De Vir. illustrée
SAINT GRÉGOIRE Ui GRAND. 203
gieuse; enfin que ce fut Tordre des Bénédictins qui donna à l'Église celui qu'on n'hésiterait pas à appeler le plus grand des papes, si, cinq siècles plus tard, il ne lui avait encore donné saint Grégoire VII.
Le genre humain, dans sa faiblesse et dans sa folie, a toujours décerné la première place dans son sa mie grandeur, admiration à ces conquérants, à ces dominateurs des peuples, à ces maîtres du monde qui ont fait de grandes choses, mais qui n'ont su les faire qu'avec de grands moyens, avec une effroyable dépense d'hommes, d'argent, de mensonges, en foulant aux pieds les lois, la morale, la foi jurée. Détestable erreur, qui rend complices involontaires de tous ces crimes éclatants les ignorants et les innocents qui se renvoient les uns aux autres l'écho de cette fausse gloire ! Le mérite de réussir est bien chétif quand on ne recule devant rien, devant le sacrifice d'aucune vie, d'aucune vertu, d'aucune vérité. Même au point de vue humain, la suprême grandeur n'est pas là. Elle consiste à faire de grandes choses avec de petits moyens, à triompher de la force par la faiblesse, mais surtout à surmonter les obstacles et à vaincre ses adversaires en respectant le droit, la vertu et la vérité. C'est là ce que voulut saint Grégoire et c'est là ce qu'il sut accomplir. Il est vraiment Grégoire le Grand parce qu'il est sorti irréprochable de difficultés sans nombre et sans limites; parce qu'il a donné
pour fondation à l'autorité croissante du Saint- Siège la renommée de sa droiture , la candeur de sa vertu , l'humble et inépuisable tendresse de son grand cœur.