‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 67 sur 177 · Epist., xnr, iO · texte numérisé non relu

Epist., xnr, iO

3. Implcbatque actu quidquid sennone docehat... Hisque, Dei consul factus, l«Ure triumphi»,

Nam mercedem oporum jam sine fine tenes.

Il eut, comme tant d'autres grands cœurs, à lut- ingratitude

des

ter contre l'ingratitude, non-seulement pendant sa Humains, vie, mais même après sa mort. S'il faut en croire le récit de son biographe, Rome ayant été ravagée par une grande disette sous son successeur Sabinien, celui-ci fit interrompre les secours que le pape . défunt accordait aux indigents, affirmant qu'il ne restait plus rien dans le trésor de l'Église. Les ennemis de Grégoire excitèrent alors le peuple contre ce grand mort, qu'ils qualifiaient de prodigue et de dissipateur du patrimoine romain ; et ce peuple ingrat, qu'il avait tant aimé et soulagé, se mit à brûler ses écrits, comme pour anéantir ou déshonorer sa mémoire. Mais l'un de ces moines qui l'avaient suivi du monastère au palais pontifical, le diacre Pierre, son ami, intervint. Il représenta aux incendiaires que ces écrits étaient déjà répandus dans le monde entier, et que c'était d'ailleurs un sacrilège que de brûler les écrits d'un saint docteur, sur lequel il jura qu'il avait vu lui-môme le Saint-Esprit planer sous la forme d'une colombe *. Et comme pour confirmer son serment, après avoir terminé son discours, il rendit le dernier soupir, en vaillant témoin de la vérité et de l'amitié 2.

1. De là l'usage, dans l'art du Moyen Age, de représenter toujours saint Grégoire avec une colombe qui lui parle à l'oreille.

2. Confessor veritatis meruit sepeliri. Joak. Diac, vi, 69. Cf. Pacl. Duc, Vit. Greg., c. 24.

Il est veng»- I,a postérité a suffisamment vengé Grégoire de u posiriié. cette injure. Elle a reconnu en lui un de ces hommes dont le nom sert comme de phare dans la nuit du passé. Elle a vu en lui la plus haute personnification de cette papauté qui ne négligeait rien pour sauver l'Orient, et qui vivifiait l'Occident en le délivrant du joug byzantin. Elle a répété le jugement de saint Ildefonse, qui fut presque son contemporain, et qui déclarait que Grégoire avait vaincu Antoine par la sainteté, Cyprien par l'éloquence, Augustin par la science1.

Bossuet a résumé sa vie avec cette concision qui dit tout et n'appartient qu'à lui : « Ce grand pape... fléchit les Lombards; sauve Rome et Htal'.e, que les empereurs ne pouvaient aider; réprime l'orgueil naissant des patriarches de Constantinople ; éclaire toute l'Église par sa doctrine; gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de vigueur que d'humilité, et donne au monde un parfait modèle de gouvernement ecclésiastique. »

Ajoutons toutefois et répétons, pour nous justifier de nous être si longtemps arrêté sur son pontificat, qu'il fut le restaurateur de la discipline monastique, le protecteur, le propagateur et le législateur des moines d'Occident; qu'il n'eut rien plus à cœur que les intérêts de la vie reli-

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