‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 24 sur 177 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Vie monastique de Grégoire Son élection

Naissance et conversion de Saint Grégoire le Grand; il se fuit moine à Saint-André; ses aumônes et ses jeûnes. — Il est nonce à Constantinopie , puis abbé de son monastère; sa rigueur contre le pécule monastique. — II veut aller convertir les Angles : les Romains le retiennent. — Il est élu pape, à son très-grand chagrin : ses lettres plaintives en quittant le cloître.

Mais voici qu'un moine va monter pour la première fois sur la chaire apostolique. Ce moine, le plus illustre de tous ceux qui ont compté parmi les souverains pontifes, y rayonnera d'un éclat qu'aucun de ses prédécesseurs n'a égalé et qui rejaillira comme une sanction suprême sur l'institut dont il est issu. Grégoire, le seul parmi les hommes, avec le pape Léon Ier, qui ait reçu à la fois, du consentement universel, le double surnom de Saint et de Grand, sera l'éternel honneur de l'Ordre bénédictin comme de la papauté. Par son génie, mais surtout par le charme et l'ascendant de sa vertu, il organisera le domaine temporel des papes, il développera et régularisera leur souveraineté spirituelle, il fondera leur paternelle suprématie sur les royautés

naissantes et les nations nouvelles qui vont devenir les grands peuples de l'avenir, et s* appeler la France, l'Espagne, l'Angleterre. A vrai dire, c'est lui qui inaugure le moyen Age, la société moderne et la civilisation chrétienne1.

Issu, comme saint Benoît, d'une des plus illustres races de l'ancienne Rome, fils d'un sénateur immensément riche, et arrière-petit-fils du pape Félix IIÏ, de la famille Anicia2, Grégoire fut appelé de bonne heure à remplir les dignités qui semblaient encore une ombre de l'ancienne grandeur romaine, au sein de Rome moderne, vassale de Byzance et sans cesse insultée par les Barbares. Il fut préteur de Rome au milieu des premières invasions des Lombards et des troubles religieux suscités au sujet du cinquième concile général. Dans l'exercice de cette magistrature, il gagna le cœur des Romains, tout en s'accoutumant au maniement des amures, et en prenant goût au luxe et à l'éclat des grandeurs terrestres, oîi il croyait pouvoir servir Dieu sans reproche. Mais Dieu l'attendait ailleurs. Grégoire hésite longtemps, déjà enflammé du souffle divin, mais sans cesse retenu, ramené et entraîné au monde par les attraits et les habitudes de la vie séculière. Enfin il cède à l'influence de ses relations

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