‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 25 sur 177 · Cf. Dom Pitiu, Histoire de saint Léger, Introduction · texte numérisé non relu

Cf. Dom Pitiu, Histoire de saint Léger, Introduction

2. Ex nobilissima et antiqutaima Aniciorum familia. Jo.v*. Duc. in vil. S. Greg. Magn. — Il naquit probablement en 540 et mourut en 004.

intimes et fréquentes avec les réfugiés du Mont- Cassin , avec les successeurs et les disciples de Benoît1; et alors, obéissant à la grâce qui l'éclairé, il rompt brusquement tous ses liens, consacre ses richesses à doter six monastères nouveaux en Sicile, en établit un septième, dédié à saint André, dans son propre palais, à Rome, sur le mont Cœlius, y introduit la règle Bénédictine et s'y fait moine lui-même2. Il vend toul le reste de son pa- „ ^ fail moinr trimoine pour le distribuer aux pauvres, et Rome, 575 qui avait vu le jeune et opulent patricien parcourant ses rues dans des habits de soie et tout couvert de pierreries, le revit avec admiration velu comme un mendiant et servant lui-même les mendiants hébergés dans l'hôpital qu'il avait construit

1. Diu longeque conversionis gratiam distuli, et postquam cœlesti sum desiderio afllatus, sapculari habitu contegi melius putavi. Apparebatur enim mihi jam de seternitatis araorc quid quœrerem : sed ioolita me consuetudo devinxerat, ne exteriorum cul tuai inutarem. Cumque adhuc me cogeret animus... cœperunt multa me ex ejusdem mundi cura succrescere, ut in eo jam non specie, sed , quod est gravius, mente retincrer... Prœfat. ad Job. — Ces Bénédictins qui déterminèrent sa conversion étaient Constantin, disciple et successeur de saint Benoit au Mont-Cassin; Simplicius, troisième abbé du Mont- Cassin ; Valentinien, abbé du Latran.

2. Mutato repente saîculi habitu. Paul. Diac, Vit. S. Greg., c. 3. — Yepes et Mabillon ont démontré sans réplique , contre Baronius, que saint Grégoire a professé la règle de saint Benoit. Act. SS. 0. S. îf. Prœf. in I sœc. $ vu. Voir aussi sa vie par ses éditeurs bénédictins, lib. i, c. 3. — Ce monastère de Saint-André, qui porte aujourd'hui le nom de saint Grégoire, a été depuis donné aux Camaldules, et c'est de là qu'est sorti , après treize siècles , un autre Grégoire, pape et moine, Grégoire XVI.

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à la porte de sa maison paternelle, changée en monastère 4.

Une fois moine, il voulut être le modèle des moines et pratiquer avec la dernière rigueur toutes les austérités que comportait la règle, en même temps que s'appliquer spécialement à l'étude des saintes Écritures. Il ne se nourrissait que des légumes que sa mère, qui s'était faite religieuse depuis son veuvage, lui envoyait de son couvent, tout trempés, dans une écuelle d'argent. Cette écuelle était le seul reste de son ancienne splendeur, et il ne s'en servit pas longtemps, car, un jour qu'un pauvre naufragé vint plusieurs fois l'importuner pendant qu'il écrivait dans sa cellule, ne trouvant plus de monnaie au vestiaire, il lui fît donner ce demeurant de son argenterie. Longtemps après Grégoire vit ce naufragé lui apparaître sous la forme de son ange gardien et lui apprendre qu'à partir de ce jour Dieu l'avait destiné à gouverner son Église et à devenir le successeur de Pierre, dont il avait imité la charité2.

Continuellement occupé à prier, à lire, à écrire

1. Qui ante scrico contextu aegemmis niicantibus solitus erat jier urbem procedere trabeatus, post vili contectus tegmine ministrabat pauper ipse pauperibus. Paix Duc, c. 2.

2. Crudis legumiuibus pascebatur... Mat ri s argenteam qua; cum infusis legumiuibus mitti solita erat... Ego sum naufragus illc qui quondam veni ad te, quando scribebas in cella... Ab illo destinavit te Dominus ficri praïsulcm sanctœ suœ Ecclesia?. Joa*. Diaco>m Vit, S. Greg.yi, 10, et u, 23.

ou à dicter, il s'obstinait à pousser si loin la rigueur du jeûne, que sa santé s'y ruina et que sa vie même en fut compromise. Il tombait si souvent en syncope, que plus d'une fois, comme il l'a raconté lui-même, si ses frères ne l'avaient réconforté par quelques mets plus substantiels, il aurait fini par succomber1. Pour avoir voulu faire plus que les autres, il lui fallut bientôt renoucer aux jeûnes que tout le monde observait, même les plus ordinaires; il se désolait alors de ne pouvoir pas même jeûner le samedi saint, en ce jour où les petits enfants mêmes jeûnent, dit son biographe ; et avec l'aide des prières d'un saint abbé de Spolète qui était venu se faire moine avec lui à Saint-André, il obtint de Dieu la grâce de pouvoir observer au moins ce jeûne-là. Mais il resta toute sa vie faible et malade, et, lorsqu'il sortit de son monastère, ce fut avec une santé irréparablement ruinée.

Le pape Benoit Itr l'en retira d'abord en 577 pour l'élever à la dignité d'un des sept cardinaux-diacres ou légionnaires qui présidaient aux sept régions principales de Home. Il ne céda que bien malgré lui à l'autorité du pontife. « Quand un navire, » disait-il, « n'est pas bien amarré au port, la teinte pête l'enlève au rivage même le plus sûr : me « voilà replongé dans l'océan du monde, sous un « prétexte ecclésiastique. J'apprends en la perdant

I. Nisi me fréquenter fratres cibo rvflcercnt, vitalis mihi spiritus funditus intercidi videretur. Dial. m, 33.

« à apprécier la paix du monastère, que je n'ai « pas su défendre assez quand je la possédais1. » ii est fait nonce Ce fut bien pire quand le pape Pelage II l'envoya consuntinopie. comme apocrisiaire ou nonce auprès de l'empereur w»- Tibère. Pendant cette absence involontaire, il se fit accompagner de plusieurs moines de sa communauté, se livrant avec eux à l'étude, à la lecture, et suivant autant que possible toutes les observances de la règle. — « Par leur exemple, »> écrivait-il, « je me rattache comme avec le câble d'une « ancre au rivage de la prière, pendant que mon « âme est battue des flots de la vie des affaires2. »

Il n'en remplit pas moins avec éclat et succès les devoirs de sa charge, rétablit entre le Saint-Siège et la cour de Byzancc les bonnes relations que l'invasion lombarde avait interrompues, et ne négligea rien pour obtenir de Tjfrère et de son successeur Maurice les secours que Rome et l'Italie réclamaient contre les invasions de plus en plus redoutables et la domination de plus en plus oppressive des Lombards. Il apprit aussi à connaître les révoltes et le> subterfuges que l'esprit byzantin employait déjà contre l'unité et l'autorité romaine. Il réduisit le

1. ... Navem incaute rdigatam... tempcstas cxcutit; repente nie sub praetextu ccclesiastici ordinis in causarnm sœcularium pelago referi, et quictem inonasterii , quia habendo non fortiter tenui, quam stricte tcnenda fuerit, pcrdendo cognovi. Prœfat. ad Job.

2. Ad orationis placidum littus, quasi anchone fune...Dum causarum sœcularium vertiginibus fluctuaret... Prœf. MoraUum, Cf. Dial. m, 3G; Jo**. Diac, i, 20. Bède. Hist. eccl.f II, i.

patriarche Eutychius, qui niait la résurrection palpable des corps, à une édifiante rétractation.

Après six. années de cet honorable et laborieux exil, il revint à Rome et retrouva la chère paix de son monastère de Saint-André, dont les religieux relurent abbé peu après son retour1. Il y goûla peudant quelque temps encore les délrces de la vie pUiséiaabbé qu'il avait choisie. Tendrement chéri de ses frères, son JLatn. il s'associait paternellement à leurs épreuves, à leurs m*. croix intérieures, pourvoyait à leurs nécessités temporelles et spirituelles, et admirait surtout la sainte mort de plusieurs d'entre eux. Il en a raconté les détails dans ses Dialogues, et semble y respirer d'avance le parfum du ciel. Mais l'affectueuse bonté qui l'inspira toujours ne l'empêchait pas de maintenir avec une scrupuleuse sévérité les exigences de la règle. Il fit jeter a la voirie le corps d'un moine qui était aussi un habile médecin, et chez lequel on trouva trois pièces d'or, au mépris de l'article de la règle qui interdisait toute propriété individuelle. Les trois pièces d'or furent jetées sur le cadavre, en présence de tous les religieux, qui

1. L'ordre chronologique de ces premiers événements de la vie publique de saint Grégoire a été établi, en dernier lien, dans l'ouvrage que lui a consacré le pasteur mccklembourgeois Lau, Gregor der Grosse, nach seinem Leben und seiner Lehre geschildert ; Leipzig , 1815. L'histoire du grand pontife y est écrite avec érudition et avec autant d'impartialité qu'on peut en rencontrer chez un ministre protestant. Cf. S. Gregorii vita ex ejus $criplis adornata, lib. i, c. 5, dans la grande édition de ses œuvres par les Bénédictins.

durent répéter à haute voix le texte du verset : Pecunia tua tecum sit in perdilionem. Une fois cette justice accomplie, la miséricorde reprit le dessus dans le cœur de l'abbé, qui fit célébrer pendant trente jours de suite la messe pour délivrer cette pauvre âme du purgatoire *.

Cette tendre sollicitude pour les âmes fut à la veille de l'entraîner loin de son cher monastère et de Rome. Tout le monde sait comment il vit exposés en vente de pauvres enfants païens d'une blancheur et d'une beauté extraordinaires, qu'on lui dit être du pays des Angles, ce qui lui fit répondre qu'ils étaient faits pour devenir des anges2. Sur quoi il courut auprès du pape, lui demanda d'envoyer des missionnaires dans cette grande île de Bretagne ou les païens vendaient de tels esclaves, s'offrit luimême à défaut d'autres, arracha le consentement du pontife et se mit en route sur-le-champ. Mais, en apprenant son départ, l'ancien amour qu'il avait inspiré aux Romains se ralluma. On entoure le pape pendant qu'il se rend à Saint-Pierre : on lui crie : « Vous avez offensé saint Pierre; vous avez

1. Diaî. iv, 55. — C'est à ce trait que se rattache l'usage constant chez le» Bénédictins depuis le vmr siècle, chaque fois qu'il mourait un religieux, de faire pendant trente jours célébrer la messe et distribuer atix pauvres sa pitance quotidienne à son intention. Nul doute que ce ne soit aussi l'origine des Trentaines qui se célèbrent eucore en Belgique, après les funérailles, par toutes les familles chrétiennes.

2. Bene Angli quasi Angeli, quia angelicos vultus habent et taies in cuîlis angeloruin decet esse concives. Joan. Duc, i, 21.

« ruiné Rome en laissant partir Grégoire. » Le pape étonné cède à la voix populaire. On court après Grégoire, on le rejoint à trois journées de Rome; on le ramène de force à son monastère. Ce n'était pas comme missionnaire, mais comme pape, qu'il devait conquérir l'Angleterre à l'Église.

En 590, Pélage II meurt de la peste qui dépeuplait Rome. Aussitôt Grégoire est élu pape par la voix, unanime du sénat, du peuple et du clergé. C'est en vain qu'il refuse, qu'il écrit à l'empereur Maurice pour le supplier de ne pas confirmer son élection. Les Romains interceptent sa lettre; la confirmation impériale arrive. Alors il se déguise, s'enfuit de Rome, à la recherche de quelque solitude inconnue, erre pendant trois jours dans les bois. On le suit, on le découvre, et on le ramène une seconde fois à Rome, mais cette fois pour y régner. 11 courbe la tete en pleurant sous le joug de la volonté divine et de l'unanimité de ses concitoyens1.

Ce fut pendant l'intervalle entre l'élection et la confirmation impériale qu'il fit célébrer, dans l'espoir de détourner le fléau de la peste, cette fameuse procession de trois jours où parurent pour la pre-

1. « Infirmitatis me» conscius secretiora loca petere decreveram... Jugo condîtoris suhdidi cervicem. » Epist., vu, 4, pdit. Bcnediet. Dans l'indication des épttrcs, nous avons suivi presque toujours l'ordre rtabli dans l'édition des Bénédictins, qui diffère considérablement de l'ancienne classification , citée par Manillon, Fleury, etc. — Decretum generaJitatis evadere nequivit...Capilur, trahitur, consecratur... Joa*. Duc, i , 40.

Première mière fois tous les abbés des monastères de Rouie

refrène la \q \ de la

vie claustrale.

des avec leurs moines el toutes les abbesses avec leurs ^"roIT" religieuses. Tandis que ces communautés défilaient devant lui, il vit apparaître sur le sommet de la Moles lladriana un ange remettant l'épée dans le fourreau, dont l'image, debout sur le mausolée colossal, lui a donné le nom de château Saint-Ange et perpétue de nos jours encore le souvenir de la vision de saint Grégoire1.

Jamais peut-être le pontificat suprême n'échut à une âme plus troublée et plus affligée que celle du Grégoire moine qui se voyait ainsi condamné à échanger la paix du cloître contre les sollicitudes du gouvernement de l'Église universelle et de la défense spéciale des intérêts de l'Italie. Non- seulement alors, mais pendant toute sa vie, il ne cessa de gémir sur son sort. Sa douleur éclata d'abord dans ses réponses aux félicitations qui lui arrivaient de toutes parts : « J'ai perdu, » écrivait-il à la sœur de l'empereur, « les joies profondes de mon repos. Je parais monter au dehors, je suis tombé au dedans. . . Je m'efforçais tous les jours de me tirer hors du monde, hors de la chair, pour voir spirituellement la joie céleste... Ne désirant et ne craignant rien en ce monde, j'étais, ce me semble, au-dessus de tout. Mais l'orage de la tentation m'a jeté tout à coup dans les alarmes et

1. Cf. Grec. Tdroisens., Hist. Franc. , x, i. — Pack. Diac, De Gest. Longob., m, 25, — Joam. Diac, Vit. Greg., i, 41. — Baronus, ad ann. 590, n. 18.

les frayeurs : car, encore que je ne craigne rien pour moi, je crains beaucoup pour ceux dont je suis chargé1. » Au patrice Narsès : « Je suis tellement accablé de tristesse, qu'à peine puis-je parler : les ténèbres de la douleur assiègent les yeux de mon âme : je ne vois rien que de triste, et tout ce que l'on croit m'èlre agréable me paraît lamentable. Car je vois sans cesse de quel comble de tranquillité je suis tombé, et à quel comble d'embarras j'ai dû monter2. » A André, du rang des Illustres : « En apprenant ma promotion à l'épiscopat, pleurez, si vous m'aimez : car il y a ici tant d'occupations temporelles, que je me trouve par cette dignité presque séparé de l'amour de Dieu \ » Au patrice Jean, qui avait contribué à son élection : « Je me plains de votre amour, qui m'a tiré du repos que vous savez que je cherchais. Dieu vous rende les biens éternels pour votre bonne intention, mais qu'il me délivre, comme il lui plaira, de tant de périls : car, comme mes péchés le méritaient, je suis devenu l'évêque non-seulement des Romains, mais de ces Lombards qui ne connaissent que le droit du glaive, et dont la faveur est un supplice. Voilà ce que m'a valu votre patronage4. » Puis, reprenant les images

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