‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 138 sur 177 · Vita S. Gildasii, ap. La Bouderie, Ioc c · texte numérisé non relu

Vita S. Gildasii, ap. La Bouderie, Ioc c

un réservoir en pierre, afin que d'autres pussent en jouir après lui 1 ; et la postérité reconnaissante se donnait garde d'oublier le bienfait et le bienfaiteur.

Tous avaient sans cesse à la' bouche le texte de T Apôtre : Qui non vult operari nec manducet; et celui du Psalmiste : Labores manuum tua ru m manducabis. Ces textes sont sans cesse invoqués dans leurs légendes , non sans raison*, car ils résument leur doctrine et leur vie.

L'influence de tels travaux et de tels exemples se faisait promptement sentir sur les populations rustiques qui avoisinaient ces cultures naissantes, ou qui pénétraient dans les forêts à la suite des solitaires pour contempler leurs œuvres, pour trouver en eux des guides et des protecteurs. De l'admiration elles passaient volontiers à l'imitation. Souvent aussi ces paysans devenaient les coadjuteurs volontaires des moines , et , sans embrasser la vie religieuse, les aidaient à défricher et à construire leurs demeures 2. Quelquefois les brigands eux-mêmes, qui d'abord en avaient voulu à leur vie , ou prétendu leur interdire l'accès des forêts, finissaient

1. Qucm fontem... manu sua, ut aqu» retentor csset, terrestri rircumdedit œdificio, et hactenus ob amorem illius a devotis non ignobili tegitur operculo. Vita S. Karilefi, c. 9.

2. Circa illius eremi... quidam hominum rusticali opère tenuem susteutautes vitam habitabant... Dei famulum saepius inviaerc curabant...quo et «diflcandi monasterii adjuiores forent. Vita S. Karilefi, c. 2G.

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par devenir agriculteurs à leur instar f. Ainsi s'explique l'accroissement rapide de la population rurale dans le ravon des établissements monasti- (pies, comme aussi l'immensité des travaux de défrichement que les cénobites purent entreprendre . dont les résultats subsistent et nous étonnent encore.

Les plus riches cantons de la France actuelle remontent à cette origine : témoin, entre mille autres lieux t cette portion de la Brie entre M eaux et Jouarre, autrefois couverte par une vaste -foret qui saini fiant eut pour premier habitant le moine irlandais Fiacre, -iU pniiD. dont le nom est resté populaire, et que nos jardiniers honorent encore comme leur patron , sans savoir probablement le premier mot de son histoire. 11 avait obtenu de l'évêque de M eaux , dont cette forêt relevait, la permission d'arracher le bois qui couvrait l'espace de terrain qu'il pourrait entourer d'un fossé en une journée de travail, afin d'en faire un jardin et d'y cultiver des légumes pour les pauvres voyageurs. Longtemps après les paysans des environs montraient ce fossé dix fois plus long (ju'on ne s'y attendait, et racontaient comment l'Irlandais avait pris son bâton et s'en était servi pour tracer une ligne sur le sol qui se creusa de luimême sous la pointe du bâton, pendant que les grands arbres de la foret tombaient à droite et à

1. Mul.ti cjnsdi m silva; latrones... aut fiebant nionachi.... aut dvser ntes lairociitia rfficiebantur cul tores ajsri. YUa S. Ebrulfi, c. 11.

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gauche, comme pour lui éviter la peine de les abattre 4. Ainsi se traduisait la profonde impression produite sur l'esprit du peuple parles rudes labeurs des pionniers monastiques.

On attribue le même trait à saint Goëznou, émi- L<-

«le

gré breton et évéque de Léon, qui, ayant reçu sainl(i,fl °" d'un comte du pays la donation « d'autant de terre, pour baslir un monastère, qu'il pourrait clore de fossés en un jour, prit une fourche et, la traisnant parterre, marcha environ deux heures de Bretagne en quarré; et h mesure qu'il traisnoit ce baston fourché, la terre se levoit de part et d'autre, et formoit un gros fossé, qui servoit pourséparer les terres données de celles de son fondateur, lequel enclos a toujours esté tenu en telle révérence , qu'autrefois il servoit d'azile et de lieu de refuge aux. malfaiteurs2. »

A côté de ces légendes nées de l'imagination populaire et de la mémoire reconnaissante des générations anciennes , on aime à invoquer des témoignages plus certains en suivant sur nos cartes modernes la trace des défrichements monastiques à travers les forets de l'ancienne France, et en y relevant une foule de localités dont les noms seuls indiquent des cantons de bois évidem-

1. Tractu baculi terra dehiscens patebat, et nemus hinc et inde funditus corruebat... Fossata vero usque in hodiernum diem ab incolis demotistrantur. Mabii.lon, Act. SS. O. S. B., t. H, p. 573.

2. Albert lk Grand, p. 000, d'après le Propre de l'ancien Bréviaire de Léon.

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ment transformés en champs ou en prés par les moines1.

saim cauu Est-ce le récit authentique d'un incident réel trésor, qu'il faut voir dans ce chapitre de la vie de l'abbé Karilef, où il est dit que ce saint, en remuant avec sa bêche le terrain qu'il défonçait autour de sa cellule dans la forêt du Perche, y découvrit un trésor, ce dont il se réjouit ardemment avec ses frères, parce qu'il y trouvait le moyen à la fois de soulager les exilés et les pèlerins et de récompenser les pauvres paysans qui l'aidaient à bâtir sou oratoire? Ou n'est-ce pas plutôt la traduction symbolique de l'admiration qu'inspirait à la population rurale le spectacle de tant de travaux entrepris avec de si faibles ressources , suivis de si excellents résultats et relevés par une si généreuse charité ? On ajoute que, si l'abbé et ses disciples labouraient à la bêche, c'était parce que les moyens de labourer à la charrue leur manquaient 2.

Mais la charrue ne leur manqua bientôt nulle

1. Voir de précieuse» indications données, d'après la carte de Cassini et une foule d'auteurs anciens et contemporains, par M. Alfred Maury, dans .le chapitre v de son beau et curieux livre : les Forêts de la France.

2. Cum quadam die coactis fratribus... agriculture in pnedio jam dicto insisteret, ac rostro terrain verteret (deerat namque illis arandi copia)... terra1 glebam sarculo detrabens, thesaurum latentem detciit... En, optimi commilitones, qualiter nostri misericordis Creatoris donis suis nostram exiguitatem nobilitat... Yita S. Karilef c. 22. — C'est la dernière fois que nous citerons ce récit si complet et si curieux.

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