‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 166 sur 177 · Aujourd'hui Saint-Maurice en Valais · texte numérisé non relu

Aujourd'hui Saint-Maurice en Valais

nastère et semble devoir l'écraser. Là, toujours pieds nus et vêtu d'une peau de mouton, ce noble Gallo-Romain ne se nourrissait que d'un peu d'eau et de pain d'orge ; l'eau, qui jaillissait d'une source limpide obtenue par ses prières, était recueillie dans un petit bassin qu'il avait creusé et revêtu de plomb ; l'orge lui venait d'un petit champ qu'il cultivait seul et dont il broyait le grain récolté, en tournant une meule à bras, comme les esclaves de l'antiquité. Ce labeur fatigant lui servait de préservatif contre le sommeil et contre les tentations de la chair. Le second abbé de Luxeuil, Eustaise, en revenant de Lombardie et de la mission inutile dont Clotaire II l'avait chargé auprès de Colomban, s'était arrêté à Agaune, et avait déterminé Amat à le suivre à Luxeuil. La douceur de l'anachorète, son éloquence, et jusqu'à la noble et sereine beauté de ses traits, lui conquirent tous les cœurs l.

Son éloquence le fit désigner par les moines de Luxeuil pour aller porter la parole de Dieu dans les villes austrasiennes. Romaric le reçut à sa table, et, pendant le repas, l'interrogea sur le meilleur moyen de faire son salut: « Tu vois, » lui répondit le moine, « tu vois ce plat d'argent : combien

1. In devexo celsiasimi montis rnpe... per obliqua montis saxosi inter pcriculosos scopulos... latitabat. Cisternam plumbeam... Molam, quara tune manu agebat, cum canenii ei fessis membris somnus obreperet... ut tentationem carnis vel somnum corporis per laborcm moire abigerct... Serenua vultu, hilaris adspectu, praeclariis et celer «•toquio... Ibid.

« n'a-t-il pas déjà eu de maîtres ou plutôt d'cscla- « ves, et combien n'en aura-t-il pas encore? Et toi, « bon gré, mal gré, tu en es serf; car tu ne le pos- « sèdes que pour le conserver. Mais il t'en sera « demandé compte ; car il est écrit : Votre or et u votre argent se rouilleront, et cette rouille por- « tera témoignage contre vous. Je m'étonne qu'un « homme de grande naissance, très-riche, et intelu ligent comme loi, ne se souvienne pas de la « réponse du Seigneur à celui qui lui demandait « comment il pourrait parvenir à la vie éternelle : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu « as, donne-le au.v pauvres, et viens me suivre: tu « auras ton trésor au ciel1. » A partir de ce moment, Romaric fut vaincu par l'amour de Dieu et le désir du ciel. Il distribua aux pauvres toutes ses "™apr[u' terres, à l'exception de son château de Habend, rendit la liberté à une foule de serfs des deux sexes, et partit, emportant avec lui tout l'avoir qui lui restait, pour Luxeuil, afin de s'y faire moine. Lorsqu'il se présenta à l'abbé pour qu'on lui coupât les cheveux, selon le rit d'admission dans l'Ordre, plusieurs des serfs qu'il avait affranchis tendirent en môme temps que lui leurs tètes aux ciseaux

i. Cumque jam niensa posita es*et, cœpit inter epulas flagitare... Cei nis hune discum argenteum; quantos iste dudum servos habuit, quantoaque deinceps habiturus est. Et tu, velis, nolis, nunc servus suuaes... Ausculta paululum, vir bone : cum sis nobilitate parc n tu m exrelsus, divitiis inclytus, ingenioque sagax, miror, si non nosti, etc. Ibid., p. 123.

par A nul,

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monastiques. Il se plut à reconnaître ses anciens serviteurs non-seulement pour confrères, mais même pour supérieurs; car il recherchait dans le monastère les occupations les plus basses, et surpassait tous les frères par son assiduité à cultiver les jardins, où, tout en travaillant, il apprenait par cœur le Psautier 4.

Après quelques années de séjour, pendant lesquelles sa liaison avec Amat devint la plus tendre intimité, les deux amis quittèrent Luxeuil où, pour une cause qui est restée inconnue, ils s'étaient attiré l'animadversion de l'abbé Eustaise. Avec son consentement toutefois, ils se rendirent ensemble dans fopdc ibbemi le domaine que Romaric s'était réservé. Le Castmm nenimnoui. Habcndi, ainsi que s'appelait son alleu, avait été 6». autrefois une forteresse romaine : on y voyait encore, comme à Luxeuil, les débris d'un temple, des statues et quelques tombeaux, sur le haut d'une montagne très-escarpée, située entre deux vallées et dont la base est arrosée par deux affluents de la Moselle. Ils y édifièrent une église et semèrent jusqu'à sept chapelles sur ses flancs 2, puis ils y fon-

1. lllos denique servulos quos dudum ministros habuerat, socios sibi detondena plerosque adjunxit; et effectua est illorum subditus, quorum prius dominus pnepotens fucrat... Ut quidquid despicabile in monasterio agendum esset, ipse adsumerct. Hortorum tamen fréquentais pras ceteris fratribus operator exsistens, psalmos jugiter tradebut menions. Vita S. liomarici, p. 41HÏ.

2. Voir pour ces détails l'excellente Elude historique sur l'abUaye de Remiremont, par M. A. Gumot, curé de Coutrexeville, Pari», 1859,

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