‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 44 sur 177 · Par exemple, Dém<Hrius, évoque de Naples · texte numérisé non relu

Par exemple, Dém<Hrius, évoque de Naples

4. Nam inanis fit oratio, ubi prava est actio. Eftiit., xi, 51 , aux •toque» do Sicile.

loî SAINT GRÉGOIRE LE GRAND.

préoccuper non-seulement du salut des âmes, mais aussi de la défense et des intérêts temporels de leurs subordonnés1. » Il poursuivait de toute son indignation les évêques prévaricateurs qui avaient osé employer l'excommunication pour venger leurs injures personnelles 2. Son autorité sérieusement paternelle dédaignait les hommages puérils ou vexaloires. Il écartait avec répugnance les démonstrations outrées de respect envers lui où se complaisaient certains évêques. « Je n'aime pas, » disait-il, « ces exagérations vaines et sottes5. » Il fixa à cinq ans au lieu de trois le terme des visites périodiques et obligatoires des évêques à Rome. Les prêtres et tous les ordres deHa hiérarchie ecclésiastique furent toujours l'objet de la même sollicitude et de la même sévère vigilance.

Sa vaste correspondance témoigne à la fois de l'activité infatigable de son administration , de son zèle ardent pour la justice et la discipline, ainsi que du développement croissant des questions canoniques et disciplinaires, qui tendaient à remplacer, dans l'Occident surtout, les questions dogmatiques suffisamment élaborées dans les cinq conciles généraux qui s'étaient tenus jusque-là.

1. Talia hoc tempore in arce regirainis... qui... de extrinseca subjeetorum utilitate et cautela sciât esse sollicitus. Epist., x, 62. % Epist., h, 49.

3. Quia vana et stulta superfluitas non dclectat. Epist., i, 36.

A ces yeux d'Argus qu'il promenait sans cesse sur le monde chrétien 1 n'échappèrent pas les vastes domaines de l'Église qui, sous le nom de patri- ordre rrubii moine de saint Pierre, s'étaient déjà formés, non- i« patrïmoiue

de

seulement en Gaule, comme on Ta déjà vu, mais «aim i-ierre. en Afrique, en Corse, en Dalmatie, en Sicile, et surtout dans le raidi de l'Italie. La négligence et la confusion y régnaient avant lui. Il n'omit rien pour v rétablir l'ordre et les remettre en valeur. Ses «pitres montrent qu'il ne trouvait aucun détail ai-dessous de lui pour arriver à ce but, et qu'il s'appliquait surtout à y faire régner la plus exacte julice. On y reconnaît à chaque pas l'esprit du disciple de saint Benoît, du moine appréciateur écoiome, attentif et équitable, des droits du travail. Dès son avènement, il écrivait à Pierre, administrateur de l'Église romaine en Sicile, une lettre qui nérite d'être inscrite au rang des plus nobles litres le la papauté : « Nous avons appris que les paysais sujets de l'Église sont cruellement obérés par la perception arbitraire du prix de leurs redevances le blé dans les temps d'abondance : nous voulons qu'en tout temps il leur soit tenu compte des prix courants... Nous retranchons toutes les exactions honteuses qui excèdent le prix des baux accordés uix fermiers. Et pour qu'après notre mort même nul 1e puisse les charger de nouveau, faites-

1. Velut Argis qriidem luminossimus per totius mundi latitudinenj... oculos crcumtuterit... Joax. Diacm ii, 55.

leur donner une investiture par écrit qui porte la somme que chacun doit payer... Nous ordonnons que tout ce qui a été injustement exigé des colons leur soit restitué, sans qu'il en reste aucun proût pour nous et nos agents, car nous ne voulons pas que les coffres de l'Église soient souillés par des gains sordides Faites lire aux paysans dans les métairies ce que j'ai écrit, et qu'on leur en donne copie, afin qu'ils sachent se défendre avec notr* autorité contre toute violence. »

Ami dévoué de ces paysans, qui sorlaient à pehe n proiége des étreintes mortelles de la fiscalité romaine p*ur

es paysan?,

tomber entre les mains moins habilement rapa<es, mais plus brutales, des conquérants barbare:, il s'appliquait surtout à faire réduire leurs redevances, à garantir la liberté de leurs mariages, la sécurité de leurs possessions, l'inviolabilité df leurs successions. Il avait placé à la tétede ses douâmes, dans chaque province, non plus des séculiers mais des ecclésiastiques imbus de son esprit, et à qui il faisait promettre devant le tombeau de sairt Pierre de gérer le patrimoine de l'Église comme le bien

1. Quia nos sacculum Ecclesiac ex lucris turpibus nobmus inqninari. Kpist., i, Ai. — Cf. it , 32; c'est dans cette dénigre que se trouve ce passage, si souvent cité, qui indique à la foi la simplicité et la modestie du grand homme : « Vous m'avez envoyî un mauvais « cheval et cinq bons ânes : je ne puis monter le chenal parce qu'il « est mauvais, ni les Anes parce que ce sont des ânes si vous voulez « aider à notre entretien, envoyez-nous des choses qii nous convien- « nent. «» On voit ailleurs que les domaines ecclésiaaiques en Sicile nourrissaient quatre cents étalons.

des pauvres et des laboureurs. Il étendait cette sollicitude bien au delà des limites de ses propres possessions, et I on aime à voir le chef de l'Église universelle se détourner de ses luttes avec les lombards et avec Byzance pour prendre en main les intérêts de quelques obscurs cultivateurs de Hic de Sardaigne. « J'ai appris, » écrit-il à l'évéque de Cagliari, « que certains laïques, chargés de la gestion de votre patrimoine, ont commis des déprédations au détriment de vos paysans et refusent de rendre leurs comptes : sachez qu'il vous convient, après avoir examiné cette cause avec la dernière rigueur, de prononcer selon la justice entre vos paysans et ces gens, afin de leur faire rendre gorge, s'il y a lieu1. »

Il était partout l'homme de la justice et de la liberté. Ce n'était pas seulement pour les intérêts de l'Église, de ses biens ou de ses vassaux, que l,,,res' s'enflammait son zèle. C'était le droit et la liberté de tous qu'il prétendait défendre, par l'ascendant de son autorité spirituelle et la liberté de son langage pontifical , contre les exactions, les violences arbitraires et les cruautés des magistrats impériaux2. S'adressant au consulaire Léontius, en-

1. Io rusticorum restrorum depnedationibus... deprehensi... Convenu inter cos Ecclesiseque vestr» rusticoa causam eiaminari subtilios. Epist., ix, 65.

2. Libertatem uoiuscujusque hominis contra Jndicnm insolcnlias liberi* vocibus defendebat... cunctorum judicum cupiditates vol sec-

voyé de l'empereur Maurice, il posait ce grand principe de politique chrétienne, toujours si méconnu , mais toujours si irréfragable : « Vous devez veiller à la liberté de ceux que vous avez à juger comme à la vôtre même : et si vous voulez que vos supérieurs ne foulent pas aux pieds la vôtre, sachez honorer et garder celle de vos inférieurs1. »

Tous les opprimés, toutes les victimes de la force les épaves ou de l'iniquité, trouvaient en lui un champion2.

On le voit s'indigner du « crime atroce et inouï » qu'avait commis un vassal du diocèse de Messine, en enlevant la jeune femme de son filleul pour la vendre a un autre : ce n'est pas le coupable seulement, c'est l'évéque qui laisse impunis de tels attentats qu'il menace de la vindicte canonique 5.

On dirait qu'il signe d'avance l'abolition de l'esclavage dans ce préambule d'un acte d'affranchissement : « Puisque le Rédempteur et le Créateur du « monde a voulu s'incarner dans l'humanité afin « de rompre par la grâce de la liberté la chaîne de « notre servitude et de nous restituer à notre « liberté primitive, c'est bien et sainement agir

lera quasi cuneo frenoque pontificii sui... restringebat. Joav Diac, 11, 47, 48.

1. Libertatem eorum. .. ut vestram specialiter attendere debelis... subjoctorum vestrorum bonoraudo libertaUm custodite. Eptst., x, 5t.

2. Ab adversis potestatibus pnegravatos fortissimu* miles Christi Grngorius viriliter defendebat... Joa*. Diac, iv. 21.

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