‹ Les Moineaux francsChapitre 48 sur 56 · PROMENADE EN MER · texte numérisé non relu

PROMENADE EN MER

Et l'histoire reprend, naïve et monotone,

Leur même histoire à tous sur la côte bretonne,

Les départs, les retours, le service à l'État,

Dur métier, où l'on doit trimer plus qu'un forçat,

Mais qu'on aime bientôt et dont on se fait gloire;

Puis le premier combat, la première victoire

Dans des pays très chauds, sur des hommes tout nus

Aux fantastiques noms, à peine retenus...

On était canonnier alors... Comme personne

On savait envoyer un boulet dans la tonne,

Et, malgré le gros temps, en habile pointeur,

Offrir au commandant un beau coup d'amateur.

Puis, les galons venus, voici le quartier-maître Que les femmes de Brest lorgnent de leur fenêtre ; Les longues nuits de quart sur la frégate en bois... Car Arsène est un vieux, un marin d'autrefois. Les engins compliqués de la nouvelle guerre, Torpilles, cuirassés, ne le séduisent guère ;

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< >n savait se passer jadis de lout cela!

Il en parle en riant, il en plaisante, il a

Le plus profond mépris pour ces « horlogeries ».

La voix douce poursuit, pleine de rêveries, Et nous dit maintenant l'Islande aux flots glacés. Dans le fond du bateau les poissons entassés, Le sombre et dur travail où chacun s'évertue, Le froid, l'horrible froid qui pénètre et qui tue, Et le retour enfin, quand on revient!

C'était Dans un de ces retours au pays, qu'il sentait Pour la première fois son amour pour Loyse. Native de Saint-Cast, elle était sa payse. 11 l'avait épousée en mai, le mois Henri. Brave fille, et jolie, et fidèle au mari! Deux garçons seulement, l'un marin, l'autre prêtre A Rennes... Cet automne on le verra peut-être...

PROMENADE EN MKR,

Quinze jours tout au plus... il vient si peu souvent. 11 est très estimé là-bas... c'est un savant! »

Quand nous rentrons au port, la nuit est déjà sombre. Comme des yeux sanglants qui rayonnent dans l'ombre, Les fanaux de la cale indiquent le chemin. Le patron a jeté l'amarre à pleine main : « Attrape! »

Et l'on accoste et le flot vous ballotte, Et franchissant d'un bond l'eau sombre qui clapote Par l'escalier de pierre incessamment lavé, On monte, et les talons sonnent sur le pavé.

« Bonsoir! » dit le patron en levant sa casquette.

La barque disparaît là-bas, fine et coquette,

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