‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 167 sur 177 · GIO · texte numérisé non relu

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dèrent le plus grand monastère de femmes qu'on eût encore vu en Gaule. Amat en prit le gouvernement, dont il se déchargea peu après sur Romaric, et la maison s'appela bientôt, d'après celui-ci, Remiremont*.

Dans cette célèbre abbaye, que les deux fondateurs soumirent tout d'abord à la règle de saint Colomban, tout fut mis sur le pied le plus magnifique, grâce à l'aflluence des religieuses et à la munificence des rois et des seigneurs austrasiens. Glotaire II donna en une seule fois à la fondation de son ancien leude la somme énorme de deux cents pièces d'or. Remiremont fut bientôt pour les femmes

l'une des meilleures monographies qui aient été publiées sur un sujet monastique.

i . Romarici Mons. Mais l'abbaye de Remiremont porte, dans tous les monuments primitifs, le nom de monasterium Habendense. Ce premier monastère, bâti par Amé sur le 8aint-3font, fut renversé par les Huns. Rétabli par l'empereur Louis III, au delà de la Moselle et au pied de la montagne, il devint le noyau de la ville actuelle de Remiremont. Plus tard les religieuses furent changées en chapitre de chanoin esses nobles, mais toujours sous la règle de saint Benoit. L'abbesse seule faisait des vœux solennels. Les autres pouvaient rentrer dans le sièile et se marier. — Les preuves de noblesse que Ton exigeait pour y être admis étaient si difficiles, que Remiremont comptait parmi les chapitres le* plus illustres de l'Europe. Pour marquer la différence entre les différents chapitres de tilles de cette époque de décadence où les plus vénérables institutions de l'antiquité catholique avaient perdu le véritable sens de leur création, on disait : les dames de Remiremont, les femmes de chambre de Poussay et les lavandières d'Épinal: et ce, nonobstant qu'il fallût huit quartiers paternels et huit maternels pour être admis même & Épinal. L'abbesse de Remiremont était princesse du Saint-Empire depuis le temps de Rodolphe de liapsbourg.

tîio

Romane, sa fille ft

tes petits-fils.

ce que Luxeuil était déjà pour les hommes. Le nombre des Religieuses permit d'y organiser la Laus perennis, au moyen de sept chœurs qui chantaient alternativement les louanges de Dieu dans sept églises ou chapelles différentes. La ferveur et la régularité de toutes ces vierges méritèrent au site occupé par leur communauté le nom de Saint-Mont, qu'il a gardé pendant plusieurs siècles.

Romaric la dirigea pendant trente ans. Avant d'entrer à Luxeuil il avait été marié et avait eu trois filles : les deux puînées prirent le voile dans le monastère de leur père. L'aînée, qui s'était mariée sans le consentement de Romaric et sans dot, essaya de revendiquer une part de l'héritage paternel. Elle envoya donc à son père son premier enfant, qui était une fille, dans l'espoir que le cœur de Romaric se laisserait fléchir, et qu'il rendrait à sa j>etite-fille ce qu'il avait refusé à sa fille. L'aïeul la reçut avec joie, mais ne la renvoya plus, et la lit élever par les religieuses dont elle devint plus tard abbesse. Alors la mère, ayant eu un fils, le fit porter, avant même d'avoir été baptisé, à son grand père, toujours dans l'espoir que celui-ci en ferait son héritier. Mais Romaric en agit de même qu'avec sa petite-fille : il garda l'enfant dans son monastère, et ne lui laissa d'autre succession que celle de la dignité abbatiale dont il était revêtu *.

1. Expers hsreditariœ sortis absque patris consilio nupsit... Spcrans hoc modo eliccrc, quatenua liaîreditatis pignus, quod &ibî jure

Car il y avait à Rerairemont doux monastères, Monastères

doubles.

l'un de moines et l'autre de religieuses, tout à fait rapprochés, mais avec un supérieur spécial pour chacune des deux communautés. Il en fut de même à Jouarre, à Faremoutier, et partout où il y avait de grandes fondations pour les femmes. Quelquefois, comme à Remiremont, l'abbé avait la suprématie : ailleurs, comme nous le verrons en Belgique, c'était l'abbesse. La prohibition du concile d'Agde en 506 1 était, par la force des choses, tombée en désuétude. Chaque jour grossissait les rangs de ce clergé féminin dont l'Église se complaît, dans sa liturgie, à louer le sacrifice 2. Il fallait bien à la fois protéger et guider la faiblesse de ces épouses du Christ, réfugiées dans les forets ou les déserts, et entourées de bétes féroces ou de tribus barbares et semi-païennes. Au vn° siècle, et encore plus tard, l'Église ne fit qu'encourager cet usage, qui disparut en son temps et avant qu'aucun scandale n'en eût signalé les inconvénients, dans ces annales monastiques qui disent tout avec une

competebat ha'reditario, rest'tuerot puellae... Puerulum, quem pos paulo pepererat, transmisit avo haptuandnm. ariipie ad rolicUn possession!» ha-rcdoni constituendum... Vita S. Adelphii, ap. Bom.and. ^ t. III S> pt., p. 818. — Nupsit nobilissimo splendidissimoquc cuidam e Sicambrorum gonte, cui Bithylinus nomen. //<»>/., p. 811.

!. Monasteria puellarum longins a monasteriis inoiiachorum, aut propter insidias diaboli, aut propter oblocutioncs bominum, collocentur. Can. 28.

2. Ora pro populo, interveni pro clero, intercède pro devoto femineo sexu.

si rude et si minutieuse franchise. Aux ennemis systématiques de la discipline catholique, aux sceptiques qui seraient tentés de sourire, rappelons le touchant et noble spectacle, si admiré et si vanté mille ans après la fondation de Remiremont, que * donnèrent les solitaires de Port-Royal pendant leur séjour auprès des religieuses de la célèbre vallée. Ecoutons d'ailleurs une voix non suspecte : « Le rapprochement des monastères, » a dit M. Michelet, « dont on a certainement exagéré les abus, créait entre les frères et les sœurs une heureuse émulation d'étude aussi bien que de piété. Les hommes tempéraient leur gravité en participant aux grâces morales des femmes. El|es, de leur côté, prenaient dans l'austère ascétisme des hommes un noble essor vers les choses divines. Les uns et les autres, suivant la noble expression de Bossuet, s'aidaient à gravir le rude sentier {. »

Ce monastère d'hommes, soumis comme l'autre à la règle de Colomban par ses deux fondateurs, n'en demeura pas moins peu favorable à l'esprit irlandais. Quand Agrestin essaya d'organiser parmi les disciples déjà si nombreux de saint Colomban

1. Michelet, Mémoire sur l'éducation des femmes au Moyen Age, lu a la séance des cinq Académies le 2 mai 1818. — M. Varin , dans un Mémoire déjà cité (p. 315), attribue au\ relations des Iles Britanniques avec TOrient l'origine de ces doubles monastères , que Colomban propagea en Gaule, et dont la fondation de Fontevranlt, par Robert d'Àrbrisscl, au xu* siècle, a été la dernière apparition dans rbistoire.

en

un soulèvement contre les traditions de leur maître et contre la discipline de Luxcuil, confondu par Eustaisc au concile de Maçon, et repoussé par Burgundofare, qu'il avait été trouver à Fareraoutier, il se rabattit sur Remiremont. 11 y fut bien suwès

du

accueilli par Araat et Rornaric, déjà indisposés wh- uiiqoe contre l'abbé de Luxeuil, et mieux encore par leurs * Rewirewont. religieux, qui se montrèrent unanimes à vouloir 623-6». repousser les institutions de Colomban *. Il ne fallut rien moins pour les ramener que des accidents funestes et nombreux dont furent victimes plus de cinquante religieux, les uns mordus par des loups enragés ou frappés par la foudre, les autres poussés au suicide ou morts de fraveur.Tous ces malheurs si rapprochés parurent des avertissements d'en haut, et la mort honteuse d'Agrestin lui-même2 acheva d'ouvrir les yeux. Amat et Rornaric rentrèrent en communion avec Eustaise. Le premier continua à surveiller l'administration de deux maisons dont il avait abdiqué la direction immédiate. Il poursuivait surtout chez ces enfants spirituels le vice de la propriété individuelle. « Mon cher et très- « doux frère, » dit-il un jour à un moine qui passait près de lui, « je crains fort que la subtilité « de l'ennemi ne t'ait inspiré quelque chose de

1. In contemptum regulae B. Columbani... Cum ad hoc jam omnes adspirarent ut contemptus pristinarum asaontatores forent institutionum... Jonas, Vila S. Eustasii, c. 13-15.

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