De Dello gaWco, liv. vin, c. 7. Orose, 1. vi, c. 7 et
retombés dans une barbarie complète et brutale. L'abbé de Fontanelle en parcourut toutes les contrées, prêcha partout l'Evangile, obtint la destruction des idoles que les paysans s obstinaient à vénérer, et transforma à un tel point cette contrée que les gens du peuple ne rencontraient plus un prêtre ou un moine sans se prosterner devant lui comme devant l image du Christ i.
En mourant, Vandrégisile laissa trois cents moines dans son monastère et une mémoire tellement populaire que, quatre siècles après sa mort, son nom était encore célébré par la postérité reconnaissante dans les chants rimés traduits du latin en langue vulgaire 2. Dans une des chapelles de cette abbaye
4. Mue nobilium liberi undique concurrere... ita ut twbilium rowilitudo virorum communia cum omnibus possideret omnia... Si quispiam proprium aliquid usurpare tentaret... a carterorum remotus concilio... plectebatur... Sed et omnes Calctorum populi ita brutis ac belluis si mi les ante adventum illius in hac regionc fuerant, ut praeter christianae fidei nomen virtus religionis pene abolita in illis locis fuerat... Ut qui antea urripiebant aliéna postea largirentur propria. Vita secundo, c. 15-22.
2. Hic ille est Tetbaldus Vernonensis, qui multorum gesta sanctorum, sed et S. Wandregisili a sua latinitatc transtulit atque in communem linguœ usum satis facundc retulit,ac sic ad quanidam tinnuli rhythmi similitudinem urbanas ex illis cantilenas edidit. Act. SS. O. S. B., sa*. III, p. I, p. 301. In Vita S. Vulfram. — L'abl>aye de Fontenelle, située près de Caudebec, prit, comme tant d'autres, le nom de son fondateur, et fut illustrée, pendant le vin* siècle, par une longue suite de saints, jusqu'en 1790. Elle formait, avec Jumiêges, l'un des plus beaux ornements des bords de la Seine. Aujourd'bui, des quatre églises édifiées par Vandrégisile, et dont la principal»', l'église abbatiale, avait été magnifiquement reconstruite au mii' siècle, il ne reste plus rien. En 1*28, leurs ruines étaient encore belles et
qui attirait et charmait les regards de tous ceux qui voguaient sur la Seine, de Rouen a la mer, on montrait aux voyageurs les sièges grossiers qui servaient au saint fondateur et à ses deux plus intimes voisins et amis, l'archevêque Ouên et Philibert, le fondateur de Jumiéges, lorsque ceux-ci venaient à Fontenelle, et que ces trois leudes convertis se laissaient aller à de longues et douces conférences où l'attente des joies du ciel et la terreur des jugements divins se mêlaient à de nobles sollicitudes pour le triomphe de la justice et de la paix dans la patrie des Francs1.
Il ne reste rien ou presque rien des splendeurs saint Pnmbm, architecturales de Saint- Vandrille, mais les tours Jjnm.ege». ruinées de Jumiéges témoignent aujourd'hui même ei<HÏw.
admirées : depuis lors, le. propriétaire, M. Cypricn Lcnoir, a employé la sape pour les renverser : les pierres des meneaux et des colonnes ont été employées à paver les chemins du voisinage. Un Anglais, plus intelligent que les barbares successeurs des contemporains de Dagobert, a acheté des fragments considérables de ces précieux débris et les a fait transporter au delà de la Manche, pour les relever dans son parc. Le monastère, reconstruit et reformé sous Louis XIV, par la congrégation de Saim-Manr, subsiste encore, transformé en filature. On admire le cloître, monument des xiv et xw« siècles. Voir VEssai sur Saint-Yandrille, par M. Lwolois, et le savant et très- utile ouvrage intitulé : les Églises de l'arrondissement d' Yvetot, par M. l'abbé Cochet, 1854, t. I, p. W à 73.
t. Monstrabantur...grabata et sedes ubi... considère soliti essent.. quorum oratio non alia eratquam... de paradisi delicitset gehenna* suppliai*... de justiiia quoque... ac patriœ salute... et pace omnibus prardicanda. Yila, c 17. — Bncore une preuve de l'ignorance des auteurs modernes qui ont pKtundu que le mot et l'idée de patrte ♦ taient inconnus au Moyeu Age.
aux rares voyageurs qui naviguent sur la Seine de la magnificence d'une autre abbaye, plus célèbre encore, qui fut longtemps le plus bel ornement de cette partie de la Xeustrie, à laquelle les Normands ont donné leur nom, et qui, comme Fontenelle, se rattache par son fondateur, saint Philibert, à l'œuvre et à la lignée de Colomban. D'ailleurs, la vie des deux fondateurs offre de nombreuses analogies. Comme Vandrégisile, le jeune Philibert fut recommandé par son père au roi Dagobert, et à vingt ans quitta la cour et la vie militaire pour la vie claustrale. Comme lui, et plus directement encore que lui, il fut imbu de l'esprit de Colomban, ayant été moine et abbé au monastère de Rebais, tille immédiate de Luxeuil, avant d'aller faire son pèlerinage a Luxeuil même, à Bobbio et dans les autres communautés qui suivaient la règle irlandaise. Lui aussi avait été lié, dès sa jeunesse, avec saint Ouën, le puissant archevêque de Rouen, et ce fut dans ce même diocèse qu'il se fixa définitivement pour y élever la grande abbaye qui , comme Fontenelle, fut dotée des bienfaits de Clovis II et de la sainte reine Bathilde.
Philibert allait souvent visiter son voisin Vandrégisile; il l'imitait en travaillant avec ses religieux au défrichement des terres concédées dont ils firent des champs et des prés d'une merveilleuse fécondité, et il eut comme lui à braver l'animosilé des forestiers royaux qui lui volaient ses chevaux
de transport ou de labour. Comme Fonlenel le encore, Jumiéges fui bâtie sur le site d'un ancien château gallo-romain que devait remplacer ce que les contemporains appelaient u le noble château de Dieu.» Mais située aux bords mêmes de la Seine et dans nt°™*
de
une presqu'île formée par les sinuosités du fleuve, J«mfr«w l'abbaye de Philibert était plus accessible par eau, commerce et devint bientôt le centre d'un grand commerce. h On y voyait aborder les mariniers bretons et irlandais qui apportaient aux religieux de quoi fournir a leur vêtement et à leur chaussure en échange de leurs blés et de leurs bestiaux. Philibert exigeait que, dans tous les échanges avec les voisins ou les étrangers, on leur fit toujours des conditions plus profitables que n'avaient coutume de le faire les laïques. Les moines se livraient avec succès à la pêche des cétacés qui remontaient la Seine, et dont ils tiraient de l'huile pour éclairer leurs veilles. Ils équi paient aussi des navires sur lesquels ils s'embarquaient pour aller au loin racheter les captifs et les esclaves.
Une partie sans doute de ces captifs contribuait a grossir le nombre des moines de Jumiéges, qui s'élevait à neuf cents, sans compter les quinze cents servants qui y remplissaient l'ofliee de frères convers. Ils étaient soumis à une règle composée par Philibert, d'après ses observations attentives sur les nombreux monastères de France, d'Italie et de Bourgogne, qu'il avait visités dans ce but. Elle
M SAINT COI.OMHAN.
lui fut empruntée par la plupart des communautés qui se créèrent alors en Neustrie à l'instar de la sienne, et dont Jumiéges devint le Foyer où les abbés et les religieux venaient se former ou se retremper à l'envi. Il y avait combiné les enseignements des pères d'Orient, tels que saint Basile et saint Macaire, avec les préceptes des deux grands patriarches monastiques d'Occident, Benoit et Colomban. Mais l'influence de Colomban devait naturellement être prépondérante par suite de ha première éducation monastique de Philibert, comme aussi de ses longs séjours a Luxeuil et à Bobbio. On voit aussi que dans la grande église qu'il fit construire pour son abbaye, et dont la magnificence, attestée par un récit contemporain, nous étonne, il avait élevé un autel en l'honneur de Colomban, et de lui seul parmi tous les saints dont il avait étudié et pratiqué les règles *.
1. Vita S. Wamlreaisili, c. 17. — Vita S. Philiberli, c. 1, 5, G, 7, 8, 14, 15, 20 et 32. — Cum pro fratrum compendiis mandaret exerecri negotia, atnplius dare jubebat quam dari a sorcularibus consuctudo poscebat. Et propter hoc gnudcnte vicino populo de laborc justo sanctum exuberabat eommereium, c. 21. — Intrans... n liqua comobia sub normaS. Coliimbani degentia. atque oninia monasteria... ut prudentissima api* quid({tiid inelioribus florere vidit studiis, hoc suis traxit exemplis. Basilii sancta cliarismata, Macarii regulam, Benodicti décréta, Columbani instituta sanctissima lectionc frequent.ibat assidna... Multa monasteria per ejus cxemplum sunt constituta in Neustria. Conflucbant ad cum sacerdotes Dci... et de ejus Régula sua ornabant cœnobia, c. 5 et 20. Cf. Vita S. Aichadriyc. 21 — Philibert fonda, outre Jumiéges, l'abbaye de Noirmoinier, dans une ile des côtes du Poitou, et cello do Moniivillers, pour les filles, dans le paya de Caux.
Philibert survécut près de vingt ans à son ami, h son voisin, à son émule Yandrégisile. Il eut pour successeur un noble Poitevin nommé Aïchadre, auquel se rattache une légende écrite deux siècles plus tard, mais qu'il faut rapporter ici comme une preuve du nombre toujours si considérable et de la piété angélique des religieux de la grande abbaye neustrienne. Selon ce récit, Aïchadre, qui gouvernait les neuf cents moines dont on a parlé plus haut, se sentant à la veille de mourir et craignant qu'après sa mort ses religieux ne tombassent dans les embûches du péché, pria le Seigneur d'y pourvoir. La nuit suivante, il vit un ange qui parcou- Mort
rait le dortoir des religieux: cet ange en toucha 4.10 élu* quatre cent cinquante de la verge qu'il tenait, et jumièges. promit à l'abbé que dans quatre jours ils quitteraient la vie, et que lorsque son tour serait venu, ils iraient au-devant de lui dans le ciel. L'abbé, ayant averti ses frères, les prépara à l'heureux voyage. Ils prirent ensemble le viatique et vinrent ensuite tenir chapitre avec ceux des leurs que l'ange n'avait pas marqués. Chacun des élus se plaça entre deux de ces derniers, et tous entonnèrent ensemble les chants du triomphe. Bientôt la figure de ceux qui devaient mourir commença à resplendir, et sans donner le moindre signe de douleur, les quatre cent cinquante passèrent de cette vie à l'autre : le premier cent à l'heure de tierce, le second à sexte, le troisième à none, le
Saint Oué»
ei
quatrième à vêpres, et les derniers à coniplies. Pendant huit jours , on célébra leurs obsèques; et ceux qui leur survivaient pleuraient de n'avoir pas été jugés dignes de les suivre 4. L'esprit des siècles de foi était fait de telle sorte que de pareils récits augmentaient le nombre des vocations religieuses, et contribuaient à enraciner les grandes fondations monastiques dans le cœur des peuples.
Colonies do Luxcuil en Brio et en Champagne.
L'évêque Ouën , dont l'influence et le concours frères, avaient doté le diocèse de Rouen des deux puissantes abbaves de Fontcnelle et de Jumiéges, se rattache à Colomban par un souvenir de ses pre-
\. Occurrent tibi qui praecessenuit fratres, cum psalmis susdpientes te... Quarto igitur die, post missam, absoluti omnes communicabanu, et oscillantes se in pace, ibant cum patro ad domum capituli : ut pra-'posuit singulis custodes psallentes. Et resplendebanl faciès morientium, quasi resurgentium. Quidam moriebautur ad tertiain... et reliqui circa completorium, qui omnes crant Cbristo incorporât!... Rémanentes ctiam flebant quia relinquebantur : fuit tamen luctus lœtifirans propter spem glori». Ac.ta SS. Boli.ano., t. V Septcmbr., p. ICI. Cœpit jam beata plcbs tanquam in bora diei tertia ad fluem properare dispositum, nullus parce us alteri, sed sicut scuex ita et mediocris, et ut juvenis itn et puerulus... Occubuit autem medietas bujus sanct» familia?... Mabiu.on , Acta SS. O. B., sa*c. II, t. H, p. 1)30. Selon une autre version, les moines désignés moururent en trois jours. — Cette légende rappelle celle de saint Gwennolé, fondateur de l'abbaye de Landevenec, eu Bretagne, mise eu beaux vers par un poêle breton de nos jours, M. Bruoux. Jievue des DeuxMvtulcs, K» octobre 1X57, p.
micres années. Le grand moine irlandais était partout signalé par son amour pour les enfants et la bonté paternelle qu'il leur témoignait. Lors de son exil, et pendant son voyage de la cour du roi de Xcustrie à eelle du roi d'Austrasie , il s'était arrêté dans un château situé sur la Marne et qui appartenait à un seigneur franc *, père de trois fils, nommés Adon, Radon et Dadon, dont deux encore en bas âge. Leur mère les amena au saint exilé pour qu'il les bénît; cette bénédiction leur porta bonheur, et domina leur vie. Tous les trois furent d'abord , comme toute la jeune noblesse franque , envoyés à la cour du roi, c'est-à-dire de Clotaire II, puis de son fils Dagobert I, qui, pendant un certain temps, régnèrent seuls sur les trois royaumes francs. L'aîné des trois frères, Adon, fut le premier à rompre avec les grandeurs et les plaisirs de la vie séculière : il fonda sur le sol de son patrimoine, et sur une hauteur qui domine la Marne , le monastère de Jouarre, qu'il soumit à la règle de Colomban , et oii il se fit lui-même moine. Presque aussitôt il se forma, à coté de cette première fondation, une autre communauté de vierges , destinée à devenir beaucoup plus illustre et associée, mille airs plus tard, par une lutte singulière et scandaleuse, à l'immortelle mémoire de Bossuet.
Hadon , le second des frères , qui était devenu