui s'y est propagé à Saint-Mary.
C'est donc l'accent tout seul qui a constitué la barrière qui s'est opposée à la transformation de I'-as posttonique en é.
Evolulkm dam la direction de l'o.
L'évolution de Va vers l'o s'annonce déjà dans le parler de M. E. Cottineau (Bcaulieu), mais d'une façon tout à fait accidentelle : €vâ « cheval ». Ce changement s'est entièrement accompli à la tonique depuis le haut moyen âge, comme nous avons eu occasion de le dire, après la chute des finales latines t, m, et des finales romanes d, k : habet(5, illam lô, vadum g$, plave p[ô, etc. (Voir page 220).
Nous ne nous arrêterons pas aux formes n&dâ> xatalem; nôdâ, natare, qui ne sont pas propres à Cellefrouin; âvôlâ, *advallark, qui est isolé, et qui pourrait être étranger.
Evolution dans la direction de l\ï (<1).
Enfin nous avons le changement de Ta atone en œ ou f.
A la finale, la transformation est constante ; à l'intertonique, elle est de règle, et ne comporte que quelques exceptions; à l'initiale, elle est restreinte à certains cas particuliers.
Nous avons :
A la finale : poma, *pâmè\ bona, *bunt; ovicula, *tvïlè, etc. A l'intertonique : *cantare-habet, *t3ttro\ *batt-atorium , *bàtfMr, etc., sauf les exceptions suivantes : tàbàre « tombereau »,fnmârè « fume-
rolles », sotàre « petite sauterelle, — petite claie qui ferme un goulet (passage étroit fait dans une haie) et que l'on peut facilement sauter » ; tftârè « enfant qui tète beaucoup •>; jh;ùr!' « qui aime à ginguer (jouer), en parlant d'un enfant, d'un petit chien, d'un chat, etc. »; thtànï « châtaignier »; fôtànî, réunion de sources situées près du moulin de Chavagnac; irûàrt « trouverai ». — Tous ces mots, sauf les trois derniers, sont des dérivés influencés par les simples tôlnl, fûmâ, sôlà, jèc,à, eàlât}. fontana aurait de même pu agir sur fôtdtri; mais, comme il n'existe plus à Ccllefrouin (nous ne connaissons que le primitif ioxtl.m fô) et qu'il a été sans action sur jôttnilf (G ') « sources voisines de Ccllefrouin », il faut peut-être songer a l'influence des autres mots en -àni (ttitàni, pAnï, etc.). L'à de trûàrï ne remonte pas plus que IV français de la forme si répandue de « trouverrai », à Ta latin. Il est dû, ainsi que Và de albûryer, ca.meraria, à une voyelle nécessitée par le groupe vr, b'r et transformée en a sous l'influence de IV (cf. Gilliéron, Mélanges-Renier, p. 291).
A l'initiale, IV ne se produit que sous l'influence d'une palatale : r, / ou çr, et non pas dans tous les cas. Nous l'avons entre e, tçr, et m, n :
CAMIS1AM, fimtz; CAMINUM, fitllï ; ILI.AM-CANALEM , / àtinà ; *CAN-OLAM,
*chidk; V.ran-are, grfnâ', granarium , grânî; *grax-ottare , grenôtâ « tomber grain à grain »; g. warinovalda, çrùtwd; grfnê « Grenet » (nom d'homme). Entre c et / : capitale, rttA; adcaptare, ûcità. Entre / et / : gallinam, jilïn; mais calorem, (àUir. Entre c et v : caballum, ctiÀ\
CAPILLUM, 4CViï'{ \ *CAPICLAM, mais CAYARE , f Ûvâ ; CAVANNUM , fàvâ ;
cavaniacum, (àvâiiâ. — Par leur v, ctmi et cMl se dénoncent comme étrangers; etvà pourrait bien, au moins pour son e, être dans le même cas. Il suivrait de là que l'a se serait conservé entre <■ et v dans les mots strictement indigènes.
La limite de ce triple phénomène a dû coïncider, il n'y a pas longtemps, avec celle de la flexion nominale -\sm—*~ê, de la voyelle d'appui =<», et s'arrêter en avant de Chantrczac, Nieul, Suaux, Chez-Bonnaud, où l'a est devenu ô X la finale, et s'est maintenu ;\ l'intérieur des mots : oviculam, 61ô; camisiam, /<vïm/-(>; caballum, Uàvti, etc. (Chaumes). Mais elle a fléchi un peu par suite d'un affaiblissement récent de IV et de IV (voy. d'appui) en e aux Carmagnats, à La Sarcellerie, dans le bourg de Nieul.
Cette limite, surtout au point de vue de l'a final m -*■ f, a une grande importance. C'est celle qui, pour mon oreille et pour les indigènes, délimite le mieux les patois du Midi. Le maintien de l'a ou sa réduction à o concorde avec l'existence d'un accent d'intensité tellement fort, que nous sommes complètement déroutés, au point de ne plus comprendre les patois qui les possèdent. Au contraire, l'affaiblissement de l'a final en è
VOYELLES
suppose toujours un accent d'intensité médiocre, une harmonie douce et calme qui constitue comme un lien de parenté entre les patois du Nord. C'est ainsi qu'à Lessac, à La Souterraine, j'ai été pris pour un voisin, tandis que ceux qui habitaient à quelques kilomètres de là, au dessous de la limite d'à »— *- t, étaient considérés comme des étrangers.
Si l'on voulait déterminer une zone mixte entre les idiomes du Nord et ceux du Midi, il fa'udrait, dans la région limousine, lui donner pour i mite d'un côté le maintien de I'a de are ou de atum, de l'autre, l'affaiblissement de a final et de la voyelle d'appui finale en <?. Cette dernière limite engloberait Brie, Rivière, La Rochefoucauld, Chasseneuil, Saint- Claud, Saint-Laurent, Alloue, Lessac, Abzac, Oradour-Fanais, Gajoubert, et se confondrait ensuite à peu près avec la ligne tracée par M. de Tourtoulon, au sud de ce qu'il appelle le sous-dialecte marchois '.
Le changement de Va atone en i est ancien et doit être antérieur au Cartulaire. La transcription d'un e était xssez difficile avec les seules ressources que fournit l'alphabet latin. Heureusement, deux lettres ont pu être choisies pour le représenter : Va et Ve. Et, de plus, ce son avait deux sources, un a et une voyelle d'appui qui ne pouvait avoir la valeur d'un a, mais seulement celle d'un i. Les embarras des scribes et leurs confusions, nécessaires dans ce cas, sont nos meilleurs guides. Or, nous avons dans la seule charte écrite en langue vulgaire : a, pour Ta latin : / outra meitat (K* r. 8/25), la terra (1. 27), fat^a (Ibid. 33) facjat, los maisnaments (1. 32); mais aussi pour la voyelle d'appui : faira (1. 23) facere, devtira (1. 34) dividere; — e, pour la voyelle d'appui : antre (1. 27) inter, altre (1. 31) alter ; mais aussi pour A : quovidera (1. 33) *convitare-habet. Nous lisons de même : Fontanilles et Pare\ac (K. v. 1/4), Faura (C. 2/27) fabrum, cJxiitia « chêne » (C. marge, 5/5), Odebertus Jutgaira (C. 8/1 a. f.) et P. Jut^ayre (C. s/ 12) (quelle qu'ait été l'intention du scribe, soit de donner l'équivalent populaire du suffixe -ator, soit de transcrire une forme savante du suffixe -arium), h bayla bajulum (C. 9/46), et k Iieque « le Bègue » (C. s1 t. 4/1), la Quintana (C. 8/37), avec tous les autres féminins en a (Fouressa, GuinJxirda, Meynarda, la Eymarota, la Bona-
' A cette zone appartiendrait : en Poitou, Availles, Millac, Moutère, Luchapt, Asnièrcs, Saint-Brabant ; dans le Berry, Saint-Benott-du-Sault et ses environs; dans la Marche, Le Dorât, Lussac-les-Eglises, Arnac, Saint-Sulpice-des-Feuilles, La Souterraine, Dun-lePalleteau , Guéret, Bonat, Chatclus, Ladapeyre, Boussac; dans le Bourbonnais, Domérat, Montluçon, Commentry, Montvicq, Saint-Bonnet de Rochefort, Ganat, Mayct-d'École, etc.
villa, etc.), et AlcayJis Quintane (C. 3/38), Granaut^ (C. 3/4) et Grenau^ (C. s1 t. 8/1).
Les autres documents de la région présentent des graphies analogues. Charte de Nersac : cquesta chartra..., diema..., venda « vente »..., seilada o scélée »..., fraira « frère », rtdra « rendre », ondrabla « honorable», durablement... — Charte de Bourg-Charente : icesta présenta chartra... Charenta..., donea « donnée », Piera Faura et fofjan Faura, et lautra orl..., li arbra « arbre »..., // trei uhmt..., la cepe de l'unie..., la piera qui est mise. — Charte de Vilhonneur : fema « femme »..., Engolesma..., Jehan le Faura..., Peyra « Pierre »..., quaresma. — Testament d'Ursus : Chadurica « Chadurie », al obra « à l'œuvre » (fabrique), alluiterre (gen.) a Aubeterre », sia cassada « soit cassée ». — Charte de 1107 : Taillafer « Taillefer » (Archiv. mû/., k. 1 144). — Charte de 1 1 59 t Taillefer {Cart. de N.-D. des Châteliers). — Cartulaire de N.-D. de la Garde : Iji Garda (1195), de la furche (1212), la branda (1278). — Charte de 1318 : Boutaville « Boutevillc » (Chapitre d'Ang.). — Quittance du château de Jarnac : autra part. — Aveux du Château-Renaud, 14 18 : la roche suyrea, la Une força (Arch. nat., p. 513. 8* vol.); 1465: Fontenilles ; 1470: Fontanilles (Arch. nat., p. 513. 2e vol.). — Voir aussi Gœrlich, p. 73.
On sait que cette graphie est celle des plus anciens textes français (Serments, Cantilène de Sainte Eulalie et le manuscrit L de Saint Alexis), auxquels se rattachent ainsi les nôtres.
EVOLUTIONS DE l!
Ei>olution dans la direction de l'f.
Un seul / continue son évolution et descend jusqu'à /, c'est celui de la diphtongue ie. Cet ; (pàni) intact chez moi (1846), est déjà très sensiblement abrégé (pant) chez Fr. Neuville (1859). Quand j'aurai ajouté que ri, rivum, s'est réduit à ri, entre la génération de ma mère et la mienne, j'aurai tout dit sur les transformations saisissables aujourd'hui de Yi.
Ut s'est conservé à la finale quand il a été protégé par une voyelle ou une consonne tombées tardivement : a, mari « Marie »; mi, meam, *miam; suffixe -èri, *-f.ria {iâlôprï « saloperie », bàlrï « bâillement », etc.); suffixe -/, *-ia de l'imparfait, vôîi « voulait », pôdï « pouvait », sàvi « savait » (les autres verbes, sauf dever « devoir », qui a les deux formes chez ma mère, « dtvî fer kâ, et m dïvàv de l drjà, et une seule chez moi (de-vâv), ayant subi l'analogie de -abam); le suffixe -ri du conditionnel, I eâtri « je chanterais » ,
VOYELLES
etc. ; — s dans les noms pluriels : ni « nids »,<ï»/î « amis », cètï « chétifs», €tmi « chemins », lit rà^ï « rasis » (portion du toit placée au dessus et en avant des murs1), etc.
Deux monosyllabes, // « lui » et / « y », ont des / longs, sans que je puisse en dire sûrement la raison.
L'î s'est encore conservé à la tonique non finale dans des mots qui n'ont pas de pluriel ou qui ne s'emploient guère qu'au singulier : les infinitifs dir « dire », rir « rire », Ikrir « écrire », âsir « asseoir » ; les substantifs : mtj, micam; vïm, vîmes; bï^, g. bisa ; gi%, g. wisa ; suffixe -ITIAM (gèrmâifi^, fitjâiî^, etc.), et d'autres mots en : ttmi^, adj. gri^ « grise », silr, siceram ; gril, craticllam ; ânit, •agn-ittam, qui doit appanenir à la langue des pauvres ; — enfin, dans //, insulam, où 1*J a été conservé par s, et dans Ué, illi, influencé par les formes plurielles.
VI s'est régulièrement abrégé en i a l'atone et à la tonique, quand celle-ci a été suivie soit dans la flexion, soit dans la dérivation, d'une syllabe plus intense et qu'elle a été finale de bonne heure : vihij, *villaticum ; ïvfr, hibernum; mïrâ, *mirare ; vikroz, *viam -corrosam (cf. Vmjam, mi); *ipije, spicas; *//#, filias; *vtlc, villas; *lltm, limas; * mhlnu; matrinas; *vine, vineas; * Une, *ti\eas; * ràslne, *radicinas; *//y<\ lineas; *àlïvi, captivas; suffixe *-ï[è, -ilias Çfôdrll}*, * fonderillas, dérivé de fondus); suffixe *-ldt, -itas (* pàrildf) ; suffixe *-lti, -ittas (*pélitï); *-i[e, -illas (*lmki[è a petites chèvres », etc.), d'où les formes actuelles epïjéJW* vilé, luné, liné, vUjé, tiné, -ïdé, -lté, -lié {G1) et les singuliers H"j> /'/> vll> lïm> lïn> VÏV> etc- (Saint-Ci., Ipij, fil, vil, etc.); ikl, ki, *£ccu-mc; si, ecce-hic; dhi « jusque », *de-ex-ecce-hic; dl, dic ; ni, nidum ; àmi, amicum ; ptti, piTTirruM ; les parfaits en -/, 11 et les imparfaits du subjonctif qui en sont formés (/ càtl « je chantai », l eiilis « je chantasse », etc.); -/, -itum (/m/, etc.); a ml, caminum ; Ihdl, lumaediem ; ■1, -ire (pArti, fini, nfgrtii, bhU^l, etc.); Ihl, lexivium, et même fèti « chétif » malgré la diphtongue, et -hii, -aticium (jlgùlidl 1 de règûlâ, re-cul-are; rilfrûmdH, de nl/nimâ ; pijdi*, de pijù, etc.) malgré l's étymologique sous l'influence analogique des autres singuliers.
1 Une chose placée sur les rasis (sur le mur) est difficile à prendre; — un nid découvert ne doit pas être annoncé sous les rasis, autrement les serpents iraient manger les œufs. '] 2 Dépôt qui se forme au fond d'un vase et qui n'est ni la // du vin, ni les rhe de l'huile. |] ' Vomissement. |j 4 Enclos, [j 1 Débris faits en piquant.
Les 1, issus d'un e latin, sont aussi passés par t : tlblé, tegulas; nlbli, neullas; pin', 'pectoras; sing. ///>/, tiiH, pïr (Saint-Cl. , /!*/, nibiplr. Un mot a garde 1'/ : ib[, ebllum.
Evolution dans la direction de l\e et de Vu.
L'i atone latin est passé à è, puis à u, au contact d'une labiale qui amène la fermeture des lèvres : divinare, devina; primarium, prtmt et priant ; i imre, fiait ; fimarium, fiant.