‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 55 sur 177 · Epist., i · texte numérisé non relu

Epist., i

patricien de Syracuse, nommé Venance, grand ami ven™*, de Grégoire, s'était fait moine comme lui, mais aoiDe'marîé. s'était ensuite dégoûté de la vie monastique et avait pris femme. Lorsque Grégoire devint pape, l'un de ses premiers soins fut de se rappeler à son ancien ami pour l'éclairer sur la gravité de son état : « Beaucoup de sots ont cru, » lui écrit-il, « que devenu évéque je cesserais de vous voir et de vous fréquenter par mes lettres. Mais il n'en sera rien, car c'est ma charge même qui m'interdit le silence... Je vous parlerai donc bon gré, mal gré... bien que je désire par-dessus tout ou vous sauver, ou n'être point responsable de votre perte. Vous savez quel habit vous avez porlé, et où vous êtes tombé!.. Si Ananie a mérité vous savez quelle mort, pour avoir dérobé à Dieu les pièces de monnaie qu'il lui avait offertes, songez à ce que vous mériterez, vous qui avez dérobé à Dieu non pas quelque argent, mais vous-même que vous lui aviez voué sous l'habit monastique. Je sais bien qu'aussitôt ma lettre arrivée, vous assemblerez vos amis, vos clients littéraires, et vous consulterez sur cette cause vitale les fauteurs de votre mort. Ces gens-là, comme ceux qui vous ont induit au crime, ne vous disent que ce qui vous plaît, parce qu'ils n'aiment que vos biens et non votre personne. Si vous avez besoin d'un conseiller, prenez-moi, je vous en conjure. Nul ne vous sera plus fidèle, car c'est vous que j'aime et non votre fortune. Que le Dieu tout-puissant fasse

donc comprendre à votre cœur combien mon cœur l'aime et l'embrasse en tout ce qui n'offense pas la grâce divine. Et si vous croyez que je vous aime, venez au seuil des apôtres , et servez-vous de moi comme conseiller. Si vous vous défiez de mon excès de zèle, je vous offre le conseil de toute l'Eglise, et je souscrirai volontiers à ce qui sera décidé d'un commun accord 4. »

Yenance fut sourd a la voix du pontife. Grégoire n'en resta pas moins son ami ; il continua à lui écrire, ainsi qu'à sa femme2. Dix ans plus tard, quand ils furent tous deux vieillis et malades, il retrouvait sous sa plume l'affectueuse éloquence de ses premières exhortations. Il conjura l'évêque de Syracuse de ne rien négliger pour amener Yenance, devenu veuf, à reprendre au moins sur son lit de mort l'habit monastique ; et après la mort de son ami, il prit sous sa protection spéciale les deux filles qu'il laissait exposées à toute sorte de dangers. Le pape se préoccupa avec son zèle ordinaire de leur sort, de leur fortune; il leur écrivait lui-même, les engagea à venir auprès de lui à Rome , et servit de père à

1. Multi hominum stulti... putaverunt... te nlloqui et por ppisto- Jas frequentare rcousarem... In quo habitu fueris reroJis... ad quid sis dclapsua agnosci*... Scio quia cum cpistola mea suscipîtur, prr>tinus amici conveniunt, litterati clicnto* vncantur... Consilinrium , rogo, me susripo... Quidquid omnibus fieri salubriter placet, ego in nullo contradico. Epixt., i, 34.

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