‹ Les Moineaux francsChapitre 44 sur 56 · SOIR D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

SOIR D'ÉTÉ

Souvent, près de la mer, par quelque soir d'été. Quand lanuit,descendantcomme un grand voile sombre S'étend sur la nature, et verse, avec son ombre, Le doux enchantement de sa placidité;

Souvent je me suis dit : A quoi bon cette vie?

Et, dans nos cœurs humains profondément troublés,

A quoi bon ces désirs toujours renouvelés,

Et l'ambition folle, et l'implacable envi»'?

SOIU D'ETK.

Vers un but incertain qui sans cesse nous fuit, A quoi bon ces efforts sans raison et sans trêve? Pourquoi cet éternel et fantastique rêve De lutteur obstiné s'agitant dans la nuit?

Homme, quel est pour loi le prix de tant de veilles? La récompense offerte à tant d'activité? Rien qu'un léger renom grisant ta vanilé, Un murmure flatteur montant à tes oreilles!

Tu marches cependant, luttant, luttant toujours, Sans comprendre, aveuglé par tes folles intrigues, Pour obtenir si peu combien tu te prodigues, Et de quel lourd fardeau tu surcharges tes jours.

Mais va! Te tourmentant de ces chimères vaines

Faites d'inconséquence et d'instabilité,

La Providence agit avec sagacité :

Homme, elle t'intéresse aux misères humaines.

son; D'ETE. 223

Sans doute, il est mesquin, le but auquel tu tends : Mais, s'il n'était mesquin, tu n'oserais y tendre! Dieu fit d'autres bonheurs que tu ne peux comprendre Et trop liants sont pour toi les grands cieux éclatants.

Faible et nu, tu ne peux, dans la lutte suprême, Obtenir qu'un bonheur furtif et limité : Mais le moindre rayon pour toi devient clarté, Et tu puises ta joie en ta faiblesse même.

Telle, seule dans l'ombre et première â l'appel, Vénus brille là-haut plus limpide, plus claire, Et semble, souveraine émue et solitaire, De ses faibles lueurs arpenter tout le ciel.

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LES PÂTÉS DE SABLE

Sur la plage, à basse marée.

Quand la mer au loin retirée Remonte à l'horizon sans fin.

Pelles en main, jupes roulées, Voici, les enfants, par volées, Se jouant dans le sable fin.

LES PATES DE SABLE

Actifs, affairés, pleins de flammes, Par-ci, par-là, de tous côtés, Petits hommes, petites femmes.

Ils font des pâtés.

Avec des mines ingénues, Bien campés sur leurs jambes nues Que le chaud soleil brique ta, Ils dressent sur le subie humide Quelque naïve pyramide, Quelque modeste Golgotha, Qui devront tenir tète aux lames, Résister aux flots irrités...

Petits hommes, petites femmes, Ils font des pâtés.

Remparts ('[tais, tours crénelées, Fossés profonds, larges vallées,

LES PATES DE SABLE

Demi-luiii'S et bastions, S'élèvent ù grands coups de pelles, Suivant les règles fort nouvelles De leurs fortifications.

Puis ils plantent des oriflammes Sur les travaux exécutés... Petits hommes, petites femmes, Ils font de> pûtes.

Chers enfants, fines tètes roses, A ces très importantes choses Donnez vos soins et vos efforts :

Jeunes Vaubans en jupes hautes, Tout le long, le long de nos côtes, Dressez vos châteaux et vos forts.

Ignorant la vie et ses drames, Ses soucis et ses duretés, Petits hommes, petites femmes, Faites des pâtés.

LES PATES DE SABLE

Toi, mon gros père, qui barbotes.

Portant le sable à pleines hottes Pour consolider le rempart, Qui sait où le destin te mène.

Et, dans notre mêlée humaine, Quelle peut bien être ta part?

Traiteras-tu les dieux d'infâmes, Ou chanteras-tu leurs bontés?...

Petits hommes, petites femmes, Faites des pâtés!

Toi, mignonne commère blonde, Qui, dans cette fosse profonde.

Veux faire entrer « toute la mer », Quand un jour — car il faut qu'on aime! 11 te prendra malgré toi-même, L'amour te sera-t-il amer?

Connaîtras-tu des nobles âmes Les révoltes et les fiertés?...

LES PATES DE SA BLE. Î20

Petits hommes, petites femmes, Faites des pâtés!

Sans souci de vos destinées, Enfants, que vos jeunes années Brillent, en pleine floraison :

Là-bas, impossible à connaître.

L'horizon est sombre peut-être...

JN'e regardez pas l'horizon !

Avant d'être de belles dames, De beaux messieurs bien cravatés.

Petits hommes, petites femmes, Faites des pâtés !

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