OBSERVATION IX
M. M... 53 ans. Blessé en 1915. Destruction par éclat d’obus de l’extrémité inférieure de la jambe droite. Traitement conservateur, mais ostéomyélite nécessitant en 1924, une amputation de cuisse; en 1928, ostéite de l’extrémité du fémur.
Nouvelle réamputation. Infection streptococcique du moignon.
Parkinson en 1935.
En 1936, deuxième amputation de cuisse pour douleurs, cicatrisée à peine depuis cinq ou six mois.
Vu pour la première fois en 1937.
Souffre beaucoup depuis cinq ou six ans. Mais les douleurs vont en augmentant énormément.
Ne peut supporter aucun appareil.
L'examen montre un moignon très court, inappareillable, avec une cicatrice étoilée.
Il n'existe pas d’ulcération sur la partie externe de la cicatrice. On sent un gros névrome du sciatique dont la pression déclenche des douleurs intenses.
Le blessé précise que ses douleurs sont de deux types :
1° Douleurs au niveau du moignon lui-même. Décharges douloureuses, crispations douloureuses du moignon, fourmillements, etc.
Au moment de la marche, les douleurs augmentent, la rendent presque impossible.
Epilepsie douloureuse du moignon réveillant le malade.
2° Douleurs tronculaires extrêmement violentes, arrachant parfois des cris au blessé. Douleurs dans le pied, la jambe. Les orteils sont crispés, contractés surtout la nuit. Souffre peu du membre absent à la marche.
Le blessé, amputé à plusieurs reprises, se refuse à toute nouvelle intervention, même à une infiltration et vient uniquement demander de la morphine.
OBSERVATION X in « Bordeaux Médical >» 1937.
Malade du Docteur Lapervenche, d'Agen. Un homme de 42 ans, facteur rural, est blessé en 1915, par une balle
qui fracture les deux os de l’avant-bras à la partie moyenne, entraînant une lésion du nerf médian.
MOREAU 7
Ce malade erra pendant trois ans d'hôpital en hôpital et fut amputé en 1919 pour causalgie rebelle à tout traitement.
L’amputation eut lieu au tiers inférieur de l’avant-bras et, après cette intervention, le malade eut quelques jours heureux.
En 1921, les douleurs survinrent à nouveau; il ne pouvait supporter le moindre frôlement au niveau de son moignon d’amputation dont la peau était fine, luisante, et pour ainsi dire prête à se rompre.
Il demeure ainsi jusqu’en 1924, époque à laquelle, n’y tenant plus, il accepte avec empressement l’opération que lui propose un chirurgien : celui-ci fait une amputation à la partie inférieure du bras.
Une troisième amputation fut acceptée en 1927 parce que, sur le moignon de l’amputation basse du bras se formait avec rapidité une ulcération arrondie qui ne présentait aucune tendance à la cicatrisation et qui était très douloureuse.
Après cette troisième opération, le malade demeura trois ans sans souffrir, et put même, pendant trois ans, faire son métier de facteur rural sans être très gêné.
A partir du 6 janvier 1931, les douleurs survinrent par périodes, elles restaient calmées par l’absorption d’opium et ne survenaient que par crises espacées.
Au mois de décembre 1931, soit un an environ après le début des premières douleurs, celles-ci devinrent continues, fatiguant le malade au point de créer chez lui une anesthésie marquée qu’augmentait encore l’absorption d’opium et ce fut dans ces conditions que nous avons vu ce malade en janvier 1932.
Le moignon était excellent, la peau était mince, extrêmement sensible, le moindre frottement amenait des cris, et l’on pouvait percevoir sous la peau trois névromes des nerfs du bras. Le névrome du médian et du cubital étaient de beaucoup les plus douloureux,
A la partie postérieure, on sentait le névrome du nerf radial douloureux, mais moins sensible que les deux autres.
Le malade suppliait qu’on l’ampute pour être au moins calmé pendant un certain temps.
Le Professeur Leriche conseille de faire une sympathectomie de l’artère axillaire, de sectionner, de suturer immédiatement les troncs douloureux nerveux.
L'intervention, pratiquée sous anesthésie générale, le 17 février 1932, fut extrêmement simple : après sympapathectomie de l’artère axillaire, section du médian et du cubital, sans toucher au tronc radio-circonflexe : on reste un peu sceptique sur le résultat de l’intervention.
Après 24 heures de souffrances extrêmement pénibles, le malade ressentit un bien-être tel qu’il se leva, chose qu'il ne faisait plus depuis trois semaines, et vaqua de nouveau à ses occupations.
Ce malade, revu, reste sans douleurs importantes jusqu’en février 1934, soit deux ans.
À ce moment, les névromes douloureux du nerf cubital et médian étaient à peu près complètement effacés.
Seul persistait le névrome postérieur du radial. Le malade, spontanément, demande de faire la section de ce nerf. L'intervention fut faite le 15 mars 1935 et on profita pour se rendre compte de l’état des deux autres nerfs. Repassant par l’incision antérieure, c’est-à-dire par lincision de choix pour les ligatures de l’artère axillaire, au sommet du creux de l’aisselle, on découvrit d’abord le nerf médian : « Il présentait, à ce niveau, un renflement uniforme, très légèrement vascularisé. Il en était de méme du nerf cubital. Artère très réduite, du volume d’une artère radiale environ. On pratique sans difficulté la section suivie de suture du tronc du radial, immédiatement au-dessous de la bifurcation du nerf circonflexe.
La cicatrisation se fit per primam et le malade se
trouve le mieux possible.
Maintenant, et depuis cette opération, il peut mettre sans douleur un bras articulé et a repris son travail.