‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 45 sur 177 · Epist., vi · texte numérisé non relu

Epist., vi

u que de rendre le bienfait de la liberté originelle « aux hommes que la nature a faits libres, et que « le droit des gens a courbés sous le joug de la « servitude. C'est pourquoi vous, Montanus et « Thomas, serviteurs de la sainte Église romaine, « que nous aussi nous servons avec l'aide de Dieu, « nous vous faisons libres à partir de ce jour et « citoyens romains, et nous vous relâchons tout « votre pécule1. » Jusque dans ses expositions théologiques, dans ses commentaires sur Job, cette image de la servitude le poursuivait encore : « Ici-bas, » dit-il, « le pécheur pénitent est comme l'esclave qui a fui son maître, mais qui n'est pas encore libre : il a déserté son péché par la contrition; mais il lui faut encore craindre le châtiment. Il ne sera vraiment affranchi , vraiment libre, que dans le ciel, où il ne pourra plus douter de son pardon, où il perdra jusqu'au souvenir de sa faute, et où il goûtera la sécurité et la joie de la liberté2. »

En attendant que cette terrible tache de l'esclavage pût s'effacer entièrement sous la plénitude de la lumière du christianisme, Grégoire prescrivit que tout esclave païen ou juif qui voudrait se faire

1. Dirupto quo tenebamur capti vinculo scrvitutis... aalubriter a?ilur, *i homine*,quos ab initio natura liberos protulit, et jns gentium jugo substituit servitutis, in ea qua nati fucrant manumittentis libertau» reddantur. Hpist., vi, 12.

2. Servus ergo hic jam fugît dominum, »ed liber non est... Ibi ergo... ubi jam... de ejus indulgentia liber exsultet. Moral., i, iv, c. 30.

chrétien fût racheté aux frais de l'Eglise : il ne voulait surtout pas souffrir que les chrétiens restassent esclaves des juifs. Quand il ne parvenait pas à les affranchir par les voies légales, il les faisait racheter avec les fonds du trésor ecclésiastique1. Et cependant il repoussait énergiqueettojuib. ment les mesures de rigueur et les violences populaires dont les juifs étaient déjà victimes au sein de la chrétienté naissante. Sa conduite et ses préceptes à ce sujet forment le contraste le plus frappant avec les odieux, traitements que la fougue intolérante des nouveaux chrétiens infligeait dès lors aux enfants d'Israël en Gaule et en Espagne2. Il interdit sévèrement aux évéques d'Arles et de Marseille de les baptiser de force. Il obligea les évôques de Terracine, de Palerme et de Cagliari à leur restituer les synagogues dont ils avaient été expulsés. « C'est par la douceur, » écrivait-il à ces prélats, « par la bonté, les exhortations, qu'il faut ramener à l'unité les infidèles, de peur d'éloigner par la terreur et les menaces ceux que la prédication charitable et la crainte du jugement dernier n'auront pas engagés à la foi. Il faut user d'une telle modération avec eux qu'ils ne nous résistent

1. Si quos christianorum pro longitudine itincris per provincias ab Hebrajorum servitio per legalem violent tain liberare non poterat, suis preliis redïmendos esse censebat... Joan. Duc, iv, 44. CI". 46.

2. Chilpéric, roi de Neustrie, les fit baptiser de force en 582. Sigebert, roi des Visigoths, lit en 613 une loi pour faire batonner et exiler d'Espagne tout juif qui ne se laisserait pas baptiser.

pas : mais il ne faut pas les amener malgré eux, puisqu'il est écrit : Je vous offrirai un sacrifice volontaire1. »

Ou peut affirmer que ce sentiment d'une intelligente et généreuse charité présida toujours à ses Sa conduite efforts généreux pour déraciner les restes du paga- î™^»» nisme, ainsi que l'hérésie et le schisme, dans les contrées où son autorité l'emportait sur toute autre. Et s'il a semblé parfois y déroger par des mesures de rigueur que l'on regrette de trouver dans l'histoire d'une si belle vie, il faut reconnaître qu'il resta toujours bien en deçà de ce que semblaient autoriser les lois et les mœurs de son temps. C'est ainsi qu'on souffre de le voir autoriser des punitions corporelles contre les Barbariciens, peuplade païenne d'Afrique que les Vandales avaient reléguée dans l'île de Sardaigne2, et enjoindre ailleurs soit de faire payer des redevances plus élevées aux païens qui refusaient de se convertir 3, soit d'allécher les juifs au baptême par l'appât d'une diminution du tiers de leurs fermages.

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