‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 137 sur 177 · Pharsalia, III · texte numérisé non relu

Pharsalia, III

charme puissant de la réalité et de la simplicité.

Quand saint Brieuc et ses quatre-vingts religieux wrrkbemeui

opéré

arrivent de la Grande-Bretagne, débarquent en Ar- parsaim i ncuc

et

morique et reconnaissent le site où s'est élevé depuis s* «us^ie*. la ville qui porte son nom, ils procèdent tout comme les soldats de César dans les forets sacrées des Druides. Ils parcourent d'abord , dit la chronique , avec curiosité les immenses futaies ; ils fouillent de tous les côtés ces ombrages séculaires. Ils arrivent enfin dans une vallée qui se bifurque, dont les flancs sont partout recouverts de frais ombrages , dont le fond est creusé par une source d'eau transparente. Tous se mettent à l'ouvrage : ils abattent les grands arbres, ils rasent les taillis, ils coupent les halliers et les broussailles; bientôt ils ont créé une plaine ouverte là où il n'y avait qu'un impénétrable fourré. Cela fait , ils ont recours à la bêche et à la houe; ils défoncent le sol, ils le sarclent, ils l'ameublissent avec un soin minutieux, et le mettent ainsi en état de produire d'abondantes récoltes *.

Souvent ils remplaçaient les arbres forestiers par vrhres des arbres à fruits; comme ce Telio, moine breton,

1. Illustrantibus illis arborcta maxima curiosius, annosaque fruteta circumquaque perscrutantibus in vallem binam deveniunt... Valiem ncmonim amœnitate cunferiam perambulans, fontem luci- (lissimum, aquis prospicuum... Accinguntur omnes operi, diruunt arbores, sucridunt fruteta, avellunt vêpres spinarumque congerienf, «ilvamque densissimam in brevi reducunt in planitieui... Vellehant plerumquc glebas iigonibus : exolebatur deinceps humus sarculis, sulcisque minutissime exaratis. Vie de saint Brieuc, par le chanoine de La Devison , 1627 , cit. par La Robderib.

MOIWRfl D'OCC. II. 2^

qui planta de ses propres mains, avec l'aide de saint Samson , un immense verger, ou , comme dit la légende, une vraie forêt d'arbres fruitiers, ayant trois milles de long, dans les environs de Dol1. C'est à lui qu'on fait remonter l'introduction du pommier en Armorique , où le cidre est resté la boisson nationale. D'autres plantaient la vigne dans une exposition favorable, et réussissaient à l'acclimater dans ces contrées septentrionales de la Gaule qui se sont appelées plus tard la Bretagne , la Normandie, la Picardie, où l'on a vainement essayé de la conserver2. L'éducation des abeilles leur inspirait aussi une sollicitude particulière , comme on l'a vu par le pacte conclu entre l'abbé de Dol et l'évêque de Paris 3. Aucun métier d'ailleurs ne leur semblait trop pénible, pas plus celui de charpentier et de maçon que celui de bûcheron Traraoi et de jardinier. Celui-ci broyait sur la meule qu'il

diters. . 1

avait lui-même fabriquée le froment dont il se nourrissait4. Celui-là creusait autour de la fontaine qu'il avait découverte ou fait surgir par ses prières

1. Magnum nemus... — Ce verger existait encore au xir* siècle, bous le nom Arbore tum Teliavi et Sansonis. La Bordime, op. cit., p. 39.

2. Parva vitis hic inventa atque exculta. Vita S. Karile/i, c. 10. — Quo tempore a cl i mate meridiauo distantcm a praefato cœnobio pnssus fere quingentos... B. Wandresigilus vioeam plan tare et cxcolerecœpit. Vita S. Ansperti, c. H.

3. Voir plus haut, p. 318. — Cf. Vit. S. Pauli, ap. Boli-akd, t. II Mart., p. 121. — Vita S. Amati, ap. Act. SS. O. S. B., t. II.

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