A SainWean-Keran, paroisse de Tréflaouéoan
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barde et la femme poète que Dieu lui donna pour père et pour mère1. Cetu? poésie vaut bien, ce semble, celle de Claudien et même celle des Druides.
Mais il nous faut quitter la région trop attrayante de la poésie, pour rentrer dans le domaine de l'histoire, qu'il est souvent, et ici surtout, diflicile de distinguer de celui de la légende. Sans vouloir entrer dans les délai Is de l'immigration des mêmes Bretons en Armoriqne, qu'il nous suffise de constater que, cinquante ans après leur débarquement, r Évangile régnait dans la Péninsule. Cénobites ou solitaires, les moines tinrent lieu de tout autre clergé pendant plusieurs siècles, et exercèrent dès lors sur l'âme et l'imagination de la population ar- Muuastères moricaine cet empire du prêtre qui dure encore.
D'innombrables monastères s'élevèrent sur les principaux points du territoire, du littoral surtout. Parmi ceux qui remontent à cette époque, il faut signaler Rhuys, que la retraite d'Abailard devait illustrer plus tard : fondée dès lors sur une presqu'île du Morbihan , par l'un des plus fameux d'entre les émigrés bretons, l'abbé Gildas, dit le
armoricains.
1. Cette belle légende de saint Hervé, œuvre si populaire en Bretagne, autrefois racontée avec un charme naïf, d'après les anck-as bréviaires bretons, par le dominicain Albert de Morlaii (1036), el reproduite d'après lui par les Bollaudistes, au tome V de juin, p. 305, a été élaborée tout récemment, avec autant de goût que d'érudition, par le vicomte Ilersart de La Villemarqué, membre de l'Institut, dans sa Légende celtique (Saint-Brieuc, 18j0). 11 y a joint le texte breton de la légende en vers et des poésies attribuées au saint.
Sage, cette abbaye compta parmi ses religieux le Saxon Dunstan, enlevé par des pirates à son île natale, et devenu, sous le nom de Gouslan, le patron spécial des matelots, comme le témoigne cette ronde que chantent encore aujourd'hui les femmes des marins du Croisic :
Saint Goustjn,
Notre ami, Ramenez nos maris :
Saint Goustan,
Notre amant, Ramenez nos parents.
A la pointe extrême de la péninsule et de toute la Gaule, sur le haut du promontoire, si bien nommé Finistère, une abbaye s'éleva en l'honneur de l évangéliste saint Matthieu, dont le chef avait été dérobé en Egypte par des navigateurs armoricains, et porta longtemps le nom de Saint- Matthieu du saint Mauiàeu
du
Bout du Monde. A ses pieds, de redoutables rochers Bout du Monde sont encore dénommés les Moines, et un archipel d'îlots voisins a reçu le nom breton d'Aber-Beniguct (ou Benoit), en mémoire peut-être du patriarche des moines d'Occident. Ceux de Saint- Matthieu entretenaient un phare pour le salut des mariniers dans ces parages dangereux, en face de ce terrible détroit du Raz, que nul homme, selon le dicton breton, ne passa jamais sans]avoir peur ou douleur, et qui a inspiré le distique si connu : « Mon Dieu,
École
de
LaiidfTeneo
aidez-moi a traverser le Raz, car ma barque est si petite et la mer est si grande1! »>
Mais le plus ancien et le plus célèbre de tous ces sanctuaires fut celui de Landevenec, qui devint le foyer le plus actif de la propagande chrétienne, en môme temps que du travail manuel et littéraire, dans la Gaule occidentale. Il eut pour fondateur Guennolé, né en Armorique d'un père émigré, qui , après avoir passé trois ans sur un rocher battu des Ilots, choisit pour ses disciples un site boisé, caché dans une anse de la rade de Brest, exposé au soleil levant, à l'abri du terrible vent d'ouest, et où la mer venait mourir au pied de jardins délicieux. Son biographe nous a conservé l'impression qu'avait laissée dans l'âme des moines bretons ce séjour, qui leur semblait un paradis auprès des âpres et froids rivages où ils s'étaient établis jusque-là. On n'y pouvait pas mourir, nous dit-il, et pour que les religieux pussent voir le terme de leur pèlerinage, il fallut que Guennolé transportât leur habitation dans un site un peu éloigné, mais toujours au levant, où la mort rentra dans ses droits, mais où, pendant longtemps, les moines ne mouraient que selon leur rang d'âge2.
1. Ai.bbi\t le Gra*d, p. 203 et 209. — Cf. la Vie de saint Tanneguy, p. 771, qui fonda cette abbaye, et passe pour avoir été de la famille du Chastel, dont Tanneguy du Chastel fut la grande illustration au xv« siècle.
2. Locus erat amœnissimus , ab omni vento intangibilis nisi ab orientali,velut quidam paradisusad ortum solisconspicuus... Primum
Le nom de Guennolé est resté populaire en Bretagne comme celui de beaucoup d'autres saints abbés venus d'outre-mcr ou nés en Armorique de parents émigrés. Il nous est impossible d'énumérer leurs œuvres1. Constatons seulement que les principales communautés créées par ces missionnaires monastiques se transformèrent bientôt en évêchés. Tel fut surtout Dol, destiné à devenir la métropole ecclésiastique de l'Armorique, et fondé par Samson, le plus illustre peut-être d'entre les nombreux apôtres de l'émigration bretonne. On a désigné quelquefois sous le nom des Sept Saints de Bre-
pcr an nos singulos in flores et germina prorumpens, ultiraa folia amittens... hortus omnigeno florum colore décorât us... In eo ubi erant loco mori non notera nt , licet fièrent seniores. Rogato itaque super his S. Guingaleo, transiorunt in alium locum ad ortum solis... Et tu ne vero inceperunt assumi a Domino e senioribus patres, qui primi erant... Gutoe^ti?!, Vita S. Winewloci , ap. Rolland., t. I Martii, p. 259, 260. — On croit que Guennolé, mort en 501, avait été élève de saint Patrice, apôtre de l'Irlando, et que la règle suivie à Landevcnec était celle de saint Colomban ou Colomb-Kill, dont il sera question plus loin. La règle bénédictine n'y fut introduite que sous Louis le Débonnaire.
I. Nous le regrettons d'autant moins, que ce sujet a été supérieurement traité par M. de La Bordcrie, dans son Discours sur les saints de Bretagne , au congrès de Lorient, 2 octobre 1848. Il y a tiré le meilleur parti des détails si variés et si instructifs répandus dans les vies de ces saints publiées dans les Acla SS. de Mabillon et des Bollandhtes. Il convient toutefois de ne pas omettre le jugement porté par ceux-ci sur toutes les légendes bretonnes : Ad stuporem magis quam ad imitationom collecta. T. VI Junii , p. 572. Les légendes primitives des saints bretons, publiées par Mabillon, offrent seules des caractères d'authenticité ; toutes les versions subséquentes, usqu'à Albert de Morlaix, ont subi de nombreuses interposions.
Monastères transformé en êvèchès.
Dot.
m li-:s moines en gaule
Le« sepi sainis tagnc Samson de Dol et ses si\ suffragants, tous
de Bretagne,
roolnet ei évtyoes.
rooinet moines, missionnaires et évoques comme lui, sa-
voir : Paul de Léon, Tugdual de Tréguier, Corenlin de Qu imper, Paterne de Vannes, Brieuc et Malo des deux diocèses qui, depuis, ont pris et gardé leur nom. On a cité comme un exemple curieux de la subordination que professaient alors les suffragants pour leur métropolitain, un trait de levêque Paterne : ayant reçu à Vannes les lettres de saint Samson qui le convoquait au synode provincial, « comme il se débottait, ayant encore un pied botté, il les lut tout sur bout, remonta incontinent à cheval, suivit les messagers, et se présenta au synode, botté d'un pied seulement1. » Paterne, comme l'indique son nom, était le seul de ces saints qui ne fût pas de la race bretonne insulaire, comme Vannes était le seul de ces diocèses qui ne dût pas son origine à un monastère d'émigrés bretons. Mais cette légende supporte difficilement l'examen. Paterne, le premier évéque de Vannes, était mort bien avant l'arrivée de Samson en Bretagne, et Vannes a toujours relevé de la métropole de Tours , comme les évôchés gallo-romains de Rennes et de Nantes2.