‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 100 sur 177 · Molosme, Saint-Michel de Tonnerre, Nesle, etc · texte numérisé non relu

Molosme, Saint-Michel de Tonnerre, Nesle, etc

2. Vit. S. Maximini, abb. Miciar,., n. 4 à 9. Ap. Act. SS. O. S. B., 1. 1, p. 56i, éd. Venet.

3. Inter Francos peregrini. — BnéQiiirojv, qui dans sa grande collection (Diplomata, Charlœ, etc., t. I. Prolégoin., p. 8. Paris, 1791, in-folio) conteste tous les diplômes attribues à Clovis pour Roomaus, Siint-Pierre-lo-Vif, etc., reconnaît l'authenticité de celui donné par Clovis à saint Euspice et à saint Maximin pour Micy. — Le souvenir de cette fameuse abbaye a été rajeuni de nos jours par le petit séminaire du diocèse d'Orléans, établi à La Chapelle Saint-Mesmin, non

LES MOÎNES EN GACLK

Aotfts légendes Une légende longtemps populaire en Touraioe mm^m ^ ^ é$ï*e abbatiale de Saint-Julien,

Clovis.

qu'on admire encore a Tours, marque remplacement où le vainqueur des Visigoths s était arrêté à cheval et la couronne en tête pour répandre des largesses en venant rendre grâces à saint Martin de sa victoire de Vouillé4.

Une autre tradition, rapportée par Grégoire de Tours, peint mieux encore le sentiment qui animait et consolait les populations de la Gaule, quand elles voyaient leurs redoutables conquérants s'incliner cioYts devant la sainteté des religieux de leur race. On se

et

&aint Matxent. racontait que pendant la marche de 1 armée de Clovis à travers le Poitou à la rencontre d'Alaric, une bande de Francs avait voulu saccager le monastère que gouvernait un saint religieux venu d'Agde en Septimanie et nommé Maixent2; un des Barbares avait déjà l'épie haute pour trancher la téte de l'abbé, lorsque son bras demeura tout à

loin de l'emplacement môme de Micy. Sur la rive droite de la Loire, et grâce à un exemple de respect pour l'antiquité bien rare parmi nous, la grotte où avait été déposé le corps de saint Maximin a été restaurée et consolidée par les soins de M. Collin, ingénieur en chef de la navigation de la Loire. Elle a été depuis rendue au culte et inaugurée, le 13 juin 1858, par cet illustre évèque d'Orléans à qui son éloquence et son courageux dévouement à la papauté dépouillée ont valu le premier rang dans l'épiscopat contemporain.

1. Martyrologe de 1469, cité par Salmon, Recueil des Chroniques fie Touraine, p. 53.

ï. Ce monastère est devenu la ville de Saint-Maixent (Deui- Sèvres).

coup paralysé et ses compagnons restèrent aveuglés autour dô lui. Clovis, averti du miracle, accourut auprès du moine et lui demanda grâce h genoux pour les assassins1. On montra pendant plusieurs siècles, dans l'église du monastère, le lieu où le vainqueur de Syagrius et d'Alaric s'était agenouillé devant un moine gallo-romain et avait reconnu une force plus invincible que toutes les armées romaines ou barbares.

Ce n'était pas toujours aussi impunément que les moines se trouvaient exposés au contact de ces vainqueurs féroces, et mal leur en prenait souvent de représenter la religion, avec les bienfaits et les progrès qui en découlent, aux yeux des hordes sanguinaires et cupides, dont l'ascendant d'un Clovis pouvait quelquefois réprimer la fureur, mais dont les chefs étaient ordinairement les premiers à donner l'exemple de la violence. Ces Francs, si zélés pour l'orthodoxie et qui se vantaient de combattre pour l'Eglise contre les Burgondes ou les Visigoths Ariens, ne se faisaient pas faute, quand leurs passions s'enflammaient, de soumettre aux traitements les plus barbares les moines et les prêtres les plus orthodoxes. C'est ainsi qu'on voit, lors d'une des invasions de la Bourgogne, un solitaire du fameux monastère de l'île Barbe, sur la Saône, près Lyon,

1. Qui locus in quo idem princeps ad pcdes sancti viri jacuerat in eodem monasterio usque in hodiernum diera apparet. A< t. SS. Bolmxd., d. 25 juuii, p. 172. — Cf. Grec.. Tur., Hist., 1. h, c. 37.

i* Boiœ uobio livré aux plus cruelles tortures par un détachement par de Francs qui avait envahi ce sanctuaire, selon ,es Fr*ncs* quelques-uns, le plus ancien des Gaules. Il s'appelait Léobin et avait été berger avant d'être moine. Tous les autres religieux s'étaient enfuis, excepté lui et un autre vieux moine, lequel, pressé par les envahisseurs de leur montrer où étaient cachées les richesses du monastère, répondit qu'il n'en savait rien , mais que Léobin était au courant de tout. Celui-ci ayant refusé de répondre, les Francs le mirent à la torture avec une cruauté ingénieuèe, qui semble avoir été empruntée à des habitudes plutôt orientales que germaniques. Ils lui serrèrent le crâne avec des cordelettes, ils le bétonnèrent sur la plante des pieds, ils le plongèrent à plusieurs reprises dans l'eau pour ne l'en retirer qu'au moment où il allait étouffer. L'intrépide religieux résista à tous ces supplices sans parler. Alors ils l'abandonîi dolent éxtqne n^rent p'us mort ciue vif. Il en revint cependant, chaîtrw. et ce wl Pour ^lre appelé, après quelques années, au siège épiscopal de Chartres par un des fils de Clovis, par Childebert, qui avait lui-même dirigé l'invasion dont le pieux évêque avait failli être victime1.

1. Dum Franrorum dura ferocitas contra Burgundiones bel la conclure!... Vit. S. Uobini, c. .%-H; op. Act. SS. O. S. BM t. I. — Govis lui-même envahit la Bourgogne en 50 tf; ses fils en .Y23 et en 532. Saint Loobin étant devenu éveque en 517, il est probable que son aventure à l'île Barb? se rapporte à la dernière de ces invisiom, dirigée par Clotaire et Childebert.

Clovis eut une sœur nommée Alhoflètle et qui, baptisée en même temps que lui, avait embrassé la vie religieuse. Elle mourut peu après, et Clovis l'avait pleurée au point d'avoir besoin d'être rappelé par saint Rémi aux devoirs de sa charge royale. « Il n'y a pas lieu, lui écrivait l'apôtre des Francs, u gœur de pleurer cette sœur dont la (leur virginale répand htlkHaovii son parfum en présence de Dieu, et qui a reçu une to JJÎ^J,^ couronne céleste pour prix de sa virginité. Mon seigneur, chassez celte tristesse de votre cœur, il vous reste votre royaume à gouverner. Vous êtes le chef des peuples et vous avez à porter le poids de leur administration !. »

11 eut aussi une fille qui s'appelait Théodechilde, et qui, elle aussi, à ce que l'on suppose, consacra à Dieu sa virginité. On discerne à peine son existence par quelques traits épars dans les écrits de Grégoire de Tours et les autres chroniques du temps. Ils nous permettent de la saluer en passant, comme une douce et consolante apparition au milieu des violences et des horreurs de l'époque où elle vécut. Elle voulut fonder, près de la métropole gallo-ro- Salal.Pjcrre.le.Vi; maine de Sens, un monastère en l'honneur de saint * sc»s Pierre et de saint Paul, à l'instar de celui que son A* 507

i. Sa^rata non est lugenda, quœ fragrat in conspectu Domini flore virginco, et coroua tecta quam pro virpinitatc suscepit... Dominus meus, repelle de corde tuo tristitiam... regnum sagacius gubernate... Mœroris torpore discusso... manot vobis regnum administrandum... Populorum caput estis et regimen sustinctis. Ap. Labbe, Concil., t, IV, p. 12C8. Cf. S. Grec. Turm Hist., u, 31.

MOIKSS DUCC. II. 19

père et sa mère avaient construit près de Paris, au midi de la Seine, et où était enterrée sainte Geneviève. Dans cette fondation, qui a pris depuis le nom de Saint-Pierre-le-Vif, Théodechilde établit des moines; elle y choisit sa sépulture après lui avoir fait donation de tout ce qu'elle avait possédé ou acquis en France et en Aquitaine, c est-a-dire en deçà et au delà de la Loire1. Un acte de généreuse pitié dû à la royale fondatrice inaugure dignement les annales de ce fameux monastère. Basolus, que le roi des Visigoths d'Aquitaine, Gesalric, avait nommé duc d'Aquitaine, fait prisonnier par Clovis dans un dernier combat, avait été conduit enchaîné

à Sens. Pendant que ses gardes le conduisaient au cachot, où il s'attendait à être mis à mort, il rencontra sur son passage la fille de son vainqueur, Théodechilde. Elle résolut aussitôt de demander la vie et la liberté du captif. Clovis se refusa longtemps à ses prières : il céda enfin, mais à la con-

1. Monachos ut, sub abbatis imperio, Deo cunctis dicbus deserrirent... Quidquid de possesso scu de acquisito... — Ce testament se trouve dans la collection des opuscules d'un savant moine de Saint- Pierre-lc-Vif au xi* siècle, Odorannus, publiés par le cardinal Mai, au tome IX de son Spicilêgium Romanum, p. 62. — Fortunat, le poOte attitré des princesses mérovingiennes, a fait l'épitapbe de Théodechilde. Odorannus en cite une autre d'elle ainsi conçue :

Hune rtginn locum monaehis construxit ab imo

Theuchildis rébus nobilitando suis; Cujus nunc , licet hoc corpus claudatur in antro,

Spiritus astrigero \ivit in azo Doo.

Implorans roctis pastoribus euge beat a m

Dot sapioatibus hinc neuraata digna Dcos!

dition que le chef vaincu serait envoyé au monastère que sa fille venait de constituer, pour qu'on lui rasât la tête et qu'on le fît moine. Basolus paraît avoir adopté de bon cœur sa nouvelle profession, car il donna à saint Pierre toutes les terres qu'il possédait en Auvergne, et fonda ainsi le monastère et la ville de Mauriac dans les montagnes du Cantal 4.

Ces monastères d'Auvergne et d'ailleurs, où les vainqueurs se rencontraient souvent avec les vaincus, servaient déjà d'asile à tous les genres de misères. Grégoire de Tours nous a conservé la mémoire d'un jeune esclave arverne, Porcianus, qui, fuyant les rigueurs de son maître, se réfugie dans un monastère. Le Barbare l'y poursuit et l'en arrache; mais, frappé tout à coup de cécité, il restitue le fugitif au sanctuaire afin d'obtenir ainsi la guérison qu'il sollicitait. L'esclave devient moine, puis abbé, et gouverne le monastère, d'où il sortit un jour pour arrêter et réprimander le roi franc Thierry, fils de Clovis, dans sa marche dévastatrice à travers l'Auvergne2. Après sa mort, l'abbaye, que sa sainteté avait illustrée, prit son nom et l'a donné à la ville actuelle de Saint-Pourçain*.

1. Mauriac est aujourd'hui une sous- préfecture du Cantal. Ce monastère fut restaure en 1100 par Raoul d'Escorailles , qui y mit des religieuses, en stipulant que toutes les abbesses seraient prises dans sa descendance. Branche, Monastères d'Auvergne, p. 63.— Cf. Mabillon, Annal., 1. vi, c. 30.

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