‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 135 sur 177 · LA VlLLEMARQtt, Op. Cit., p · texte numérisé non relu

LA VlLLEMARQtt, Op. Cit., p

3. Albkat le GnA>D, Vie de saint Ké ou Kenan, surnommé CUodoc. p. 077.

Saint Le tior

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il la fli.ume.

venus au vie siècle des Iles-Britanniques, comme les Samson, les Magloire, les Brieuc, pour évangéliser les Celles d'/\rmorique ; s'élant établi dans un site désert, à l'embouchure de la Rance, où lui et ses soixante disciples ne pouvaient vivre que du produit de la chasse et de la pêche, un jour, en priant , il vil se poser à ses pieds un petit oiseau blanc portant au bec un épi de blé. « Il y avait donc sur cette côte sauvage un lieu où le blé pouvait croître, où il en croissait encore quelques épis. » Le saint en remercia Dieu et ordonna à un de ses moines de suivre l'oiseau, qui le conduisit à une clairière de la foret voisine où s'étaient conservés en se ressemant d'eux-mêmes quelques pieds de froment, dernier reste peut-être d'une riche culture disparue de ces lieux avec les habitants qui l'y avaient apportée. A cette nouvelle, le saint entonna le Te Deum , et le lendemain au point du jour, après avoir chanté matines, toute la communauté s'achemina, Léonor en tête, vers la forêt pour la jeter bas. Ce travail dura longtemps; les moines, excédés de fatigue, supplièrent leur père d'abandonner celte tâche accablante et de chercher une autre terre moins rude à exploiter. Il refusa de les écouter, en disant que c'était le diable qui leur envoyait cette tentation de paresse. Mais ce fut bien pis quand , la forêt renversée, il fallut se mettre à cultiver le sol défriché. Alors les moines résolurent de laisser là leur chef et de s'enfuir pendant la nuit. Mais ils furent ras-

m LES MOINES ET LA NATURE.

sures et consolés en voyant douze grands et beaux cerfs venir d'eux-mêmes s'atteler aux charrues déjà préparées, comme autant de paires de bœufs. Après avoir labouré tout le jour, lorsqu'on les déliait sur le soir, ils s'en retournaient à leur gîte, au fond des bois, mais pour revenir le matin du jour suivant. Cela dura ainsi cinq semaines et trois jours, jusqu'à ce que de nouveaux champs fussent disposés à produire une moisson des plus abondantes. Après quoi les douze cerfs disparurent, emportant avec eux la bénédiction de l'évéque d'outre-mer1.

Les Bollandistes, avec leur prudence habituelle, ont soin de protester de leur incrédulité à l'endroit de ces travestissements de la vérité historique2. Un ingénieux érudit de notre temps en a signalé la véritable et légitime origine. Selon lui, lors de la disparition graduelle de la population gallo-romaine, les bœufs, les chevaux, les chiens, étaient retournés à l'état sauvage, et ce fut dans les forêts que les missionnaires bretons durent aller chercher ces animaux pour les employer de nouveau aux usages domestiques. Le miracle était de rendre à

I. Ecce unus passer candidissimus spicam f rumen U in ore tenons... Cœperunt lossi deflcere... Pater, oramus te ut de loco isto recédas... Fcssi prœ nimio labore... Duodecim grandissimos cer?os... Dei virtute domestieos... Benedicens dixit : lté in pace... Densissimas syltas expetunt... Bollaxd., t. I Julii, p. 121 v 125. — Cf. La Bordesu, Discours sur les Saints bretons.

t. Comment. pr»vM n* 9.

l'homme l'empire et la jouissance des créatures que Dieu lui avait données pour instruments. Cette domestication des espèces animales revenues à l'état sauvage est un des épisodes les plus intéressants de la mission civilisatrice des anciens cénobites1.

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