Albert le Grand, p
2. Cependant une légende manuscrite du Musée Britannique , récemment imprimée dans la collection de Rees, Lives of the Cambro- British Saints, constate qu'un saint, vénéré en Cambrie sous le nom de Paterne ou Padarn, était né en Armorique, d'où il avait passé dans le pays de Galles à la tête d'une colonie de huit cent quarantesept moines, qu'il fut ramené en Armorique par un roi gallois nommé
Quoique l'Armorique, ainsi convertie et repeuplée par les émigrés bretons, n'eût jamais été entièrement conquise par les Francs et fût gouvernée par des comtes indigènes et indépendants de Vannes, de Cornouailles, de Léon et deTréguier, elle reconnaissait la suprématie partielle de Childebert, celui des fils de Clovis dont la domination s'étendait le plus loin à l'Occident.
Cette suprématie incomplète et éphémère des rois francs1, que Dagobert et Louis le Débonnaire eurent tant de peine à rétablir plus lard, semble alors avoir été surtout invoquée et reconnue par les missionnaires bretons. Tugdual, abbé et fondateur Leors relation* de Tréguier, ne fut élevé à l'épiscopat qu'avec le ciuweben. consentement de Childebert , auprès duquel il se trouvait lors de son élection. Il en fut de même de Paul Aurélien, premier évoque de Léon et reconnu comme tel par Childebert, sur la demande expresse du comte de la province2. Enfin, le métropolitain Samson, n'étant encore qu'abbé de Dol, eut à in-
Caradoc, qu'il devint évoque de Vannes et suffragant de Samson , comme le dit la légende bretonne. Le savant éditeur Hecs croit que c'est le Paterne qui assista au concile de Paris en 557, et que l'on croit généralement avoir été évoque d'Avranches. Ce ne peut donc être le même Paterne existant en 405 selon la tradition ordinaire. Il n'est pas impossible qu'il y ait eu deux évoques de Vannes du môme nom.
1 . « Fraucorum quidem regibus caetera subditi , at semper vacui tributo, » dit Procopc dans le passage cité plus haut.
2. Bolla.md., t. II Mart., p. 119. — Le saint abbé Armel, l'un des apùtr s de la basse Bretagne, séjourna pendant sept ans près de Childebert. Propr. Yenetense, ap. Albert le Guano, p. 523.
tervenir de sa personne auprès de Childebert, pour obtenir la délivrance d'un des princes indigènes, dépouillé de son héritage et emprisonné par un lieutenant tyrannique du roi franc1. Childebert, maigri' la violente résistance de la reine, dont cet officier était le fidèle, exauça la prière du missionnaire breton et le combla de dons et d'honneurs. Il aurait même, selon la tradition, soumis a. perpétuité, au monastère de Dol, diverses îles de la Manche, entre autres celle de Jersey, alors déserte, et qui depuis, grâce à la culture monastique, est devenue une merveille de fertilité et de richesse agricole, avec une population six fois plus dense que celle de la France.
1. Dicunt ei injustum super cos, ac violentum, externumque judicem venissc. Acr. SS. O. S. B., t. I, p. 167. — C'est cet officier que les légendes de S. Samson, de S. Juval, de S. Léonor, de S. Tujrdual et de S. Hervé, appellent Conomor ou Kon-mory c'est-à-dire le Grandi Chef, il gouvernait la Domnonée, qui comprenait presque toute l'Armorique, et s'était mis dans la vassalité privée de la reine UHrogothc, ou, commo disaient les Francs, dans sa truste. — Cf. Dom Lobufai , Saints de Bretagne, p. 59, 91, 94, 105, 111, éd. de 1725.