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EL le beau soleil d'or, s'enfonçant sous la mer Comme un vaisseau qui sombre,
Lance un dernier rayon aux grands bœufs à l'œil clair Et disparaît clans l'ombre.
LE CERF-VOLANT
Bir.n au-dessus de la mer bleue, Dans le ciel clair.
De son interminable queue, Balayant l'air,
210 LE CERF-VOLANT
El comme un gros corps sans cervelle Cabriolant, S'agite au bout d'une ficelle Le cerf-volant.
Majestueusement cocasse,
Tout galonné, Au beau milieu de sa carcasse
Il est orné D'un grand soleil où l'or ruisselle
Étincelant, Et que vient trouer la ficelle
Du cerf-volant.
Le grand oiseau fantasque et bête,
Du fil léger Veut, par maint et maint coup de tête,
Se dégager :
LE CERF- VOLANT -.-il
Mais une force l'ensorcèle,
Le turbulent...
C'esl l'enfant qui tient la ficelle
Du cerf-volant.
Ainsi, dans ce monde où nous sommes,
Combien souvent Nous voit-on rester, pauvres hommes,
Bas dans le vent!
Le grand ciel libre nous appelle,
Affriolant...
.Mais une main tient la ficelle
Du cerf- volant.
En vain le vent léger nous pousse
Bien loin, là-bas; La main qui nous lient, ferme et douce,
Ne lâche pas :
LE CERF- VOLANT
Car celte main mignonne est celle
Du dieu galant, L'Amour, — qui tire la ficelle
Du cerf-volant!
A TABLE D'HOTE
C"est la banale table d'hôte Do l'hôtel breton, que l'on voit S'arrondir sous son vaste toit, Au bout <lo la plage, à mi-côte.
A TABLE D'il DTK
Aux murs de la salle, par rangs, Dans leurs cadres dont l'or se pique, Une collection unique De tableaux... à trente-cinq francs :
Tableaux compliqués, pleins de choses, Effets de printemps ou d'hiver, Soleils couchants, lunes en Pair Se mirant dans de beaux lacs roses;
Ou bien, naïfs et réguliers, Près d'un glacier de Suisse mauve, Quelques longs bâtons de guimauve, Qui figurent des peupliers.
Dans le fond, sur la cheminée, Entre deux vases vernissés, Souvenir des hymens passés, Dort une couronne fanée,
A TABLE D'IIOTK.
Et, sous un lustre en papier vert, < »ù viennent bourdonner les mouches.
Jouant des mains, jouant des bouches, Les dîneurs prennent leur dessert.
Parmi tous ces hùtes vulgaires, Hauts en couleur, ronds et joyeux, Bavardant ferme et buvant mieux, Et riant au choc de leurs verres,
En face de moi je la vois, Dans son corsage de cretonne, Toute frêle, toute mignonne, Et fine jusqu'au bout des doigts.
Elle a douze ans, treize ans à peine, Cette filletLe aux cheveux d'or :
Bien plus enfant que femme encor, Elle a pourtant des airs de reine.
•210 A TABLE D'HOTE
A sa droite, œil clair et front haut, Mais vieux d'âge et d'inquiétude, Le père — quelque homme d'étude Mange et rêve sans dire un mot.
A sa gauche est le petit frère, Pauvre enfant à l'air attristé, Celui qui sans doute a coûté En naissant, la vie à la mère,
Être malingre, au long profil, A l'œil terne, à la peau de cire, Un de ceux-là qui vous font dire :
<( A quoi le bon Dieu pensa-t-il? »
Or, sur cette plante chétive Éclose par un froid soleil, Avec un amour sans pareil Veille la lilletti; attentive.
A TABLE D'HOTE
Malgré les refus entêtés De l'enfant injuslc et morose, Elle prodigue eu toute chose Des trésors d'exquises bontés :
De sa main active et fluette, Vilement, le faisant manger; Dès qu'il vient à se déranger, Serrant le nœud de sa serviette;
Pour qu'il y puisse boire mieux, A ses lèvres, portant son verre; Quelquefois, pour le faire taire, Lui parlant avec de gros yeux...
Bref, en sa charité suprême, Sans défaillance, sans ennui, Vivant en lui, par lui, pour lui, Jusqu'à s'oublier elle-même.
A TAB1.K D'HOTE
A ce moment, rouge de feux, Le soleil, se couchant dans l'onde.
Vient éclairer sa tète blonde Et se jouer dans ses cheveux,
Si bien que sous cette auréole Ou dirait, descendant du Ciel, Quelque vierge de Raphaël Qui tient l'enfant et le console.
Et je pensais par devers moi, Devant ce tableau tout intime :
« Nature! ù Nature sublime!
Combien admirable est ta loi!
Loin de ces êtres qu'elle adore La mère s'en va pour jamais...
Mais en sa fille tu permets Qu'elle puisse exister encore!
A TAIII.K D'HOTE.
- de ce pauvre enfant chélif Que la crainte de vivre assiège, Tu mets, afin qu'il le prolèg .
une gardien attentif,
El lu voulus, dans ta clémence, Que pour veiller au bord du nid, En cet ange blond qui finit Fût une mère qui coramenci