Chef-lieu de canton dans l'Allier
Monastères d'Auvergne ; B.i>olas.
l'orciru.
Vers "32.
i^nisdfCium C'est encore à Grégoire de Tours que nous deics moiocs vons de savoir comment le premier-né de Clovis.
Thierry, roi de Metz, chef de ces Francs Ripuaires qui constituèrent le royaume d'Austrasie, et père de Thierry i« ce Théodebert qui fut le protecteur de saint Maur, rabbé^Nîzier subissait avec docilité les libres remontrances que verTsa?. lui adressait publiquement, contre les immoralité de sa vie, l'abbé Nizier. Loin de lui en vouloir, ce roi le fit monter sur le siège épiscopal de Trêves. Il envoya plusieurs de ses principaux olficiers le chercher dans son monastère pour le mener à Trêves. A la halte la plus voisine de la ville, ces seigneurs lâchèrent leurs chevaux au milieu des moissons. A cette vue, l'abbé Nizier indigné leur dit : « Retirez sur-le-champ vos chevaux de la ré- « coite du pauvre, ou bien je vous excommunie. » « Eh quoi! » dirent ces Francs, révoltés de l'outrecuidance du moine, « tu n'es pas encore évêque, et (i déjà tu nous menaces d'excommunication. » « C'est le roi, » répondit le moine, « qui m'arrache « de mon monastère pour me faire évêque : que la « volonté de Dieu soit faite, mais quant à la volonté « du roi, elle ne se fera pas quand il voudra le <• mal, en tant que je pourrai l'empêcher. » Làdessus, il se mit à chasser lui-même les chevaux des champs qu'ils dévastaient. Et pendant tout son pontiûcat, le roi Thierry et son fils Théodebert, dont les mœurs étaient dissolues comme celles de tous les Mérovingiens, eurent à subir le zèle aposto-
lique de Nizier. Il disait toujours: «Je suis prêt « à mourir pour la justice. » II brava de même le terrible Clotaire qu'il priva des sacrements et dont la mort put seule le délivrer de l'exil déjà prononcé contre lui4.
Clodomir, roi d'Orléans, le second des fils de Clovis, vit également la noble figure d'un moine, ciciomir
et
d'Avilus, abbé de ce monastère de Micy, en Orléa- îabbcAvit. nais, que son père avait fondé, se dresser devant lui lorsque, au moment d'entreprendre sa seconde campagne contre les Burgondes, il voulut se débarrasser de son prisonnier, le roi Sigismond , qui avait cherché en vain un refuge dans son bien-aimé cloître d'Agaune. Le religieux venait lui rappeler lesdroils de la pitié et lui prédire les arrêts de la justice divine. « 0 roi ! » lui dit-il, « songe à Dieu : si tu renonces « à ton projet, si tu fais grâce à ces captifs, Dieu « sera avec toi et tu seras de nouveau vainqueur : « mais si tu les tues, toi et les tiens vous subirez « le même sort2. » Clodomir répliqua : « C'est un « sot conseil que de dire à un homme de laisser « son ennemi derrière lui. » Il fit égorger et jeter
1. Expellite quantocius equos vestros a segete pau péris, alioquin removebo vos a communione mea... Quœnara est lise causa quam loqueris? Adhuc cum episcopalem apicem non es adeptus, et jam... Fiat vol un tas Dei : nam et régis voluntas in omnibus malis, me obsistente, non adimplebitur... Libenter moriar pro justitia. Gheg. Tuao*., De Vitis Patrum, c. 17.
2. Si respiciens Deum emendaveris consilium tuum, ut hos homines interflei non putiaris, erit Deus tecum... Grec. Tcron., Uist., J. m, c. 5.
dans un puits Sigismond, sa femme et ses deux enfants. Mais la prédiction d'Avitus s accomplit. Clodomir fut vaincu et tué ; sa tête, fixée au bout d'une pique, fut promenée triomphalement dans les rangs des Burgondes. On sait quel fut le sort de ses enfants; comment ses frères Childebert et Clotaire, s'armant d'une parole échappée à leur mère Clotilde, qui avait dit qu'elle aimerait mieux voir ses petits-Gls morts que tondus*, massacrèrent les
1. Il est probable qu'il ne s'agissait pas ici de la tonsure monastique, mais du retranchement de cette longue chevelure qui était, chez les Francs comme chez les paysans bas -bretons d'aujourd'hui, le signe de la liberté, et chez les Mérovingiens un attribut particulier de cette dynastie et de leur droit héréditaire. Solcmneest Francorwn regibus nunquam tonderi... Cœsaries tôt a decenter eis in humeros propendet. Agathi* Histor., ap. Thierry. Récits méroving., t. II, p. 17. h Un prince mérovingien pouvait subir de deux façons cette déchéance temporaire : ou ses cheveux étaient coupés à la manière dos Francs, c'est-à-dire à la hauteur du col, ou bien on le tondait très-court, à la mode romaine, et ce genre de dégradation, plus humiliant que l'autre, était ordinairement accompagné de la tonsure ecclésiastique. » Ibid. — Du reste, les rois et les grands do l'ère mérovingienne apprirent de bonne heure et pratiquèrent souvent l'odieux usage d'imposer des vocations forcées aux princes dépossédés, en les faisant tondre malgré eux. L'histoire de Mérovée, fils de Cliilpéric, et mari de Brunehaut, dégradé par la tonsure sur l'ordre de Frédégonde, est connue de tout le monde. Un autre exemple, encore plus frappant, est celui de Thierry III, roi de Neustric, déposé en 070 par lys grands révoltés contre la tyrannie d'Kbroin, et remplacé par son frère Childéric II. Son frère lui demandant ce qu'on doit faire de lui, il répond : « Ce qu'on voudra : injustement déposé, j'attends le jugement du roi du ciel...» Tune ad monasterium S. Martyris Dionysii residere est jussus ibique est salvatus, donec crinem quem amputaverant enutriret : et Deus cœli, quera se judicem est habere professus, féliciter postmodum ipsum permisit regnare. .4non. AUduen. Vit. S. Leodegarii, c. 3.
Saiot Clou.).
deux aînés, et comment le troisième n'échappa à leur couteau que pour subir la tonsure religieuse et porter, sous le nom de saint Cloutl , l'un des noms monastiques les plus connus de notre histoire.
Ces féroces assassins n'en subirent pas moins à leur tour l'ascendant des leçons et des exemples cwideuen donnés par les moines. Childebert surtout aurait d« moines, été le roi monastique par excellence, s'il fallait en croire toutes les légendes qui ont probablement concentré sur lui diverses anecdotes relatives à d'autres princes du même nom ou de la même race. Quelques-unes méritent d'être rappelées, par leur caractère particulièrement authentique ou par la lumière qu'elles projettent sur l'histoire contemporaine. On aime à voir le premier roi de Paris, en traversant le Berry pour aller combattre les Visigoths, s'arrêter à la porte de la cellule occupée par le moine Eusice et lui offrir cinquante pièces d'or. ^ reIa(jons « Pourquoi faire? » lui dit le vieux reclus : « don- „ ™c .
i l'abbc Eusice ,
« nez-les aux pauvres; il me suffit de pouvoir prier en ^ « Dieu pour mes péchés. Toutefois, marchez en « avant, vous serez vainqueur, et puis vous ferez a ce que vous voudrez. » Childebert inclina sa tête chevelue sous la main du solitaire pour recevoir sa bénédictioji et lui promit que, si sa prédiction se vérifiait, il reviendrait lui bâtir une église. La prédiction s'accomplit et la promesse du roi fut tenue. Après qu'il eut défait les Visigoths et pris Narbonne
leur capitale, il fit construire1, sur les bords du Cher, un monastère et une église qui servit de sépulture au solitaire. Cette donation s'accrut de celle que fit le noble Vulfin, un des principaux Francs de l'armée, et qui, dans la distribution des récompenses que fit Childebert au retour de sa campagne, ayant demandé et obtenu un domaine royal, ou ce qu'on appelait déjà un honneur, sur les bords mêmes de celte rivière du Cher, courut en faire hommage au saint moine dont la renommée l'avait séduit2.
Cet Eusice ou Eusitius devait être, d'après son nom, d'origine romaine ou gallo-romaine, comme tous les autres religieux que nous avons signalés jusqu'ici. Mais Childebert eut des relations du même
ordre avec un autre religieux dont le nom, Marri îvcc l'abbé , . . «. . . r -, i
franc culphe, indique une origine franque et qui est If r*\!ïwê. premier de tous les saints moines dont le nom porte cette empreinte5. Il était d'ailleurs issu d'une race
1. A Selles en Berry, près Bomorantin. a Quid mihi ista profers?... Vade et victoriam obtinebis, et quod volueris ages. • Grec. Tlkos., De Glor. Confess., c. 82. — Crinigeram cerviceni sancti manibt»..; inclinât. Don Bouquet, III, 129. — Eusice avait commencé par Mre moine à Perrecy, en Bourgogne [Patriciacum), qui fut plus tard uu des prieurés les plus célèbres de l'Ordre bénédictin.
2. Vulfinu» ejusdem generis vir nobilissimus... remuneratioois su» pnemium... prsestolabatur... nihil petiit sibi dari nisi super Chari fluvium quem rcx habebat bonorem. VU. S. Eustcii, ap.L«M, Xov. Bibl. MSS.t II, 375.
3. Parmi les saints moines dont le nom indique une origine germanique, je ne vois avant Marculphe ou Marcoul, qui mourut en 558, que Thèodoric ou Thierry, mort en 533, disciple de saint Remi, premier abbé du grand monastère qui a gardé son nom, pris
riche et puissante établie dans le pays de Baveux, et tout, dans le récit de sa vie, témoigne de l'union contractée chez lui par la fière indépendance du Franc avec la rigoureuse austérité du moine. Il avait consacré la première moitié de sa We à prêcher la foi aux habitants du Cotentin; puis on le voit partir, monté sur son Ane, pour aller trouver Childeberten un jour de grande fête, au milieu de ses leudes, et lui demander un domaine à l'effet d'y construire un monastère où l'on prierait pour le roi et pour la république des Francs. Ce ne fut point à l'adulation habituelle aux Romains du Bas-Empire qu'il eut recours pour se faire écouter : « Paix et « miséricorde à toi, de la part de Jésus-Christ, » lui dit-il , « prince illustre : tu es assis sur le trône de « la majesté royale, mais tu n'oublieras pas que tu « es mortel, et que l'orgueil ne doit pas te faire « mépriser tes semblables. Rappelle-toi le texte du «Sage: tes hommes t'ont constitué prince; ne h l'élève pas, mais sois l'un d'eux au milieu d'eux. <« Sois juste jusque dans ta clémence, et aie pitié « jusque dans tes justices. » Childebert exauça sa demande. Mais à peine eut-il achevé cette première fondation que, pour mieux goûter les attraits de la solitude, Marculphe alla se réfugier dans une île du littoral de la Bretagne, à peine habitée par une poignée de pêcheurs. Une bande nombreuse de
de Reims, et dont Guillaume de Saint-Thierry, l'annaliste du xn* siècle, a tiré le sien.
Marcolphe met en fiite les
pirates saxons.
pirates saxons étant venue s'abattre sur celte île, les pauvres Bretons accoururent tout épouvantes aux genoux du moine franc. « Ayez bon courage, » leur dit-il, « et si vous m'en croyez, prenez vos ce armes, marchez contre l'ennemi, et le Dieu qui a « vaincu Pharaon combattra pour vous. » Ils r écoutèrent, mirent en fuite les Saxons, et une seconde fondation marqua remplacement de cette victoire de Tinnocence et de la foi, enflammées par le courage d'un moine, sur la piraterie païenne1.
1. Ex nobilissimis ditissimisque ebristianissimis Bajocassinis civibus exortus... Asello cui aedere consueverat ascenso... Cum Rex multa suorum proccrum turba... Licet in solio majestatis sedea«, tamen te unum mortalium esse considerans... Tibi subditis et cum justitia pareil, et cum pietate corrigis... Pro tua totiusque roi public» salute sedulo oraturi... Pirata?., ex inexhaustis scaturiginibus gentis saxon icae prorutn pentes... Si meis vultis acquiescere monitis, arma constanter capessite... Pro vobis ip<e pugnabit, qui quondam Pharaonem,etc. Act a SS. 0. S. B. , tom. I, p. 120, 12i. — Celte lie, appelée Aynus ou Agna dans les deux vies de saint Marculphe, est probablement celle de Harmc ou Herms, près de Gucrnesey. — La translation des reliques de saint Marcoul, au ix* siècle, donna lieu à la fondation du grand monastère de Corbéni [Corpus Benedictum), entre Laon et Reims , où les rois de France allaient prier après leur sacre et obtenaient la grâce de guérir les écrouelles, en disant : Le roi tetouche, Dieu te guérisse.