‹ Les modifications phonétiques du language, étudiées dans le patois d'une famille de CellefrouinChapitre 65 sur 93 · V0YEU · texte numérisé non relu

V0YEU

3ii

SENTIO, il; SENTIRE, àti; 'dE-INTUS, &\ *IN-DE-DE-1NTVS, Iddi 1 \ SINE, 3?;

auxquels il faut ajouter le germanique skella,^?/. Enfin in (î) et un (k) entravés donnent aussi l : nutrimem, mire; grundire, grcdl; *imprumutare, ùprktà; defunctu.m, dfl; LNUM + consonne }. On pourrait s'attendre à *frisk-umen, frïd, à côté de levamen, Uiul. C'est en effet ce que l'on trouve au-delà de la Charente. Mais à Cellefrouin, où mn était déjà simplifié, si non tombé, quand I'u s'est nasalisé, nous avons fruit.

En dehors des cas où il donne nettement 1, le groupe en entravé se résout en une voyelle nasale dont la valeur réelle n'est pas, pour moi, toujours certaine. Dans la plupart des cas, je ne la distingue pas de celle qui est sortie de an : findere, fâdr ; vexdere, vâdr ; ventum, va ; tempus, ta ; tenerum, tadr ; -mente, -mâ (Itflmà), etc. Mais quelquefois aussi elle se teint d'une nuance qui la rapproche légèrement de ?. J'ai fait cette remarque pour la première fois en 1886, à un moment où je cherchais l'origine de la particule à sens restrictif mâ, ml ou tnt~ « du moins, moins, sans doute* », identique pour le sens' et peut-être bien pour l'étymologie à notre français mon. A force de me tenir à l'affût du mot qui faisait l'objet de mes préoccupations, j'en étais venu à distinguer dans le parler de ma mère, du moins dans un certain nombre de cas, les a remontant à

1 Vedde signifie « là-dedans ». On l'emploie aussi pour désigner un endroit éloigné, mais compris dans l'horizon : we llddi, ïeddl dl kle ca « il est là-dedans, là-dedans dans ces champs ». || 1 Ce mot n'est plus compris aujourd'hui. En voici quelques exemples : \t mwc fà byl tût Ispts d btçun; sô frer li fà fèr ht s k ti vt; fedyd, ma, k û n pô pà < li jer côpradr pèr kurâ un àbr « le muet fait bien toute espèce de besogne; son frère lui fait faire tout ce qu'il veut; ça y a, moins, qu'il ne peut pas lui faire comprendre pour curer un arbre ». — kwlb lï,mà,k ô fi kô « c'est bien lui, moins, qui a fait ça ». — Un jour qu'il était question de deux boucliers dont l'un, disait-on, vendait meilleur et aussi bon marché que l'autre, ma mère fit cette remarque à l'adresse du second : « va pà €er> mâ, ï krl « il vend plus cher, moins, je crois ». Une autre fois, on disait que l'on peut prendre les truites à la main sur le sable pendant qu'elles dorment. Ma mère, qui en a pris ainsi, s'est empressée d'ajouter : kô fo pà fer (çr<î bru, mi', pr là prâdr « ça faut pas faire grand bruit, moins, pour les prendre ». A Beaulieu et à Ventouse, ma a été remplacé par mwè à une époque où le vrai sens du mot était encore senti. || J Tous les exemples cités par M. Godefroy s'expliquent aussi par moins.

an et ceux qui sortent de en , et c'est ainsi que j'ai été amené à rattacher notre mâ à minus1. Depuis, pendant mes vacances de 1890 et celles de 1891, j'ai noté avec soin tous les mots où cette différence m'a paru plus frappante, et parmi ceux-ci j'en trouve où en a donné nettement }. Ils ne sont pas nombreux. Les voici : retrïs « rentrât », rhrâ « rentrer » (deux fois), àtri « entra », râdû « rendu », vàdû « vendu », fàdù « fendu », pâdud « pendule », ârl « Henri *JM et jàdi, qui me parait dérivé de gena et qui désigne une maladie du cheval, ni, nà « on », hmâsà « ensemencer », unhiâ pàd fi « ils n'en ont pas de fait », ni x vâ « nous nous en allons », rîjàv « rangeait », qui m'a surpris, mais qui est pourtant régulier (g. ring-are). Enfin je dois citer à part tek « tant que », qui sort de an. Après la génération de ma mère, je n'hésite plus; Và est assuré. Pour ma mère elle-même, l, bien que régulier, est le plus souvent remplacé par à dans râjâ « ranger ». Pour ma petite cousine, Mariette Raynaud, sàil s'est substitué à sètï.

Les verbes ânâ « aller » et vinî « venir », tétti « tenir », pràdr « prendre », se sont influencés réciproquement. Nous devrions avoir au parfait ilçï, vïçi, tlgï, prlçl, au présent du subjonctif âj, vïj, te)', prlj. Mais, à côté de ces formes, j'ai noté : Igl, }$h, }j, thg (G1)-

Je dois dire que dans le reste de la région, les voyelles nasales n'ont point joui d'une stabilité parfaite. A Moutonneau, tandis que an s'est maintenu à <î, en est arrivé à â : sâ[, cingula; râ, g. ring; td, tempus. A Saint-Claud, an est passé à l, et la transformation paraît d'autant plus générale que les sujets que l'on observe sont plus âgés : kity quando;

1 Si mon remonte à minus, moins, peut-être par moyn, mon, mô, il ne pourrait venir que de l'Est, et sa condition de mot atone justifierait le traitement spécial qu'il a subi. Mm existe encore avec ce sens en Champagne (Tarbé, Recbercfies sur t histoire du langage et des patois de la Champagne), dans le Haut-Maine (C. R. de Montesson, Vocabulaire du Haut-Maine). Hécart {Dictionnaire rouchi-français), cite imon « n'est-ce pas » qui se prononce à Douai de telle sorte qu'on ne peut pas distinguer si l'on dit étnan ou imon. Le même auteur signale aussi men qui a également le même sens que notre mJ : il nen faut men queune « il n'en faut, moins, qu'une ». A Sains (Aisne) on dit mô (jt vyldrâ, â mô « tu viendras, n'est-ce pas ? {moins) ; à Lachaussée, canton de Vignole (Meuse), mu {mit do, « n'est-ce pas? », quand ou ne tutoie pas. {Rev. des P. g.-r., IV, 34).

VOYP.LLES.

fre, g. frank ; }nàd, 'annatam ; campum (L. L.) ; gr}, grandem ; etc. — jeb, jambam (Mouchedune) ; sht, cantellum ; plhà « plancher » (Chalais, La Combe) ; — û eh, cantat (Les Qrmagnats) ; ïtrïl, strangulat; bl)àd « blanchie » (Chez-Mancier). Chez tous les sujets, cependant, j'ai relevé des formes avec à : tà k « tant que » (L. L.) ; àitàd (Chez-Chadiat) ; plâtà, planta RE ; phlfà, tàtà, âg[à, fyâbâ, etc. J'ai noté deux fois à : eâlâ « chanteau » (Les Carm.); tu dte, cantas; ni eàt} « nous chantons », et eâtàvâ (Mouch.), cantabamus. Il semblerait donc qu'il y ait un mouvement de retour de l issu de an vers le son primitifs. Mais il y a aussi, sans doute, une large part à faire à l'influence française. A La Chcvallerie, nous avons encore le changement de à en l : et, campum ; prôtïstl « protestant » ; mek pâ « manque pas » ; M « jambe » ; hedùt « entendu » ; i vcdrl « ils viendront » ; l pâd « en passant », etc.

Enfin il faut noter que Cellefrouin est sur la limite du territoire de en entravé W ► à. En effet, dès Nieul, Suaux, Lussac, Chassencuil, Saint- Mary, Agris, La Rochette, Sainte-Colombe, les deux nasales à (an) et l (en) sont distinctes. A Saint-Claud même, la confusion qui existe entre elles doit être de date récente, et en m—*- e paraît assuré.

Maintenant, h question se pose de savoir la raison des formes insolites que j'ai observées chez ma mère. Est-ce un cas de contamination dû à un long séjour à Saint-Claud, ou bien les derniers vestiges d'une évolution ? Je crois pouvoir écarter avec certitude la première hypothèse. L'influence du parler de Saint-Claud se serait fait sentir sur tous les à quelle qu'en fût la provenance, et non pas seulement sur ceux qui remontent a en. Il est vrai que j'ai noté un l m an (jl, tantum); mais cet? unique est tout à fait négligeable; il s'explique par une faiblesse accidentelle de l'articulation. Le fait lui-môme de l'isolement du cas de ma mère ne saurait être invoqué contre la seconde hypothèse. Si je n'ai pas remarqué chez d'autres personnes de son âge une semblable prononciation, cela tient, je n'en doute pas, à un défaut d'observation de ma part. Sans la circonstance que j'ai rapportée et qui m'a fait comparer toutes les nasales dans le parler de ma mère, et sans des mois entiers d'un examen incessant et purement passif, je n'aurais fait aucune distinction entre les différentes nasales à (an et en).

C'est donc bien les dernières étapes d'une évolution que ma mère nous a conservées. Mais ici une nouvelle question est soulevée. Sommes-nous en présence de l'évolution générale, qui expire à Cellefrouin même, de l vers S, ou de l'évolution secondaire, encore vivante à Saint-Claud, d'un l récent qui revient vers â. La première hypothèse a pour elle la proximité

du territoire de 2-*— «en. L'évolution n'atteint d'ordinaire que tardivement les extrémités de son domaine. Mais elle a contre elle ce fait capital que l'évolution parait fixée, et que, sur aucun autre point, je n'en ai trouvé la moindre trace d'un envahissement progressif. La graphie du Cartulaire garderait donc toute sa valeur, et la confusion de an et de en aurait été un fait accompli dès le moyen âge. Resterait donc la dernière hypothèse : Ccllefrouin aurait accompli plus vite l'évolution secondaire de Saint-Claud.

Quoi qu'il en soit, ce n'est pas a cette évolution secondaire que se rattachent les formes Ih; <« langue », .v/ « sangle », l se « je sens », s} « sans », dhÛ « dedans », qui se trouvent dans toute la vallée, y compris Mouton et Lichèrcs, et même vh;t « vint », prègf, qui ne dépassent pas Ventouse, sans doute parce qu'ils ont obéi à l'analogie de âgï, ou à celle de vâ venit , prâ prendit. \a raison qui me fait rattacher toutes ces formes directement au latin, c'est que dans le haut de la vallée nous rencontrons slngL, cingula; dtdJm> *de-deintus, qui marquent le point de départ même de l'évolution. Nous donnons la série complète :

cingula de deintus tempus Roumazières singh didlm te

Cellefrouin (G >) à[ didl ta

Nantcuil (R.) et le Pays-Bas sa[ didd —

L'évolution a donc été retardée à Cellefrouin par le son palatal qui suivait la nasale et dont l'influence a été grande dans la vallée (cf. trll et treille, tin et teigne). De la sorte, en + palatale n'avait pas encore abouti à l, quand celui-ci a commencé son mouvement dans la direction de à.

Enfin il reste une dernière question. Quelle est l'origine des in* et 3" personnes plurielles, et du participe présent dans le patois de Cellefrouin ? Toutes ces formes sont en a : né eàtd et « edtd, ni fàtâvd et « edtâvâ, n Ovâ « nous avons » et w àvd, ni tatira et « aïtira, ni eatra et « eâtrd, ki ni sàtâ et k u rttâ, ki ni tatha et k û edthd ; et l'on se demande si elles remontent à an ou à en ; et de plus, s'il y a partage, quel est celui qu'il convient de faire.

Le Cartulaire ne nous fournit que trois verbes à la 3* personne du pluriel : vehén, vident; avian a avaient », seran « seront » (K* r. 8/34, 23, 28). En dehors de cette indication, comme il n'est n'est plus possible de distinguer a Cellefrouin an de en, nous n'avons d'autre moyen pour nous éclairer, que de recourir aux patois voisins qui en font la distinction. Leur réponse, quoique l'analogie ait pu agir différemment dans des lieux

VOYELLES

même rapprochés, devra cependant être considérée comme probable. A Suaux, l'imparfait de l'indicatif, le conditionnel et le présent du subjonctit remontent seuls directement aux formes latines en -amus : -àvil, -abamus ; -yj, *-iamus ; sfryâ, *essere-iamus; syà, siamus; ildjâ, *an-iamls «allions». Le plus-que-parfait du subjonctif a suivi l'analogie du présent : âçfsâ « allassions ». Le futur se comporte comme le présent cThaberk qui a étendu à la première personne la forme de la troisième, tf, comme dans les verbes vadere (vâ) et kacere (fâ) : sèrà « serons » et « seront ». Le parfait paraît avoir tiré sa 3e personne du pluriel du latin -runt par une voyelle d'appui -*irent ; d'où, à Suaux, par la substitution de la consonne de la 2« personne à r, -it} (âfttl « eûmes » et « eurent »). Le présent de l'indicatif remonte à -emus, et le participe présent à -entem : Uâte comme dtvè « devons », t€àllm a chantant » comme àyèm « ayant », bûtim « buvant ». A Nieul, le présent et l'imparfait du subjonctif sont en -è. Il en est de même aux Pins. A Saint-Mary et à la Rochctte, les formes en l ont encore gagné l'imparfait, le conditionnel et le futur, c'est-à-dire sauf và~, fâ, <J, toute la conjugaison. Assez loin de là, à Lonnes, les i"5 et les 3" personnes sont aussi en l.

Cellefrouin se trouve ainsi en quelque sorte entouré par le domaine analogique de -emus, -entem. Il est donc permis de croire qu'il en fait partie lui-même, et qu'il se trouve au moins dans la même condition que Suaux. De la sorte, non seulement la 2e personne du pluriel de notre conjugaison viendrait de la seconde conjugaison latine, mais encore d'une façon générale, sauf à l'imparfait, au futur et au conditionnel, la 1" et la 3e. On pourrait objecter que cette unification qui s'est produite dans la région où en est resté distinct de an, a eu pour elle le temps qui, peutêtre, a manqué à Cellefrouin pour un semblable travail. Mais il est à croire que le partage des formes entre une conjugaison unique était déjà accompli dans toute la région quand la nasalisation s'est produite. L'accent était déjà passé sur la 3e personne au xie siècle (an. 1076-1101), comme le témoigne la graphie vehén (K* r. 8/34), vident, et il y a lieu de croire que la nouvelle conjugaison était alors constituée. Quant au participe présent, comme la forme -l n'est pas constante, il reste douteux.

Dénasalisation

La dénasalisation ne s'est produite que dans quelques mots isolés à l'atone : itfà « enfant », dans le sens de « fils », âdrè « endroit » à côté de adrl, Uànâ « entamer » à côté de etânû, pàngui, *pàngut « Pentecôte ».

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