‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 8 sur 177 · S. Gheg · texte numérisé non relu

S. Gheg

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Il entreprit donc de réformer les abus et les infirmités de F Ordre qu'il avait embrassé par une série de dispositions morales, économiques, liturgiques et [tonales, dont l'ensemble constitue la règle qui, en immortalisant son nom et son œuvre, a donné à l'institut monastique en Occident sa forme définitive et universelle1.

Écoutons-le exposer lui-même, dans son préambule, le but et l'esprit de sa réforme en un style

I. Nous devons rappeler ici que l'Église reconnaît quatre règles principales, sous lesquelles peuvent se classer presque tous les Ordres religieux : 1° celle do saint Basile, qui prévalut peu à peu sur toutes les autres en Orient, et qui est restée celle de tous les moines orientaux ; "2° celle de saint Augustin, adoptée par les chanoines réguliers, l'Ordre de Prémontré, l'Ordre des frères Prêcheurs ou Dominicains et plusieurs Ordres militaires; 3° celle de saint Benoît, qui, adoptée successivement par tous les moines d'Occident, est restée la loi commune de l'Ordre monastique proprement dit jusqu'au xme siècle; les Ordres des Camal Iules, de Vallombreusc, des Chartreux et de CHeaux reconnaissaient cette règle comme la base de leur> constitutions spéciales, quoique le nom de religieux de Saint- Benoit ou de moines bénédictins soit resté spécialement affecté à ceux qui ne faisaient pas partie de ces congrégations plus récentes; 4° enfin la règle de saint François, qui signala l'avènement dcsOrdres mendiants au xm« siècle. Nous remarquons, en outre, que la dénomination de moines n'est pas ordinairement attribuée aux religieux qui suivent la règle de saint Augustin , ni aux Ordres mendiants.

La règle de saint Benoit a été publiée une infinité de fois, avec et sans commentaires. Le plus estimé des commentaires est celui de dom Martène, Paris, IC'JO, in-i°. On peut aussi consulter avec fruit celui de dom Calmet, Paris, 1734, 2 vol. in-'»°.

L'édition la plus récente et la plus correcte de la Règle que nous connaissions est celle qui a été donnéo par dom Charles Brandes, bénédictin d'Einsiodeln, avec un commentaire et l'histoire de la vie du patriarche, en trois volumes. Einsiedeln et New- York, 1857.

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qui lui est propre, et dont la rudesse un peu confuse diflere autant de la langue fleurie de saint Augustin et de saint Grégoire que de l'élégante correction de Cicéron ou de César.

« Écoute, ô fils1 ! les préceptes du Maître, et devant lui incline l'oreille de ton cœur; ne crains pas d'accueillir l'avertissement d'un bon père et de l'accomplir efficacement, afin que l'obéissance laborieuse te ramène à celui dont t'avaient éloigné la désobéissance et la mollesse. A toi donc s'adresse en ce moment ma parole, qui que lu sois, qui, renonçant a tes volontés propres pour militer sous le vrai Roi, le Seigneur Jésus-Christ, prends en main ces armes vaillantes et glorieuses de l'obéissance.

« Et d'abord, en tout ce que tu entreprends de bien, demande-lui, par une très-instante prière, qu'il le mène à bonne fin, afin que, après avoir daigné nous compter parmi ses fils, il ne soit jamais contristé par nos mauvaises actions. Obéissons-lui toujours, à l'aide de ses bienfaits, et de telle sorte que non-seulement le père irrité ne déshérite pas uu jour ses enfants, mais qu'aussi le maître redoutable et courroucé par nos actes [>ervers ne livre pas ses serviteurs coupables à une peine sans fin, pour ne l'avoir pas voulu suivre dans la gloire.

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I. Il faut noter, pour l'iconographie chrétienne, ces premiers mots : Ausculta, o fUi! que les peintres du Moyen Age avaient coutume de reproduire sur le livre quMs mettaient entre les mains de saint Benoit.

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« Donc, relevons-nous une fois à cette excitation de l'Écriture qui nous dit: « Voici l'heure pour « nous de sortir du sommeil. » Et, les veux ouverts à la lumièrede Dieu, les oreilles attentives, écoutons ce cri quotidien de la voix divine... «Venez, mes « fils, écoutez-moi. Je vous enseignerai la crainte « du Seigneur. Courez, pendant que vous avez la « lumière de la vie, de peur que les ombres de la « nuit ne vous enveloppent.

<( Or, le Seigneur, qui cherche son ouvrier au sein du peuple, lui dit encore : Oit est l'homme (jui sent la vie et désire voir les jours bienheureux? Que si, à cette parole, tu réponds : C'est moi, le Seigneur te dira : « Si tu veux avoir la vie, défends le mal à ta langue, et que tes lèvres ne parlent pas la fraude. Évite le mal et fais le bien; cherche la paix et suis ses traces. » Et, cela éUint fait: <» Ahrs sur vous seront mes yeux, et mes oreilles s'ouvriront à vos prières, » et, me4 me avant rjue vous m'invoquiez, je vous dirai : Me voici!

« Quoi de plus suave pour nous que cette voix du Seigneur qui nous presse, ô frères bien-aimés! Voici que par son amour paternel le Seigneur nous montre le chemin de la vie. Ceignant donc nos reins de la foi et de l'observance des bonnes œuvres, et les pieds chaussés pour suivre l'Évangile, marchons sur la trace de ses pas, afin que nous méritions de voir celui qui nous a appelés en son royaume. Si

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nous voulons résider au tabernacle de ce royaume, il faut y courir par les bonnes œuvres sans lesquelles on n'y parvient pas.

« Car, interrogeons le Seigneur avec le prophète... puis écoulons ce que le Seigneur répond... Celui qui reposera en la sainte montagne de Dieu sera celui qui, conseillé par le mauvais diable, le repousse, lui et son conseil, loin des regards de son cœur, le met à néant, et, arrachant les premiers rejetons de la pensée infernale, comme des enfants qui vienuent de naître, les brise contre le Christ. Ce seront ceux qui, ûdèles dans la crainte du Seigneur, ne s'exaltent pas de leur louable observance, mais qui, considérant qu'ils ne peuvent faire par eux-mêmes, mais que Dieu fait en eux ce qu'ils ont de bon, glorifient le Seigneur et ses œuvres....

« Le Seigneur attend tous les jours que par nos actions nous répondions à ses saints préceptes. C'est pour l'amendement de nos péchés que les jours de cette vie nous sont prolongés comme une trêve, puisque l'Apôtre dit: « Ignores-tu que la « patience de Dieu te ménage la pénitence? » Et c'est dans sa bonté que le Seigneur dit : « Je ne veux « point la mort du pécheur, mais qu'il se conver- « tisse et qu'il vive. »

« Ayant tous, mes frères, interrogé le Seigneur sur celui qui habitera son tabernacle, nous avons entendu quel précepte lui est prescrit. Que si nous

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remplissons les conditions de cette habitation, nous serons héritiers du royaume des cieux. Préparons donc nos cœurs et nos corps à combattre sous la sainte obéissance de ces préceptes, et, s'il n'est pas toujours possible à la nature d'obéir, demandons au Seigneur qu'il daigne nous accorder le secours de sa grâce. Voulons-nous éviter les peines de l'enfer, parvenir à la vie éternelle, pendant qu'il en est temps encore, et que nous sommes en ce corps mortel, pendant que la lumière de cette vie nous est dispensée pour cet usage; courons et agissons d'une façon qui profile pour l'éternité.

« Il nous faut donc constituer une école de servage divin, dans laquelle, nous l'espérons, il ne sera rien établi de rigoureux, rien de trop lourd. Que si, conformément a la raison et à l'équité, nous allons jusqu'à un peu de rigueur pour l'amendement des vices ou pour la conservation de la cha rité, garde-toi de fuir, sous une émotion de terreur, la voie du salut qui ne peut avoir qu'un commencement étroit. Lorsqu'on a marché quelque temps dans l'observance et la foi, le cœur se dilate et l'on se met à courir avec l'inénarrable douceur de l'amour dans la voie des commandements de Dieu. Plaise à lui que, ne nous écartant jamais de l'enseignement du Maître, et persévérant au monastère dans sa doctrine jusqu'à la mort, nous participions aux passions du Christ par la patience, et

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méritions de participer ensemble à son royaume*. »

On remarque, dans ce programme, que le saint ■*« insiste sur deux principes: Faction ou le travail, et l'obéissance. Ce sont, en effet, les deux bases fondamentales de son œuvre; ils servent de fil conducteur à travers les soixante-douze articles de la règle que nous cherchons à caractériser.

Benoît ne veut pas que ses religieux se bornent «van. au travail intérieur, à l'action de l'âme sur ellemême : il leur fait une obligation stricte du travail extérieur, manuel ou littéraire. Sans doute les cénobites primitifs avaient prêché et pratiqué l'obligation du travail, mais nul ne l'avait encore prescrit et réglé avec tant de sévérité et d'attentive sollicitude. Pour mieux bannir l'oisiveté, qu'il appelle l'ennemie de l'âme2, il règle minutieusement l'emploi de chaque heure de la journée selon les saisons, et veut qu'après avoir célébré les louanges de Dieu sept fois par jour, il soit donné sept heures

1. Ail le crgo nu ne meus sermo dirigitur... Quisquis abrenuntians propriis voluntatibus Domino Chriato vero régi militaturus, obedientia? fortissîma atquc pneclaraarma assumis... Exsurgamus ergo tandem aliquando... Quaerens Dominus. .. operarium suum... Quid dulcius nobis hac voce Domini invîtantis nos?... Qui nialignum diabolum. .. deduxit ad nihilum, et parvulos cogitatus ejns tenuit et illisit ad Christum... Ergo proeparanda sunt corda et corpora nostra... militatura. . . Constitucnda est ergo a nobis Dominici sebohe servitii... Processu vero conversât ionis et fidei, dilatafo corde, inenarrabili dilectionis dulcedine, curritur via mandatorum Dei... Prologius togulœ.

S. Otiositas inimica est anima*. Reg., cap. 48.

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par jour au travail des mains et deux heures à la lecture. Il impose des corrections sévères au frère qui perdrait à dormir ou à causer le temps destiné à cette lecture. « Si, » dit-il, « la pauvreté du lieu les oblige à rentrer eux-mêmes leurs récolles, qu'ils ne s'en affligent pas, car ils seront véritablement moines, s'ils vivent du travail de leurs mains comme nos pères et les apôtres. Mais que tout se fasse avec mesure à cause des faibles1. Ceux qui étaient habiles dans la pratique d'un art ou d'un métier ne pouvaient l'exercer qu'avec la permission de l'abbé, en toute humilité; et si quelqu'un s'enorgueillissait de son talent et du profit qui pouvait en résulter pour la maison, on devait lui faire changer de métier, jusqu'à ce qu'il se fût humilié 2. Ceux qui étaient chargés de débiter les produits du travail de ces ouvriers d'élite ne pouvaient rien retenirdu prix au détriment du monastère, ni surtout l'augmenter par avarice ; ils devaient les vendre toujours un peu moins cher que n'eussent fait les séculiers, pour la plus grande gloire de Dieu. Le travail était donc réglé dans le monastère comme dans un atelier pénitentiaire, elles fils des patriciens romains ou des seigneurs Barbares qui en franchissaient le seuil s'y trouvaient soumis à la sévère égalité qui atteignait même l'ouvrier plus habile que le com-

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