‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 72 sur 177 · Pater vero perfidus et parricida. S. Grec, loc. cit · texte numérisé non relu

Pater vero perfidus et parricida. S. Grec, loc. cit

peuple. Après de longues controverses avec le clergé arien, il réussit à vaincre toutes les résistances, mais par la discussion et non par la force1. Quatre ans après son avènement, ayant sanctionné son règne par d'éclatantes victoires sur les Francs, il fit proclamer, au troisième concile de Tolède, l'abjuration de l'arianisme par le peuple réuni des Goths et des Suèves. Le roi y déclara que l'illustre nation des Goths, séparée jusqu'alors de l'Eglise universelle par la malice de ses docteurs, revenait à l'unité et demandait, à être instruite dans toute l'orthodoxie de la doctrine catholique. Il remit entre les mains des évèques sa profession de foi, écrite de sa main, avec celle de huit évoques ariens, de sa noblesse et de tout son peuple.

Comme on le pense bien, Léandre, en qualité de légat du pape, présidait cette grande assemblée, où siégèrent soixante-dix-huit évéques et dont les délibérations furent aussi éclairées par un autre moine, Eutrope, abbé de ce monastère de Servitanuni qui passait pour le plus ancien de l'Espagne2. Un troisième religieux, Jean, exilé comme Léandre, et qui s'était consolé de son exil en fondant un

1. Sacerdotes secte arianw sapienti colloquio aggressus, rationo potius quam imperio converti ad catholicam fl<lem facit, ge.ntemque omnium Gothorum ac Sucvorum ad unitatem et pare m revocat Ecclcsia? Christian*. Joaxnis abbalis Biclaheksis Chrome, ap. Hispania illustra 1008, t. IV, p. 137.

2. Summa tamen synodalis negotii pênes sanctum Leandrum... et beatissimum Eutropium monasterii Servitani abbatem fuit. îbid.

Relations de Réorede avee Grégoire.

grand monastère sous la Règle de saint Benoît en Catalogne, enregistrait l'immense transformation dont il était' témoin, dans une chronique qui ouvre la série des historiens monastiques de l'Espagne *.

Ainsi s'effectua dans la péninsule, sous les auspices d'un grand pape et d'un grand évêque, tous deux moines et tous deux amis, le triomphe de cette orthodoxie dont le peuple espagnol fut pendant dix siècles le chevalier, et dont il a gardé, même au sein de sa longue déchéance, l'instinct et la tradition.

Léandre s'empressa d'annoncer le triomphe de la vérité et la solide conversion du roi son neveu à Grégoire, qui se montra toujours affectueusement préoccupé de la nouvelle conquête de l'Église. Il recommandait à Léandre de veiller attentivement sur l'âme du prince, afin que l'orgueil et l'impureté ne vinssent pas souiller sa jeune orthodoxie. Récarède entra en relation directe avec le pape. Afin de se rendre plus agréable au pontife, qui avait appris dans le cloître à gouverner l'Église, il prit pour intermédiaire des abbés qu'il choisit avec soin dans les monastères espagnols2 et à qui il confia les présents qu'il destinait à Grégoire. Mais ils firent naufrage et perdirent tout sur des rochers près de

1. S. Isidori De Script. Eccl.; Mahiaia, De reb. flispan.^ 1. v, c. 13. — Voir sur l'emplacement de ce monastère de Biclar ou Vilclara lu lettre de l'évoque de Barcelone, dans Mabillo*, Aun. B*ned., I. ni, c. 33.

"1. Ex monasteriis abbatcs clegimus... Aptui S. Gpec, Epiai. . ix , 61.

AU SJXIÈNK SIÈCLE

Marseille. Récarède ne se découragea pas et envoya plus tard un calice d'or au pape avec une lettre en latin semi-barbare, mais pleine d'effusion. II y prie le pape, qui écrivait a tant de monde, de lui écrire aussi , et ajoute : « Ceux qui sont divisés par la terre et la mer, la grâce de Jésus-Cbrist semble souvent les coller l'un à l'autre : ceux qui ne vous ont jamais vu jouissent de votre bonne renommée. N'oubliez jamais de nous recommander à Dieu, moi et mon peuple, que vous avez vu gagner de votre temps au Christ : la largeur du monde nous sépare, mais que la charité nous unisse1 ! » Comme les rois francs, Récarède voulut ensuite employer les bons offices du pape auprès de la cour de Byzance, en qui tous ces princes barbares voyaient toujours un reflet de l'antique grandeur romaine. Grégoire, de son côté, lui répond avec affection et avec détail : il insiste sur les conditions du salut éternel, le met surtout en garde contre les tentations de l'orgueil et de la colère, et lui prouve que la conversion de son peuple n'aura pas de meilleure garantie que l'humilité de son âme et la pureté de son corps2. Il remit cette réponse à son ami l'abbé Cyriaque, qu'il appelait légère de notre monastère*,

\. Nonnunquam solet ut quos spatia terrarum sive maria dividunt, Cbristi gratia ceu visibiliter glutinare... Nos gentesque nostras... que vestris sunt a Christi acquisita temporibus... ut... quos orbis latitudo dissociât... vera charitas coalescat.

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