MATINEE DE BROUILLARD
Brouillard épais, matinée Chagrinée.
Les pécheurs restent au port...
Tout s'endort.
Le soleil dans un lointain
Incertain, Semble une étoile mouillée
Et brouillée.
MATINEE DE illiiH'l I.LA RD,
Les barques llottent ballantes, Nonchalantes,
Sur le flot d'argent bruni Tout uni.
Des coups de sifflet pressés
Sont lancés, Cris de machine embrumée
Enrhumée...
Puis un long flic-llac de roue
Qui s'ébroue :
Le bateau de Saint-Malo
Vient sur l'eau.
Les voyageurs débarqués
Sur les quais Passent au loin, silhouettes
Fort peu nettes.
M A T I N K ]•: DK BItOU I 1,1. A R [>.
Ils marchent tèle baissée
Et lassée ; Leurs membres paraissent pris
Dans du gris.
La cloche, au sourd tintement,
Tristement Dans le brouillard vibre et pleure
Un quart d'heure.
Des ombres vont qui s'espacent
Et qui passent :
Le bateau repart, tout luit
Dans la nuit.
i ) Soleil ! ô vieil ami
Endormi, Qui sous ces flottantes robes
Te dérobes,
248 MATINÉE D E HROU1LL.VUD.
Pour demeurer de la sorte
A la porte, As-tu fait, vieux débauché,
Un péché?
En courant le guilledou (Dieu sait où !),
Cette nuit loin de la Lune Importune,
Liitinant quelque planète
En goguette, Es-tu tombé sur ton né
Fleuronné?
Ou bien, réveillé trop tard,
Par hasard, Honteux de ta nonchalance,
En silence,
MATINEE DE lilMni.l.Ai; I».
Rjestes-tu dans un nuage
Comme en cage, I (e ] > < ■ u r de te voir puni
Et honni?
Si toile est ta crainte, eh bien!
Ne crains rien !
Perce la brume maudite!
Viens-nous vite'
i lu pardonne tout quand même.
Dès qu'on aime, Et l'on t'aime, tu le sais,
Bien assez.
Ne nous laisse pas te voir
Sans t'avoir!
Grand acteur, sors des coulisses
< lu tu glisses,